CHAPITRE VI
La lecture des actes du concile de Conslantinople donna au parti de Dioscore l'occasion de se livrer aux plus violentes injures. Toutes les fois que Dioscore fait une proposition, aussitôt tous ses complices en masse s'écrient : ce C'est sur toi que repose le salut du monde! Salut à Tévêque Dioscore ! salut à l'illustre gardien de la foi ! C'est le Saint-Esprit qui parle par ta bouche ! » Quand on donne lecture des décisions orthodoxes du concile de Constantinople , ce sont au contraire des vociférations furieuses contre Flavien et ses collègues. Ces cris partent surtout des rangs des évêques égyptiens et des moines qui ont pour chef l'archimandrite Barsumas. On voit dans cette assemblée un certain nombre de membres animés de sentiments honnêtes , indignés de tant de manœuvres iniques , mais la timidité et cette lâcheté masquée du nom de modération leur ferment la bouche ; leur silence est pris pour un assentiment. Dans toutes les grandes crises où la vérité et la justice sont attaquées , on rencontre toujours de ces honnêtes gens dont l'inaction sert à consommer toutes les trahisons.
En lisant les actes du concile de Constantinople, quand on arrive à mentionner l'accusation d'Eusèbe de Dorylée contre Eutychès et à nommer saint Cyrille, le concile d'Éphèse s'écrie : La mémoire de Cyrille est éternelle ! Dioscore et Cyrille n'ont qu'une foi! Maudit qui y ajoute ! maudit qui y retranche !
Le légat Jules : Le Siège apostolique croit ainsi.
Quand on a lu les deux lettres de saint Cyrille , où il insiste sur la distinction des deux natures , Eustathe de Bérite , pour empêcher qu'on ne tirat'avantage de cette exposition de la foi en faveur de Flavien , s'empresse de
dire que saint Cyrille , en d'autres endroits , enseigne qu'il n'y a qu'une nature du Verbe incarné.
Quand on en vient au moment où Eusèbe de DoryWe presse Eutychès de confesser detat natures après l'Incarnation et que Jésus-Christ nous est eonsubstantiel selon la chair, le concile s'écrie : Ole», brûle» Eusèbe 1 qu'il soit brûlé vif! qu'il soit mis en deux! Comme il a devise , qu'on le divise !
Dioscore : Pouvez-vous souffrir ce diaodurft , qu'on dise deux natures après l'Incarnation ?
Le concile ; Ana thème à qui le Soutient!
Dioscore : J'ai besoin de vos voix et de vos mains : si quelqu'un ne peut crier, qu'il étende la main.
Le concile : Si quelqu'un dit deux fcatttres * ana thème!
Après la lecture de la déclaration d'Eutyohës eut sa foi 9 Dioscore dit : Quelle profession de foi approuvezvous?
Le concile : Celle d'Eutychèsj Eusèbe est impie (pat* allusion à son nom qui signifie pieux).
La lecture des actes de Constantinople est suivie du triste spectacle des rétractations et des apostasies insp*4 rées par la peur. Basile de Séleutiie et Séleucus d'Àtoâ&ée, voyant que Diosèore était résolu à traiter comme hérétiques ceux qui admettaient dans le Christ d&M nâttrfes, et que les soldats du proconsul j le9 parabolétif s ou enterreurs d'Alexandrie et les moines de Barsuirtas ôdnt prêts à imposer aux évêques , à coups d'épéeft et de bâ-J tons , telle décision qu'il leur plaira , ont la lâcheté de rétracter ce qu'ils avaient dit dans le concile précédent sur les deux riatures^ et de dédarër qu'ils Regardent comme lion moins étrangers à la cotntnuniori de l'Église ceux qui distinguent délit natures en Jésus-Christ, que ceux qui le divisent en deux pêfscttines.
CHÀP1TBB VI. 223
Dioscore interroge lesévéquessur 1« décision à rendre à l'égard d' Eutychès. Juvénal de Jérusalem prend le premier la parole : Eutychès ayant toujours déclare qu'il suit l'exposition de foi de Nicée et ce qui a été fait au premier concile d'Éphèse, je l'ai trouvé très-ortho* doie et j'ordonne qu'il demeure dans son monastère et dam son rang.
Ls gokcile : Ce jugement est juste.
Doiofus d'àntioche • Sur la lettre qui m'avait été écrite par le concile de Constant inople au sujet d'Eutychès , j'ai souscrit à sa condamnation ; mais sur l'écrit qu'a tient de donner au concile où il confesse la foi de Nicfe et du premier concile d'Éphèse , je suis d'avis, comfoe vous , qu'il reprenne la dignité de prêtre et la difeddon de sa communauté.
Étieittie d'Éphèse, Thalassius de Césarée, Eusèbe d'Àncyre et tous les autres évêques votent de même , eftfepté les légats du Pape dont il n'est point fait mention dans les actes , ce qui prouve qu'ils ne voulurent {Mis y prendre part. Barsumas vote après tous les évêques $ et comme il est Syrien et ne parle pas grec , le moine Eusèbe lui sert d'interprète. Enfin , Dioscore , comme président , donne son suffrage le dernier en faveur d'Eutychès.
Ensuite Jean , primicier des notaires , donne lecture d une requête présentée par les moines de la communauté d'Eutychès en ces termes :
Touchés des promesses de Dieu , nous avons quitté nos biens , nos dignités, nos charges et nos espérances, pottr former Une communauté de moines jusqu'au nombre de trois cents r sous la conduite du très-pieux archimandrite Eutychès , et nous y vivons la plupart
depuis plus de trente ans. Mais le révérendissimeévêque Flavien , au lieu de nous encourager et de nous protéger, a opprimé notre pasteur par des calomnies, et, l'ayant déposé, nous a fait dire par le prêtre Théodose, accompagné de quelques autres clercs , de nous séparer de lui , de ne pas même lui parler, et de conserver à Flavien les biens du monastère au nom des pauvres: car c'était là à quoi il tendait; autrement, que nous serions privés , avec notre abbé , des divins mystères. En effet, le saint autel que Flavien lui-même avait dressé six mois avant cette entreprise est sans sacrifice ; nous sommes demeurés liés de cette injuste censure jusqu'à votre saint concile , et quelques-uns de nos frères sont morts en cet état. Nous avons passé dans cette affliction la fête de la Nativité de Notre-Seigneur, celle de l'Epiphanie et celle de la Résurrection, où les évêques donnent l'absolution à la plupart des pécheurs et où les princes font grâce aux criminels. Il y a neuf mois que nous souffrons cette rigueur, observant en tout le reste les exercices ordinaires de la règle monastique. C'est pourquoi nous vous supplions d'avoir compassion de nous , de nous rendre l'usage des sacrements , et d'imposer à celui qui nous a ainsi traités la peine de son injustice.
Cette requête est signée de trente-cinq moines. Dioscore n'interroge nullement Flavien sur les motifs qui l'ont fait agir; il se co'ntente de demander leur confession de foi aux moines , qui déclarent qu'elle est conforme à celle d'Euty chès. Sur l'avis de Juvénal et des autres évêques, ces moines sont déclarés absous et rétablis dans la communion de l'Église et les fonctions de leurs ordres.