‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 78 sur 378 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le parti des hérétiques alliés avec les politiques , irrité des vains efforts d'Eutychès pour obtenir la révision et par suite l'annulation des actes du concile qui l'avait condamné , se prépara à emporter par la violence, dans le concile général annoncé, le triomphe qu'il ne pouvait se procurer par des moyens légaux.

Quand saint Léon fut instruit du projet de l'empereur de convoquer une grande assemblée du clergé, convaincu que sa mission était , avant tout , de fixer les questions de doctrine qui donnaient lieu à des discussions, il écrivit immédiatement à Flavien, le 43 juin 449 , cette lettre célèbre qui est regardée comme le document dogmatique le plus important de ce siècle. *

Léon, évéque , à son très-cher frère Flavien, évéque de Constantinople.

«r Après avoir lu les lettres de votre dilection , dont « l'envoi si tardif nous a surpris , et après avoir examiné « toute la suite de ce qui a été fait par les évêques. nous a avons enfin reconnu le scandale qui s'est élevé chez « vous contre la pureté de la foi : ce qui auparavant « nous paraissait obscur , se montre maintenant à nos « yeux avec la dernière évidence. Eutychès , que sa « qualité de prêtre nous faisait considérer comme digne « d'honneurs, ne nous semble plus qu'un novateur a imprudent et ignorant à l'excès ; en sorte que c'est « précisément de lui qu'il a été dit par le prophète :

« Il ri a pas voulu comprendre pour se bien conduire;

« il s9 est préparé au désordre dans son lit (1). Car qu'y

(DP*. XXXY, 4.

« a-tr-il de plus déréglé que de forger des impiétés , « sans vouloir céder à des gens plus sages et plus éclaira « que soi ?

<c Mais telle est la folie dans laquelle tombent ceux qui « se laissent arrêter par quelques obscurités dans la con- « naissance de la vérité ; qui ne s'appuient ni sur la « voix du prophète , ni sur les écrits des apôtres, ni sur « l'autorité des Évangiles , mais sur eux-mêmes , et qui a deviennent des docteurs de Terreur, parce qu'ils « n'ont pas été les disciples de la vérité. Car quels c enseignements peut-il avoir puisé dans l'Ancien et - « dans le Nouveau Testament , celui qui n'a pas même « compris le Symbole? Le cœur de ce vieillard n'a <c pas entendu ce que la voix de ceux qui se pré- « parent au baptême proclame dans le monde entier. « Ne sachant pas ce qu'il devait penser de l'incarna- « tion du Verbe de Dieu , et pour acquérir la lumière cr nécessaire , ne voulant pas explorer le vaste domaine « des Saintes Ecritures , il aurait au moins dû prêter « l'oreille à la confession que tous les fidèles prononce cent d'une voix unanime, disant qu'ils croient en Dieu, « le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ son fils unique « engendré par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge « Marie. Par ces trois articles presque toutes les inven- « tions des hérétiques sont anéanties. Car puisque Ton « croit en un Dieu tout puissant et Père, on atteste en a même temps par là que le Fils est coéteniel avec lui, « qu'il ne diffère en rien du Père puisqu'il est Dieu de a Dieu, tout puissant du tout puissant, coéternel né

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« 4e l'Éternel. Pas plus tard dans Le temps, sans être oc moindre en puissance, ni différent en gloire, ni di~ « visé quant à la substance, c'est le même Fils éternel « du Père éternel , qui est né du Saint-Esprit et de la « Vierge Marie, Cette génération temporelle n'a point a diminué sa génération éternelle et n'y a non plus « rien ajouté; mais elle a été employée tout entière « pour la réparation de l'homme déchu, afin qu'il pût « vaincre la mort et triompher du démon , qui avait

* le pouvoir de la mort. Car nous ne pouvions pas « soumettre l'auteur du péché et de la mort , si Celui a que le péché ne peut souiller et que la mort ne peut « eaçh#îner, n'eût pris notre nature et ne l'eût faite « sienne. » (Ici le Pape cite comme preuve Matthieu, i , 1 ; Paul aux Romains, i, 1 ; Genèse, xu , 3, xii, 18; Gâtâtes, ni, 85 Isole, vu, 14; Matthieu, ï, 23; Luc, 1, 45.) Puis il continue :

« Si l'on objecte que la conception de Jésus-Christ « ayant été l'œuvre du Saint-Esprit, sa naissance n'a pas « été purement humaine, il faut répondre que Ton ne doit « pas conclure de là que le caractère nouveau de cette « création ait rien été au caractère distinctif de la nature. « Le Saint-Esprit a donné la fécondité à une Vierge, mais « la réalité du corps a été prise du corps de cette Vieiçe, « et dans cette maison qu'il s'était construite, le Verbe

* s'est fait chair et a habité parmi nous, c'est-à-dire dans « la chair qu'il avait prise de l'homme et qu'il avait rem- « plie de l'esprit de vie intelligente. C'est ainsi que cha- « que nature et chaque substance ayant conservé intactes

« ses propriétés distinct! ves, mais s9 étant réunies pour ne «c former qu'une seule personne, l'humilité a été adoptée « par la majesté, la faiblesse par la force, la mortalité par « l'éternité ; et pour effacer le crime de notre race , la « nature invulnérable s'est unie à celle qui pouvait source frir, afin que, suivant qu'il était nécessaire pour notre «c salut, le même médiateur Dieu et homme, Jésus- « Christ, pût mourir comme homme et rester éter- < nel comme Dieu. C'est ainsi que dans la nature ence tière et parfaite du véritable homme le vrai Dieu est c né, tout entier dans la sienne, tout entier dans la nôtre. « Or la nôtre est celle dans laquelle le Créateur nous « avait d'abord formés, et qu'il s'est chargé de rétablir. « Car, dans le Rédempteur, on ne voit aucune trace « du mal apporté par le trompeur et du mal accepté a par l'homme trompé. Et de même , quoique Jésusce Christ ait pris sur lui la communauté des faiblesses, il « n'a aucune part à nos fautes. Il a pris la forme de la ser- « vitudesans la souillure du péché, il a rehaussé l'huma- « nité sans rabaisser la divinité, parce que l'abaissement « au moyen duquel l'invisible s'est rendu visible, parle- « quel le créateur et Seigneur de toutes choses-a voulu « devenir un des mortels , a été l'effet de son penchant « pour la miséricorde et non point une diminution de « sa puissance. Celui-là même qui restait dans la forme « de Dieu a fait l'homme, est devenu homme lui- « même , sous la forme de l'esclave. Le Fils de Dieu « entré dans ce monde en descendant de son trône « céleste, mais sans abandonner la gloire de son Père,

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