CHAPITRE VI
grand nombre de titres , principalement parce qu'il n'a jamais été infecté d'aucune hérésie , et jamais aucun ne s'y est assis qui n'ait conservé entières la foi et la grâce apostoliques. Quoi que vous jugiez, nous y acquiescerons avec amour, convaincus de votre équité. »
La seconde lettre est adressée à l'archidiacre de Rome, Hilaire , à qui Théodoret parle comme ne sachant pas qu'il avait été à Éphése. La troisième lettre est écrite à un évêque nommé Florentius ; mais il parie au pluriel, voyant dans sa personne les évêques d'Occident appelés , avec saint Léon, à prendre connaissance de sa cause.
Enfin, à la même époque il écrivit aussi au patrice Anatole, témoignant toute sa confiance dans l'autorité du Saint-Siège : « Ce que le très-saint archevêque de la grande Rome, le seigneur Léon, a écrit à Flavien de sainte mémoire et aux autres qui ont été assemblés à Ephèse , est tout à fait d'accord avec ce que nous avons écrit nous-mêmes et continuellement prêché. Aussi, dès que je pus lire ces lettres , je bénis le Dieu de bonté de ce qu'il n'avait pas entièrement abandonné les églises , mais conservé encore une étincelle d'orthodoxie. Que dis-je? une étincelle! mais plutôt un flambeau immense, capable d'illuminer tout l'univers. » Il prie Anatole d'obtenir pour lui de l'empereur la liberté de se rendre en Occident , pour être jugé par les évêques du pays, ou du moins de se retirer dans son monastère; car il avait appris qu'on voulait le chasser de sa ville épiscopale de Cyr (1).
La députation de Théodoret fut très-bien reçue par saint Léon, qui le rétablit dans Tépiscopat. L'empereur
(1) Théodoret, Ep, cxm, cxvi, ci vu, cxvm, exix.
$88 SAINT LÉOK-LE-OBAND.
lui permit de se retira* dans son monastère > où Ton croit qu'il composa son histoire ecclésiastique ; dans cette retraite il écrivit encore plusieurs lettres pour sa justification et la consolation de ses amis. Nous Retrouverons cet illustre évêque au concile de Chalcédoine.
Vers le même temps , un conflit qui éclata entre deux évêques des Gaules montra l'empressement universel à réclamer l'exercice de la primauté du Saint-Siège.
Saint Hilaire étant mort en 449, eut pour successeur Ravennius, le même qu'il avait envoyé à Rome. Les évêques de la province avertirent le Pape de cette élection , et saint Léon leur répondit le 22 août 449 : * Noua confirmons par notre jugement la bonne œuvre que vous avez faite en consacrant , dans la ville d'Arles , après la mort d'Hilaire , de sainte mémoire, un homme que nous n'estimons pas moins , notre frère Ravennius ^ et cela d'un consentement unanime, selon les désirs du clergé, des magistrats et du peuple. * Il écrivit aussi à Ravennius dans le même sens (4). Un des premiers actes de ce pontife fut de sacrer un nommé Àuspicius , évêque de Vaison , usant des privilèges qui avaient été enlevés à Hilaire pour les donner à Tévêque de Yienne. Celui-ci, blessé de ce procédé , envoya des députés à Rome pour se plaindre au Pape. De leur côté, les évêques de la province d'Arles avaient aussi fait partir une députation pour prier saint Léon de rendre à Ravennius les privilèges retirés à saint Hilaire. « Vos prédécesseurs , disaient-ils , ont voulu que l'Église d'Arles eût l'autorité dans les Gaules , comme t Église romaine a la primauté dans le monde entier. » Le 5 mai 450 , saint Léon ,. par sa réponse , confirma l'autorité qu'il avait déjà attribuée
(1) Bp, XXXVI, XXXVII, XXXV11I.
OHAPITME Vie 859
à l'éveque de Vienne contre la prétention de saint Hilaire d'Arles , et ordonna que l'éveque de Vienne présiderait aux quatre villes voisines \ Valence , Tarentaise , Genève et Grenoble, et que les autres villes de la même province seraient sous la conduite de l'évêquè (TArles (4).
De tous côtés, quand une difficulté se présente, quand un différend s'élève, quand un doute se manifeste, quand une crise surgit, quand une décision doit être prise, tous, évêques, prêtres, empereurs, orthodoxes, hérétiques, tous s'adressent spontanément au Pape comme à l'autorité suprême qui, seule, possède le droit de juger en dernier ressort. Dans les circonstances si graves et si tristes au milieu duquelles les attentats du conciliabule d'Éphèse avaient placé l'Église, avec .quelle anxiété tous les regards des honnêtes gens étaient fixés sur le seul homme qui pouvait délivrer l'Église, l'évêque de Rome , Léon !
Le Pape lui-même était dans une grande inquiétude touchant les affaires en Orient et s'étonnait de ne rece-* voir aucunes nouvelles 5 ayant rencontré l'occasion du départ d'un personnage considérable et sur , nommé Eupsychius , il écrivit , le 4 1 août 449, à saint Flavien, pour lui faire connaître toute son anxiété :
« Léon , évêque, à Flavien, évéque.
«Nous sommes chaque jour plus inquiet de votre silence , n'ayant reçu depuis longtemps de votre part aucune sorte d'écrit : attentif cependant à partager vos
(1) Ep. L.
soins pour la défense de la foi , nous votts avons fréquemment adressé nos lettres par des occasions favorables , afin de vous assister et de vous consoler par nos exhortations, et de vous empêcher de succomber aux attaques de vos ennemis , nous voyant prendre part à tous vos travaux. Nous supposons que nos légats sont arrivés , il y a longtemps , aviprès de vous ; vous vous souvenez qu'ils vous ont fait connaître notre volonté plus pleinement encore que n'ont pu le faire nos lettres et nos instructions écrites ; nous vous avons aussi renvoyé Basile, comme vous en aviez témoigné le désir. Maintenant, afin que vous ne pensiez pas que nous ayons laissé échapper la moindre occasion de correspondre avec vous, nous vous avons expédié cette courte missive, par l'entremise de notre fils Eupsychius, personnage qui possède notre estime et notre affection , pour vous engager à répondre en toute hâte à nos lettres précédentes, et à nous tenir désormais au courant de vos démarches, de celles de nos légats, et de la conclusion de toute cette affaire : en sorte que nous puissions adoucir, par de meilleures nouvelles, l'inquiétude dont nous sommes actuellement saisis au sujet de la défense de la foi. Donné le troisième jour avant les Ides du mois d'août, sous le consulat d'Astérius et de Protogène , personnages clarissimes (4). »
Ce ne fut qu'à la fin de septembre , après l'arrivée à Rome de son légat , le diacre Hilaire, que saint Léon
(l) Ep, xxxv. — Quesnel.