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AUTRES REVENUS

Diverses autres causes contribuaient encore à augmenter les ressources du prieuré. Plusieurs confréries, constituées à Rouen, avaient établi à Saint-Lô le siège de leurs opérations. Elles payaient certaines redevances, tant pour les messes, qu'elles faisaient célébrer à des jours fixes, que pour les appartements qu'elles occupaient dans le monastère pour leurs réunions.

Ainsi la corporation des drapiers payait aux moines de Saint-Lô la somme de 59 livres (2).

(i) V. p. just., xxm.

(2) Cependant, M. Ouin Lacroix, dans son Histoire des corporations d'arts et métiers, dît à la page 105 : « Les drapiers drapants avaient une confrérie de la Sainte-Trinité dans l'église de Saint-Godard; les drapiers ditallleurs, une de Saint- Werre-et-Saini- Paul à Tabbaye royale de Saint-Ouen. » Il ne fait aucune mention de Saint-Lô.

Les imprimeurs -libraires-typographes et relieurs avaient une confrérie commune dans l'église du prieuré, placée sous l'invocation de saint Jean de la porte latine (i), et leurs réunions se tenaient dans la chapelle de ce nom. Ils payaient 36 livres 10 sous.

Le pape Urbain VIII accorda plusieurs bulles d'indulgences à la confrérie des tailleurs, érigée sous le titre de Saint-Dominique au prieuré royal de Saint-Lô, dont ils décoraient la chapelle à leurs frais (2). Ils payaient 39 livres 10 sous (3).

Il arrivait parfois que des âmes pieuses abandonnaient au couvent une somme d'argent ou bien une faible rente pour avoir part aux prières qui s'y disaient. C'est ainsi que nous avons vu Henri Waspail, dans le xv* siècle, léguer une rente de 20 sous, à condition qu'on le recevrait dans le couvent en

(i) Fête instituée en l'honneur de saint Jean TËvangéliste, qui, amené d'Éphèse i Rome, fut plongé, par ordre du Sénat, devant la porte làiittr, dans une cuve remplie d'huile bouillante, d'où il sortit mieux portant qu'il n'y était entré. V. Martyrologe au 6 mai.

(2) V. Ouin Lacroix, Histoire des corporations d'arts et métiers, p 152. On trouve aux archives une de ces bulles datée de 1640 et portant encore le sceau d'Urbain VIII attaché par des lacs de soie jaune.

(3) t Estât de ce que l'on reçoit des confrairies establies au prieuré de S. Lo. » (Compte de 1515.)

« Les drapiers, pour les grandes messes qui se disent le troisième dimanche de chaque mois et pour Toccupation d'une salle au dit prieuré, où ils font leurs assemblées, donnent quarante-huit livres que le garde du mesticr paye aux quatre termes ordinaires xxxxvni I.

« Item huit livres pour les deux grandes messes de iour S. Pierre et conversion S. Paul vni 1.

« Item un escus qu'ils donnent au sacristain le iour de la conversion de S. Paul : ni 1.

« Somme , ux 1. »

« Le maître de W confrairic des libraires donne pour les grandes messes qui

qualité de frère, et qu'il aurait part aux prières des religieux avec son père, sa mère et sa femme Emma.

D'autres fois, dans les transactions qui se faisaient entre particuliers, on retenait pour le monastère une redevance quelconque à titre de pot-de-^in. En 1227, Thomas Heudîer, avec le consentement d'Helvisse, sa femme, vendit à un sieur Denis et à sa femme Emmeline une pièce de terre appelée le champ Heudier et située à Bourgdenis, moyennant une once de cumin et 18 deniers de monnaie courante, payables par chaque année aux religieux de Saint-Lô le jour de Saint-Michel (i).

se disent les premiers dimanches de chaque mois trente livres qu'il paye aux

quatre termes ordinaires xxx 1.

« Item pour l'office du iour S. Jean porte latine quatre livres et cinquante sols pour la prédication vi 1. x s.

<( Somme xxxvi 1. x s. »

n Le maître de la confrairie des tailleurs donne pour les messes basses qui se disent tous les dimanches de l'année vingt-six livres qu'il paye à la S. Dominique XXVI 1.

« Item pour l'office du iour S. Dominique

« Item pour l'office du iour de la transfiguration N. S. . . . v 1.

« Item le iour de l'an celuy qui est eleu garde du mestier donne cent sols v 1.

« Somme xxxix 1. x s. »

(i) Cet usage de retenir pour soi ou pour les autres certains objets comme pots de vin dans les marchés que l'on contractait était très fréquent au moyen âge ; nous en avons trouvé de nombreux exemples dans les chartes qui nous ont passé sous les yeux : Roger de Pavilly, dont nous avons vu figurer le nom parmi les bienfaiteurs de Saint-Lô, retient des souliers pour ses enfants. Une femme se réserve une pelisse pour elle, un gâteau pour son fils. D'autres fois, c'est du poivreydu cumin, un liepwre en nature^ des Gaudriolles (réjouissances — friandises?), des poires. Au xii* siècle, le prieur de Saint-Lô et r.ibbé de Mortenier étaient en procès au sujet de la valeur de loo poires de revenu que l'abbé demaodaif aux chanoines de Bourgdenis, Ces rentes s'acquittaient ordi-

Aussi nous avons trouvé plusieurs lettres, en forme de chartes, qui exprimaient la reconnaissance des religieux pour les services reçus et assuraient en retour aux bienfaiteurs une large part dans le mérite des prières et autres bonnes œuvres qui se pratiquaient dans le prieuré.

Ce n'étaient pas seulement les religieux de Saint-Lô qui célébraient les saints mystères dans leur chapelle ; souvent aussi des prêtres étrangers à la maison, habitant Rouen ou de passage dans la ville, venaient y dire leurs messes et cet usage produisait un revenu assez important pour la communauté. Dans Tajinée qui s'écoula entre la Saint-Michel 1781 et Saint-Michel 1782 quatre mille deux cent soixante-huit messes furent célébrées dans la chapelle du couvent, et, sur ce nombre, les chanoines de Saint-Lô en acquittèrerit seulement huit cent quarante-deux au profit de la sacristie ; les autres furent dites par des étrangers, et les honoraires de ces différentes messes s'élevèrent à la somme de quatre mille sept cent cinquante une livre sei:^ sols.

Une autre cause de revenu assez curieuse, que nous avons rencontrée dans les livres de compte, mérite d'être signalée ici : au chapitre des recettes, pour Voffice de la secrétainerie,

nairement en poires de Saint-Rieul ou Saint-Ricux, qui était à ce qu'il parait l'espèce la plus estimée dans la haute Normandie. On ne sait aujourdliui ce qu*est devenue ou comment s'appelle cette poire.

Le 13 novembre 1203, le roi Jean faisait k Jean Lur, citoyen de Rouen, une concession en vertu de laquelle il devait rendre annuellement, à la tour de Rouen, 500 poires de Saint-Rieul.

A la fin du XII* siècle, Robert, comte de Leicestre, en confirmant la vente faite à un sieur Kicolis Grognet d'un terrain acheté par lui près Notre-Damede-la-Ronde, rappelle que le terrain lui doit annuellement une rente de 100 poires de Saint-Rieul, payable à la Saint-Michel et estimée 2 sols tournois.

(Râuue horticole, année 1862, p. 259.)

il est question de cierges offerts en quantité par femmes et enfants.

Lorsque, en 1544, une paroisse fut établie dans la chapelle même du prieuré, le nombre de ces cierges, que les religieux s'étaient réservé le droit de recueillir, était parfois si considérable qu'ils en pouvaient revendre à la livre; nous en avons trouvé la preuve dans les comptes de 1406 à 141 3.

Dans un autre compte de 1495 on lit :

« Pour les petits cresmeaux (1) et cierges à enfants baptisés, ensemble les cierges aux brus que le dict sacristain à droit et acoustumé de prendre sur la paroisse et l'église de S. Lo. » (Sans prix.)

D'où il résulte que c'était à l'occasion de baptêmes, de mariages ou de relevailles que l'on fournissait cette abondance de cierges.

La possession et l'emploi de cette cire était quelquefois un sujet de contestation entre le curé de Saint-Lô et le sacristain ou religieux du couvent chargé du soin de la sacristie.

Un jour, c'était précisément en 1495, la femme d'un sieur « Christoffle Bigot, greffier du bailli de Rouen, vint à décéder au village dcPelletotçu caus où elle était allé résider pour quelque espasse de temps pour obvier à la peste qui cette année a eu court, laquelle fut inhumée en l'église des Célestins. »

De là discussion entre les deux parties : le curé disait que le luminaire lui appartenait à raison de ce que la défunte « estoit de sa paroisse et trespassée dehort de ceste dicte

(i) On appelle cbrétneau le petit linge dont on couvre la tête de l'enfant que Ton vient de baptiser. Linteolum candidum in fontis capiti imponendum (rituel).

ville mesmet quelle avait esté enterrée en Taistre des Célestins à rouen et par celle cas le dict sacristain en eust advis à maistre Jacques Duvil et pour ce envoie à luy ung pot de vin blanc, lequel luminaire fut trouvé appartenir au dict sacristain. »

Il est permis de croire que le pot de vin blanc eut une certaine influence sur la décision du jurisconsulte.

Un peu plus loin, dans ce même compte, nous trouvons les passages suivants :

« Pour le déjeuner des trésoriers de Saint-Lô pour recevoir l'argent du cierge benoist (sans prix).

« Pour un gallon de vin le iour de la Penthecoustes à souper à cause du cierge benoist ii s. viii d. t. »

Ces deux articles rappellent un ancien usage qu'il est bon de rappeler ici : au jour de Pâques, tous les fidèles avaient la bonne habitude de s'approcher de la sainte table et chaque communiant donnait une somme de trois deniers destinée à payer le cierge pascal.

A Saint-Lô, on reconnaissait la peine que les trésoriers avaient prise de recueillir cette légère rétribution en leur offrant à déjeûner le jour où ils recevaient l'argent et à souper le jour de la Pentecôte, parce que le cierge devait brûler depuis le Samedi saint jusqu'au soir du jour de la Pentecôte, pour l'accomplissement des cinquante jours du temps pascal.

Ce cierge n'était pas comme aujourd'hui , une simple bougie passée dans un énorme tube de fer blanc peint; c'était une véritable colonne de cire pesant quelquefois jusqu'à quatre-vingt-dix ou cent livres , ornée d'arbres, de fruits, de feuillages et de fleurs que tous les ciriçrs n'étaient pas capables d'exécuter,

Celui de Saint-Lô n'avait pas cette importance, nous aimons à le croire, cependant nous voyons écrit :

a Pour rater l'arbre du cierge benoist aflSn de receuUir et appourfiter la cire paie au varlet du cirier x d. t. »

Ce qui prouve qu'il devait avoir une certaine grosseur, puisque les gouttes qui s'en échappaient mériuient être recueillies (i).

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