‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 95 sur 378 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

eut connaissance de tout ce qui s'était passé à Éphèse. Nous avons vu que ce diacre , qui se montra courageusement fidèle à ses devoirs , fut obligé de se sauver en secret , après le conciliabule , pour échapper aux poursuites des ennemis de la foi. Après avoir parcouru, au milieu de nombreux dangers , des chemins inconnus et impraticables , il parvint à gagner Rome , où il rendit un compte détaillé au Pape de tous les événements accomplis. Hilaire se regarda toujours comme redevable de sa délivrance à une protection toute particulière de Dieu, par l'intercession de saint Jean l'évangéliste , patron de la ville d'Éphèse. Étant devenu pape , il éleva une chapelle en son honneur, avec cette inscription : A son libérateur, le bienheureux Jean Évangéliste , Hîlarius, évêque , serviteur du Christ.

La douleur que saint Léon éprouva, en apprenant les attentats commis à Éphèse, ne fut égalée que par sa ferme résolution de répondre à la confiance de la chrétienté qui l'appelait à sauver l'Église des périls qui la menaçaient. Réprimant , avec la force d'âme qui lui était naturelle , les émotions pénibles qui l'agitaient , il prit immédiatement, avec l'activité la plus infatigable, les mesures propres à guérir les coups meurtriers portés au cœur de l'Église. Précisément à cette époque, un concile se réunissait chaque année à Rome ; il assembla aussitôt tous les évêques présents et leur exposa les violences et les crimes commis à Éphèse. D'une voix unanime , tous les actes de ce conciliabule furent condamnés. Plusieurs lettres écrites par le Pape font connaître les résolutions prises dans cette assemblée d'évêques de l'Occident.

Le 43 octobre il adressa à l'empereur Théodose deux lettres pleines de dignité,, de fermeté et de calme, mais animées d'une indignation énergique contre les sacri-

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léges du brigandage d'Éphèsej ces deu* lettres disent a peu près la même chose, et furent sans doutet pçur plus de sûreté, envoyées par deux voies différentes,

Léon, évéque, au très-glorieux et très-clément empereur Théodose.

« Depuis longtemps , et dès le commencement de no* tre pontificat, au milieu de la célébration des conciles, nous avons reçu du prince des apôtres, saint Pierre, une si grande confiance, que nous nous flattons d'avoir l'autorité nécessaire pour défendre la vérité et nous maintenir en paix : la vérité , protégée par ce boulevard , résiste à toutes les agressions ; personne ne peut se promettre de l'ébranler sur quelque point que ce soit, lorsque les attaques dirigées contre elle sont repoussées sur-le-champ. Cependant nous avons acquis la certitude que le concile d'évêques, qui s'est tenu par votre ordre dans la ville d'Éphèse, pour l'affaire de Flavien, porte préjudice à la foi et blesse toutes les Églises ; nous avons été informés de ce résultat non par des rapports peu dignes de créance, mais par les évêques mêmes que nous avions envoyés au concile en qualité de légats, et par notre diacre Hilaire, fidèle historien de tout ce qui s*est passé. Ce qui a donné lieu à une pareille faute , c'est que les prélats qui composaient l'assemblée ont prononcé sur la foi et sur les personnes égarées , sans apporter dans leurs décisions cette pureté de conscience et cette droiture de jugement dont on a coutume de faire

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preuve en semblable occasion. Nous savons même que tous les membres du concile n'ont pas assisté à la sentence. Car nous avons appris qu'on en a rejeté quelquesuns, pour en introduire d'autres, qui ont prodigué aveuglement, au gré de l'évêque d'Alexandrie, les signatures impies qu'on leur arrachait, faiblesse qui les exposerait, sans aucun doute, à la perte de leur dignité, s'ils nV vaient cédé à une contrainte manifeste \ et que Dioscore avait rendu par leur organe un jugement qui est de nature à exercer dans toutes les Églises les plus cruels ravages. Nos légats, députés par le Saint-Siège, témoins dune conduite si impie et si contraire à la foi catholique, se sont empressés de nous en donner connaissance.

« Vous donc, Seigneur, qui êtes le meilleur des princes , souvenezr-vous de votre piété , nous osons vous en conjurer, et ne laissez pas peser sur votre conscience le danger que pourraient courir la religion et la foi ; ne souffres pas que la présomption des hommes fasse violence à l'Évangile de Jésus-Christ. Les autres évêques , nies confrères , et moi , très-chrétien et vénérable empereur, nous remplissons envers Votre Majesté le devoir d'une sincère affection , et nous souhaitons avec ardeur que vous soyez en tout agréable à Dieu, à qui l'Église adresse des supplications en votre faveur. Nous voulons aussi nous mettre à couvert des justes jugements du Très- Haut, et prévenir la condamnation que nous pourrions encourir à son redoutable tribunal pour avoir gardé un lâche silence. Nous vous en prions donc, en présence de

la Trinité indivisible du Dieu unique que nous adorons , et qui est offensé d'un pareil outrage, quoiqu'il soit luimême le gardien et le fondateur de votre empire ; nous vous en prions en présence des saints anges de Jésus- Christ , ordonnez que toutes choses resteront dans l'état où elles étaient avant qu'il n'intervînt aucun jugement, jusqu'à ce qu'on ait formé une assemblée plus nombreuse d'évêques , appelés de tous les points de l'univers. Ne laissez pas retomber à votre charge des fautes qui, jusqu'à présent, vous sont étrangères 5 car nous sommes forcés de le déclarer, nous craignons que Celui dont on veut ruiner la religion ne témoigne enfin son indignation , qu'on affecte de braver, et ne fasse sentir aux prévaricateurs tout le poids de sa colère. Remettez-vous devant les yeux , considérez avec toute la dévotion et toute l'attention d'esprit dont vous êtes capable, la gloire impérissable de saint Pierre , les couronnes brillantes que les autres apôtres partagent avec lui , les palmes immortelles des martyrs , qui n'ont eu d'autre but dans leurs souffrances que de sceller de leur sang la confession d'une vraie divinité et d'une vraie humanité dans la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

ce Comme cet ineffable mystère se trouve maintenant attaqué avec une audace impie par une poignée d'imprudents, toutes les Églises, tous les évêques de nos contrées portent aux pieds de Votre Majesté leurs gémissements et leurs larmes. Nos légats ayant eu soin de faire leurs réclamations, et l'évêque Flavien leur ayant remis, de son côté , un acte d'appel en bonne forme , tout le

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