BLOSSEVILLE-BONSECOURS
Ecclesia de Biovilla, 1144. Notre-Dame de Bloville, 1307. Blouville, pouillé de 1648. Bloville ou Bonsecours, pouillé de 1738. Blosvillc. Duplessis, 1740.
La Sainte- Vierge.
Un grand nombre de titres et leurs confirmations accordés aux religieux à différentes époques nous apprennent qu'avant 1 14.^ (i), le patronage et la présentation à la cure
(i) V. p. just., IV-V.VII-XXIIl-LXVIIl-LXXXVI, etc.
de Blosseville appartenaient déjà aux religieux de Saint-Lô. Cependant, en 1307, la cure étant devenue vacante par la mort « de messire Raol Durant, iadis recteur de la dite église, Robert de Esneval, chevalier seigneur de Paveilly » entreprit d*en choisir lui-même le titulaire; mais forcé de reconnaître l'injustice de sa prétention, il signa une renonciation dans laquelle on lit : « comme contens fus t meu... entre moi dune panie et homes religieus le prior et le couvent de Saint-Lô de Rouen dautre, sur le droit de patronnage... et disoie et maintenir vouloie que le droit de patronnage. . . appartenoit a moi par plusieurs resons que ie disoie. . . et pour che que la dite église seoit en mon fie et au membre de mon hautben les dis religieus afiremans et disans que le droit de patronnage de la dite église aveuc les appartenanches dicele a euls apartenoit par les resons que il disoient et par une lettre seelee du seel au roy Henri d'Engleterre, duc de Normandie, adonc quant elle fu fête en laquelle la dite église estoit confirmée et en fesoit et fet la dite lettre expresse mencion pour la quel chose ie devant dit Robert fes assavoir a tous que ie du conseil de bone gent et par les letres as dis religieus et par la possession que il ont eu de si tout tans que il ne peut souvenir a nul mémoire du contrere leur ai quitié et delessie et par cheste présente lettre conferme tout le droit que ie avoie ou avoir pouvoie moi et mes hoirs au droit de patronnage de la dite église et es appartenanches dichele. Ce veull et octroie... que les devant dis religieus... tiengnent aient et posseent des ore en avant... sans nul empeschement et nule reclamanche de moi ne de mes hoirs... (i) ».
(1) V, p. just., LXIV.
Avec le patronage de l'église, le prieuré de Saint-Lô avait encore à recueillir, suivant plusieurs titres, deux parts des grosses dîmes dans la paroisse (i).
Le revenu qu'elles produisaient n'était pas considérable si on s'en rapporte aux clauses d'un bail fait à Mgr Bretteville de Fleury, surintendant général et grand maître des eaux et forêts de France, qui se fit substituer par le roi au prieur, avec le titre de Monseigneur, pour administrer le temporel de Saint-Lô, lequel Bretteville reconnut avoir baillé pour neuf ans et neuf dépouilles, commençant au jour de Saint- Jean-Baptiste 1607, toutes les grosses dîmes dépendant du prieuré de Saint-Lô, à discrète personne maître Paul Lalemant, prêtre et curé de la paroisse de Blosseville, dite Notre-Dame-de-Bonsecours-lès-Rouen, qui confessa les avoir prises du dit bailleur à titre de fermage, moyennant seize mines de « bled fourment bon, loyal et marchand à douze deniers par myne près du choix de la halle de Rouen, avec deux mynes d'avoine aussi bonne loyalle et marchande et deux chappons que le preneur s'oblige payer par chaque année à la maison du dit prieur de Saint-Lô à ses propres cous, frai et despens ».
Le fermage de ces deux parts de dîmes appartenant au prieuré était loué :
En 1377 21 1.
En 1669 130 1.
En 1681 140 1.
Et en 1690, elle ne rapportèrent que 16 mines de blé. En leur qualité de patrons les religieux furent condamnés,
(i) V. p. just., Vi-XXIII-XXXXV, etc.
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par un arrêt du Parlement daté de 1568, à employer la moitié du prix des dîmes pour la réparation du chancel qui tombait en ruines; et cela jusqu'à ce qu'il fût rétabli en bon état.
Qjiant au revenu de la cure, on trouve dans le court état des bénéfices dressé par dom Avisse, curé de Saint-Lô : a La cure de Nostre-Dame-de-Bonsecours deservie pjtr un chapelain de la cathédrale de Rouen en laquelle il y a grande dévotion du peuple de Rouen qui y va faire célébrer grande quantité de messes, laquelle aussi a esté érigée en paroisse depuis un siècle, n'estant auparavant qu'un secours en aide de la paroisse de Mesnil-Enard peut valoir annuellement de 500 àéool. (i) »
On ne connaît pas la date précise de la fondation de cette chapelle (2). La construaion que nous avons connue n'était pas la primitive et paraissait remonter au xV siècle. Son portail inachevé était accompagné de fenestrages ajourés en ogives, et le clocher, qui le surmontait, lourd et bas, se terminait par une courte pyramide couverte en ardoises. A l'intérieur, de nombreux ex-voto, des béquilles, des armes, de petits vaisseaux, des tableaux et des statuettes tapissaient les murailles, encadraient l'image de la sainte Vierge ou restaient suspendus aux voûtes en bois du modeste édifice, témoignages touchants de la foi de nos pères.
Depuis 1840, la chapelle de Notre-Dame-de-Konsecours a été remplacée par une somptueuse église, élevée par lâchante des fidèles, sous l'habile direction de M. Barthélémy père, architecte des plus distingués, à Rouen. L'intérieur, d'un style élégant, enrichi d'enluminures, rehaussé d'or,
(i) y, p. just., LXXXV.
(3) On la croit du xm* siècle.
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de pierreries et de vitraux peints d'un grand prix, est plus en rapport que l'ancien édifice avec la célébrité du pèlerinage et le nombre des visiteurs qui viennent journellement y apporter leurs prières et leurs supplications; mais de petits carreaux de marbre blanc, symétriquement taillés et servant de revêtement aux murailles, interprètent seuls aujourd'hui d'une manière bien froide et bien monotone l'expriession de la piété et de la reconnaissance de ceux que l'intervention de Marie a exaucés dans leurs vœux.
En 1802, on imagina de faire de l'église de Bonsecours un temple consistorial à l'usage des protestants des arrondissements de Rouen et de Dieppe.
Blosseville-Bonsecours faisait partie du doyenné de Périers (bail, de Rouen), et, suivant le pouillé d'Eude Rigaud, contenait trente feux et valait douze livres de revenu. Dans le pouillé de Raoul Roussel le revenu est porté à vingt livres.
C'est aujourd'hui une commune de l'arrondissement de Rouen, canton de Boos, avec mille habitants environ.
Les anciens historiens normands nous apprennent que, en 1589, Henri IV, ne pouvant vaincre la résistance des Parisiens, après avoir levé le siège dont il avait investi leurs murailles, était venu camper avec toute son armée sur les hauteurs de Bonsecours, d'où il fit sommer, par un héros, les habitants de Rouen de se rendre et de reconnaître le roi de Navarre pour leur seigneur et maître.
A cette nouvelle, le conseil des présidents bourgeois et catholiques de la ville s'étant assemblé, refusa d'obéir à un hérétique et fit réponse à l'envoyé du roi qu'il tenait pour la sainte Église et qu'il voulait vivre et mourir pour les princes catholiques.
Cette réponse fit entrer le roi dans une grande fureur;
mais ce fut en vain qu'il promit à tous ses partisans que s'ils pouvaient entrer dans la ville de Rouen il leur abandonnerait tout « à pillage et renson » ; les catholiques se défendirent si vaillamment que les mécréants furent obligés de lever le siège « à leur grand honte et confusion », laissant bon nombre de leurs hommes sur le champ de bataille, au territoire de Bonsecours, entre le Mesnil-Esnard et le fort Sainte-Catherine (i).