CHAPITRE IV
la personne et le service qu'elle a rendu à l'Église sans aucune vue de faveur ni d'intérêt. Personne ne doit être ordonné évêque dans ces églises , sans vous consulter 5 car on les choisira avec un jugement plus mûr, quand on craindra votre examen, et nous ne tiendrons point pour évêques ceux que le métropolitain aura ordonnés sans votre participation. Comme les métropolitains ont le droit d'ordonner les évêques de leurs provinces, nous voulons que vous ordonniez les métropolitains, et que vous les choisissiez avec un plus grand soin, comme devant gouverner les autres. Que personne ne manque au concile quand il y sera appelé. Rien n'est plus utile que les fréquentes assemblées des évêques pour corriger les fautes et conserver la charité. Vous nous renverrez , suivant l'ancienne tradition , les appellations et les causes majeures qui ne pourront être terminées sur les lieux. Il se plaint que, contre les canons, on faisait tous les jours indifféremment les ordinations des prêtres et des diacres, et veut qu'on ne les fasse que le dimanche , comme celles des évêques ; ce qu'il faut entendre de la nuit du samedi au dimanche (1). » A l'occasion de la recommandation faite dans cette lettre d'assister aux conciles, Anastase avertit le Pape quel'évêque Atticus de Nicopolis refusait, sous prétexte de maladie , d'assister à un concile provincial auquel il avait été appelé. Mais , sans attendre la réponse du Pape , le vicaire apostolique avait réclamé l'intervention du préfet de la province qui fit conduire de force Atticus à Thessalonique , au cœur de l'hiver. Dans une deuxième lettre à saint Léon, Anastase passa soùs silence cet abus d'autorité , se contentant de mentionner qu' At-
(1) Ep. IV. V.
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ticus s'était rendu aussi à Thessalonique et avait signé avec les autres évêques les décrets du concile, A peine ces lettres eurent-elles été remises au Pape par un diacre d'Anastase, qu'Atticus arriva en personne à Rome et se plaignit amèrement de la conduite du vicaire apostoli~ que à son égard. Le diacre d'Anastase ne put lui-même rien alléguer pour la défense de son chef, et saint Léon , donnant une nouvelle preuve des sentimeuts de justice et d'impartialité qui l'inspiraient, écrivit à son représentant pour le blâmer sévèrement, et, à cette occasion , il fixa les rapports du métropolitain avec les évêques de leur province.
Pendant que saint Léon s'appliquait à rétablir l'ordre et la régularité dans la discipline de l'Église, il reçut d'Espagne un pressant appel à sa sollicitude pour arrêter de nouvelles manœuvres des hérétiques. Ce riche et magnifique pays était la proie des Vandales , des Suèves et des Goths , qui se disputaient sa possession , le rava-i geaient et le livraient à la plus déplorable anarchie. Pans cette situation , il devint facile à une secte qui se perpétuait encore, malgré toutes les poursuites dont elle avait été l'objet, de se propager dans une certaine partie du pays , notamment dans la Galice , et d'y gagner de nombreux partisans. Cette secte était celle des priscil^ lianistes. Vers la première moitié du quatrième siècle, un. égyptien appelé Marc, répandit en Espagne des doctrines gnostiques qui , mêlées avec des idées manichéennes , avaient rencontré un ardent zélateur dans la personne de Priscillien, homme d'une classe élevée , et distingué par son esprit et son éloquence. Il sut enseigner sa doctrine , qui , à côté des deux éléments gnostique et manichéen , renfermait encore des opinions à lui particulières, avec tant d'enthousiasme et un si grand