‹ Histoire du prince de BismarckChapitre 11 sur 28 · VI^H · texte numérisé non relu

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agrandisseDient de puissance. C'était un véritable protocole de désintéressement que demandait rAutriche : que devenaient dans ces conditions les projets de cession de la Yénétie à l'Italie, des Duchés à la Prusse, de suprématie prussienne en Allemagne? C'était, de la part de rAutriche, dire son dernier mot avant l'heure, indisposer l'empereur Napoléon^, neutraliser les bonnes dispositions de l'Angleterre, delà Russie même. C'était surtout faire le jeu du comte de Bismarck, qui était devenu anxieux et qui fut enchanté du refus de l'Autriche. Celle-ci n'avait-elle pas démasqué sa politique, dévoilé ses projets d'agression^ mécontenté l'Europe, dont elle faisait échouer les efforts en faveur de la paix?

Le même jour où il faisait ses réserves au sujet du congrès, le cabinet de Vienne avait saisi la diète, ainsi qu'on l'a vu plus haut, de la question des Duchés et fourni à M. de Bismarck un prétexte sérieux pour rejeter sur l'Autriche la responsabilité du conflit. Le ministre prussien, toujours préoccupé du soin de ne pas paraître être l'agresseur, envoya à tous les cabinets une note pour rappeler que l'Autriche avait contrarié les sentiments pacifiques de l'Europe ; qu'elle avait -violé la convention de Gastein en portant la question des Duchés devant la diète ; que le roi Guillaume avait tout récemment tenté, sans succès, de s'arranger directement avec l'empereur François-Joseph. Il concluait qu'il n'était plus permisde douter que l'Autriche ne fûtrésolueàfairelaguerre, tandis que la Prusse était réduite à se défendre. Il insinuait encore que le gouvernement autrichien voulait la guerre afin d'échapper à des embarras intérieurs : c'est le même motif que les adversaires de M. de Bismarck lui attribuaient, en l'accusant, à son tour, de provoquer la guerre avec TAutriche. Les cabinets de Florence et de Paris, initiés aux

clauses du traité prusso-italien du 8 avril, pouvaient savoir à quoi s'en tenir sur des protestations pacifiques concordant si peu avec le but et les termes de ce traité.

Le traité du 8 avril obligeait en quelque sorte la Prusse à commencer la guerre ; car c'est dans cette éventualité que ritalie était tenue, de son côté, de la déclarer, à l'Autriche, prise ainsi entre deux feux. Là était la difficulté pour M. de Bismarck, qui n'avait pu vaincre la répugnance du roi à attaquer le premier. La convocation par TAutriche des Etats du Holslein pouvait le tirer d'embarras, ta convention de Gastein, déclarait-il, était violée et abrogée implicitement: on rentrait dans la situation antérieure, c'est-à-dire dans la possession commune des Duchés. En conséquence, dès le 6 juin, le général de ManteuflFel, gouverneur du Schleswig, reçut ordre d'entrer avec ses troupes dans le Holstein, occupé alors par les troupes autrichiennes sous le commandement du général de Gablentz. Celui-ci, conformément à ses instructions qui lui enjoignaient d'éviter un conflit, se retira, en protestant, devant les troupes prussiennes. Le comte de Bismarck aurait préféré que les Autrichiens eussent résisté et engagé les hostilités : le cas de guerre se fût trouvé ainsi posé par son adversaire. La retraite des Autrichiens fut pour lui un désappointement : il en voulait même au général de Manteuffel d'avoir permis aux Autrichiens de se dérober par une évacuation précipitée.

A partir de ce moment on marche à pas rapides vers la guerre. Le 9 juin, la Prusse déclara à Francfort qu'elle ne discutera la question des Duchés que conjointement avec la réforme fédérale ayant pour base un parlement national tel qu'il en avait suggéré l'idée dans une communication antérieure. Le lendemain, elle communiqua à la diète son projet

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qui excluait F Autriche de la future Confédération. A ces actes le cabinet de Vienne répondit le 11 juin par la déclaration que la Prusse avait enfreint le pacte fédéral en usant de violence contre les troupe s autrichiennes ; en même temps, elle proposa la mobilisation immédiate de tous les corps d^armée fédéraux, ceux de laPrusse exceptés. Une fois de plusle cabinet de Vienne confondait le droit positif avec la question d'opportunité. AT égard d'un petit État confédéré la diète pouvait décréter une mesure qu'elle avait adoptée d'ailleurs trois ans auparavant à l'égard du Danemarck. A l'égard d'un État comme la Prusse, un arrêté d'exécution militaire équivalait à un manifeste de guerre. M. de Bismarck, toujours soucieux de paraître être la partie attaquée, invoqua, à son tour, l'article du pacte fédéral qui défendait la guerre entre confédérés, et qu'on lui avait opposé naguère à propos de ses armements. La motion autrichienne, disait-il, constituait une violation du pacte, à laquelle la diète participait en la prenant en considération. C'était presque aussi vrai que la critique analogue qu'on avait portée sur les notes comminatoires de la Prusse. Tout le monde était hors delà légalité, et M. de Bismarck au premier chef, quand il proposait une revision du pacte fédéral avec exclusion de l'Autriche. D'après le pacte de 1815, la Confédération était indissoluble et les divers États en faisaient partie à titre obligatoire et perpétuel et non de leur seul gré, ou au gré de quelque majorité,

Les événements eurent le cours prévu par les principaux acteurs. Le 12 juin, le ministre d'Autriche à Berlin, se fondant sur l'expulsion des troupes impériales du Holstein, déclarâtes relations diplomatiques rompues et quitta Berlin.

A Vienne on était devenu entièrement belliqueux, et les efforts que fit le roi de Prusse, à la dernière heure, échouè-

rent devant Topposition de la plupart des ministres et des membres de la famjlle impériale, contrairement à l'avis de Tempereur François-Joseph et du comte de Mensdorff, qui se montraient encore assez disposés à traiter. Le parti de la guerre à Vienne comptait beaucoup sur le concours des États secondaires, très irrésolus, il est vrai, mais au fond dévoués à TAutriche. Les contingents réunis de ces États représentaient un effectif de 3S0000 hommes, qui, en se joignant à Tarmée autrichienne, pouvaient jeter un poids considérable dans la balance.

Le 14 juin, la diète de Francfort entama la discussion de la motion autrichienne, en dépit des protestations du plénipotentiaire prussien. Sans s'approprier les considérants agressifs de la motion, la majorité, composée de TAutriche, des quatre royaumes, des deux Hesse,duNassauetde quelques petits États, se prononça pour la mobilisation. Le cabinet de Berlin, en prévision de ce résultat, que M. de Bismarck souhaitait, avait préparé une déclaration que son représentant lut aussitôt après le vote. Par un raisonnement très subtil, genre dans lequel le chef du cabinet prussien excellait, il exposait que la diète n'avait pas qualité pour défendre r Autriche, en tant qu'il s'agissait de la position de cette puissance dans le Holstein, l'empereur d'Autriche n'étant pas membre de la Confédération pour ce duché ; les armements de l'Autriche et le vote de mobilisation constituaient une violation du pacte fédéral; le roi de Prusse, en conséquence, considérait le pacte fédéral comme rompu et la Confédération comme dissoute; il se déclarait cependant prêt à former une nvrQvelle confédération avec les États qui accepteraient les bases arrêtées à cet effet par le gouvernement prussien. Après cette lecture le plénipotentiaire quitta la salle.

Toutes ces résolutions, si graves au point de vue des conséquences qu'elles devaient entraîner, avaient été prises par le roi Guillaume et son ministre, soit enTabsence, soit contre le gré de la chambre des députés. Nous avons raconté plus haut qu'en prononçant la clôture de la session le 17 juin 1868, le comte de Bismarck avait constaté la continuation du conflit constitutionnel entre la majorité et le gouvernement. Les événements importants de Tété 1868 s'étaient accomplis sans que les chambres eussent pu faire connaître leur avis : la majorité, il e3t vrai, qui avait pris position contre M. de Bismarck dans toutes les questions de politique extérieure, n'avait pas jugé avec plus de faveur la convention de Gastein. Au fond elle était trop attachée au mouvement national et allemand de 1849 pour sympathiser avec l'Autriche : mais sous l'empire de ses griefs personnels contre M. de Bismarck, elle blâmait sa politique anti-autrichienne. D'ailleurs elle ne croyait pas le premier ministre sérieusement décidé à faire la guerre à l'Autriche.

La session qui s'ouvrit le 18 janvier 1866 n'apporta aucun changement à cette situation; au contraire, le conflit s'aggrava et presque chaque séance fut marquée par des scènes violentes. L'opposition s'attaqua à la convention de Gastein : elle contestait au roi le droit d'acquérir le duché de Lauenbourg sans l'assentiment des chambres, puisque la guerre avait été conduite avec l'argent et le sang du peuple. Sans doute, réplique le ministre; mais cette guerre a été faite pour le Schleswig-Holstein, et l'acquisition du Lauenbourg no s'y rattache qu'indirectement, elle n'a rien coûté au peuple prussien. L'opposition, exaspérée, ne connaît plus de ménagement ; elle prend des résolutions, que le gouvernement lui renvoie comme inconstitutionnelles. La

session est brusquement close, le 22 février. De la chambre Tagitation se répand dans le pays. Partout l'opposition contre le ministère Bismarck se manifeste dans les formes les plus variées. Aux démonstrations en faveur des droits constitutionnels de la nation en succédèrent bientôt d'autres contre la guerre avec rAulriche. Ignorant le but de la politique extérieure de M. de Bismarck, ne voyant dans la guerre qu'un moyen d'échapper au contrôle des chambres ou d'accroître l'influence du militarisme, le parti libéral de toutes nuances se prononça contre le ministre qui représentait cette politique. Toutes les grandes villes, les corporations, les réunions populaires votèrent des adresses pour protester contre la « guerre civile » que le gouvernement allait allumer entre Allemands. Telle adresse des pays rhénans exprimait la crainte que la guerre avec l'Autriche n'amenât la France à s'emparer de la rive gauche du Rhin ; telle autre condamnait toute guerre autre que celle pour la défense de la patrie. Celle-ci maudit la tentative qui serait faite de troubler la paix intérieure de l'Allemagne ; celle-là s'élève contre une guerre provoquée, dit-elle, en vue d'intérêts dynastiques, et elle menace ses promoteurs de la peine des traîtres à la patrie.

Le fanatisme démagogique se mit aussi de la partie. Un jeune sectaire, affilié à la démocratie révolutionnaire, commit le 7 mai, à Berlin, en pleine rue, sur le président du conseil, une tentative de meurtre, qui avorta et se termina par le suicide du meurtrier.

Il était naturel que M. de Bismarck, en butte à toutes ces attaques du dedans, résolu à faire la guerre lorsque tout le monde sermblait vouloir la paix, cherchât à consolider sa position en faisant sanctionner sa politique par le pays. Si peu qu'il prisât le régime parlementaire, il ne pouvait mécon-

CONFLIT AU DEDANS, GUERRE AU DEHORS. 23i

naître qu'en temps d'orages politiques une chambre hostile est un grave embarras, tandis qu'une majorité favorable donne delaforceaux gouvernements qui luttentcontre des difficultés extérieures. Privé de ce concours, il avait hâte de se débarrasser de la chambre afin d'être dispensé de la convoquer et de lui demander, inutilement peut-être, des subsides de guerre. Ayant accompli toute une série d'actes inconstitutionnels en temps de paix, M. de Bismarck éprouvait encore moins d'hésitation à en augmenter le nombre au moment où le canon allait parler. Il n'ignorait pas qu'il jouait gros jeu et qu*en perdant la partie il encourrait les malédictions auxquelles n'échappent jamais ceux que la fortune a trahis.

Le 9 mai une ordonnance royale prononça la dissolution des chambres. Le ministère, dans son rapport au roi, rappelait les mesures militaires qu'il avait fallu prendre en présence de « dissidences avec plusieurs gouvernements voia sins ». Le ministère croyait que dans cet état de choses il pourrait devenir nécessaire de grouper autour du trône les représentants du peuple. La chambre actuelle, dont on ne voulait pas d'ailleurs suspecter le manque de dévouement patriotique, étant nommée dans des circonstances différentes de la situation présente, il sera utile de connaître le véritable sentiment de la nation prussienne.

Ce sentiment commença à se modifier dès que l'ordre de mobilisation de l'armée eut été promulgué. Des scissions se manifestèrent au sein du parti libéral ainsi qu'entre les comités électoraux et leurs anciens députés. Le gouvernement put ordonner, contrairement à la constitution, l'émission de billets du Trésor, emprunt déguisé, sans provoquer des explosions d'indignation. Plusieurs chefs du parti démocrate, vieux ennemis de la diète de Francfort et de l'Au-

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triche, ne prenaient aucune part aux démonstrations contre la guerre; Le patriotisme local prussien s'émouvait aussi des manifestations hostiles dans le reste de TAllemagne, qui confondaient dans les mêmes attaques M. de Bismarck et les Prussiens. Peut-être même le président du conseil aurait pu rallier, dans Tancienne chambre, une majorité suffisante pour soutenir ses projets ; mais les vacances parlementaires, à la veille de la guerre, lui paraissaient une garantie plus sûre contre des complications qu'une majorité hostile aurait pu faire naître. Toutefois^ après la dissolution des chambres et au moment où la guerre allait être déclarée, il chercha à se rapprocher des membres de l'opposition, à préparer le terrain pour les élections, qui avaient été fixées pour le 3 juillet. Il amena ainsi des entretiens où d'abord de vives paroles furent échangées. Il dut entendre répéter les reproches, tant de fois produits à la tribune et dans les journaux, que c'était lui qui avait creusé Tabime entre le pays et la royauté, semé la désaffection et la méfiance. Il se retrancha derrière les difficultés que lui créait la volonté arrêtée du roi sur les choses militaires et parlementaires ; il faisait vibrer la corde du patriotisme prussien et de l'idée de la suprématie prussienne ; il rappelait les efforts qu'il avait faits en 1889, avec succès pour empêcher le roi d'aller au secours de l'Autriche; il montrait enfin en perspective les grands projets qu'il exécuterait après avoir heureusement terminé la guerre qui se préparait.

Ces arguments de conversation intime agirent sur les esprits plus que les notes officielles. Personne, ni en Prusse, ni en Allemagne, ni dans le reste de l'Europe, n'ajoutait foi aux accusations dont M. de Bismarck accablait l'Autriche. On souriait en lisant ses dépêches représentant l'Autriche

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