CHAPITRE V
des hommes, et, après tant de siècles, on dispute témérairement sur la génération du Christ , que la loi divine nous propose comme inexplicable. Vous n'ignorez pas dans quels égarements s'est jeté Origène en recherchant. 1« principes, et Nestorius en disputant des natures. Les Mages ont reconnu Jésus pour Dieu dans son berceau , et des prêtres, par un procédé auquel on ne peut penser sans douleur, demandent aujourd'hui qui est Celui qui est né de la Vierge et du Saint-Esprit. Lorsque Jésus faisait entendre le vagissement de l'enfance dans U crèche, l'armée céleste chantait : Gloire à Dieu dans les hauteurs ! et maintenant que, au nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel , sur la terre et dans les enfers, on émet la question de son origine ! Nous, mon frère, nous disons avec l'Apôtre : Et si nous avons connu le Christ selon la chair , nous ne le connaissons plus de même ; noua ne pouvons scruter d'une manière injurieuse Celui que nous attendons et que nous redoutons comme notre juge.
« J'ai répondu en peu de mots à votre lettre , mon frère , et je l'eusse fait plus au long si notre frère et coévêque Flavien m'avait écrit sur cette affaire. Car puisque vous vous plaignez vous-même de n'avoir pas été entendu , comment pouvons-nous juger de ce que nous n'avons ni vu ni entendu de ceux qui étaient présents ? Celui-là n'est point un médiateur équitable qui entend tellement une partie qu'il reftise d'écouter l'autre. Nous vous exhortons sur toutes choses , honorable fVère , de vous soumettre à ce qui a été écrit par le vénérable pape de Rome ; car saint Pierre , qui vit et préside dans son Siège , donne la vérité de la foi à ceux qui la cherchent. Quant à nous, affectionnés que nous sommes pour la paix et pour la foi , nous ne pouvons entendre
les causes de la foi sans le consentement de l'évêque de Rome. »
Eutychès, toujours dans le but de gagner à sa cause le suffrage des ëvêques les plus considérés , écrivit aussi aux patriarches de Jérusalem et d'Alexandrie et au métropolitain de Thessalonique , en appelant à eux du jugement porté par le concile.
L'hérétique , par l'intervention de l'eunuque Chrysaphius, obtint que Théodose lui-même, après la condamnation prononcée par le concile , intervînt pour faire parvenir au Pape la seconde lettre d'Eutychès, en y joignant une autre de sa main impériale , par laquelle il recommandait particulièrement l'affaire d'Eutychès.
Selon toutes les probabilités, les lettres de l'empereur et d'Eutychès arrivèrent à Rome avant le rapport adressé par Flavien au Pape. L'archevêque n'avait cependant pas manqué de rendre compte à saint Léon de cette affaire, comme l'atteste la lettre suivante :
« Rien ne peut arrêter la malice de Satan : sans cesse il cherche qui dévorer; aussi l'Ecriture nous recommande-t-elle de veiller et de prier, d'éviter les questions insensées , de suivre les Pères et de ne pas outre-passer les bornes éternelles. Je vous fais donc part de ma douleur et de mes larmes , parce que le loup a ravi un de mes clercs sans que j'aie pu le sauver, quoique je fusse prêt à donner ma vie pour lui. Comment il s'est laissé prendre, comment il s'est échappé du bercail, comment il a haï la voix qui le rappelait, couru à qui le perdait , méprisé les monuments des Pères , abhorré leurs sentiers , mon épître va le faire connaître.
p II y en a qui , vêtus en brebis , sont au dedans des