CHAPITRE VI
Lé» évéques du concile étaient encore à Rome lorsque, vers la fin de juin de cette année 450, arrivèrent l'empereur d'Occident Valentinien IÎI, avec les impératrices Plaeidie , sa mère , et Eudoxie , sa femme ; ils avaient quitté Rarenne pour venir prier, le jour de la fête de saint Pierre, sur le tombeau des saints apôtres. Le Pape, qui avait le cœur toujours profondément triste des malheurs de l'Église , considéra l'arrivée de l'empereur et des princesses comme une belle occasion offerte par la Providence pour utiliser leur intervention. Au moment où ils étaient dans la basilique de Saint- Pierre, en prières devant le tombeau du grand apôtre , saint Léon entra, revêtu de ses habits pontificaux, suivi de tous les évêques du concile 5 après une courte prière, le Pape et son cortège s'approchèrent de l'empereur et des princesses, qui se levèrent aussitôt, par respect pour le vicaire de Jésus-Christ. Saint Léon, si naturellement doué d'éloquence , trouvait encore dans les sentiments qui l'oppressaient des inspirations plus émouvantes ; «près avoir salué les trois majestés impériales , il commença son discoure.... que les larmes et les sanglots interrompaient L'éloquence de ses paroles, et ses larmes plus éloquentes encore représentèrent si vivement et si pathétiquement la grandeur du mal, l'énormité de l'horrible persécution que souffrait l'Église par la tyrannie exercée dans le conciliabule d'Ephèse et par la trahison de ceux qui avaient surpris la religion de Théodose , que tous lés témoins de cette magnifique scène , l'empereur lui-même et les impératrices , ne purent retenir aussi leurs larmes Saint Léon leur montra le
danger qui menaçait la foi par les attentats commis à Éphèse et par l'injuste déposition de Flavien ; il les conjura , au nom des restes vénérés du saint apôtre sur le
tombeau duquel ils venaient de prier , au nom de leur propre salut et de celui de Théodose, d'écrire à ce prince pour l'engager à réparer les désordres exercés dans le conciliabule et à convoquer en Italie un concile de tous les évêques du monde , afin que l'évêque de Rome pût examiner avec soin toute cette affaire et en juger suivant les règles de la foi.
Tout le peuple présent dans la basilique de Saint- Pierre, en ce moment solennel, entraîné par la parole et l'émotion du grand et saint pontife, fit entendre des prières et des acclamations pour unir ses instances à celles du Pape et des évêques.
L'empereur et les impératrices ne purent résister à ces imposantes sollicitations, et ils écrivirent immédiatement les lettres les plus pressantes. La lettre de Valentinien à Théodose prouve combien le respect de la primauté du Saint-Siège était déjà , à cette époque, profondément enraciné dans les intelligences. Il écrit à l'empereur d'Orient : « Puisqu'il est de votre devoir de dé- « fendre la foi que nous avons reçue de nos aïeux , il « faut, pour remplir ce devoir, que vous interveniez, « afin que l'évêque de Rome , à qui l'antiquité a donné « la primauté sur toutes les églises , puisse avoir la lier berté de juger de la foi et des évêques. Car c'est pour « cela que, suivant les conciles , l'évêque de Constant*- «c nople en a appelé à lui. le vous prie donc de laisser «tous les autres évêques du monde s'assembler en Italie, « afin que le Pape prenne connaissance de toute la cause « et en porte un jugement conforme à la foi. » Les deux impératrices écrivirent dans le même sens. Placidie, après avoir raconté la scène que nous venons de décrire, termine par ces paroles sa lettre à Théodose : « Veuillez « ordonner que, suivant la forme et la définition du
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c Siège apostolique que nous-mêmes vénérons comme v tout le monde, à cause da sa prééminence , Flavien « conserve en tout son rang d'évêque , et qu'on renvoie « le jugement au concile demandé par le Siège apo- «stoBque, dans lequel celui qui a été jugé digne de « recevoir les clefs du ciel a , le premier, établi la principauté de l'épiscopat (4). » Placidie écrivit encore à Pulchérie, sœur de Théodose , pour la décider à intervenir en faveur des mesures réclamées par le Pape. Us réponses de Théodose à saint Léon et à Valentinien présentent une preuve de plus de l'incroyable ignorance dans laquelle il vivait sur la situation véritable de l'Église. Les fautes les plus funestes et les malheurs, suites de ces dûtes , sont la conséquence nécessaire de la conduite des princes qui veulent se mêler des affaires de l'Église , sans consulter ses chefs et surtout le Saint- Kege. A la demande faite par saint Léon d'un nouveau concile, Théodose répond que le concile de Nicée est suffisant, sans qu'il soit besoin d'en assembler un autre. A Valentinien, il répond « qu'il ne veut nullement abandonner la foi de ses ancêtres , et que c'est précisément pour son maintien qu'il avait convoqué un concile à Éphèse. La plus grande liberté y avait régné dans les délibérations, et le résultat en avait été raffermissement de la vérité. Ceux qui avaient été jugés indignes du sacerdoce en avaient été dépouillés, et ceux, au contraire, qui en avaient été injustement exclus avaient été réintégrés. Les discussions qui avaient rendu nécessaire la convocation du concile devaient être regardées désormais comme terminées par un arrêt de Dieu ; Flavien, convaincu d'avoir voulu soulever des troubles
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et introduire des nouveautés coupables , avait reçu la punition méritée. Depuis son éloignement, la paix et l'union régnaient dans l'Église , et la vérité seule était enseignée. *
Manoeuvre à l'usage des ennemis de l'Église dans tous les siècles ! Ce sont les défenseurs de la liberté opprimée qui sont accuses d'être des fauteurs de troubles ! Ce sont les défenseurs de l'orthodoxie qui sont accusés de prêcher des nouveautés ! Forcez-les au silence et chassezles, la paix et l'union sont rétablies : ce qui prouve qu'ils étaient les véritables auteurs des divisions et des discordes!
Au cinquième siècle , le grand et saint Pape Léon ne se contentait pas de ces arguments émanés des habiles politiques de la cour de Constantinople. Il poursuivit donc ses réclamations pour la liberté de l'Eglise et la convocation d'un nouveau concile.
Si les dispositions manifestées par l'empereur d'Orient n'étaient guères encourageantes , si elles lui donnaient la triste certitude qu'il n'y avait pas à compter sur Théodose pour mettre fin aux troubles qui agitaient l'Église, il éprouva d'autant plus de consolation des réponses qui lui parvinrent aux lettres qu'il avait adressées à l'impératrice Pulchérie , au clergé , au peuple et aux archimandrites de Gonstantinople ; tous protestaient de leur inviolable attachement à la cause de Flavien et de leur énergique désapprobation de tout ce qui s'était fait à Éphèse. Le 17 juillet 450, le Pape leur répondit en les félicitant de leur zèle et de leur fidélité, et en les encourageant à défendre la foi de l'Incarnation* Il écrivit une seconde lettre au clergé , aux magistrats et au peuple de Gonstantinople pour les remercier des acclamations qu'ils lui avaient envoyées en faveur de Flavien. Il leur