CHAPITRE V
« celui qui en boit ne souffre plus jamais de la soif, a mais marcher d'un pied assuré sur les flots de la mer, « conjurer la tempête et apaiser les vagues de la mer, « sont des actes incontestablement d'un Dieu. Ce n'est « certes pas la même nature qui , saisie d'une profonde « douleur, pleure l'ami qui vient de mourir, et, par la « seule puissance de sa Parole , rappelle à la vie celui « qui était couché depuis quatre jours dans la tombe } « ce n'est pas la même nature qui se laisse atta- « cher à la Croix et change le jour en nuit et fait « trembler la terre ; qui se laisse percer les membres « de clous et ouvre les portes du paradis au larron * qui prononce une parole de foi ; ce n'est pas non plus « la même nature qui dit : Moi et mon Père nous som- « mes un, et: Mon Père est plus grand que moi. C'est « celte unité de personne dans chacune des deux naît tures qui fait dire que le Fils de l'homme e$t descendu « du ciel , et que le Fils de Dieu a pris corps dans le sein « de la Vierge qui l'a conçu ; que le Fils de Diçu a été « crucifié, a été enseveli, et pourtant qu'il n'a pu l'être « dans la divinité même, par laquelle il est égal au Père « en éternité et en substance , mais dans la faiblesse de « la nature humaine. C'est pourquoi tout le monde con- « fesse, dans le symbole, que le Fils de Dieu a été cru- « cifié et enseveli, conformément à ces paroles de l'A- « pôtre : S'ils l'avaient connu , ils n'eussent jamais « crucifié le Seigneur de majesté. Mais après la résur- « rection de Jésus-Christ, qui a été réellement la résur- « rection du vrai corps , puisqu' aucun autre n'a été
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« ressuscité que celui qui avait été crucifié et enseveli, « qu'est-il arrivé pendant ces quarante jours , si ce n'est « que l'ensemble de notre foi a été dégagé de toute a obscurité. Toutes les apparitions du Seigneur, tout ce « qu'il a fait et dit n'a servi qu'à faire connaître com- « ment le caractère distinctif des deux natures, divine « et humaine, est resté le même sans partage. C'est cette « sainteté de la foi qu'Eutychès méconnaît totalement , « puisqu'il ne veut pas voir notre nature dans le Fils de « Dieu, ni dans l'abaissement de la mortalité, ni dans la et gloire de la résurrection , et qu'il méprise cette parole « del'évangéliste saint Jean : Tout esprit qui confesse que ce Jésus-Christ est venu dans une chair véritable est de ce Dieu, et tout esprit qui divise (solvit) Jésus-Christ n'est « point de Dieu ; et c'est là l'antechrist. Mais qu'est-ce « que Jésus-Christ appelle solvere > si ce n'est séparer de ce Lui la nature humaine et anéantir, par d'impudentes « fictions , le mystère par lequel nous sommes tous sau- * vés. Or, celui qui est dans une si grande ignorance « sur la nature du corps de Jésus-Christ, celui-là doit « aussi enseigner, dans le même aveuglement, des « choses insensées sur la Passion. Car s'il ne tient pas la « Croix du Seigneur pour un mensonge, et s'il ne doute « pas que la mort qu'il a soufferte pour le salut du monde ce n'ait été véritable , il doit nécessairement croire à la ce véritable humanité de Celui dont il croit la mort, ce Donc, s'il confesse la foi des chrétiens, et s'il n'af race che pas de son cœur la révélation évangélique, il exacc minera quelle est la nature qui a été percée de clous ,