‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 83 sur 378 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Toutes ces lettres sont du même jour, le 13 juin 449. Le Pape ne négligeait aucune démarche pour assurer à la doctrine de l'Église un triomphe fondé sur la raison et la conviction, chea tous ceux qui avaient mission de travailler k maintenir l'intégrité de la foi.

Hais, à cette époque, comme il a été et comme il sera toujours , la cause de la vérité rencontrait contre elle l'alliance inévitable des politiques, des intrigants, des hérétiques, des prêtres lâches et corrompus, exploitant la faiblesse des princes toujours prêts à céder aux exigences des ennemis de l'Église. Il s'était formé à la cour de Constantinople un parti qui ne manqua pas de s'emparer de l'affaire d'Eutychès, comme d'un prétexte commode pour cacher ses projets et agiter les esprits de ceux dont il avait besoin de se servir. L'indécision et la lâcheté de l'empereur , livré avec tant de facilité aux impressions du moment, et qui jugeait toujours plutôt par les rapports des autres que par ses propres observations, avaient donné à son épouse Ëudocie et à son favori l'eunuque Chrysaphius un pouvoir absolu sur l'esprit de ce prince. Nous avons fait connaître l'inimitié de Chrysaphius contre Flavien et les motifs qui déterminèrent ce courtisan à se rallier à la cause de l'hérétique Eutychès. L'eunuque, pour augmenter ses forces, chercha à se créer un appui dans le clergé. Cette tentative lui fut d'autant plus facile qu'il existait dans ce corps un grand nombre d'individus égoïstes, tièdes, toujours prêts à céder k de prétendues raisons d'État et à leur sacrifier les intérêts et la liberté de l'Église ; ils étaient irrités contre ce qu'ils appelaient le zèle outré de Flavien, sa sévérité, le rigorisme qui lui faisaient préférer les biens spirituels aux honneurs , à l'autorité , à la fortune. On vit ici encore le même spectacle qu'à

l'époque de la grande lutte de saint Athanase contre l'arianisme , toute la partie pieuse et morale du clergé se rallia autour de Flavien , tandis que ses adversaires traînaient à leur suite toute la partie corrompue du siècle. Ce fait se reproduit invariablement dans toutes les guerres livrées par l'impiété et l'hérésie à l'Église catholique. Ce qui se passe de nos jours est loin de démentir cette observation.

Dans la position où il se trouvait placé, Flavien devait se rattacher avec force au Saint-Siège. Auprès de lui seul il rencontrait des sentiments conformes aux siens : toutes les vertus qui font l'ornement des ministres de l'Église et de leur chef visible, une autorité solidement établie, une fermeté inébranlable déjà éprouvée , toujours prête à défendre courageusement l'Église dans ses combats contre le mensonge et l'immoralité. Chrysaphius, comprenant toute la force que donnait à son adversaire son union avec le chef suprême de l'Église , voulut contrebalancer cette alliance, et, dans ce but, il chercha à gagner une autorité spirituelle puissamment accréditée et qui ne craindrait pas d'entrer en lutte avec l'évêque de Rome. Ce homme se rencontra dans la personne de Dioscore , évêque d'Alexandrie. Il se trouve toujours des Pilate et des Judas pour trahir Jésus et son Église. Nous avons dit que ce Dioscore avait été élu successeur de saint Cyrille. On vit, par ce choix funeste , tout ce qu'un seul homme peut susciter de malheurs. Depuis les travaux du grand Athanase, l'Egypte était la colonne de la vérité et le modèle de la piété. Dioscore lui ravit à jamais cette gloire , et la plongea dans des ténèbres qui durent encore. La fausse doctrine qu'il accrédita dans ce pays y jeta de si funestes racines que, ni les saints qui depuis cette époque ont brillé en Egypte,

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