‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 93 sur 378 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

promesse, les parents de Théodoret le consacrèrent à Dieu dès le berceau. Il fiât élevé dans un monastère près d'Antiocbe. Pour son malheur, il contracta amitié avec Nestorius et Jean, depuis évéque d'Antioche, et devint fort célèbre par sa doctrine et son éloquence. Outre le syriaque , il savait le grec et l'hébreu. Vers l'an 423,. il fut élevé, malgré lui, à l'épiscopat, après avoir vécu jusqu'à cette époque dans le monastère dont il observa toujours la règle.

La ville de Cyr, dont il fut évêque, était dans la partie de la Syrie nommé Euphratisienne ; les juifs passaient pour l'avoir fondée en l'honneur de Cyrus, au retour de la captivité. Elle était peu considérable par elle-même , mais elle avait huit cents paroisses dans sa dépendance. Aussitôt après la mort de ses parents, Théodoret distribua son riche patrimoine, ne conservant pour lui ni maison, ni terre, ni même un tombeau. Lui et les siens ne reçurent jamais rien de personne , pas un habit, pas un pain ; il ne possédait que les haiUpns dont il était vêtu. Autant il négligeait sa personne, autant il s'occupait de sa ville épiscopale. Il bâtit des galeries publiques , deux grands ponts , fit réparer les bains ; il construisit un aqueduc pour distribuer abondamment de l'eau dans la ville et creusa un canal pour empêcher les débordements de la rivière. Il intervint auprès de l'impératrice Pulchérie pour obtenir le soulagement du pays accablé d'impôts.

Son zèle pour les biens spirituels fut plus actif encore et plus fécond. Il convertit et baptisa plus de dix mille marcionites en huit bourgades ; il convertit aussi une autre bourgade d'eunomiens et une d'ariens ; en 449 il ne restait plus un seul hérétique dans le diocèse de Cyr. Ah ! quelle bénédiction pour un pays que ces pasteurs

dévorés du salut des âmes, et qui n'épargnent ni peine* ni sacrifices pour propager la foi I Théodoret répandit souvent son sang , se vit poursuivi à coups de pierre et en péril de mort. Il reconnaissait avoir été beaucoup aidé dans le succès de ses conversions par les prières des saints dont il possédait les reliques , et surtout par saint Jacques, l'anachorète, dont il a écrit la vie. Toute son existence fut un long combat contre tous les ennemis de la religion, les païens, les juifs, les marcionites, les ariens, les eunomiens, les apollinaristes, et plus tard les nestoriens, les eutychéens. Il parlait, il écrivait sans cesse contre eux. Ses principaux ouvrages sont : une histoire ecclésiastique , de Tan 324 à 429 5 plusieurs commentaires sur la Bible ; une histoire des anciennes hérésies, sous le titre de : Fables hérétiques; des sermons et des discours ; la vie de trente solitaires ses contemporains; ses lettres (4). Antioche était le siège principal de ses prédications et de son enseignement. Il excitait souvent les applaudissements de ses auditeurs , qui battaient des mains et se levaient transportés d'admiration. Ces applaudissements contribuèrent peut-être à l'entraîner dans la fausse voie où il erra pendant quelque temps. Parmi ses admirateurs se trouvaient des nestoriens qui le séduisirent par leur apparence d'austérité. Il prit une part très-vive à la polémique contre saint Cyrille et le concile d'Éphèse, et, aveuglé par la passion, il ne vit pas les impiétés de la doctrine de Nestorius. Sa résistance à la condamnation prononcée contre cet hé— rétique lui mérita un ordre de l'empereur de se retirer dans son diocèse de Cyr, avec défense d'en sortir. Ce grand homme était trop sincère , trop ami de la vérité

(1) Voyez redit, de «es œuvres par le P. Sirmond. -r 4 vol. in-folio, 1642.

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poursuivre longtemps cette finisse direction. Il ne tarda pas à ouvrir les yeux, et il s'éleva avec force contre les sectaires qui l'avaient trompé. Après s'être réconcilié avec saint Cyrille il anatfaématisa Nestorius. L'hérésie cfEutyehès la compta aussi parmi ses plus rudes adver* «tires, oe qui lui valut l'honneur d'être déposé dans le conciliabule d'Éphèse.

Théodoret ayant appris sa condamnation, se décida k envoyer à Rome quelques-uns de ses ecclésiastiques , chargés de plusieurs lettres , et d'une , entre autres , trWtëveloppée, k saint Léon. Elle est remarquable par les sentiments qu'elle manifeste et par la reconnaissance formelle de la primauté du Saint-Siège. Il commence par déclarer que le Saint-Siège tient le premier rang en tout, et que c'est lui qui porte le remède k toutes les églises blessées $ il s'étend sur les louanges de Rome et de saint Léon en particulier, relève son zèle contre les manichéens et sa lettre k Flavien, qu'il déclare avoir lue et admirée comme le langage du Saint-Esprit. Puis, tenant à parler de 1'aflfeire qui le concerne , il se plaint de l'injustice de Dioscore, qui l'a condamné sans l'appeler et sans l'entendre, absent et éloigné de trente* cinq journées. Il représente ses travaux pour l'Église et dit :

« Il y a vingt-six ans que je suis évêque sans avoir rcçu aucun reproche , ni sous Théodote , ni sous les évéques d'Àntiocbe ses prédécesseurs. J'ai ramené à l'Église plus de mille marcionites et quantité d'ariens et d'eunomiens : il ne reste pas un hérétique dans les huit cents paroisses que je gouverne. Dieu sait combien j'ai reçu de coups de pierres et quels combats j'ai soutenus contre les païens et les juifs ! J'ai écrit plusieurs

ouvrages depuis vingt ans, on peut y voir aisément si j'ai gardé la règle de la foi ou si je m'en suis écarte'.

« Ne rejetez pas , je vous supplie , ma très-humble prière , et ne méprisez pas ma vieillesse chargée d'opprobres après tant de travaux. Avant toutes choses , je désire savoir de vous si je dois acquiescer à cette injuste déposition. J'attends votre décision. Si vous m'ordon- J nez de m'en tenir à ce qui a été jugé, je le ferai; je ! namportunerai plus personne et j'attendrai le jugement de Dieu. Il m'est témoin que je ne suis pas en peine de mon honneur , mais du scandale , et de ce que plusieurs parmi les simples , principalement parmi les hérétiques $ convertis, peuvent me regarder comme hérétique, voyant l'autorité de ceux qui m'ont condamné, et n'é- I tant pas capables de discerner la doctrine ni de consi- i dérer que, depuis tant d'années d'épiscopat, je n'ai ac- i quis ni maison , ni terre , ni sépulcre , pas même une ! obole; mais j'ai embrassé la pauvreté volontaire, ayant j distribué mon patrimoine aussitôt après la mort de mes i parents , comme sait tout l'Orient. Je vous écris ceci par » les prêtres Hypatius et Abraham , chorévêque , et Alypius, exarque des moines qui sont chez nous, ne pouvant aller moi-même vers vous , à cause des ordres de 1 l'empereur, qui me retiennent comme les autres. »

Il chargea les mêmes députés de trois autres lettres : à René, prêtre de l'Église romaine et un des légats pour le concile d'Éphèse, dont Théodoret ignorait la mort; il lui dit : « Je prie donc Votre Sainteté de persuader au très-saint archevêque (de Rome) qu'il use de l'autorité apostolique et qu'il me commande d'accourir a votre concile. Car ce Très-Saint-Siége a le gouvernement de toutes les églises du monde, et cela par un

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