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comme Tagresseur et la Prusse comme la victime. Ce qui séduisait les libéraux prussiens, c'était le projet qu^avait conçu M. de Bismarck de constituer TAlIemagne sans TAutriche et avec un parlement, peut-être avec un empereur, mais en tout cas avec un chef militaire qui serait le roi de Prusse. N'était-ce pas là à peu près la constitution décrétée par le parlement de Francfort en 1849, dont les libéraux de la chambre prussienne de cette époque avaient vainement demandé Tacceptation en s'exposant aux attaques les plus véhémentes de la part du député M. de Bismarck ? Gela ne promettait-il pas le triomphe final du programme libéral, et pouvait-on refuser son concours à celui qui en montrait la réalisation en perspective? Ces considérations, suggérées par les entretiens avec le premier ministre, eurent pour effet de diviser Topposition et de rendre un grand nombre de libéraux, de progressistes même, plus disposés à soutenir la politique de M. de Bismarck. Les hoslilités venaient à peine de commencer en Bohème que déjà certains chefs du parti libéral avancé exhortaient les électeurs à renoncer à une opposition systématique, à oublier comment la guerre avec T Autriche avait été amenée, pour ne considérer que le fait de cette guerre et le moyen d'en tirer le meilleur parti possible pour les immunités parlementaires et l'unité allemande.
En ouvrant la campagne d'Autriche, le comte de Bismarck pouvait déjà se féliciter d'avoir remporté de grandes victoires morales. 11 avait triomphé de la cour, dont les personnages les plus influents avaient jusqu'au dernier moment cherché àempècher la guerre; il avait séduit le roi, plus peut-être par les projets d'agrandissement territorial que par ceux delaréforme fédérale, dont le souverain à cette époque se souciait médiocrement; il avait enfin ouvert une brèche considérable dans
les rangs serrés de Topposition, en ramenant les uns, en isolant les autres, en y portant la division et en préparant ainsi la soumission de tous.
Il avait moins réussi auprès de TËurope, à qui il avait adressé le 18 juin une circulaire tendant à la persuader que seuls TÂutriche et ses alliés de la diète avaient rompu le pacte fédéral. Les chancelleries européennes savaient à quoi s'en tenir sur la politique de celui qui depuis quinze ans n'avait cessé d'appliquer à la diète le delenda Carthago et de dénoncer TAutriche comme l'ennemi qu'il fallait écraser. Mais si l'Europe avait pénétré les desseins du comte de Bismarck, celui-ci connaissait l'Europe : ill'avait vue à l'œuvre dans la guerre d'Orient, dans la guerre d'Italie, dans la guerre de Danemarck, et il savait que le temps n'était plus où elle s'échauffait pour le respect de traités ou de principes. Il n'avait à redouter qu'un homme, celui précisément qui, avant la circulaire prussienne du 1 8 j uin 1 866, avait proclamé la nullité des traités de 1818; or quant à celui-là, le comte de Bismarck comptait bien en avoir raison par l'habileté d'abord, par la force ensuite.