CHAPITRE VI. 2SI
dan* 665 luttes contre l'erreur; les attentats de la puissance séculière contre l'Église , contenus ou réparés par la fermeté et la persévérance des évéques , ne rencontrent plus aucun frein ; la destitution , l'exil et la mort attendent ceux qui veulent rester fidèles à la cause de la vérité et de la justice ; l'époque terrible de la persécution arienne, sous Constant et Yalère , semble à la veille de revenir , plus oppressive encore , car cette persécution nouvelle n'émane pas seulement de la main des hérétiques condamnés par la voix unanime de l'Église, mais des évéques les plus haut placés qui, coalisés avec h puissance temporelle , menacent leurs frères des {dus abominables cruautés!
Ah ! l'humanité sera-t-elle donc privée des bienfaits de la civilisation chrétienne? L'Incarnation du Fils de Dieu , ses souffrances , sa mort sanglante sur la Croix , ces mystères et ces sacrifices adorables de la bonté divine seront-ils perdus pour le salut du monde? Le sang de tant de martyrs aura-t-il inutilement coulé pendant plus de quatre siècles? Nos générations sans foi et sans amour ne peuvent comprendre quelles étaient, dans ces siècles primitifs de la régénération chrétienne, les angoisses des peuples en présence de cette grande trahison d'une portion de l'Église de Jésus» Christ ! La ftri et la confiance se soutenaient cependant, les regards fixés sur le Pape et sur le petit nombre d'évêques restés fidèles. Plusieurs d'entre eux avaient souffert le martyre, et le martyre a toujours fait triompher la cause pour laquelle il a été consommé.
Eusèbe de Dorylée et Flavien ont eu la gloire d'être martyrs pour la foi dans le conciliabule d'Ephèse. Eusèbe fut mis en prison , déposé de son siège et envoyé en exil ) il parvint à se sauver , et après avoir couru
toutes sortes de dangers et enduré bien des souffrances, il se réfugia à Rome , où saint Léon le [reçut dans sa communion. Eusèbe resta à Rome jusqu'à l'époque de la convocation du concile de Chalcédoine, où nous le verrons continuer sa mission de défenseur de la foi*
Après les cruels traitements dont il fut accablé à Éphèse , les bourreaux de Flavien le jetèrent aussi en prison et, le lendemain, le traînèrent, mourant, en exil. Arrivé à Épipe , en Lydie , il expira le troisième jour. Les évêques du concile de Chalcédoine étaient tellement convaincus que la mort de Flavien provenait des mauvais traitements qu'il avait subis, qu'ils traitèrent Dioscore d'assassin, de Caïn, pour avoir fait mourir son frère dans le sacerdoce. Ce même concile, en 451 , mit Flavien au nombre des saints et des martyrs, et rendit de grands honneurs à sa mémoire. Le diacre Hilaire étant devenu Pape , fit représenter, en mosaïque , le martyre de saint Flavien dans un oratoire qu'il Construisit à Rome (1).
Parmi le petit nombre d'évêques restés fidèles , nous devons encore signaler Théodoret, évêque de Cyr, célèbre , à cette époque , par ses écrits et son éloquence. Il était né à Antioche, vers l'année 387. Ses parents étaient nobles , riches et pieux. Sa mère , après treize ans de stérilité, obtint ce fils par les prières d'un fameux solitaire, nommé Macédonius; c'est pourquoi il fut appelé Théodoret , Dieu-Donné. Il reçut souvent dans son enfance la bénédiction de saint Pierre de Galatie et de saint Aphraate ; heureux les enfants sur la tête desquels tombe la bénédiction des saints , dans ce monde, ils sont marqués d'un signe qui attire particulièrement l'abondance des grâces divines ! Suivant leur
(1) Saint Prosper, Chron.; Nicëphore, Chrcnol. ; Baron., an 449.