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FONDATIONS ET INHUMATIONS

En même temps que les nombreuses donations accordées à Saint-Lô, à différentes époques, pour avoir part aux prières de ses religieux, nous avons relevé un certain nombre de fondations feites dans la même intention et qui nous ont paru offrir quelque intérêt, soit pour la date où elles furent concédées, soit pour leur importance, soit pour la célébrité de leurs auteurs, soit enfin pour le revenu qu'elles apportaient au prieuré.

Nous avons déjà vu que Rotrou, archevêque de Rouen, et Gaultier, son successeur, mort en 1207, avaient fondé des rentes à prendre sur Criquebeuf, pour avoir droit chacun à une grande messe à perpétuité.

Pour reconnaître un service rendu par Adam, prieur de Saint-Lô, de 1207 à 1219, Nicolas Deps fît donation à son tour de plusieurs rentes au monastère, réclamant seulement en retour le bénéfice d'une messe solennelle pour le jour de la mort de son saint patron, et cette fondation fut l'origine de la fête de saint Nicolas, que, chaque année, on célébrait avec beaucoup de pompe. L'acte en fut passé devant Jean Lur, mayeur de la ville.

(i) V. Errata et Addenda ci-après.

En 129 1, Eustache, évêque de Coutances, sentant la mort approcher, laissa aussi une rente de 5 livres pour quatre messes que les religieux acquittaient le jour anniversaire de sa mort.

Une charte de la fin du xiv* siècle nous a révélé qu'un fervent chrétien, pour' satisfaire sa grande dévotion en son patron, offrit au prieur et au couvent de Saint-Lô d'établir dans leur église, une fête solennelle le jour de Saint-Michel, où devaient figurer deux cierges sur le grand autel, deux autres sur Tautel du dit saint Michel, douze autour du chœur, « les quatre angellos, les candelliers sur chacun autel, ung cierge durant le service, premières vêpres, matines et grand messe avec la procession et deuxièmes vêpres. » Il demande que les vêtements et ornements soient notables et hennestes pour faire célébrer la dite fête. Item que tout, « en sonnerie, orgues et autres choses soit en rapport avec cette solennité » et pour ce il offre 40 livres destinées à être mises en rentes.

Une partie de cette charte est déchirée et le nom du généreux fondateur reste inconnu pour nous.

Au moyen âge, au lieu de dépenser une somme parfois considérable pour construire un tombeau, aussi vain que fastueux, on se contentait d'un monument simple, mais on donnait une verrière, un rétable, des stalles ou autres choses durables et utiles; nous en trouvons un exemple dans la fondation suivante :

En 1428, Guarin Le Maréchal donna 12 livres de rente pour faire dire douze messes de requiem par an et autant de vigiles. Dans l'acte il est stipulé que c'étaient ses ancêtres qui avaient fait construire les chaires du chœur.

1438. — Roger Mustcl, bourgeois de Rouen, donna

vingt-quatre acres de terre vulgairement appelées les acres de FranquevilU (i) et 30 livres de rente en ville à charge de célébrer pour lui, au 30 de chaque mois, un service à diacre et sous-diacre au grand autel avec la représentation au milieu du choeur. Cette donation fut confirmée en 1445 par ses héritiers.

Cent ans plus tard, dame Elisabeth Mustel fut inhumée dans l'église du prieuré.

28 juillet 1444. — Donation de 3 livres 10 sous de rente par Guillaume LeTabletier, curé de Saint-Denis et chanoine de La Saussaye, à charge d'une basse messe chaque année, le jour de la Transfiguration de Notre-Seigneur ; la dite rente en deux parties : Tune de 50 sols et l'autre de 20 sols.

1465. — r Fondation, par Nicole Davy, de deux obits, le 27 juillet et le 17 janvier, pour lesquels il lègue 3 livres 15 sous de rente le 2 avril.

En 1499, comme « noble homme monseigneur maistre Jehan du Vergier, seigneur de Saint-Cellerin (2), de Courcelles et d'Ablèges (3), sur la rivière de Biane, docteur en chacun droit, conseiller du roy notre seigneur et président pour le dict seigneur en la court des généraulx, sur le faict de la justice des aydes au pays et duché de Normandie et aultres pays adiacents, eust, pour le salut et remède de son ame et de ses parens et amys, donné aux religieux de S. Lo de Rouen pour eulx et leurs successeurs à la suiste du temps dicelluy lieu ung manoir et les dépendances dicelluy, assya en la paroisse du petit quevilly vulgairement appelle la baronye du Vergier avecques les droictures dicelle sans en

(i) Au triège de Saint-Léger-du-Bourg- Denis.

(2) Département de la Sarthe.

(3) Doyenné de Meulan. Election de Pontoisc, près Vigny,

faire quelque réserve sauf que il faisait retenue de jouyr dicelle sa vie durant seullement à la charge de payer les rentes et droits seigneuriaux quand ils seront dus et de célébrer à l'intention du dit Duvergier, en la dite église et prieuré, une messe basse perpétuelle » à la fin de laquelle on devait dire un Deprofundis et faire l'aspersion d'eau bénite sur sa tombe. De plus, on devait célébrer un obit solennel à la fin de chaque mois avec vigiles des trépassés à neuf psaumes et neuf leçons, une haute messe de requiem à diacre et sousdiacre avec des ornements honorables. De plus, les religieux devaient accorder au dict président la permission de faire inhumer « son corps devant le crucifix et d'esleversa tombe de telle essence et haulteur qu'il verrait bon estre » avec une épitaphe contre l'un des piliers ou contre le mur de l'église. Mais les religieux ayant réfléchi que cette tombe, si elle était élevée, ainsi qu'ils l'avaient promis, devant le crucifix, les gênerait beaucoup pour faire la station au retour des pro- , cessions, supplièrent le président Duvergier de bien vouloir choisir une autre place, « On lui proposa d'avoir à son profit et usage l'autel et chapelle fondée en la dicte église sous le tittre et invocation de monseigneur S. Michel archange et que la dicte chapelle fut nommée et intitulée désormais perpétuellement et à tousiours la chapelle du président du Vergier pourenicelle estre luy ses enfians leursfemmes et leurs enfians masles et femelles yssans deulx jusques à la fin de toutes leurs générations et lignée inhumés et eslever en la dicte cappelle une tombe et mettre ses armaryes aux murs de la dicte cappelle aux vitres et verrières dicelle dedans et dehors de la dicte cappelle mesmes y faire telle oratore et y aposer tels sièges et clostures qu'il verroit

bon estre, etc. » en lui réservant toutes les autres conditions sans lui rien faire payer à tout jamais.

Il paraît cependant que les engagements ne furent pas très exactement observés, car, un an après, en 1500, un exploit de clameur et gage piège, adressé aux religieux, leur enjoignait de ne pas toucher aux armes de JehanduVergier, mises en la chapelle de Saint-Michel. Toutefois son corps fut inhumé dans le caveau qu'il avait fait creuser sous cette chapelle de Saint-Michel, située près la porte de l'église, et voici, d'après Farin (i), ce qui était écrit sur son tombeau :

« Cy git noble homme messire Jean du Verger (2), docteur en droit canon et civil, natif et seul patron de l'église, terre et seigneurie de S* Celerin (3), au diocèse de Coutances, et sieur des villes, terres et seigneuries de Courcelles et d'Alléger (4) sur Biane, conseiller ordinaire des rois de France Charles Vil et Louis XI en leur grand conseil et au parlement de Paris, président au parlement de Toulouse, après en la cour souveraine des aides de Normandie, qui décéda le 5 de février 1504. » Il portait i'or à cinq lyonceaux, passans de sable aux langues de gueules, à un faux écu de gueules, à deux clefs d* argent passées en sautoir. Il était surnommé le bon président et on lui fit cette épitaphe :

Icy dessous est résident Du Verger le bon président.

lé mai 1534. -*- Fondation, par Guillaume Dantan, curé

(1) Histoire de Rouen, \\l* partie, p. 176.

(2) Farin donne une orthographe différente de celle que nous avons trouvée dans la charte.

(3) Même observation.

(4) Même observation.

de Saint-LÔ, de 30 livres de rente pour célébrer un obit chaque mois de l'année.

Par contrat, passé en 1648, la famille de Brinon avait fondé, moyennant une rente de 50 livres, plusieurs obits et saluts à célébrer au prieuré, en reconnaissance de quoi on leur avait accordé une tombe dans le choeur pour y faire inhumer eux et leurs successeurs, avec le droit d'épitaphe, attachée au deuxième pilier du côté droit de l'église. Par un second acte, daté de 1658, on autorisa M. de Brinon, conseiller au Parlement, à faire construire dans « le chœur de l'église, au costé de l'épitre entre les chaires et le bas degré du sanctuaire joignant l'entrée, » un caveau de douze pieds sur six de largeur à sa fondation, « sur laquelle place il pourra faire poser une tombe avec graveur et inscription en sorte que la dite tombe n'apportera aucune incommodité au dessous de laquelle il lui est permis de faire construire une cave en voûte dont la longueur sera prise sous les chaires du chœur jusqu'à la concurrence de treize pieds de longueur sur six pieds de largeur, commençant au dit bas degré du sanctuaire. » Le surplus de la dite fondation ayant été accepté, M. de Brinon s'engageait à servir une rente perpétuelle de 200 livres, racquitable'par 3,000 livres, pour faire dire tous les jours à perpétuité une messe basse à neuf heures, le monastère fournissant les ornements et les autres choses nécessaires pour le service divin. J^sl rente dont il est ici question fut remboursée le 10 octobre 1659.

Farin nous apprend que de son temps on voyait dans le chœur du prieuré, écrit sur une table de marbre noir : Le tombeau de messieurs Brinon,

Ces sépultures ouvertes à plusieurs époques différentes le furent pour la dernière fois en 1887, ^^ moment où l'on

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