‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 66 sur 378 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sueoès, qu'il eut bientôt entraîné de nombreux adeptea dans toutes les provinces de l'Espagne et dans toutes les classes de la société. Il ne faut pas s'en étonner, quand on considère cet homme tel que le dépeint Sulpice Sévère, à une extrême facilité de parole, joignant un extérieur humble % un visage composé, des mœurs austères et un grand désintéressement. Des clercs et jusqu'à des évêquea se prononcèrent en sa faveur ; et quand il fut accusé d'hérésie devant l'évêque de Mérida, les discussions les plus vives s'élevèrent. Un concile assemblé àSarragospe, en 380, ayant condamné la doctrine de Priscillien et l'ayant excommunié lui et ses partisans, la $ecte n'en devint que plus opiniâtre. Priscillien se plaça à sa tête en qualité dévêque, et le pouvoir spirituel ne fut pas assez fort pour les soumettre* Suivant l'usage caractéristique de presque toutes les sectes, les priscilliapistes causaient un scandale public par Y immoralité de leur culte : ce fut là le motif qui détermina l'évêque Ida ce 7 leur principal adversaire, à réclamer F intervention dç la puissance temporelle, Gratien publia un édit qui ordonnait leur expulsion de l'Espagne, La secte se dispersa et les membres les plus influents se rendirent à Rome. Quoiqu'ils n'eussent pas rencontré beaucoup de sympathie dans cette ville , ils parvinrent cependant à obtenir de l'empereur un ordre qui révoquait l'édit rendu contre eux et rétablissait même dans leurs fonctions ceux; qui avaient été évêques. Mais lorsque Maxime se fut emparé du pouvoir, Idace, évêque de Mérida, réussit à faire assembler de nouveau un concile à Boiv deau* pour examiner leurs doctrines. Elles y furent encore un© fois condamnées , et Priscillien en appela à l'empereur en personne. A cette époque, saint Martin, évêque de Tours , exerçait en Occident cette haute

magistrature spirituelle à l'aide de laquelle les plus illustres saints ont fondé la société chrétienne. Saint Martin fit tout ce qui dépendait de lui pour empêcher l'empereur d'exécuter dans une affaire purement ecclésiastique l'intervention sollicitée , et le supplia surtout de n'employer aucune mesure violente. Mais cette affaire des priscillianistes ayant été instruite à Tours, en 385, avec une grande sévérité, par les délégués de l'empereur, le chef et plusieurs membres de cette secte , après avoir été traités avec beaucoup de cruauté, firent l'aveu qu'ils avaient enseigné et pratiqué des doctrines immorales; en conséquence, ils furent exécutés par ordre de Tempereur. Maxime ayant voulu prendre d'autres mesures de 'rigueur contre ceux de ces sectaires qui existaient encore en Espagne , saint Martin l'en empêcha par de pressantes sollicitations. C'est ainsi, dans tous les siècles, que l'Église a répondu à ces accusations de cruauté répétées par l'ignorance et la mauvaise foi. Le peuple, en l'an 385, moins docile que l'empereur aux conseils de l'Église , se montra très-animé contre les priscillianistes et répandit leur sang dans beaucoup de localités. L'hérésie de Priscillien se maintint néanmoins en Espagne , et profita , pour s'étendre , de la confusion où le pays fut jeté par la conquête des Barbares. Saint Turibius, évêque d'Astorga en Galice , s'émut de la propagation de ces sectaires , combattit leurs doctrines et surveilla tous leurs mouvements. Il fixa sur eux l'attention de ses collègues dans l'épiscopat et leur communiqua , dans une lettre qui nous a été conservée parmi celles de saint Léon, plusieurs des écrits sur lesquels les priscillianistes fondaient leurs erreurs et qui servaient à les propager. C'étaient des livres apocryphes contenant de prétendus actes de saint Thomas, de saint André et de saint

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Jean; mais surtout le livre intitulé : Memoria apostolorum, dans lequel, entre autres blasphèmes, ils font parler Notre-Seigneur lui-même contre l'Ancien Testament.

Cette affaire parut assez grave à saint Turibius pour qu'il crut de son devoir d'en rendre compte au Pape, de lui demander son avis et sa décision , après lui avoir soumis un résumé des principaux dogmes de la secte. D est à regretter que cette lettre de saint Turibius ait été perdue , car elle nous aurait fait connaître sans doute cette hérésie avec plus de détails. C'est seulement par la réponse de saint Léon , qui nous a été conservée , que nous pouvons avoir quelques renseignements précis sur les véritables opinions des priscillianistes. Cette lettre, datée du 21 juillet 447, la quinzième de la collection, fut apportée par un diacre de l'Église de Rome nommé Pervincus. Le Pape commence par dire que cette hérésie présente ce caractère particulier qu'elle a adopté quelques— unes des erreurs de toutes les hérésies précédentes. On y retrouve les doctrines païennes du culte des astres, de la magie et du fatalisme. Il ajoute ces paroles dont bien des gens lui ont fait un grand reproche : « C'est pourquoi nos pères firent bien, à « l'époque où cette hérésie impie parut pour la pre- « mière fois, de travailler avec ardeur à expulser de « l'Église ces fureurs sacrilèges ; et le pouvoir séculier « aussi conçut une si grande horreur de cette profonde « démence, qu'il frappa du glaive de la justice publique 0 le chef et plusieurs des disciples de la secte ; car on « voyait que toute sollicitude pour le maintien des « mœurs deviendrait inutile , que les liens du mariage « se relâcheraient , que les lois divines et humaines se- « raient également renversées si des hommes, professant

J£4 SAINT MON^E^QBAND.

« de semblables croyances, pouvaient continuer àvivr^ c< Cette conduite a été pendant longtemps utile à la elé-< <s mence de l'Église ; car, bien qu'elle se contante cte « porter ses arrêts spirituels et repousse toute vengoancQ « sanglante, elle ne laisse pas néanmoins d'4tr* «idée « par la sévérité des lois que rendent les princftl ebrça tiens, puisque , ceu* qui craignent un châtiment <$ojs « pore! ont souvent recours , pour se sauver, au remède <c spirituel (1). a

Saint Léon continue en traitant des erreurs de* pria* cillianistes, telles que saint Turibius les expq^H im§ sa lettre ; il cite les principales , çt indique en peu de mots sous quels rapports elles diffèrent de Feu*eipement de l'Église. Or, d'après ces indications, voici quelles étaient les croyances des priscilliamstes, Us rejer taient la Trinité de la substance divine et enseignaient qu'il n'y a qu'une seule personne appelée tantôt Père, tantôt Fils, tantQt Esprit; système de SabelUus, Ils professaient, avec Arius, l'émanation de certaines facultés sorties de Dieu, dont la substance existait avant elle?, Us disaient, avec Paul de Samosate et Photin, que le Fils de Dieu était appelé le Fils unique , parce que lui seul était né d'une vierge , et ils soutenaient en jnême temps que ce Fils n'existait pas avant de naître de h Vierge. Ils jeûnaient le jour de la Nativité de Jésus- Christ et tous les dimanches, et enseignaient, avec Cer* don , Marcion et les manichéens , que le Christ n'a pas été fait homme véritablement, mais en apparence. Suivant eux, l'âme humaine fait partie de la substance divine , et notre nature ne diffère en rien de qelle de notre Créateur, opinion des manichéens et de plusieurs

(1) Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet»

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philosophas. Le démon n'a jamais été bon et sa nature n'est pas rouvre de Dieu* il est fils du chaos et des ténèbres ; il » a point d'origine, étant lui-même le prtau* cipe et la substance du mal. Ils rejetaient le mariage et détestaient, comme les manichéen*, la procréation dei enfants, La formation du corps de l'homme est, disaient-ils, l'ouvrage du démon $ la semence reçue dans le sein de la femme devient un corps par le secours des démons. Par la même raison , ils ne croyaient pas à la résurrection, parce que le corps terrestre n'est pas conforma à la dignité de l'âme. Les fils de la promission (probablement les mviwmi des gnostiques) sortaient à I* vérité de la femme , mais étaient engendrés par le Saint-Esprit. Ils enseignaient encore que les Âmes qui habitent les corps des hommes étaient originairement destinées h rester séparées $ mais qu'ayant péché dans le séjour céleste , elles étaient tombées des hauteurs dans les basses régions et se trouvaient condamnées à obéir à des maîtres de diverses natures, à la puissance de l'air et des astres ; les unes sévères , les autres clémentes , les renfermaient au milieu de corps placés dans des positions différentes et avec des destinées inégales • Le but de ce système était de pouvoir rapporter à des causes pré** labiés toutes les vicissitudes qu'Us éprouvaient dans U vie. Ils croyaient que le corps et l'âme de l'homme étaient soumis, quant à leur destinée, à l'influence des astres, ce qui les entraînait, comme nous l'avons déjà dit, dans toutes les erreurs des païens, leur faisant adorer les astres favorables et cherchera désarmer ceu* qui ne Tétaient pas. Ils soumettaient les parties de l'âme et les divers membres du corps à certaines puissances distinctes. Ils donnaient à celles qui régissaient l'âme les noms des patriarches , et les noms des astres à celles qui

gouvernaient le corps. Par la même raison, ils disaient qu'il fallait regarder comme canoniques tous les livres qui portaient les noms des patriarches ; car ces noms désignaient les douze puissances qui opéraient la transformation de l'homme intérieur. Sans en avoir la connaissance , aucune âme ne pouvait se transformer de nouveau en la substance d'où elle était sortie. Par sa nature terrestre , le corps est au pouvoir des signes célestes et des astres , et c'est pour cela que, dans l'Écriture-Sainte , on trouve beaucoup de choses qui se rapportent à l'homme extérieur, et par là aussi on remarque le contraste entre les deux natures divines et humaines. Ils se servaient de manuscrits falsifiés des livres saints, d'écrits interpolés qu'ils regardaient comme canoniques et d'ouvrages apocryphes attribués aux apôtres. Ils avaient une grande vénération pour les ouvrages d'un certain Dictinnius, dont saint Augustin parle dans un de ses traités. Enfin ils se livraient en secret, comme les manichéens , à des actes de débauche et à des mystères impurs.

Saint Léon ne se borna pas à opposer dans sa lettre à Turibius la doctrine catholique à toutes ces erreurs ; il lui fit connaître comment il devait agir pour empêcher l'extension de cette secte. Il lui recommanda d'assembler sur-le-champ un concile , d'y réunir le clergé des provinces voisines et d'examiner, d'après les indications que le Pape lui fournissait à ce sujet, si cette hérésie n'avait pas déjà gagné des partisans et des amis jusque dans le clergé lui-même. Les évêques des provinces de Tarragone, de Carthage-la-Neuve , de Lusitanie et de Bétique étaient déjà avertis 5 mais si les troubles et les événements de la guerre ne leur permettaient pas de se réunir, il fallait au moins assembler le clergé de la Ga-

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