‹ Histoire du prince de BismarckChapitre 13 sur 28 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Oavertare des hostilités. — Les Prussiens occupent Dresde, Gassel et Hanovre. — Les trois États ont pour eux le droit fédéra]. — Le nord de rÂllemagne aux mains de la Prusse. — Dissidences entre la Prusse et Tltalie. — La note Usedom. — Lltalie repousse les moyens révolutionnaires. — Défaite des Italiens. — Bataille de Sadowa. — Intervention française. — M. de Bismarck et Temperenr

. Napoléon. — Les demandes de compensations traitées dilatoirement par M. de Bismarck. — L'Empereur ne veut pas prendre d'engagement. — Le u sphinx » de Paris inquiète la cour de Berlin. — M. de Beust à Paris. — L'Empereur refuse de faire une démons-

. tration militaire.

Les hostilités contre TAutriche s'ouvrirent sans déclaration de guerre formelle ; Texpulsion des troupes impériales des Duchés enfut le prologue, qui décidaFempereur François-Joseph à adresser un manifeste à ses peuples pour les appeler à la lutte. Chacune des deux parties avait cherché à se pourvoir d'alliés. Tous les deux étaient assurés de l'impassibilité de

l'Europe, de la neutralité, au début du moins, de l'empereur Napoléon. L'Autriche comptait sur la majeure partie des contingents fédéraux. Elle avait pour alliée naturelle la Saxe, menacée la première d'une invasion prussienne sans que le cabinet de Vienne prît la précaution de couvrir ce royaume par ses troupes. L'Autriche avait conclu aussi le 14 juin avec la Bavière un traité de garantie et de coopération militaire, qui toutefois ne fut ratifié par le roi Louis II que le 30 juin, après que l'armée autrichienne de Bohème avait déjà subi de graves défaites.

La Prusse, grâce à sa réorganisation militaire, œuvre du roi Guillaume, grâce aussi à la diplomatie tenace et à l'énergie sans aucun ménagement du comte de Bismarck, était bien mieux pourvue que sa rivale. Elle avait le concours de l'armée italienne, qui clouait sur place l'armée autrichienne du sud et allégeait considérablement la tâche de l'armée prussienne; elle tenait sous sa domination les petits États du nord et du centre, situés dans sa sphère d'action. Quant aux États récalcitrants ou hostiles, le Hanovre, la Hesse-Cassel, le royaume de Saxe, M. de Bismarck les traita, comme Frédéric II avait traité la Saxe : il les occupa sans déclaration de guerre préalable.

Ces États s'y attendaient. Le'ministre prussien leur avait déclaré à maintes reprises que leur salut dépendait de leur docilité à l'égard de la Prusse. Qu'ils acceptent le commandement du roi de Prusse, et pas un pouce de territoire ne leur sera ravi. De ces suggestions ils pouvaient conclure quel sort les attendait, s'ils voulaient tenter de se dérober à une absorption quelconque, directe ou indirecte, par leur puissant voisin. Le comte de Bismarck, prévoyant leur résistance, entamait avec eux, en vue de leur neutralité et de

leur alliance, des négociations, qu'il savait d'avance devoir échouer. Après sa rupture avec la diète à Francfort, il envoya à Dresde, à Gassel, à Hanovre, des sommations invitant ces trois cours à désarmer et à accepter le projet de réforme fédérale, c'est-à-dire parlement et suprématie prussienne, sous peine d^occupation militaire de leurs territoires respectifs dans les vingt-quatre heures. La brièveté du délai laissé à leur réflexion prouve que M. de Bismarck n'ignorait pas que les trois cours avaient déjà réfléchi et fait leur siège, c'est-à-dire pris la résolution d'exécuter l'arrêt fédéral du 14 juin qui ordonnait la mobilisation contrôla Prusse. Aux yeux de ces États — et au point de vue du droit strict ils avaient raison — la Confédération, association indissoluble en vertu de traités européens, n'avait pas cessé d'exister, et l'arrêté fédéral, régulièrement pris, devait être exécuté par ceux qui l'avaient voté. Sans doute ces trois gouvernements ne pensaient pas pouvoir résister avec leurs seules forces à la Prusse : mais, se considérant comme portions de la puissante armée autrichienne, ils ne doutaient pas que, grâce à ces forces réunies, ils sauveraient leur indépendance en acceptant la lutte armée. C'est encore sur ce point que M. de Bismarck leur avait ménagé une surprise foudroyante. Après avoir amené son roi à engager la guerre, il fut le maître de la politique et même des opérations militaires. C'est sur sa demande que l'armée prussienne reçut ordre de marcher vingt-quatre heures plus tôt qu'il ne l'avait été décidé en conseil. De sorte que le 16 juin, à peine que les trois sommations eurent reçu un triple refus, les troupes prussiennes entrèrent sur les territoires des trois États. Le 18 juin la Prusse régnait à Dresde, à Cassel, à Hanovre; les Duchés de TElbe étaient déjà en sa possession; presque

tout le nord et une partie du centre de l'Allemagne lui appartenait avant qu'un coup de canon eût été tiré. L'armée saxonne, en même temps que son roi, se retira devant les Prussiens pour aller joindre Tarmée autrichienne de Bohême. Les troupes de l'Électeur de Hesse avaient été éloignées de la capitale, leur souverain ne paraissant pas très certain de leur fidélité. Quant à l'armée haùovrienne, commandée par son roi, elle se battit vaillamment et avec succès contre les Prussiens dans le combat de Langensalza; mais, cernée par des forces supérieures, eUe fut obligée, le 29 juin, de capituler.

Les opérations en Bohème ne marchèrent pas moins rapidement vers un dénouement, qui étonna TEurope et dérouta tous les cabinets. L'armée prussienne, entrée le 23 juin en Bohème, livra à partir du 26 une série de combats et de batailles, dont le résultat lui fut constamment favorable et qui fut couronnée, le 3 juillet, par la bataille de Kœniggrastz ou de Sadowa, rendant définitive la défaite des Autrichiens.

Tout contraire fut le sort de l'alliée de la Prusse, l'Italie. On a vu, dans un chapitre précédent, que la signature du traité du 8 avril n'avait pas résolu tous les points se rattachant à l'exécution de ce traité. M. de Bismarck cherchait un prétexte de guerre, que l'Autriche ne lui fournit que bien tardivement; il voulait persuader les Italiens à attaquer les premiers, et ne réussissait pas à entraîner ces prudents alliés. L'alliance elle-même semblait un moment condamnée à rester lettre morte, soit qu'elle fût enrayée parles offres séduisantes de l'Autriche, soit qu'elle vînt à expirer faute d'ouverture de la guerre avant le 8 juillet. Enfin, en dernier lieu, des dissenti* ments s'élevèrent entrelesdeuxétats-majorssur la manière de

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