‹ Histoire du priviláege de Saint-Romain (volume 2)Chapitre 11 sur 77 · Tome JI · texte numérisé non relu

Tome JI

Kfi HISTOIRE DU PRIVILEGE

possession immémoriale dans tous les âges. Là, le glaive de la loi, suspendu sur des têtes criminelles, a été arrête' par le bienfait du privile'ge de saint Romain. » Ces allusions n'étaient point perdues pour l'auditoire, et ajoutaient quelque chose de piquant à une solennité' si belle et si inte'ressante en elle-même.

L'arrêt rendu, le 1 â mai , par le conseil, avait comblé de joie le chapitre de Rouen. Cette compagnie s'empressa de remercier M. De Miromesnil d'avoir contribué à lui obtenir un arrêt « qui lui procuroit , de la part du roi Louis XVI, une reconnoissance authentique du privilège de saint Romain, si précieux à l'église de Rouen et à toute la province. »

1770. En 1779, la fierté fut levée par Claude Boinet,

que Louis-François-Xavier , comte de Provence , Monsieur, frère du roi Louis XVI, avait recommandé , dès l'année précédente. Mais on lui avait alors préféré le chevalier de Varice.

1 7S0. En 1 780 , elle fut accordée à Prosper-Honoré Le

Chevalier , sieur des Ifs , brigadier au régiment des cuirassiers du roi , pour un meurtre commis à l'âge de seize ou dix-sept ans. En août 1760, sortant du collège et étant en vacances chez son père, gentilhomme âgé de soixante -dix ans, il avait vu, un dimanche , ce vieillard rentrer chez lui en pleurs, se plaignant d'un dragon de la reine , nommé Martel ,

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qui, le voyant sans armes, Pavait menacé, le

sabre à la main , et lui avait fait affront à l'issue de la messe, eu présence de tous les habitons qui sortaient de l'église. Ce soldat poursuivait et instillait, depuis long-tems , le sieur Des Ifs père, qui , disait-il, l'avait dénoncé aux moines du Bec, tomme ayant tué leurs pigeons et leurs volailles. À la vue d'un vieillard , d'un père en pleurs et qui venait d'être lâchement outragé , le jeune Des Ifs avait été si violemment ému, que le sang lui avait coulé abondamment par le nez et par la bouche. Transporté de colère, il s'était saisi d'un couteau de chasse , et avait couru chez Martel. Ce dernier avait voulu lui fermer sa porte ; mais Des Ifs, plus prompt que l'éclair, était entré , s'était jeté sur lui, et lui avait porté un coup de son couteau de chasse, dont il était mort peu de jours après. Le jeune Des Ifs, obligé de fuir le pays, avait pris du service dans les cuirassiers du roi, et s'était acquis, par sa bonne conduite, l'estime de tous les officiers supérieurs de ce corps ; on voulut même l'élever au grade d'officier; mais, pour cela, il fallait qu'il ne fût plus sous le poids de la procédure criminelle qui avait été dirigée contre lui , à raison du meurtre de Martel. Il vint donc à Piouen , en 1780, c'està-dire vingt ans après ce meurtre , solliciter la fierté , appuyé de la recommandation de Louis- Philippe-Joseph D'Orléans, duc de Chartres, père

po

de Louis-Philippe , aujourd'hui roi des Français. Il fut délivre' au chapitre. Plus de deux siècles avant, (en 1 570) un Le Chevalier, sieur des Ifs , avait aussi levé' la fierté ; sans aucun doute , ces deux individus, favorisés l'un et l'autre par le chapitre de Rouen, à un si long intervalle , appartenaient à la même famille.

I781- En 1 781 , la fierté fut levée par Pierre Moignet,

du Mesnil-Hubert, près Bayeux , recommandé, depuis trois ans , par Louis-Philippe , duc d'Orléans, aïeul du roi des Français. Ce Pierre Moignet. était un marchand de bœufs; chassant avec plusieurs de ses amis sur les terres du marquis de Vassy, il fut rencontré par un garde qui le somma de rendre son fusil; il résista; le garde et lui tirèrent l'un sur l'autre ; le garde , nommé Georges Royer , mourut du coup de fusil que lui tira Moignet. 1787. En 1787, la chambre des comptes avait dans sa

ii n> eut conciergerie un prisonnier qui semblait pouvoir être

nt d'élection. .

élu par le chapitre pour lever la fierté, cette année. Dans cette prévision, et craignant que, comme en 1776, le parlement n'élevât la prétention de délibérer sur le sort d'un prisonnier dont le délit ne dépendait pas de sa compétence , elle s'occupa, dès trois semaines avant l'Ascension, des moyens de conserver le droit qu'elle s'imaginait avoir, de délivrer ou de refuser, seule , aux chanoines , les prisonniers détenus dans sa conciergerie pour des crimes dont

DE SAINT ROMAIN. I '.il

la connaissance lui était attribuée. Elle s'assembla plusieurs lois pour délibérer sur cet objet. M. Huger, conseiller, maître des comptes, nommé commissaire, lui lut un mémoire détaillé où il cherchait à établir qu'à la chambre des comptes seule appartenait le droit de délibérer sur l'élection d individus détenus pour crimes de sa compétence (I). M. Huger ne se renfermait pas étroitement dans la question principale qu'il avait entrepris d'éclairer. Ce travail offre des faits, des particularités, des réflexions dignes d'être conservés et qui ont été rapportés dans cette histoire, aux places que leur assignait ou leur nature, ou leur date. Au reste, toutes ces délibérations de la chambre des comptes restèrent sans résultat, car, en 1787, le chapitre ne fit aucun choix. Le jeudi 1 7 mai , jour de l'Ascension , le parlement étant assemblé, enrobes rouges, dans la chambre-dorée , le chapelain de Saint-Romain remit au président Bigot. , qui tenait l'audience , un cartel ainsi conçu ; « L'an 1 787, ce jourd'hui 1 7 mai, feste de l'Ascension, le chapitre étant assemblé, à l'heure ordinaire, pour procéder à l'élection d'un prisonnier à l'effet de jouir du privilège de saint Romain , après avoir entendu le rapport des commissaires des prisons, et vu les procès verbaux par eux dressés, n'a point fait d'élection. »

Ce rapport curieux (manuscrit) m'a été

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m HISTOIRE DU PRIVILEGE

Le Journal de Normandie se récria fort, sur ce fait vraiment extraordinaire. « Si la connoissance d'une si belle prérogative étoit plus répandue ( dit le rédacteur), nous sommes persuadés que le chapitre n'auroit jamais que l'embarras du choix. Pour contribuer, autant qu'il est en nous , ajoutait-il, à donner de la publicité à un privilège cher à la province et qui peut s'étendre à tout le royaume , nous nous engageons à annoncer, chaque année, le jour auquel le chapitre va, par députés, à la grand'chambre du parlement, faire l'insinuation de son privilège (l). »

Cet engagement fut rempli dès l'année suivante. Dans son numéro du 19 avril 1788, le journaliste « engageoit les rédacteurs des feuilles périodiques de Paris et des provinces à faire connoître sans délai , par la voie de leurs journaux, la prérogative attachée à la métropole de Rouen. »

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