‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 74 sur 378 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'Eutychès qu'il était animé d'un zèle sincère pour l'intégrité des dogmes de l'Église, lui fit, par sa lettre vingtième, une réponse pleine de charité et de prudence, louant son zèle , et lui annonçant qu'il porterait remède au mal aussitôt qu'il serait plus amplement informé de ceux qui en étaient les auteurs. Encouragé par cette bienveillance du Pape, Eutychès lui écrivit alors une dernière lettre , dans laquelle il lui exposait son affaire sous des couleurs fausses , mais avec adresse , donnant à entendre que la haine de ses ennemis avait été la seule cause de sa condamnation , et il appuyait son récit de toutes sortes de mensonges pour disposer le Pape en sa faveur :

« Je n'ai pas laissé , dit-il , de me présenter au concile, quoique accablé de maladie et de vieillesse, et quoique je n'ignorasse pas la conjuration formée contre moi, j'ai présenté aussitôt une requête, avec des écrits qui contenaient ma profession de foi 5 mais Tévêque Flavien n'a voulu ni la recevoir ni la faire lire. J'ai déclaré en propres termes que je suivais la foi du concile deNicée, confirmée à Ephèse. On voulait me faire confesser deux natures et anathématiser ceux qui le nient 5 pour moi , je craignais la défense du concile de rien ajouter à la foi de Nicée, sachant que nos saints Pères, Iules, Félix , Athanase et Grégoire ont rejeté le mot de deux natures ; et je n'osais raisonner sur la nature du Verbe divin , ni anathématiser ces Pères. C'est pourquoi je priais que l'on en fît rapport à Votre Sainteté , protestant de suivre en tout votre jugement. Mais , sans m'écouter, le concile étant rompu, on a publié contre moi une sentence de déposition , et ma vie même était en danger, si on ne m'eût délivré à main armée. Alors ils

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ont contraint les supérieurs des autres monastères de souscrire ma déposition, ce qui ne s'est jamais fait contre les hérétiques déclarés ni contre Nestorius même ; jusque-là que , comme je proposais en public ma confession de foi pour me justifier devant le peuple, ils empêchaient qu'on ne l'écoutât et en arrachaient les affiches. J'ai donc recours à vous , qui êtes le défenseur de la religion , puisque je n'innove rien contre la foi ; mais j'anathématise Apollinaire, Valentin , Manès, Nestorius et ceux qui disent que la chair de Notre-Seigneur est descendue du ciel, ainsi que toutes les hérésies, jusqu'à Simon-le-Magicien. Je vous prie que, sans avoir égard à ce qui a été fait contre moi par cabale , vous prononciez sur la foi ce que vous jugerez à propos , et ne souffriez pas que l'on chasse d'entre les catholiques celui qui a vécu soixante*-dix ans dans la continence et les exercices de piété. J'ai joint à cette lettre l'une et l'autre requêtes , et celle que mon accusateur a présentée au concile, et celle que j'y ai portée et qu'on n'a pas voulu recevoir, et ma profession de foi , et ce que nos Pères ont décidé touchant les deux natures. »

Eutychés , en écrivant au pape saint Léon , avait pareillement écrit à saint Pierre Chrysologue , évêque de Ravenne, pour lui recommander sa cause. Le saint évêque lui répondit, vers le mois de février 449 :

« J'ai lu tristement vos tristes lettres , et parcouru avec affliction vos affligeants écrits, car, comme la paix des églises, la concorde des prêtres, la tranquillité du peuple nous réjouissent d'une joie céleste, ainsi la division de nos frères nous afflige et nous accable, surtout quand elle a de semblables causes. Les lois humaines, par un laps de trente ans, éteignent tous les différends

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