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LE MESNIL-ESNARD

Ecclesia de Menileio, 1144. De Mesnillo Enardi, 1200. De Maisniilo Enardi, 1207. De Maîsnil Enardi, 121 2. Mcinilium Euardi, Eude R. Mesnil Enart, 1462. Menil Enard, Tous. Duplessis.

La Sainte-Vierge.

Nous avons compris dans les propriétés des religieux, situées en la paroisse de Saint-Léger-du-Bourg-Denis, la ferme de La Lande parce que la déclaration faite au roi en 1752 la désigne ainsi et que les autres n'en font pas mention, cependant elle dépend aujourd'hui de la paroisse du Mesnil-Esnard et nous serions porté à croire que ce /ra«c manoir de La Lande n'est pas autre chose que le fief de Scmilly dont il va être question dans cet article.

De nombreux titres nous font connaître les diverses dona-

lions qui furent faites à notre prieuré dans le courant du xin* siècle, en cette paroisse. C*est d'abord la confirmation octroyée en l'année 1200 par Robert, doyen du Chapitre de Rouen, de la renonciation de Roger de Pavilli, au patronage et à la présentation de l'église, en faveur des chanoines réguliers (i)

La donation, en 121 2, par Guillaume Le Clerc et Alice, sa femme, de trois pièces de terre sises en la même paroisse, ' moyennant 5 sols et 6 deniers de rente annuelle, payable à la fête de Saint-Michel, et 2 chapons à la fête de la Nativité de Notre-Seigneur, avec 20 livres tournois de reconnaissance (2).

Celle faite en 1220 par Guillaume de Semilli, de diverses pièces de terre situées également au Mesnil-Esnard, qu'il abandonne aux religieux moyennant 100 sols tournois, en se réservant les droits de campart qu'il pouvait avoir sur plusieurs d'entre elles (3).

C'est peut-être à cette même époque qu'il donna aussi aux religieux (suivant d'anciens titres) : « et omosna lerbage et la coustume pour leurs bestes en Mesnil Enart et à Bourdcny excepté les chievres en boys et en plain pré sauf auxi le pasnage », moyennant 6 sous de rente annuelle.

Enfin un vidimus, dans lequel Guillaume de Semilli affirme avoir tenu entre les mains une charte par laquelle Roger de Pavilli reconnaissait renoncer en faveur des religieux à trois sols de rente qu'il avait droit de prélever sur

(1) F. p. just., XXXII.

(2) V. p. just., XXXXII.

(0 V. p. just., XXXXII. — Csm^r/j » droit qui appartenait au seigneur de prendre sur le champ dépendant de sa seigneurie une portion des fruits avant que le cultivateur put enlever sa récolte (fampi pars).

une maison appartenant à Renaud du Mesnil-Esnard avec tous les autres droits qu'il pouvait avoir sur cette propriété (i). Cette pièce est encore de 1220, ainsi que la suivante, par laquelle ce même Guillaume de Semilli, en l'assise de Rouen et en présence des barons et baillis, confirme d'autres donations faites par divers bienfaiteurs (2), moyennant quatre sols de rente et quatuor auxilia capitalia ou aides chevels, que les vassaux devaient à leur seigneur.

Ici, Guillaume de Semilli ne paraît réclamer que les quatre premiers de ces droits, et cependant il ajoute qu'il se réserve encore un relèvement raisonnable (rationabile rekvagiutn) à la mort du prieur de Saint-LÔ et de ses successeurs. C'est bien là véritablement Vaide de relief.

A ces exigences, Guillaume de Semilli voulut encore plus tard en ajouter de nouvelles. Un accord entre lui et les religieux, daté de 1232, nous fait connaître en effet qu'à cette époque il prétendit changer les clauses spécifiées dans la charte de 1220 et obliger en plus les religieux à garder ses bois, à cause des fie& qu'ils tenaient de lui, à lui prêter serment et à quelques autres charges purement séculières auxquelles ils prétendaient ne pas être soumis.

L'affaire fut portée au tribunal de l'officialité, et là, en présence de témoins, Guillaume de Semilli fut obligé de convenir que ce qu'il réclamait n'était pas contenu dans la charte par lui antérieurement octroyée et consentit à renoncer à ses prétentions ; toutefois il obligea les religieux

(1) V, p. just., XXXXII f.

(2) V. p. just., XXXXII a.

(3) y, p. just., XXXXII b.

à servir désormais à lui et à ses héritiers une rente annuelle de 10 sols (i).

Cétait presque toujours pour arriver à un semblable résultat que ces mauvaises querelles étaient soulevées.

Quelques années plus tard, en 1236, Renauld de Pavilli, avec l'assentiment de sa femme Clémence, abandonna en pur don au couvent de Saint-LÔ, et dans toute leur étendue, le bois et les terres environnantes qu'il possédait dans la paroisse du Mesnil^-Esnard, ainsi que les droits qu'il pouvait avoir sur ces propriétés, avec la permission d'en faire tout ce qu'ils voudraient (2).

Cette donation importante fut encore confirmée par le même Renauld de Pavilli, en présence de l'ofËcial de Rouen, au mois de mai de la même année (3).

En 1243, après la mort de Renauld de Pavilli, Clémence Plttta, sa veuve, ajouta aux donations de son mari l'abandon de 15 livres de rente qu'elle avait droit de prendre, à cause de son douaire, sur les bois concédés au couvent de Saiîit-Lô par la charte de 1236.

En 1239, les religieux de la Trinité de Sainte-Catherine, avec lesquels ceu)f de Saint-Lô avaient toujours vécu en bonne intelligence, accordèrent à ces derniers le droit de faire pâturer leurs bestiaux sur les coustumes des bois de Vitefleu, moyennant 15 livres de rente annuelle, aux termes de Pâques et de Saint-Michel. Si les dits religieux de Saint-LÔ voulaient profiter de cette permission pour envoyer leurs porcs au pasnage, ils devaient payer, comme les autres coutumiers.

(1) F. p. just., xxxxvi.

(a) V. p. just., XXXXVII.

(3) V. p. just., XXXXVII a.

2 deniers par animal, depuis la Saint-Matthieu jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste, et 15 deniers depuis la Saint-Jean jusqu'à la Saint-Matthieu. Voici quel était le tarif pour les seigneurs et habitants du Mesnil-Esnard en 1337 :

Pour chaque porc 2 deniers, pour chaque vache 2 deniers. Lorsque un coutumier était surpris transportant une charetée de chesne vert il devait payer 10 sous; pour chaque fais de col (fardeau porté sur le cou) 12 deniers; pour chaque cbartià de hestre 5 sols.

Nous avons encore trouvé au nombre des donateurs le nom de Louis Tesson, qui abandonna au prieuré, en 1270, la rente (Tun pain blanc que les religieux lui devaient tous les ans au jour de Saint-Michel.

Quelques années plus tard, en 1285, Robert d'Esneval, seigneur du Mesnil-Esnard, afiranchit les religieux de Saint- Lô des rentes en argent et en blé qu'ils avaient pris l'engagement de lui Élire (i); mais comme compensation sans doute de cette concession il voulut réclamer le droit de présenter à la cure. La lettre suivante, adressée par lui, en 1295, à Mgr Guillaume de Flavacourt, archevêque de Rouen, fait voir qu'il renonça alors à des prétentions injustement soulevées :

« A honorable père en dieu jesucrist, l'archevesque de Rouen, Robert desneval, seigneur de pavilli, chevalier, salu en nostre seigneur et révérence o henour deue a prêtre et volente appareilliée à son commandement (2). Comme je eusse présenté à vostre paternité Nicole dit Quesnel, clerc à l'église de nostre dame du mesnil enart de laquelle je

(i) V. p. just., xxxxn d.

(2) Volonté soumise à soa commandement.

disoie que le droict de patronage a moi apartenoit et le prieur et le couvent de saint lo de rouen eussent présenté à la dite église Jehan Alain, clerc, qui ausi disoient que le droit du dit patronage leur appartenoit et je ai veues Chartres et lettres et le fet de mes ancheseurs (i) par qui je voi et sei que je nei pas droit en celi patronage eins en est le droit as devant dis religieus, je fes a savoir à vostre honorable personne que je vuel et otroi que ma présentation soit nule et la présentation des dis religieus vaille et ait fermeté, dex gare vostre personne honorable par sa seinte grâce. Doné le jour de diemenche devant la feste seint michel du mont de gargan, en Tan de grâce mil ce. quatre vins et quinze. » Ces différentes concessions, franches de toutes servitudes, furent encore confirmées à nouveau par Robert Desneval, chevalier, sieur de Pavilli, en 1332. De sa charte, nous extrayons ce qui suit : « Les dicts religieux confirment qu'ils portent certaines lettres de notre cher ael M. Robert Desneval, chevalier, jadis sieur de Pavilli, esquelles il est fait expresse mention que ledict notre cher ael leur quitta et confirma Téglise de Blosville et ses appartenanches, l'église de notre dame du Mesnil Enart et ses appartenanches ensemble avec bois et 'terres que les dits religieux avaient tant par don que par fiefement et que par acat (achat), sachent tous que oyes les raisons, lues les lettres et leurs confirmations dessus dictes par le conseil de bonnes gens nous avons quitté, délaissé et confirmé, quittons, délaissons et confirmons aux dicts religieux et à leurs successeurs, toutes les terres dessus dictes, les patronages des églises et toutes les autres choses qui sont contenues es lettres de leur

(i) Ancheseurs, ancesseurs, = ancêtres.

confirmation nous avons mis à ces présentes lettres

notre propre scel qui furent faictes Tan de grâce mil trois cents trente deux. »

S'appuyant sur des titres aussi authentiques et incontestables, les religieux de Saint-Lô percevaient les dîmes sur la paroisse du Mesnil-Esnard ; ils se disaient propriétaires légitimes du fief noble de Semilly, qui était un quart de fief de hautbert, relevant seulement par foi et hommage de la seigneurie du Mesnil-Esnard, et par ces motifs réclamaient la possession du treizième et de plusieurs autres droits seigneuriaux. De son côté, noble hqmme, Guillaume Dubosc, sieur du Mesnil-Esnard, voulut un jour prétendre que les religieux ne « pouvoient avoir ne demander en la ditte paroisse ne en aucune partie dicelle » aucun droit de noblesse ne droits sieuriaux, réclamant pour lui-même la faculté de prendre dans les forêts du couvent en cette paroisse « du bois pour son ardoir (i) et maissonner (2) dans son manoir de sa dicte seigneurie du Mesnil enart » et le pâturage de ses bêtes dont « de tout le dict escuyer disoit estre de bonne saisie et possession de tel temps qu'il n'étoit mémoire du contraire, » et par ces motife il s'opposait à ce que les religieux pussent essarter. Il disait encore que le manoir et toutes les terres que possédaient les religieux au Mesnil-Esnard relevaient de son fief et étaient soumis envers lui à plusieurs rentes seigneuriales.

Pour leur défense, les religieux faisaient valoir « qu'en l'année 1232, un certain Regnault de Pavilli et sa femme, qui alors étaient tenans de la ditte terre du Mesnil esnard avoient donné, quitté et délaissé aux dits religieux tous

(i) Son chaufiage.

(2) G>nstruire, refaire une maison.

les boîs qu'ils avaient en la ditte paroisse contenus es

lettres du dict don avec tous les droicts, casuels et domaines qu'ils avoient en iceux bois sans y rien reserver quelque droicture, ainsi qu'ils disent montrer par une lettre antienne

en latin sous le scel d'armes du dia de Pavilly (i) lequel

don ils disent estre reconnu et aprouvé par une aultre lettre dabtée du dict an et mois^ sous le scel de la court de l'official de Rouen, etc. » Ils ajoutaient qu'à cause de leur dit fief de Semille ils avaient « teneures, treizièmes, et aultres droictures de noblesse dont ils avoient toujours joui en pure et franche aumosne ».

Ces raisons furent sans doute jugées valables; en effet, en 1479, Robert Dubosc, seigneur du Mesnil-Esnard, renonça solennellement au patronage de la cure, qu'il reconnut appartenir au monastère de Saint-Lô. Mais il restait encore à vider la question des droits seigneuriaux et les prétentions du sieur Dubosc sur les bois des religieux, questions qui pouvaient mettre « les parties en voye d'avoir plusieurs longs et somptueux procès pour évitter auxquels ils ont contracté, transigé et appointé à l'amiable un accord cy après déclaré. »

Par cet accord, les religieux abandonnèrent au dit seigneur du Mesnil-Esnard « toutes rentes, deniers, grains, œufs, oyseaulx, champart, ainsi que reliefs, traizièmes et aultres », droits seigneuriaux que les dits religieux pouvaient avoir droit de prendre sur leurs héritages, se réservant toutefois le presbytère et les 10 sous de rente qui étaient hypothéqués dessus.

Le sieur Dubosc, de son côté, « baille, quitte et délaisse,

(1) V. P. just.. XXXXVII.

et par ces présentes aux dits religieux pour eux en pure et loyalle assiette et recompense, quatre livres tournois de rente fontière et antienne qu'il a droict de prendre le dict escuyer en cinq pièces sur plusieurs maisons et héritages assis en la ville de Rouen. »

. Par cette transaction, passée à Rouen le jeudi quatrième jour d'octobre 1490, les religieux devaient rester seuls et paisibles propriétaires de leurs bois, le sieur du Mesnil-Esnard se désistant de tout droit « de se ardoir, maisonner et pasturager par lui prétendu et demandé dans iceulx ». Mais voilà que sept ans plus tard, en 1497, les habitants du Mesnil-Esnard prétendirent à leur tour avoir des droits, usages et coutumes de chauffage et pâturage dans ces bois situés dans la paroisse et les environs. Les titres présentés par les religieux furent soumis à l'examen d'une commission, composée de Messieurs des eaux et forêts, qui réglèrent les droits des habitants et leur défendirent expressément de couper ou emporter à l'avenir aucune partie des dits bois. Mais, plus tard, les mêmes déprédations recommencèrent, et, sur la plainte adressée par les religieux, le roi lui-même rendit un arrêt d'où nous avons extrait les passages suivants :

« Charles par la grâce de Dieu roi de France, à nos amés et feaulx les maistres de nos eaux et forets au pays de Normandie oye l'humble supplication des religieux de Saint-Lô

dune part et les habitants du dict Mesnil enart dautrc

part pour cause des usaiges et coutumes que se disoient avoir iceulx habitants es dicts boys et eussent icelles parties tant sur ce procédé que yceulx habitants se soumistrent à tenir et accepter le contenu en certains roules (rôles) anciens des dicts religieux lesquels seroient veuz et visités par vous ou vos dicts prédécesseurs pour savoir se ils estoient vraiz les

quels roules furent par vous ou vos dicts prédécesseurs veuz et visités bien et deuement en la présence des parties et si fut demandé au prieur qui lors y estoit et frère Pierre des Froissées procureur du dict couvent sur leurs conscience la main au pis si cestoîent les droiz et vraîz roules ou estoient contenus les droiz usaiges et coustumes que devoieqt prendre et avoir les dicts habitans en leurs dicts boys et les faisances qu*ilz en dévoient faire et se ils savoient que iceulx habitanz

eussent autres droiz Lesquels disoient que yceulx roules

estoient vraiz et que cestoient ceux comme yceulx habitans dévoient user en leurs dicts boys..... vous ou vos dicts prédécesseurs déistes, prononçastes et sententiastes par jugement que considéré que yceulx roules estoient sains, sans rature ou glose, l'inquisition par vous faite et la submission des parties que doresnavant les dicts habitants use-

roient et joiroient es boys des diz religieux par la fourme et manière contenue et divisée au dict roule et non aultrement,

a quoi ycelles parties se accordèrent neantmoins yceulx

habitans n'ont depuis voulu user de leurs dicts droicts, usaiges

et coustumes es dicts boys selon la sentence mais allant

contre ycelle se sont eflforciez et efforcent de jour en jour

de couper en ycellui boys a leur volonté et d'en prendre et emporter et d'en user en tele manière que ce est et sera à la destruction des dits boys au temps venir au grant dommaige de nous pour le tiers et dangier que nous y avons et des religieux qui en sont fonciers se pourveu ny estoit remède

Nous ces choses considérées vous mandons et commettons

que contraignez ei faictes contraindre par toutes manières

deues yceulx habitants et chascun deulx a eulx cesser de user es dicts boys d'aucuns droicts et coustumes fors selon le con-

tenu en la dicte sentence laquelle par la coustume du pais doict estre tenue et gardée , etc.

« Donné à Paris le tiers jour de décembre Tan de grâce mil quatre cent quatre vins et dix-sept et de notre règne le dix huitième )>

Nous ne^pensons pas que cette ordonnance royale ait été plus écoutée que le règlement des officiers des eaux et forêts; on effet, nous avons vu les religieux se plaindre dans des aveux que leurs bois sont réduits à l'état de landes et bruyères. Cependant, les habitants avaient toujours été déboutés de leurs demandes.

La possession du fief de Semilli parles religieux de Saint- Lô est encore appuyée par une transaction passée entre eux et Jacques du Gruchet, écuyer, sieur du Mesnil-Forqueuse, conseiller en la cour du Parlement, lequel leur reconnut, en 1660, qu'ils en étaient seigneurs, et fut condamné à leur payer en cette qualité le treizième de certaines acquisitions qu'il venait de faire.

En 16 19, un sieur Le Dain fut également obligé de payer ce même droit pour un semblable motif.

Enfin, un aveu rendu par un sieur Druel, prêtre, en 1665, du treizième des bois qu'il possédait au Mesnil-Esnard, prouve qu'à cette époque ils jouissaient encore du fief de Semilly.

Suivant les pouillés, le prieuré de Saint-Lô présentait à la cure, et le presbytère relevait du fief de la Picauderie ; cependant, ce bénéfice, anciennement régulier, fut sécularisé, en 1240, par Pierre de Colmieu, archevêque de Rouen (i). Cette position, plus indépendante, nuisait peut-

(i) r. Duplessis, Description de la Haute^Normandie,

être à Tunité d*action des prieurs, à la soumission ordinaire des curés et causait parfois des contestations assez vives entre les parties intéressées à l'occasion du casuel.

Nous tâcherons de résumer ici, le plus brièvement possible, les détails d'un long et verbeux mémoire (i) dans lequel un curé du Mesnil-Esnard adresse à ce sujet des réclamations au Parlement de Rouen.

D a, dit-il, été pourvu canoniquement de la cure ; il a obtenu la collation de l'ordinaire; il a pris possession et a été maintenu sans que les religieux aient fait aucune opposition. Ayant à supporter toutes les charges -spirituelles et temporelles attachées aux autres églises paroissiales, telles que décimes, droit de Visitation et calendes (2), il est de toute justice que la perception des dîmes lui appartienne de droit général et commun, tandis qu'en ce moment elles sont perçues parle prieur de Saint-Lô et celui du Mont-Saint-Michel, qui, sans droit aucun, se les partagent entre eux, de manière que le prieur de Saint-Lô en a deux parts et celui de Saint- Michel une part, sans en laisser aucune au demandeur, qui est obligé d'être à toute heure à la disposition de ses paroissiens pour l'administration des sacrements et autres devoirs, surtout à cause de la grande étendue de la paroisse qui contient quatre hameaux : Lescure, Eauplet, Normare et Neuvillette, distants d'une lieue l'un de l'autre, « et le circuit est si grand que, au temps du Saint-Sacrement, quatre jours à peine peuvent suffire pour satisfaire aux processions ordinaires ». En outre, le manoir presbytéral a été ruiné par les

(i) Ce mémoire forme un vol. in-fol. 4^ 119 feuillets écrits sur les deux côtés.

(3) On appelait ainsi des conférences que les curés et les prêtres faisaient alternativement chez l'an d'eux, au commencement de chaque mois, sur leurs devoirs religieux.

guerres, et pendant le siège de Rouen tous les arbres ont été coupés dans « les champs, dosages et masures; » de sorte qu'il ne lui reste aucunes <c vertes dixmes » qui lui permettent « de vivre et payer ny entretenir les frais de sa charge ». Voilà pourquoi il supplie la cour pour que « doresnavant » ni lui ni ses successeurs ne soient privés du nécessaire ; qu'ils puissent percevoir leurs droits paroissiaux tout entiers, ainsi que de vrais curés titulaires, et que les détenteurs actuels des dîmes soient déboutés de leur possession et condamnés comme usurpateurs du bien public.

D conclut donc en demandant que, comme curé pourvu du bénéfice du Mesnil-Esnard, les dîmes de toute nature, perçues parle prieur de Saint-Michel, lui soient adjugées, et que, sur les deux tiers des grosses dîmes, si elles restent aux religieux de Saint-Lô, au moins que « la tierce gerbe d'icelles » avec toutes Us novalles (i) et autres dîmes lui soient adjugées avec une pension de cinquante écus, comme les curés de Blôville et de Bourgdenis.

A CCS attaques, les religieux répondaient que les desservants de la paroisse du Mesnil-Esnard n'étaient que de simples vicaires perpétuels, ayant droit seulement à une pension congrue, tandis qu'ils étaient, eux, les curés primitifs, et qu'en cette qualité les églises du Mesnil-Esnard et de Blôville leur avaient toujours appartenu avec toutes les dîmes d'Eauplet et de Lcscure, ainsi que le prouvaient surabondamment la charte d'Henri, roi d'Angleterre et duc de Normandie, confirmée par le roi de France Charles V (2), dans laquelle il est dit : Ecclesiam de Menillo cum duimis, décimas de Aqua pluta et de Escura,^ et qui ne peut laisser aucun

(i) Droit sur les terres nouvellement mises en valeur. (2) r. P. just., VIII-XXIV.

doute à cet égard, à tel point que les paroissiens leur ayant intenté un procès en 1382 pour les contraindre à fournir ce qui était nécessaire à l'entretien du service divin, ils furent condamnés, conjointement avec les religieux de Saint- •Michel, comme prenant toutes les grosses dîmes de la paroisse, « à répare» le chancel de l'église et bailler les livres et ornements requis ». Ils ajoutaient qu'ils avaient des pouvoirs particuliers pour célébrer l'office divin dans la dite église « aux bonnes fctes » ; à ces mêmes fêtes encore ils donnaient « le pain et le vin pour administrer le sacrement aux paroissiens » ; en un mot, ils exerçaient tous lés actes de curés primitîfe, et devaient en avoir les avantages s'ils en supportaient les charges.

Enfin, ils disaient en terminant que leur principal revenu consistait en dîmes, et que si les curés des autres églises indiquées dans leurs titres élevaient les mêmes prétentions que celui du Mesnil-Esnard, ils seraient obligés d'abandonner leur monastère et d'aller chercher leur vie ailleurs ; qu'heureusement il ne s'en était pas encore trouvé d'aussi exigeant : les autres s'étaient contentés de l'augmentation de pension qui leur avait été accordée ; que le réclamant avait tort de se plaindre, attendu que, sur sa demande, les religieux de Saint-Lô, conjointement avec ceux de Saint-Michel, lui avaient abandonné les dîmes d'Eauplet et de Lescure, et que ce revenu, joint à ceux dont il jouissait déjà, lui formaient bien un total de 400 1., avec lequel il pouvait vivre honorablement.

La cour donna tort au curé; mais les procès n'étaient pas encore terminés.

En 1762, M. Godard de Belbeuf, patron honoraire du Mesnil-Esnard, Blosville, dit Bonsecours, et autres terres et

too

seigneuries, conseiller du roi en ses conseils et son procureur général au Parlement de Rouen, voulut exiger que les religieux de Saint-Lô lui rendissent aveu en sa qualité de seigneur et déclaration pour certaines terres nouvellement acquises dans la paroisse et qu'il prétendait ne pas dépendre* de leur fief, mais faire partie des objets qui étaient dans sa mouvance. Suivant lui, le fief duMesnil-Esuard était un fief noble, ayant justice sur les autres fiefs qui en dépendaient, tels que le fief de Semilli, auquel il n'y a ni justice ni juridiction ; c'était, disait-il, un fief roturier.

A ces prétentions, les religieux répondirent, pièces et chartes en main, que de temps immémorial ils étaient propriétaires du quart de fief de Semilli ; que ce fief existait avant la donation qui leur en avait été faite en 1220; qu'il était avant possédé par un religieux particulier, et qu'on ne pouvait accuser les chanoines réguliers de l'avoir créé pour se soustraire aux droits du seigneur du Mesnil-Esnard ; que l'accord arrêté entre eux et Guillaume Dubosc, en 1498, devait être considéré comme une transaction passée entre deux seigneurs qui avaient chacun un fief dans la même paroisse et désiraient régler leurs mouvances réciproques. Il est donc bien établi, disaient-ils en terminant, que le fief de Semilli n'est pas une chimère, mais une portion de fief de haubert, relevant directement du roi et exempt de toute déclaration au seigneur du Mesnil-Esnard.

Des opinions aussi différentes ne pouvaient se concilier que par un procès ; il eut lieu en effet et dura près de vingt ans. Une sentence du bailliage de Rouen, confirmée par arrêt du Parlement, décida que la demande de M. de Belbeuf était admissible, et le différend se termina par un arrangement qui ne fut pas favorable aux religieux, si Ton en juge par la

lOI

correspondance à laquelle il donna lieu. Cette malheureuse affaire coûta à la caisse du couvent la somme de 1,393 1. 19s., et, de plus, les dépens furent payés par moitié.

Ce procès n'était pas encore terminé qu'une autre contestation s'éleva en 1769 entre les religieux Chartreux et ceux de Saint-Lô, relativement aux limites de leurs héritages respectifs au Mesnil-Esnard. Mais à cause de la mauvaise qualité du terrain en litige, et surtout de la bonne harmonie qui avait toujours existé entre les deux monastères, l'affaire ne fut portée devant aucun tribunal et se termina par un bornage à l'amiable entre les parties.

Dans les différents aveux de leur temporel, que les religieux du prieuré de Saint-Lô déclarent au roi, on trouve : « Item, en la dicte vicomte (de Rouen) le patronage des paroisses du Mesnil enart et de Bioville avec les deux pars des dismes des dictes paroisses et ung petit fief nommé le fief de SemîUi assis en la dicte paroisse du Mesnil enart auquel ils ont hommes resséans qui leur doivent rentes en argent et en cappons avec reliefs et treizièmes quant ils eschieent. Item, ils ont dans la parroisse du Mesnil enart, certaines terres hors de leur fief de Semilly que ils ont piecea (r) acquises, lesquelles doivent certaines rentes au seigneur Desneval. »

Dans un autre aveu, on trouve : « Auquel fief noble de Semilli qu'ils avaient acheté de messire Robert de Bonnebos, prêtre, ils ont domaines de terres labourables et non labourables » formant environ 48 acres et demie.

Aux xV et XVI* siècles, les religieux possédaient en la dite paroisse du Mesnil-Esnard 200 à 300 acres de bois.

(i) Depuis longtemps.

Suivant les titres et les pouillés, l'archevêque de Rouen nommait à la cure sur la présentation du prieur de Saint- Lô. Elle pouvait valoir xx 1. de casuel, mais le bénéfice ayant été sécularisé, le produit qui revenait au desservant ne devait pas être compté dans les revenus du prieuré.

Le Mesnil-Esnard, du temps d'Eude Rigaud, renfermait 60 feux et dépendait du doyenné de Périers, bailliage de Rouen. C'est aujourd'hui une commune de l'arrondissement et à 6 kilomètres de Rouen, canton de Boos, avec 12,000 habitants.

Les deux hameaux de Eaupletet deLescure, dont les religieux avaient aussi les dîmes, comme faisant partie de leur fief de Semilli (decinias de Aqua pluta et Escuris, 1144), ne dépendent plus de la paroisse du Mesnil-Esnard. Le premier est annexé à la ville de Rouen avec 43 5 habitants. Le hameau de Lcscure est réuni à la commune d'Amfreville-la-Mivoie, canton de Boos, arr. de Rouen ; 200 habit.

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