CHAPITRE V
reur nous a donné une grande inquiétude j afin que par notre autorité les dissensions soient retranchées , la foi catholique conservée inviolable , les mal-pensants ramenés de leur erreur, et les bien-pensants affermis dans la foi. Cela ne sera pas difficile, puisque le prêtre Eutycbès a déclaré dam sa requête que , s'il se trouve en lui quelque chose de répréhensihle, il est prêt à le corriger. Dans ces sortes de causes , nous devons nous attacher surtout à ce que, tout à la fois , et la charité soit gardée et la vérité défendue. »
Le même jour, le Pape écrivit à l'empereur avec une prudence, une modération et une impartialité qui prouvent l'assistance divine constamment départie au Saint-* Siège. Saint Léon répondit donc à l'empereur pour réclamer, attendu qu'il n'avait pas encore reçu le rapport de Flavien, les documents nécessaires, afin de pouvoir juger en connaissance de cause. Quant à la lettre d'Eutychès, il différa sa réponse. Mais l'hérétique , sans attendre le résultat de la démarche qu'il avait faite auprès du Pape, présenta une requête à l'empereur pour solliciter la convocation d'un concile général, et il engagea ses proprotecteurs Chrysaphius et Dioscore d'Alexandrie à faine la même demande. Le faible Théodose céda à ces sollicitations et annonça, au mois de mars 449, l'ouverture du concile à Éphèse pour le mois d'août de la même année.
Prévoyant les dangers d'un concile réuni dans de telles circonstances et sous de si pernicieuses influences, Flavien , aussitôt qu'il eut reçu la lettre du Pape , s'empressa d'expédier à Rome tous les actes et documents nécessaires avec la réponse suivante :
« Eutychès veut renouveler les hérésies d'Apollinaire et de Valentin, soutenant qu'avant l'Incarnation de Jésus- Christ il y a deux natures, la divine et l'humaine; mais, qu'après l'union , il n'y a qu'une nature , et que son corps , pris de Marie , n'est pas de notre substance ni consubstantiel à sa mère , quoiqu'il l'appelle un corps humain. Nous l'avons condamné sur l'accusation de Tévêque Eusèbe et sur les réponses qu'il a faites dans le concile , découvrant son hérésie de sa propre bouche, comme vous apprendrez par les actes que nous vous envoyons avec ces lettres. 11 est juste que vous soyez instruit ; car Eutychès, au lieu de faire pénitence pour apaiser Dieu et nous consoler dans la douleur que nous sentons de sa perte , s'empresse à troubler notre Église, en affichant publiquement des libelles remplis d'injures et présentant à l'empereur des requêtes insolentes. Nous voyons aussi par vos lettres qu'il vous a envoyé des libelles pleins d'impostures, en disant qu'au temps du jugement il nous a donné une requête d'appellation et qu'il en a appelé à Votre Sainteté : ce qui n'est pas vrai; il a prétendu vous surprendre par ce mensonge. Tout cela doit vous exciter, Très-Saint Père, à déployer ici votre vigueur ordinaire. Faites voire propre cause de la cause commune ; autorisez par \os écrits la condamnation prononcée régulièrement, et fortifiez la foi de l'empereur. Il suffira que vous preniez l'affaire en main pour ramener partout la paix 5 car, par vos saintes lettres, Dieu aidant, et l'hérésie qui s'est élevée et les troubles qu'elle occasionne cesseront facilement , et vous empêcherez le concile dont on a fait courir le bruit et qui troublerait toutes les églises du monde. »
Les craintes de Flavien ne tardèrent pas à se réaliser.