‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 88 sur 378 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

vieillesse par aucune maturité du cœur. Toutefois, comme il ne faut pas négliger la guérison même de pareilles gens , et que le très-chrétien empereur a voulu pieusement qu'il y eût un concile d evêques , afin que toute l'erreur fût abolie par un jugement plus plein, j'ai envoya nos frères Vweque Julea, le prêtre René, 1* diacre Hilaire et le notaire Duleitiua, pour assister à ma plaee à l'assemblée de votre fraternité , et ordonner, en commun avec vous , ce qui sera agréable au Seigneur, c'est-à-dire, pour condamner d'abord cette erreur pestilentielle , et s'occuper ensuite du rétablissement de celui qui s'est imprudemment égaré? si toutefois il embras&e la dootrine de la vérité et s'il condamne nettement et pleinement , df sa propre bouche et par sa souscription, les sentiments hérétiques dans lesquels son împér,itie s'était enlacée : ce qu'il a protesté de foire dans la requête qu'il nous a envoyée 3 promettant de suivre en tout notre sentence t Après avoir reçu les lettre* de notre frère et co~évêque Flavien, nous lui avons écrit de nouveau plus pleinement sur les affaires dont il nous avait envoyé la relation , afin que , Terreur naissante se trouvant abolie, ilnfy ait par tout le monde, à la louange et à la gloire de Pieu, qu'une seule foi, qu'une seule et même confession, et qu'au nom de JésusjrÇhrist tout genou fléchisse au ciel , sur la terre et <kns les enfer*, el que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dan» la gloire de Dieu le Père (1). »

(1) Ep. iixui. -* 13 juin 149.

Si les intentions de Dioscore avaient été droites , aucun motif raisonnable ne pouvait empêcher la lecture de cette lettre du Pape au concile. Mais elle exposait avec tant de force et de clarté la doctrine que Ton voulait dénaturer; elle précisait avec tant d'évidence la primauté du SaintrSiége méconnue dès les premiers actes de ce conciliabule ; elle condamnait avec tant d'énergie l'homme et l'hérésie que l'on voulait faire triompher; en un mot, elle démasquait si bien d'avance, avec toute l'habileté qui appartient à la raison et au bon droit , tous les plans de ce complot infâme, que le parti fut pris d'empêcher la lecture de cette lettre.

A la demande du légat , Dioscore répond hypocritement : Que l'on reçoive les lettres écrites au saint concile œcuménique par notre très-saint frère Léon.

Mais au lieu de les lire, le primicier Jean , suivant le jeu convenu, propose de lire une autre lettre de l'empereur à Dioscore : ce qui fut fait par l'ordre de Juvénal de Jérusalem. Cette lettre porte que Barsumas , l'un des principaux complices, assistera au concile.

Juvénal : J'ai reçu un pareil ordre concernant Barsumas ; c'est pourquoi il est raisonnable qu'il assiste au concile.

Ensuite le comte Elpide lit la commission de l'empereur pour lui et pour le tribun Eulogue, et fait donner lecture de la lettre de l'empereur au concile, qui accusait Flavien d'avoir excité des disputes sur la foi contre Eutychès.

Thalassius de Gesaree : Suivant l'intention de l'empereur, il faut commencer par la question de la foi , toute autre affaire cessante.

Jules , légat du Pape , donne son assentiment.

Cette proposition n'entrait pas dans le plan de Dios-

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core et de ses complices. Il semblait cependant bien naturel que la doctrine d'Eutychés étant la véritable cause delà convocation du concile, y dût être l'objet d'un nouvel examen $ mais comme il aurait fallu de toute nécessité lire les décisions dogmatiques du Pape, ce qui aurait entraîné la condamnation d'Entychés , Dioscore chercha le moyen de faire suivre une autre marche aux délibérations. Alors il prit la parole :

Nous ne sommes pas assemblés pour exposer la foi que nos Pères ont déjà exposée, mais pour examiner si les nouvelles opinions conviennent aux décisions des Pères. Il faut donc commencer par cet examen. Voudriez-vous changer la foi des Pères ?

h concile : Si quelqu'un la change, qu'il soit anattème! Si quelqu'un y ajoute, qu'il soit ana thème! Gardons la foi de nos Pères.

Ils poussent quelques autres acclamations à la louange de Dioscore.

Le comte Elpide : Puisque vous êtes d'accord sur la foi, ordonnez que l'on fasse entrer l'archimandrite Eutychès.

Le concile y consent, et Thalassius de Césarée invite l'archimandrite à expliquer ses défenses.

Eutychès : Je me recommande au Père , et au Fils, et au Saint-Esprit, et à votre justice. Vous êtes témoins de ma foi , pour laquelle j'ai combattu avec vous dans le premier concile assemblé ici. J'ai entre les mains un écrit de ma foi \ fait es Je lire.

On le lit : il contient le symbole de Nicée , avec une protestation de vivre et de mourir suivant cette foi , et d'anathématiser Manès , Valentin , Apollinaire , Nestonus et tous les hérétiques , jusqu'à Simon-le-Magicien ,

et ceux qui disent que la chair de Jé^ua^Christ est des* oendue du ciel.

loi Diogène de Cyrique et Basile de Séleucie lui de* mandent Gomment donc il croyait que le Yerbe de Dieu s'était incarné et d'où venait &a chair? Eutyehès refuse de répondre , et le» chefs du concile ne l'obligent pas à s'expliquer sur cette question capitale* De plus f il» défendent aux deux interlocuteurs d'insister davantage çt ordonnent de continuer la lecture du mémoire d'Eutychès. 11 dit :

Vivant suivant cette foi , j'ai été accusé par Eusèbe , évêque de Dorylée , qui a donné contre moi des libelles qù il m'appelait hérétique , sans spécifier aucune hérésie , afin qu'étant surpris et troublé dans l'ewmen dç ma cause , il m'échappât de dire quelque! nouveauté, L' évêque Flavien m'ordonna de comparaître , lui qui était presque toujours avec mon accusateur, croyant, parce que j'avais coutume de ne point sortir de mon monastère , que je ne me présenterais pas et qu'il toç déposerait comme défaillant. En effet, lorsque je venaip du monastère à Constantinople , le ailentiaire ]Vfagpus , que l'empereur m'avait donné pour ma sûreté , me dit que ma présence était désormais inutile et que j'étais condamné avant d'être entendu. S^ déposition Je fait voir. Quand je me fus présenté à l'assemblée, on refusa de me recevoir, ni de faire lire ma confession de foi, et quand j'eus déclaré de vive voix que ma. créance était conforme à la décision de Nicée, confirmée à Éphèse, on voulut m'y faire ajouter quelques paroles. Moi, erai^ gnant de contrevenir à l'ordonnance du premier ooncile d'Ephèse et du concile de Nicée , je demandai que votre

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saint eaneile en flu informe, étant prêt à me soumettre à ce que vous approuveriez. Gomme je parlais ainsi, on fit lire la sentence de déposition que Flavien avait dressée ppiitpe mai , longtemps auparavant , comme il avait voulu î et Ygn changea plusieurs choses nui actes , comme il a été vérifié depuis à nia requête , par ordre de l'eniper eur. Car Vévêque Flavien ua «n aucun égard à ww appel interjeté vers vous , ni aucun respect pour mes cheveux blancs et les combat* que j'ai soutenus contre les hérétiques ; mais i) m'a condamné d'autorité çfeolne. ïl m'a Uvfé pour être mi* en pièces comme hérétique par la multitude amassée exprès dans la cathédrale et sur la place ; mais la Providence m'a conservé. H a fiait lire en diverses églises la sentence prononcée contre moi , et a fait souscrire les monastères , ce qui ne s'est jamais vu > cppime vous savez , jnême cootre les hérétiques 5 il Ta envoyée en Orient, et l'a fait souscrire en plusieurs endroits par les évoques et les moines qui n'avaient point été juges- C'est ce qui pi'a obligé d'avoir recours à vous et à l'empereur, afin que vous soyez juges du jugement rendu contre moi.

Nos lecteurs , qui ont suivi les débats du concilç de Constantinople , peuvent apprécier tout ce que cet exposé d'Eutychès contient d*hypocrisie, d'astuce et de faussetés.

Saint Flavien, qui, au milieu de toutes ces attaques et de ces mensonges , a gardé le silence , ne prononce cjue ces paroles : Son accusateur était Eusèbe ; ordonnez qu'il entre.

Qujoi déplus juste, puisque Eusèho devait ou justifier ses accusations ou être convaincu de calomnie. Mais le

commissaire impérial , le comte Elpide, se refuse à laisser entrer Eusèbe et dit :

L'empereur a ordonné que ceux qui ont été juges soient maintenant parties. Je réponds donc à l'archevêque Flavien que l'accusateur a rempli sa fonction; il prétend avoir gagné sa cause : ainsi le juge a fait passer en sa personne la qualité d'accusateur, comme il s'observe dans les tribunaux séculiers. Vous êtes maintenant assemblés pour juger les juges, non pour recevoir encore l'accusateur et recommencer un nouveau procès. Ordonnez donc , s'il vous plaît, qu'on lise tout le reste des actes de la cause.

Dioscore, comme on pense bien, est de cet avis, etles autres évêques le suivent. Après que tous les évêques eurent opiné pour la lecture des actes , Dioscore demanda aussi son avis au légat Jules , qui dit : Nous voulons qu'on lise les actes , a condition qu'on lira auparavant les lettres du Pape.

Le diacre Hilaire : D'autant plus que le très-saint évêquè de Rome n'a écrit ses lettres qu'après s'être fait lire les actes dont vous demandez la lecture.

Eutychès : Les envoyés du très-saint archevêque de Rome , Léon , me sont devenus suspects , car ils logent chez l'évêque Flavien , ils ont dîné chez lui et il leur a rendu toutes sortes de services ; je vous prie donc que ce qu'ils pourraient faire contre moi ne me porte aucun préjudice.

Dioscore : Il est dans Tordre de lire premièrement les actes de la cause , puis les lettres du très-pieux évêque de Rome.

Ces lettres ne furent point lues dans ce concile, maigre les promesses réitérées de Dioscore.

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