‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 8 sur 378 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rain , pour la placer jsur la sienne. Il exécuta donc sa trahison , et ouvrit les riches provinces de l'Empire byzantin à ces hordes avides de pillage. Mais ici la justice de Dieu attendait ce misérable pour le faire tomber dans les pièges qu'il avait préparés.

Rempli de sentiments de crainte et de jalousie à l'égard de Stilicon , tuteur d'Honorius , Rufin demanda qu'une grande partie de l'armée avec laquelle Théodose avait vaincu Eugène , ce scribe et professeur proclamé empereur après l'assassinat de Valentinien II , passât en Orient ; cette armée était encore assemblée dans la Haute- Italie, et il proposait de l'envoyer défendre la frontière orientale de l'Empire contre les Perses. Ces troupes lui paraissaient dangereuses sous le commandement de Stilicon ; dans ses projets , il était d'autant plus nécessaire de les éloigner qu'elles pouvaient tomber sur les derrières des Barbares , lorsque sur son appel ils envahiraient la Grèce. Stilicon se rendit aux désirs de Rufin et conduisit lui-même son armée en Orient. Rufin ne se montra qu'à moitié satisfait de ce mouvement , car la présence de Stilicon devait lui être fort désagréable et l'entretenir dans les mêmes craintes. Il pria donc encore Stilicon de ne pas se mettre en personne à la tête de l'armée , ajoutant que s'il y persistait , lui , Rufin , regarderait cette conduite comme un acte d'hostilité. Stilicon , de son côté, fut enchanté de ce message : car en donnant cette marque de condescendance , ses projets contre Rufin devenaient d'autant plus faciles à exécuter, que son absence de l'armée augmenterait la sécurité du ministre d'Arcadius. Il confia le commandement de l'armée à un autre étranger, un goth nommé Gainas ; et les troupes, instruites des projets de trahison de Rufin , se dirigèrent vers Constantinople. Elles s'arrêtèrent à

une petite distance de la ville , afin d'être passées en i

revue par l'empereur et son ministre. C'était le 27 no-*- !

vembre 395 . Rufin se montrait plein de joie et se croyait i

arrivé au moment de réaliser ses desseins ambitieux. Il parcourait les rangs de' l'armée , flattant les officiers et les soldats; ceux-ci l'environnent, s'approchent de liji , et , à un signal donné par Gainas , un soldat tire sop épée et la plonge dans le corps de Rufin, Son cadavre disparaît sous les coups qui se multiplient. Sa tête est plantée sur une pique 5 une pierre est placée dans sa bouche pour la tenir ouverte. L'armée fait son entrée dans Constantinople précédée de ce sanglant trophée 5 des soldats présentaient la main de Rufin , en disait ; « Donnez à ce misérable , qui n'eut jamais assez ! » Telle fut la fin de ce traître que Dieu châtia de ses crimes par la main d'autres traîtres.

On voit une preuve de la satisfaction que cet assassinat fit éprouver à l'empereur Arcadius dans les récompenses dont il combla Gainas et dans l'autorité qu'il lui confia. Il partagea avec l'eunuque Eutrope toute la faveur du jeune prince , tandis que Stilicon , dont on craignait la puissance, subit les plus durs traitements \ on prétendit qu'il nourrissait aussi des projets contraires à l'indépendance de l'Empire byzantin ; il fut déclaré ennemi de l'empereur, et les biens qu'il possédait en Orient furent confisqués. De cette conduite enyers le ministre de l'em- ' pereur d'Occident il résulta entre les deux moitiés de l'Empire romain un état d'irritation dont les suites furent d'autant plus funestes que le moment était venu de conserver l'union la plus étroite, afin d'éloigner les dangers dont on était menacé par l'invasion des Barbares, que la trahison de Rufin avait appelés en Orient.

En 396, les Goths, sous la conduite d'Alaric , avaient

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