‹ Histoire du Prieuré de Saint-Lô de RouenChapitre 27 sur 78 · BRÉAUTÉ · texte numérisé non relu

BRÉAUTÉ

On trouve dans les titres : Brealtel, 1152. Brealtare, 1156. Breautel, 120). Bréauté, 1648. Bréauté-sous-Beaumont, 1740.

Saint-Georges.

Les religieux de Saint-Lô étaient déjà seigneurs, patrons et curés primitifs de la paroisse et terre de Bréauté lorsque Henri H, roi d'Angleterre, leur délivra, en 1 189^ la charte de confirmation que nous donnons aux pièces justificatives (i).

Le plus ancien aveu que nous ayons trouvé est daté de 1462 ; mais c'était bien avant cette date; c'était par la générosité de Rollon et la bienveillance de Francon, archevêque de Rouen (2), qu'ils avaient reçu, en 913, la jouissance des revenus de foire et marché, ainsi que des droits attachés à la seigneurie, en même temps queFéglise et la paroisse étaient soumises à la juridiction de l'évêque de Coutances.

L'abandon fait par Guillaume de Roumare, en 1 152, d'un fief unius militis, situé en la paroisse de Bréauté, comme aussi la bulle du pape Adrien, datée du 4 des Ides de décembre 1156 (28 novembre), confirmant les droits de Saint- Lô sur l'église et la paroisse de Bréauté, prouvent suffisamment des concessions antérieures (3).

(i) V. p. just., VIII.

(2) V, Uabbé Le Ginu, Histoire tUs Évéques de Coûtâmes, p. 105.

(3) V. P. just., v-vi-vii-vm-xxxxv.

C'est en vertu de ces titres que Guillaume de Bréauté renonçait, en 1197, en faveur des chanoines, atout droit de sénéchaussée dans ladite paroisse, qu'il avait d'abord prétendu tenir de ses ancêtres (i).

C'est aussi à cause des nombreux privilèges dont ils jouissaient que leur fut accordée, en 1469, l'exemption suivante de ban et arriére-batî, que nous avons trouvée aux archives :

« Nous Jehan de Hangest chevalier seigneur de Genly, conseiller et Chambellan du roy notre Sire et commissaire parle dit Seigneur a recevoir les moustresdes nobles et noblement tenans des bailliages de Rouen Caux et Gysors deçà la rivière de Seyne certifions a tous a qui il appartient que Mons' le.prieur de S. Lo de Rouen sest présente en ceste dicte ville de Rouen a cause de Sa prieure et du fieu de Breaulte assis oudit bailliage de Caux en la vicontede Moustiervillier disant que onques en temps passe luy ne ses prédécesseurs nont este contraint a faire service dost ne comparence aux monstres mais seulement prières oresons pour le roy notre dit Seigneur et a ceste fin nous a faict apparoir de plusieurs anciens adveux et denombremens oflFrans Êiire au sourplus le bon plaisir du roy et ainsy que ses semblables feront a quoy nous lavons receu en tesmoing de ce nous avons cy mis notre signet darmcs le lundi 5*= jour de mars

« Exempt, de ban et arrière ban. »

L'aveu fait au roi, en 1462, des revenus du prieuré, nous fait connaître l'importance du fief de Bréauté :

« Item, les dis religieux tiennent et leur appartient, en la viconté de Monstivillier, au dict bailliage de Caux, en la

(i) V. p. just., LXXXIX.

paroisse de Breauté, ung (ief noble à court et usage, auquel il a manoir et terres labourables et si leur appartient le patronnage et le droit de présenter à la cure du dict lieu et à la maladrerie de Beaumont, toutes les grosses dismes de la dicte paroisse, hommes resséans (i), rentes en deniers, grains, oefs, oyseaulx, reliefs (2), treizièmes (3), campars (4), franches dixmes, les testamens (5) de leurs hommes, corvées avec toute autre droicture à fief noble appartenant. Marchie chacune scpmaine et une foire le jour de la petite saint Michiel ou ils ont coutumes (6), forfaictures (7), visitacions (8) de toutes marchandises et autres droictures. Auquel fief est enclavé et comprins ung demy fief noble a eulx appartenent qui soûlait (9) estre tenu du fief dessus dict auquel demy fief il a court et usage, domaine, hommes resséants, rentes et revenus et le droit de présenter à la chapelle de la maladrerie de Beaumont (10). »

La paroisse de Bréauté contenait dix-neuf cent soixante acres de terre dîmables, dont les religieux percevaient le

(i) Vassaux obligés de payer le droit de ressèantise ou résidence.

(2) Droit seigneurial qui se payait aux mutations des propriétaires.

()) Lorsqu'un vassal vendait un fief, le seigneur avait le droit, ou de réunir ce fief à son domaine, ou d'en exiger k treizième du vendeur. Ce droit se payait à raison de 2a deniers par livre.

(4) Campart, Cbampartj =■ droit qu'avait le seigneur de prendre une certaine quantité de grains ou de fruits dans les champs des tenanciers de sa seigneurie, Campi'pars,

(5) Droit k percevoir sur les testaments faits par les vassaux.

(6) Redevances dues au seigneur sur les denrées qui se vendaient dans un marché ou foire.

(7) Droit de juger les disputes ou querelles qui s'élevaient i l'occasion des engagements contractés dans un marché et mal observés.

(8) Inspection.

(9) Avait coutume ; du mot latin : SoUbat,

(10) V, P. just., LXIX.

revenu. Leurs hommes, comme l'on disait alors, leur « devaient dismes de laines, pouchins, veaulx, oysons, bourètes, pourcheaux, aigneaux et poulains et généralement de toutes aultres choses de quoy disme peult estre deue et sont tenus iceulx hommes à porter icelles dismes en leur hostel de Bréautel. »

Mais il paraît, par les mémoires conservés aux archives, que les habitants de Bréauté n'étaient pas toujours de bonne foi. Il arrivait souvent qu'après avoir lié leur blé ils en emportaient secrètement une partie pendant la nuit, de sorte que, lorsque le décimateur venait le lendemain pour compter les gerbes, un certain nombre d'entre elles avait disparu, et il ne pouvait plus constater la quantité véritable qui devait lui revenir.

La seigneurie s'étendait sur treize fiefs :

Le fief Guillaume Petit se composait de six personnes, contenait 19 acres 16 perches à campart, et rapportait 36 deniers, un quart de fi-oment, 8 quartiers de brays (i), 3 chapons, 3 oues, 3 guellines, 40 œufs, 3 sommages (2), et une journée de carette. L'acre de ce fief était estimé à ixs. vii^.

Le fief Osbert était occupé par un homme seul. L'acre valait VI s. VI d.

Le fiefQucssonval contenait neuf personnes. L'acre valait VIII s. VIII d.

Le grand fief Sandouville, le fief Aubert, le fief Haquelin, le fief Hardi, le fief au Moine, le fief Happcl, le fief Helie dû Guimont, le petit fief Sandouville, lefief Varin et le fief Gui le Prestre.

Tous ces fiefs réunis composaient en tout soixante-dix-

(i) Brays ou brès, = grains pour £iire la bière.

(2) Droit (|ue Ton payait pour la journée d'une bête de somme.

huit tenants, vassaux de Bréauté, payant rentes seigneuriales, qui devaient des coutumes pour toutes les denrées qu'ils vendaient, à l'exception cependant dû blé. Mais ils étaient exempts des droits de succession et de testaments. Toutes les terres étaient à campart et franches dîmes. Pour le campart, on devait la sixième gerbe et la sixième portion de toutes autres choses soumises à la dîme. Ils devaient, les dits hommes^ aller chercher les religieux ou leurs représentants, pour venir choisir le sixième lot, et étaient tenus d'apporter le produit entre « les nn pot de l'une des granges anchois (i) qu'ils puissent riens lever. »

« Item, iceulx hommes sont tenus amener au dict hostel les franches dîmes après qu'ils auront amenez leurs garbes sans dételer leurs chevaux de la charete sur paine de forfaicture et de ce sont à excepter ce et de quoi rente est due pour courtillage (2). »

Le manoir de la seigneurie de Bréauté, appartenant aux religieux, s'appelait « l'hostel des granges ». En 1583, les mesureurs jurés de la vicomte de Montivilliers furent chargés de a arpenter toutes les terres qui en dépendaient les quelles ont trouvé contenir en nombre total sept vingts sept acres et demys (189 1/2) tant en masure, dosages, que terres aux champs, les hayes et fossés et chemins le tout comprins à la dicte mesure. Icelle mesure faicte à dix poulces pour pied et vingt deulx pieds pour perche, les quelles terres étaient tenues au prix de sept livres dix sols l'acre qui vauldrait, somme toute onze cents six livres cinq sols. »

Si à ce prix on ajoute, pour deux pièces non comptées ci-

(i) Avant que.

(2) Endroit où il y a des jardins.

dessus, la somme de leur estimation : 193 1., plus pour les rentes seigneuriales et pour le droit de « foyre, relief et treizièmes » évalués à 200 L, la terre de Bréauté valait à cette époque I9434 1*

Ces mêmes terres avaient été louées, en 1374, 520 1., et lors du partage des revenus fait avec Mgr de Cordes, en 1647, la terre et seigneurie de Bréauté avec les dimes et rentes seigneuriales étaient affermées par le prix de 4,150 1.

En 1478, soixante acres de ce domaine avaient été baillées à ferme, au profit d'un sieur Tassin du Fresne, par le prix de 32 1. tournois, payables par chacun an aux termes de Noël, Pâques et Saint-Jean, et les bailleurs se réservaient en outre une chambre dans le haut du dit hôtel, situé sur la cuisine « de la grande maison », et que le preneur s'engageait « à garnir de couches, linge, lits, tables, bancs, escabelles et aultres ustencilles de mesnage honnestes pour recevoir le dict prieur, ses serviteurs et ses officiers. Il devait leur quérir le bois et toute leur dispense » pendant six jours dans le courant de l'année, et pour chacun de ces jours il devait leur « bailler six pots de vin bon et loyal, deux chapons, bœuf, mouton ou autre chose à la valeur » et toute boisson et commune dépense de la maison, livrer aux gens, serviteurs et officiers toutes fois qu'ils iront audit lieu « pour chacun jour un pot de vin, bœuf ou mouton », et réserver aux religieux une étable et le foin nécessaire pour les chevaux des gens avec une des granges de la Quesnaye et le colombier.

Le preneur devait encore « trouver avec le quotidien de son hostel les despens de Monsieur le prieur, le bailly des religieux et à leurs officiel;? toutes et à quantcs fois qu'ils vendront audit lieu de Bréauté pour les besoingnesetafiaires

des dits religieux et trouver fain, avoyne et estrain (i) à leurs chevaulx. »

D devait en outre payer 4 1. tournois à Téglise dé Bréauté, 60 s. au sénéchal du prieuré, 33 s. 4 d. à Tarchidiacre qui Élisait la visite, au curé ou vicaire perpétuel 6 livres tournois, qui lui avaient été accordées au lieu des vertes et menues dîmes ; enfin, les décimes, pourvu qu'ils n'excédassent pas 36 livres.

Le preneur était encore obligé de payer au curé de Raffetot 4 1. tournois et « le feurre long de cinq cens » gerbes de blé pour la dicte église (2), à l'archidiacre 30 s. tournois, au trésor de Raffetot, pour réparation du chancel, 40 s. tournois, au prieur du Mont-aux-Malades 60 s. tournois, et en plus pour chacun an, 1,450 1. Pour la recette des rentes sieuriales, 620 1., pour les dîmes, 495 L, pour celles deRaïFetot, 179 1., pour le manoir de Bréauté, 656 1.

En IS77, ^^^^ 1^ domaine non fieffé de Bréauté, composé de 160 acres environ, était aflfermé à un sieur Le Clerc parle prix de 636 1.

Les rentes seigneuriales par le prix de .... . 140

Les dîmes 800

Ce qui formait un total de •. i . 596 1.

De plus, les bailleurs se réservaient tous les chapons dus par leurs tenants et qui se montaient au nombre de 71 chapons, « deulz demys et ung tiers et deulz quartz de chappon. »

Les mêmes terres, d'après une déclaration de 1752, avec

(i) Paille, fourrage pour litière, du mot latin : Stramen. (2} Nous savons que le presbytère éuit couvert en paille, Téglise Tétait sans doute aussi.

toutes les redevances, moins les dîmes et les rentes seigneuriales, mais avec soumission de faire employer sur la ferme 600 botieaux de feure, 8 boisseaux de plâtre, 500 de tbuile; de fournir six journées de terreur et six journées de maçon, avec les matériaux; de fournir aussi six douzaines de pigeons,

le tout par chacun an, étaient louées 2. no 1.

Les dîmes et rentes seigneuriales 3-570

Enfin, en 1777, les 160 acres de terres labourables avec droits de visite, de foire, de chasse, dîmes (i), rentes, reliefe, etc., étaient louées 8,050 1.

Ainsi que nous Tavons dit, il y avait à Bréauté un marché par semaine et tous les ans une foire (2) qui se tenait le

(i) V. p. just., LXXXV-LXXXVL

(2) Voici les droits qae les religieux percevuent ï cette foire du i6 octobre» suivant Tancien tarif étahli de temps imtnémorial :

Pour chaque cheval ou jument 3 s.» pour une jument ayant le poulain de lait suivant sa mère 5 s., pour chaque vache, génisse ou bœuf coupé, 3 s., pour chaque thaureau entier 15 s. 4 d., pour un porc entier 15 s. 5 d., pour une dnesse 15 s. 4 d., pour les cochons de lait à la potiche 1 s., pour les porcs ou truies 5 s., pour chaque mouton, brebis ou agneau sevray 6 d., pour chaque poulet dinde 6 d., pour chaque pannier de beurre ou oeufs porté au bras } d., pour chaque paquet de lin 3 d., pour la somme de cheval de cercles i s. 6 d., pour une meule de cercles 3 d., pour nnc glanne d*osier 3 d., pour chaque éullant ayant une claie et deux traitteaux de quelque Marchandise que ce soit 6 s.» pour la somme de cheval d'oignon 3 s., pour chaque marchand qui se fournit d*étal 3 s., pour chaque étallant de potterie à terre 3 s., pour chaque étallant de vents, pelles et scabots à terre 8 s., pour chaque étallant de cribles et saaz k terre 3 s., pour chaque somme de chaux 2 s., pour chaque somme de fruits 3 s., pour chaque pannitr de fruits aux bras 3 d., pour chaque étallant & terre outre ceux cy-dessus 2 s., pour chaque cervillier étallant i s., pour chaque pannier de poisson frais ou salU 2 s., pour chaque étallant de marmittes, chaudières, poelles k frire et autres dédannerie à terre 3 s., pour chaque étallant de fruits & terre 3 s., pour chaque boisseau de noix 2 s., pour chaque boisseau de fèves 2 s.,

jour de la petite Saint-Michel. En 1482, on y recueillit pour u boys, places, pesage, aunage, gauge (geauge), et autres coustumes, » vi 1. xvi s.

Cette perception ne se faisait pas toujours sans opposition. Nous avons trouvé, dans un livre de compte de 1482, les traces d'un procès avec le « gaugeur hérédital du roy au bailliage de Caux », attendu que les employés du dit geaugeur s'étaient permis de venir le jour de cette foire faire clameur de harou sur les mesureurs des religieux. Dans un autre, on voit que les religieux font acheter « des balanches toutes neufves et un marc (poids) de 2 livres pour peser le pain de la feire de Bréaulté, pour cause que les gardes du mestier de bouUenquerie Êdsoient apporter leurs balanches de Moustiervillier et vouUoient dire qu'ils a voient droit de peser le dict pain en la dicte feire, quelle chose estoit en préjudice du droit que nous avons eii la dicte feire. »

La position que les religieux de Saint-Lô occupaient dans le monde comme principaux seigneurs de Bréauté avait quelque chose d'humiliant pour de hauts et puissants personnages, riches propriétaires dans la même paroisse, et obligés parfois de s'incliner devant une puissance supérieure de laquelle ils relevaient ; aussi cherchèrent-ils souvent à se

pour chaque marchand de toille sur une échelle 6 s., pour chaque chapelier ayant une clais 4 s., pour chaque cabaretier pour un tonneau de cidre avec la place I L 10 s., pour un ponçon aussi avec la place 15 s.» le sac de bled, seigle» orge ou avoine i s., le boisseau de' graine de lin i s., le boisseau de graine de chanvre i s., le boisseau de graine de trèfle i s., le boisseau de graine de rabette et autres graines z s.

n leur fut encore accordé de percevoir les dits droits de coutume dans leur foire de Bréauté par sentence du bailly de Montivilliers, en octobre 1749.

Cette foire existe encore à la même époque. Elle est d'une grande importance. On y vend toute espèce de bestiaux ; il s*y fait pour plus de 80,000 fr. d*a0aires.

soustraire à cette domination blessante pour leur orgueil.

Afin d'éviter des contestations toujours pénibles, les religieux se firent octroyer par Henri H, roi d'Angleterre et duc de Normandie, une charte par laquelle, vers le milieu du XII* siècle (i), il leur donne et confirme la propriété des biens qu'ils possédaient d'ancien temps et notamment les foire et marchés et tous les^ droits dont ils jouissaient à Bréauté. On y trouve désigné, en particulier, le fief qu'un certain Guillaume de Bréauté tenait de Guillaume de Roumare. Cette donation avait été confirmée à nouveau par Charles V, roi de France, en 1365 (2).

Malgré ces titres bien dûment reconnus et confirmés, Roger de Bréauté, méconnaissant les droits de Saint-Lô, voulut établir foire et marchés dans son propre fief et entreprit, en 1374, d'élever des prétentions contraires aux intérêts du monastère aux plaids de Goderville (3); mais il fut débouté de sa demande, séance tenante, et les religieux maintenus dans leurs droits.

En effet, nous avons trouvé aux archives un aveu de 1397, par lequel haut et puissant seigneur Rogier de Bréauté, chevalier, seigneur de Neville, nomme un procureur « pour appointer, ratiffier et accorder avecques religieux homme et honneste frère, Guillaume, prieur de Sainl-Lô et le couvent d'iceluy lieu, en tout ce que lesdits sieurs de Bréauté et religieux ont ou pourront avoir à besongner ensemble, touchant la cure et seigneurie du dit lieu de Bréauté, soit pour faire hommage du dit fieu aux dits religieux comme

(i) De 1154 à 1189. V. P. just., VIII.

(a) V, P. just., XXrV.

(5) Plaid «s Audience, lieu où Ton jugeait les procès ; de placitum, sentence.

appartient, soît de bouche et de main ou gagîer ou

paier le relief, etc. »

Et plus loin on lit :

« Lequel procurer pour et au nom du dict Breauté congnut et confessa que icelui de Breauté tenoit et advouoît tenir par foy et par hommage de religieux hommes et honnestes le prieur et couvent de Saint-Lô de Rouen, un demy

de fieu de haubert et toutes ses appartenances assis en

la paroisse de Breauté et environ ou que il s'estende et en doigt aux dis religieux dix souIs de rente par an au terme de la feste de Toussains avesques les reliefs traisismes aides (i) et autres droitures qui de fieu noble sont deues à seigneur, selon la coustume du pais 1397* »

Les religieux, en reconnaissance de cette renonciation, bien qu'obtenue par la force, s'engagèrent de leur pleine et entière volonté, envers le sire de Breauté, à dire tous les ans une messe de Requiem pour le repos de Tâme des membres de la £imille du chevalier et de ses successeurs.

Cependant la paix n'était qu'apparente, de la part, du moins, du sieur de Breauté. Malgré cette généreuse et loyale condescendance des religieux, malgré la foi jurée et l'aveu précis que nous avons rapporté plus haut, de nouvelles discussions ne tardèrent pas à s'élever, et pour obtenir justice, les opprimés furent encore obligés d'adresser une supplique au roi.

Pour y répondre, Charles VI envoya les instructions suivantes :

a Charles, par la grâce de Dieu, roy de France au bailK de Caux et au viconte de Moustiervilliers ou a leurs lieuxtenans

(i) Tribut que les sujets payaient au souverain pour Taider à soutenir les charges de TEut.

Salut. Receue avons lumble supplicacion de noz bien amez les Religieux prieur et couvent de S. Lo de Rouen de la fondation de noz prédécesseurs contenant que comme de leur dicte fondacion ilz ayent un fief ou porcion de fief dont le chief est assis en la parroisse de Breauté auquel ilz ont juridicion et justice et la congnoissance correccion et punicion de leurs hommes en tant que monte en basse justice et de ce ont este en possession et saisine de si long temps quil nest mémoire du contraire et en ont joy et use paisiblement et il soit ainsi que prez de leurdit fief nostre ame et féal chevalier et chambellan Rogier de Breaute Seigneur de Neville a un fief ou porcion de fief que il tient diceux religieux assis en icelle parroisse et na point dcspace entre iceulx fiefe dont sest ensuy ou pourrait ensuyr plusieurs debaspour plusieurs personnes qui ont enclos dedens leurs héritages des deux fiefe et pour eschever aucun procezet debas qui sont espérez de mouvoir entre les dicz supplians et notre dit chambellan iceulz Suppliantz vouldroient bien que par vous ou lun de vous informacion fut faicte des limitations et separacions

diceux fiefs pour ce est il que vous mandons et

commettons que vous informez duement et diligemment des limitations et séparations des dis fiefs et selon

icelles faictes les dites parties user de leurs dis fiefs et seigneurie sans souflFrir que lune partie ne lautre entrepreigne dotesnavant lune sur lautre, » etc.

Paris, le XVIII mars 1410.

Cependant les religieux ayant négligé de produire la charte donnée par Charles VI ou n'ayant pu Tutiliser à cause de la

rigueur des temps, et craignant que le bailli de Caux n'invoquât la prescription pour refuser de la mettre à exécution, profitèrent du passage de Charles VIII par Rouen, pour lui demander l'autorisation de rouvrir le marché qui avait cessé d'exister depuis l'occupation anglaise, et reçurent de nouvelles lettres patentes par lesquelles le roi reconnaît que les moines de Saint-Lô « ont eu droit de toute ancienneté d'avoir marché en leur lieu, terre, seigneurie et paroisse de Breaulté, lequel marché a coustiime y estre tenu au jour de mercredi par chacune sepmaine, mais à l'occasion des guerres qui ont eu cours du temps que les anglois anciens ennemys de notre royaume ont détenu et occupé le pais, ledit marché a esté discontinu et ledit pais demoure en ruyne et inhabité depuis longtemps et desîreroient volontiers les dis suppliants, que ledit marché y fust reçeu et entretenu ainsi que dancienneté pour l'augmentation dudit lieu, mais ils doubtent que on leur voulsist en ce faire ou donner destourbier ou empeschement se provision ne leur estoît par nous sur ce donnée.

Pourquoi ces choses considérées, vous mandons et

commettons, par ces présentes, que comme il apert que au dit lieu de Bréauté ait eu anciennement marché au dit jour de mercredy que il ait esté discontinu pour occasion des guerres, que ce soit le bien proufit et utilité de la chose publique qu'il y soit entretenu, ordonne ledit marché estre doresenavant entretenu audit lieu ainsi que dancienneté il a accousturae destre sans aucun destourbier ou empeschement, car ainsi nous plaist et voulons estre faict et aus dis supplians avons octroyé et octroyons de grâce spéciale par ces présentes, nonobstant la discontenuacion du dit marché induement durant le temps des guerres et divisions que les angloys ont occupé le pays, car depuis la conqueste

fête (liceiuy pais des mains des dits angloys qui a esté depuis quarante ans le dit lieu esté en rhuyne et inhabité.

« Donné a Rouen le xxv* jour de may lan de grâce mil CCCC quatre vings cinq et de notre règne le second. »

Ce n'était pas seulement avec le seigneur de Bréauté que les religieux avaient de la peine à s'entendre; ils avaient des difficultés un peu avec tout le monde. En Tannée 1438, clameur (i) et accord sur clameur eut lieu entre le prieur Guillaume Le Moine, se portant fort pour les autres religieux de son monastère, et Jacques de Rouville, au sujet de deux vavassories ou aînesses situées en la paroisse de Bréauté.

Nous avons trouvé aussi aux archives les traces d'un procès qui eut lieu, en 1656, entre eux et le baron deCretot, pour les dîmes, pour une journée de charrue et autres petites redevances, trop peu importantes pour nous arrêter ici.

Mais une autre fois, en 1671 et 1672, une contestation plus sérieuse s'éleva avec le sieur de Boissey, au sujet d'un certain fief de La Pincherie qu'il occupait et qui dépendait aussi de la seigneurie de Bréauté. Comme toujours, le procès fut long et les mémoires verbeux ; mais les efforts du sieur de Boissey pour se soustraire à ses devoirs envers les religieux furent repoussés, et de plus il fut condamné aux dépens et à l'amende avec son domestique pour injures, violences et mallraitemenls exercés à ce sujet contre l'un des religieux.

En 1781, un habitant de la paroisse de Bréauté s'étant refusé à rendre l'aveu, à payer la rente et à remplir les autres

(i) Plainte. — Accosition.

devoirs seigneuriaux auxquels il était obligé comme vassal du prieuré, la pièce de terre qu'il occupait, contenant cinq vergées, fut saisie et réunie au domaine non fieffé.

Parfois aussi les curés eux-mêmes se plaignaient de la position qui leur était faite dans la paroisse et adressaient à leurs confrères des réclamations plus ou moins admissibles :

Le 17 juin 1654, un curé, nouvellement arrivé à Bréauté, intenta une action contre son prieur, prétendant que les dîmes, ou au moins en partie, devaient lui revenir en sa qualité de curé, et que, bien qu'il eût été débouté une première fois de sa demande, par sentence des requêtes du palais, il croyait devoir de nouveau se prévaloir de sa qualité pour soutenir ses prétentions.

Le Conseil s'étant réuni pour examiner l'affaire, il fut arrêté qu'il ne serait plus désormais accordé audit curé d'autre titre que celui de vicaire perpétuel, puisqu'il se rendait si peu digne d'en conserver un autre.

Nous citerons encore un exemple, daté de 1767, qui nous fournira quelques détails intéressants :

La paroisse de Bréauté, disait un curé, consiste en dixneuf cents soixante acres de terres dîmables, formant un circuit de plus de trois lieues de circonférence, avec des maisons à tous ses confins, ce qui augmente la difficulté pour la desservir. Elle contient 650 communiants et un cent de protestants, composant, avec les enfants, près de 1,200 âmes, et pour desservir cette grande paroisse, le curé ne reçoit que 300 1. avec les fondations de l'église, qui se montent à ri 1. par an. Voilà tout le revenu du curé, certifié véritable par lui.

Un autre curé trouvait que les religieux ne donnaient pas assez de pain aux pauvres de Bréauté ; ils en distribuaient.

dit-il, seulement 24 1. par quinzaine; il s'en plaint amèrement et demande une augmentation. En 1649, ils furent chargés d'entretenir huit pauvres à cause de leurs dîmes, et quatre autres, pour leurs terres et deniers seigneuriaux, en tout, douze.

Pour établir cette taxe, on réunissait devant le curé du lieu tous les habitants capables de donner, puis tous ensemble arrêtaient la cotisation qui serait imposée à chacun, suivant ses moyens.

Ces reproches, plus ou moins mérités, et qui devaient être cruels pour la conscience et le cœur généreux d'hommes vraiment religieux, font voir à quel état de pauxTeté la maison de Saint-Lô était arrivée. II devait en être de même, pour toutes les autres communautés à cette époque; leurs revenus diminuèrent d'une manière effrayante, depuis le commencement du xv* siècle jusqu'au xvm% et à mesure que les ressources disparaissaient, les charges augmentaient suivant une progression inverse.

Aussi, lorsque, en 1582, les habitants de Bréauté vinrent réclamer auprès des religieux de Saint-Lô la reconstruction immédiate de la tour de leur église qui était en péril imminent, leur demande fut mal accueillie. Ils prétendaient que le prieur seul devait contribuer aux frais de cette réparation, parce que aucune clôture ne séparait le chœur de la base du clocher; que, dans cette même base, s'ouvrait une petite porte latérale pour entrer dans le chancel; que le crucifix pendant au-dessous de l'arcade sacrée avait été établi et payé par le prieur, et de ces divers motifs ils concluaient que la réédification de la tour devait rester à la charge des seigneurs et patrons de l'église (i).

(i) Suivaut les anciens usages, c'était le patron d*une église qui en faisait

La Cour en jugea autrement, et, par un arrêt de 1654, décida que « les paroissiens, manants et habitants en estât de commun de la paroisse de Bréaulté, » devaient contribuer à la réédification de la tour, soit qu'elle fût placée au bas du chœur, soit qu'elle fût posée sur le portail.

A la suite de ce jugement, le chapitre s'étant assemblé, on fit observer que le clocher deBréauté était depuis longtemps en ruine, et que Mgr l'Archevêque menaçait d'interdire l'église, si dans un délai rapproché il n'était pas rétabli ; que tout ce que l'on pouvait faire, c'était de réclamer une prolongation de temps pour faire exécuter le travail et pour lever sur les habitants la taxe contributive nécessaire à la réparation, mais que, pour obéir à la sentence de la Cour, il ÊiUait se hâter de s'entendre avec un entrepreneur.

Dans le plan qui fiit dressé à cette occasion, on eut soin de prévoir ces deux circonstances : dans le cas où la tour resterait où elle éuit, c'est-à-dire au bas du chœur, le devis portait qu'il en coûterait :

Pour le maçon. 3 . 300 1.

Pour le charpentier 2 . 000

Pour le plâtrier-couvreur 780

Pour le coq, plomb, etc 400

Si, au contraire, la tour était changée de place, il devait appartenir :

construire le choeur et éuit obligé de l'entretenir, à moins qu'il ne consentit à renoncer à son droit de nommer à U cure.

ISO

Pour le maçon, matériaux et peines 4 . 500 1.

Pour le charpentier, matériaux et peines. ... 2 . 200

Pour le couvreur, plâtrier, matériaux et peines i . 030 Pour le coq, plomb, ferrures, croîx de fer, etc. 400

Par une nouvelle sentence de 1455, la Cour ordonna que le clocher serait reconstruit à la place qu'il avait toujours occupée, et ce travail, mis en adjudication au rabais, fut adjugé, après trois enchères successives, à Pierre Noël, maître maçon à Caudebec, par le prix, savoir :

Pour le métier de maçon, à la somme de. . . 3-430 1.

Pour le métier de charpentier i . 930

Pour le métier de couvreur-plâtrier 680

Pour menuiserie, plomb, croix, ferrures, coq 360

Lorsque enfin Ton se décida à commencer les travaux, le clocher était tombé en ruines, entraînant avec lui trois des quatre piliers qui servaient à le soutenir.

Un plan déposé aux archives nous apprend qu'il y avait dans le chœur de l'église de Bréauté six fenêtres, dont deux à Tabside qui était carrée (i), et deux de chaque côté. Dans • la nef, il y avait cinq fenêtres de chaque côté.

Il ne sera peut-être pas sans intérêt de rapporter ici les

(i) W est probable que ce plan n*est pas 6dèle. M. l'abbé Cochet, toujours si exact dans ses descriptions, dit à l'article Bréauté, dans ses églises de Tarrondisseraent du Havre : « Le chœur, terminé en abside, doit remonter à lepoque de transition. Par sa forme circulaire il appartient à l'architecture Fomane, et par ses arcs en tiers point, il appartient à la naissance du style ogival. » H vol., p. 57.

détails d'une visite qui fut faite avant le commencement des travaux, par deux experts chargés d'estimer la dépense.

Voici les dimensions du 'monument qui furent constatées par le maître-maçon :

Le chancel ou chœur avait dans œuvre 1 8 pieds et demi de large et de dehors en dehors, 25 pieds et demi dans un sens et 26 pieds et demi sur l'autre. « Il est construit avec six contreboutants qui contreboutent les voûtes dudit chancel, dans lequel il y a six vitres pour donner jour au dit chancel. » La base du clocher a 16 pieds en carré de dedans en dedans, et les murailles ont 4 pieds d'épaisseur. Entre les deux piliers du bas du chancel, épais de 4 pieds et demi, il y a une arcade de 1 1 pieds d'ouverture, qui porte la moitié de la muraille. L'église a, « depuis les derniers piliers soute-^ nant la voûte jusqu'au portail, 66 pieds de long, et de largeur 26 pieds de dedans en dedans. »

Dans cet important travail de reconstruction, les habitants avaient été condamnés, en 1656, par arrêt de la cour, à payer la somme insignifiante de 283 1. 2 s. 9 d. ; aussi, cette modeste dépense ne les empêcha pas, quelques années après, en 1685, d'en entreprendre une plus importante, sans réclamer cette fois d'autre concours, de la part des religieux, que leur permission pour démolir la sacristie, dont l'humidité et la. mauvaise construction ne permettaient pas d'y conserver les ornements et le linge d'église, s'engageant à la remplacer par une autre plus convenable, à leurs frais, et à l'entretenir désormais sans réclamer la participation du prieuré dans la dépense. Avec de pareilles conditions, l'autorisation demandée ne pouvait leur être refusée ; elle fut accordée.

Le 18 octobre 1668, un cas de peste, apportée par un jeune homme venant de Rouen, où cette affreuse maladie

faisait des ravages, s'étant déclaré dans la ferme des religieux à Bréauté, M. de La Veissière, lieutenant du roi» donna Tordre que tous les jours, quatre hommes choisis par les . habitants seraient placés aux différentes issues de la ferme, pour empêcher de sortir qui que ce fût, et que la nourriture de ces gardiens leur serait apportée par les habitants sans communiquer avec eux; les peines les plus sévères devaient être réservées à ceux qui auraient osé enfreindre ces ordonnances.

En 1782, on fit de grandes réparations à la ferme de Bréauté, ainsi qu'au presbytère, qui paraît avoir conservé sa couverture en paille jusqu'à cette époque.

En plus de la seigneurie principale, qui appanenait au prieuré de Saint-Lô, il y avait encore à Bréauté les seigneuries de Turretot et de Hellande. Celle de Turretot, en 1475, était possédée par Jacques de Trousseauville, sieur de Fréville. Celle de Hellande, en 1498, était entre les mains de François Le Veneur, chevalier, sieur de Hamé, qui avait épousé demoiselle Marie de Hellande; et par Gilles de Trousseauville, écuyer, sieur de Bonnebosc, au droit de noble damoiselle Renée de Hellande, sa femme.

Parmi les redevances dues à la seigneurie du prieuré, il y en avait certaines qui consistaient en gibier, si on en juge par la curieuse lettre d'un curé de Bréauté écrite en 1706 au prieur de Saint-Lô et commençant en ces termes :

« Mon Révérend Père,

« Je vous envoie le gibier de M. de Bailleul, au nombre de douze perdrix tant bonnes que mauvaises, accompagnées d'un Icvrol. J'ai pensé renvoyer le tout au dit sieur de Bail-

leul; cela ne valait pas la peine, à mon advis, ni les frais d'un homme et d'un cheval que j'ai loué exprès, les miens ne pouvant faire ce voyage, etc. »

Suivant dom Toussaint Duplessis, le mot Bréauté voudrait dire : un autel dressé dans un lieu fangeux. L'église cependant est située dans une plaine magnifique, dont l'aspect ne parait pas répondre à l'étymologie du savant bénédictin.

Cette paroisse faisait partie de l'ancien doyenné de Fauville, au bailliage de Caux, élection de Montivilliers, valait XXV 1. de revenu du temps d'Eude Rigaud, et comptait i8o feux.

C'est aujourd'hui un bourg de 1,300 habitants environ; arrondissement du Havre, canton dé Goderville.

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