‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 63 sur 378 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cérémonie de son sacre , quoiqu'il n'eût encore que vingt-neuf ans.

La dignité de l'épiscopat ne fit que donner un nouveau lustre aux vertus de saint Hilaire. Il s'humiliait intérieurement à proportion de ce qu'il était élevé audessus des autres. Ses besoins étaient renfermés dans des bornes fort étroites , et jamais il ne se permettait que ce qui était absolument nécessaire. Hiver et été il portait le même hstbit, une simple tunique, encore ce n'était qu'un cilice. Il marchait toujours nu-pieds , et en travaillant de ses mains. On lui mettait une table devant lui , avec un livre et des filets ; un scribe prêt à écrire se tenait auprès de sa personne ; il lisait et dictait de temps en temps, remuant toujours les mains cependant pour nouer ses cordes et faire ses filets. On lisait toujours pendant son repas. Le dimanche il se levait à minuit, faisait à pied dix lieues, assistait à l'office, où il prêchait. Il vivait dans une maison commune avec ses clercs , n'ayant que sa cellule , comme les autres. A la méditation de l'Ecriture sainte il joignait la prière, le jeûne et les veilles. En même temps qu'il s'appliquait à la sanctification de son âme , il tachait aussi de procurer le salut de son troupeau, en le nourrissant assidûment du pain de la parole divine. Il avait des heures réglées pour le travail des mains , et le but qu'il se proposait en cela était de gagner quelque chose qui pût lui servir à augmenter ses aumônes. Il avait eu soin de choisir un genre de travail compatible avec la prière. A force de vaincre la nature il avait acquis une si parfaite tranquillité d'âme, qu'il n était jamais troublé par la moindre impatience.

Le talent que saint Hilaire possédait pour la prédication était singulièrement remarquable. Lorsqu'il parlah

aux savants du monde, il s'exprimait avee cette grâce, celte élégance et ce ton de noblesse qui caractérisaient les grands orateurs : mais s'il avait à instruire des gens sans lettres, il changeait sa manière, et proportionnait ses discours à la capacité des plus ignorants* Ce qu'il y avait de plus admirable, c'est que dans les instructions ies plus familières , il savait allier un style simple et ftaïf avec la majesté de l'Évangile. Il prêchait la vérité sans déguisement, et sans jamais flatter les grands. Nous en citerons un exemple. Il avait souvent averti en par-* ticulier un juge de la province , qui administrait la justice avec une criminelle partialité. Ses avertissement* n'avaient produit aucun effet. Un jour qu'il prêchait, le magistrat, suivi de ses officiers, entra dans l'église; à peine l'eut-il aperçu , qu'il interrompit son discours. Son auditoire paraissant étonné, il dit qu'un homme qui avait si souvent négligé les avis qu'on lui avait donnés pour le salut de son âme, ne méritait pas d'être nourri delà parole divine avec le peuple fidèle. Le juge frappé de cette réflexion, rougit, et rentra en luimême. Le saint reprit ensuite le fil de son discours. Ayant remarqué un autre jour que plusieurs personnel sortaient de l'église avant la lecture de l'Évangile > et précisément dans le moment où il allait prêcher, il les fit revenir en leur disant : « Il ne vous sera pas si facile « de sortir des cachots ténébreux de l'enfer, si vous « ave» le malheur d'y tomber. »

L'amour que le saint évêque avait pour les pauvres ne connaissait point de bornes $ et ce n'était qu'afin d'être en état de leur procurer des secours plus abondants, qu'il vivait lui-même dans une extrême pauvreté. 11 vendit, pour racheter les captifs, jusqu'aux vases sacrés de l'église, et se servit, dans la célébration

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