CHAPITRE V
« qui a été attachée à la Croix , d'où a découlé du sang
« et de l'eau lorsque le flanc du Crucifié a été percé (ut
necclesia Dei et lavacro rigaretur et poculo). Qu'il
a écoute aussi le saint apôtre Pierre , annonçant que
«l'esprit est sanctifié, quand il participe au sang de
« Jésus-Christ, et que ce n'est pas par de l'argent ou de
« For corruptible que nous sommes rachetés , mais par
« le sang précieux de Jésus-Christ, l'agneau sans tache.
« Il ne résistera pas au témoignage du saint apôtre
« quand il dit : Le sang de Jésus-Christ nous purifie de
« tous nos péchés •, et dans un autre endroit : Cette vic-
* toire par laquelle le monde est vaincu est l'effet de
r notre foi 5 et encore : Qui est celui qui est victorieux
« du monde , sinon celui qui croit que Jésus-Christ est le
« Fils de Dieu? C'est ce même Jésus-Christ qui est venu
« avec l'eau et avec le sang ; non seulement avec l'eau ,
«mais avec l'eau et avec le sang-, et c'est l'esprit qui
« rend témoignage que Jésus-Christ est la vérité. Car il
« y en a #trois qui rendent témoignage dans le ciel : le
« Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont une
« même chose. Oui, certes, l'esprit de la sanctification,
« le sang de la rédemption et l'eau du baptême, les-
« quelles trois choses ne sont qu'une et ne peuvent
« être séparées. L'Église catholique vit et se perpétue
« par cette foi que dans Jésus-Christ l'humanité n'est
« pas sans véritable divinité , ni la divinité sans véri-
« table humanité.
« Quand Eutychès vous a répondu : Je confesse que
« Notre-Seigneur était de deux natures avant l'union , et mais, après l'unipn, je ne reconnais qu'une nature, je « m'étonne qu'aucun des juges n'ait relevé un si ab- « surde blasphème $ car il n'y a pas moins d'impiété k « dire que le Fils de Dieu a été de deux natures avant « l'Incarnation , que de n'en reconnaître qu'une en Lui « après qu'il s'est fait chair. Afin qu'Eutychès nes'ima- « gine pas que sa doctrine est saine ou même tolérable, « parce que vous n'avez rendu aucune décision pour la « réfuter, nous recommandons, notre très-cher frère , * à votre diligence et à votre sollicitude , en supposant « que, par l'inspiration de la miséricorde de Dieu, « l'affaire soit conduite à un dénouement satisfaisant, « nous vous recommandons , disons-nous , de veiller à « ce que l'homme imprudent et malhabile dont nous « vous entretenons soit purifié de la tache de ses senti- « ments pernicieux. Il avait, à vrai dire, assez bien pris « le chemin d'abandonner sa vaine opinion, comme oc l'attestent les actes du synode, lorsque, pressé par t< votre résolution , il consentit à reconnaître ce qu'il <r avait refusé de reconnaître auparavant, et qu'il déclara « se soumettre à la foi, dont il s'était d'abord séparé. « Mais , comme il ne voulut pas se prêter à anathé- « matiser formellement son dogme impie, vous vous «c aperçûtes , vous et vos collègues , qu'il persistait dans a son infidélité, et qu'il méritait de subir un jugement « de condamnation. S'il en ressent une douleur sincère « et profitable, et s'il rend hommage, quoique lardive- « ment, au zèle judicieux qui a mis en mouvement l'au-
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« usité épiscopale $ ou s'il condamne de vive voix et « par écrit tous les mauvais sentiments qu'il a exprimés, « de manière à donner sur tous les points une pleine « satisfaction : vous ne serez pas réprébensibles, vous « et vos confrères, en usant alors de compassion envers «lui, autant que vous le jugérea convenable, puisque « Notre-Seigneur, le bon et véritable pasteur, çw; a « donné sa vie pour ses brebis (1), et qui est venu «non pour perdre les hommes, mais pour sauver «leurs âmes, désire que nous soyons les imitateurs <r de sa charité : de telle sorte que la justice contienne « dans leur devoir ceux qui y manquent, sans que la
* miséricorde repousse ceux qui sont touchés de re-
* pentir. En effet, la défense de la vraie foi ne triomphe « jamais avec plus de fruit , que lorsque l'erreur est a reprouvée par ses propres partisans. Au surplus , « pour terminer toute cette affaire avec piété et avec « exactitude , nous avons envoyé à notre place nos « frères Jules, évéque, et René, prêtre du titre de « saint Clément , sans compter le diacre Hilaire, notre « fils. Nous leur avons adjoint Dulcitius, notre notaire, « dont la fidélité nous est parfaitement connue : compta tant sur le secours futur de la Divinité pour ramener « dans la voie du salut celui qui s'était égaré , et qui , « nous l'espérons , détestera lui-même le sentiment dé~ < pravé qu'il a émis. Dieu vous conserve la vie et la « santé, notre très-cher frère. Donnée aux Ides de juin,
(I) Saint Luc, ebap. ix, verset 6.
« sous le consulat d'Asterius et de Protogène, person- «c nages clarissimes (1). »
Telle est cette lettre fameuse où brille d'un si vif éclat la doctrine de saint Léon , et qui nous montre le Saint- Siège jugeant la procédure du concile, l'approuvant quant au fond, mais relevant une erreur grave qui avait échappé aux évêques assemblés , enfin modérant la sentence et apparaissant plein de mansuétude et de miséricorde.
De nombreux témoignages des siècles suivants nous font connaître l'autorité dont cettre lettre jouissait dans l'Église. Le Pape saint Gelase , qui occupa le siège pontifical de 492 à 496 , prononce anathème contre quiconque fera un changement à la lettre de saint Léon, et la légende que nous allons citer prouve quelle était, parmi les peuples, la renommée de sainteté de ce grand Pape. Dans le Pré-Spirituel de Jean Moschus , moine et prêtre du septième siècle , un abbé raconte avoir entendu faire le récit suivant au patriarche Eulogius d'Alexandrie : « Grégoire, diacre distingué de Rome, m'apprit que le pieux Pape Léon, après avoir écrit la lettre à Flavien, la posa sur le tombeau du prince des apôtres, en le conjurant, par des veilles, des jeûnes et des prières, de corriger les fautes ou les erreurs qui s'y seraient glissées par suite de la faiblesse humaine. Quatre jours écoulés, l'apôtre lui apparut et lui dit qu'il avait lu sa lettre et y avait fait les corrections nécessaires. Le Pape ayant repris la lettre sur le tombeau, y remarqua en effet les corrections exécutées de la main ~de saint Pierre. »
Autrefois , à Rome , on faisait lecture de cette lettre
(1) Bp. xxiv ; édit. Qucsnel,