‹ Histoire du priviláege de Saint-Romain (volume 2)Chapitre 22 sur 77 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

laquelle vous rendrez compte, un jour, du sang que vous avez répandu avec tant de cruauté et d'inhumanité. » Il ne restait plus aux magistrats qu'à délivrer ce prisonnier au chapitre. Il devait être conduit/km? à la Vieille-Tour, « et avoient accoustume' les chapelains de Monsieur sainct Romain baillier au geollier cinq sols pour les fers dudict prison-

nier (l). »

Le prisonnier Depuis l' établissement du parlement , le prison-

sortant du palais t , ..,-..

et se rendant à îa nier n'était pas remis immédiatement entre les mains du chapelain de Saint-Romain et des maîtres de la confrérie ; il appartenait aux huissiers de le conduire à la Vieille-Tour , et ils s'y rendaient , accompagnés des soldats de la Cinquantaine et des arquebusiers. Ainsi escorté, le prisonnier traversait la ville , tête nue , comme en arrivant au palais ; les rues étaient remplies de curieux qui se pressaient les uns sur les autres pour voir l'élu du chapitre. On s'arrêtait au hallage; c'était en ce lieu seulement que les huissiers devaient délivrer le prisonnier au chapitre , représenté par le chapelain et par les députés de la confrérie de Saint-Romain. En 1 630, le jour de l'Ascension, il y eut , sur cela, entre cette confrérie et les huissiers , un débat que le parlement termina à l'avantage de ces derniers , « cela ayant esté, de tout temps, ainsi accoustume.»

(') Deuxième enquête de 1A25.

DE SAINT KOMAIN.

Cetempressemenl des huissiers n'était pas entièrement désintéressé; presque toujours , le prisonnier

leur donnait une gratification; et on les vit quelquelois rançonner ce malheureux et ses complices. Le jour de l'Ascension 1639, les huissiers Louvel et Le Chandelier ayant conduit au hallage le sieur Duchemin , prisonnier délivre au chapitre , ce dernier leur donna trois pistoles à partager entre eux. Louvel, « non content de ceste gratification », exigea encore du prisonnier deux pistoles. Le corps des huissiers l'ayant su , s'en plaignit au doyen de la communauté , qui vint dénoncer le fait au parlement : il demanda instamment que la cour fit défense à Louvel de commettre de telles fautes , « attendu que cela tournoit au déshonneur de leur compaignye » , et le condamnât par corps à restituer les deniers qu'il avait , pour ainsi dire , extorqués au prisonnier. A entendre Louvel, le sieur Duchemin, arrivé à la maison du hallage , « luy avoit baillé ung petit paquet ployé , qu'il avoit accepté , croyant qu'il y avoit dedans quelques lizetz (rubans), comme le prisonnier en avoit donné à la pluspart de ceulx qui lassistoient. Ayant ouvert ce papier, et veu qu'il contenoit deux demies pistolles et aultant en monnoie blanche, il avoit ( disait-il ), sur l'instance du prisonnier, rendu, le lendemain, le dict argent au procureur de Duchemin. » Le parlement jugea que

cette restitution e'tait un peu tardive , et condamna Louvel « pour lafaulte par luy volontairement commise, à aumosner à l'Hos tel-Dieu la somme de six livres» qu'il fut oblige de remettre, à l'heure même, dans les mains du greffier en chef. Il lui fut de'fendu « de plus commettre telles faultes , à l'advenir, et d'exiger aulcuns deniers que suivant les ordonnances et règlements, ou ceux qui luy seroient volontairement donne'z. » Le premier président lui enjoignit, en outre, déporter honneur et respect à ses anciens, qu'il n'avait pas épargnés dans ses explications. Arrivés à la maison du hallage , les huissiers se retiraient après avoir remis le prisonnier à la confrérie de Saint-Romain. On le faisait monter à une chambre de cette maison , où il se reposait et prenait quelques rafraîchissemens , en attendant la procession ; je sais tel fils de famille , aujourd'hui père, grand-père, magistrat, qui, écolier alors, mettait beaucoup de prix à regarder le prisonnier prendre ce léger repas, et qui même lui aidait au besoin. Là, on lui ôtait ses fers , que l'on entortillait autour d'un de ses bras (l); et lorsque c'était un indigent couvert de haillons , on lui donnait des habits plus convenables , avec lesquels il pût figurer décemment dans la cérémonie. « Car , parfois ,

C1) Quelques personnes m'ont dit que deux petites chaînettes d'argent, attachées à ses pieds, remontaient jusqu'à sa poitrine où elles étaient fixées par des rubans de soie blancs.

il s'en trom oit de si misérables, qu'il les falloit reveslir tout de neuf (l). » Mais préalablement, le prisonnier, comme pour se purifier avant d'être admis a lever la chasse révérée du saint évêque de Rouen, devait, du moins anciennement, se confesser, dans la maison du hallage, au chapelain de la confrérie de Saint-Romain (a\

Notons ici une différence entre l'ancien cérémonial et celui des derniers siècles. En 1â10 ( nous l'avons vu par la lettre qu'adressèrent l'archevêque Robert et le châtelain d'Arqués , au roi Philippe- Auguste), le cérémonial était bien simple. Le clergé de Notre-Dame se rendait processionnellement aux prisons ; les détenus étaient devant la porte , et le chapitre choisissait entre eux celui qu'il voulait favoriser de la fierté. Au XIVe. siècle, et dès la fin du xme. , ce n'était plus la même chose. Le chapitre, qui, les trois jours des Rogations, avait fait interroger tous les prétendans par ses députés , en choisissait un , le jour de l'Ascension, l'envoyait chercher: puis, immédiatement, la procession de la cathédrale se mettait en marche, et se rendait à la Vieille-Tour, où eHe faisait une station avec la châsse de saint Romain , en attendant le prisonnier

^!> Défense pour le privilège de la fierté , par Dadré. Rouen, I609 , in-S"., page U I.

(*) Reff. cap. Hothom.. 25 mai I6.S6.

qui arrivait bientôt. « Et font (les dictes processions ) arrest et stacion en nostre marchie' , en un lieu appelé' la Viez-Tour, jusques ad ce que les diz deux chapelains , en Tabbit de l'e'glize , aient amené' au dit lieu de la Viez-Tour le prisonnier ou prisonnière à eulx livre' par nos officiers et mis hors de nos dictes prisons. Lequel prisonnier ou prisonnière est amené' tout ferré parmi la dicte procession , jusques à la dicte fierté de monsieur saint Romain , et là est déferré. » C'est ce que disent textuellement des lettres-patentes du roi Charles VI, du â6 février 1 394 > jusqu'à présent inédites.. Ces lettres sont fondées sur la pratique alors suivie. Car une des propositions avancées par le chapitre en 1 394 est ainsi conçue ; « Au quel jour de l'Ascension est faicte une procession solempnel où sont portés plusieurs corps sains , et en espécial la fiertre monsieur Saint Rommaing , en la place du marchié de la Viel-Tour , en quel lieu les chapellains de la dicte églize amainent le prisonnier ou prisonnière, tous ferrés jusques à la dicte fiertre saint Roumaing. » La deuxième enquête de 1 4â5 disait encore : « Et le corps du prisonnier est délivré aux chanoines et chapellains , qui le baillent aux frères de la frairie saint Roumain qui le meinent à la fierté d'icellui saint , pour rendre grâces à Dieu et au dit saint Roumain : et là acquiert sa pleine délivrance. »

Mais ce vieux cérémonial tenait encore à l'usage existant alors, de délivrer presque toujours le prisonnier , sans l'interroger. A cette e'poque , la délivrance du prisonnier par les magistrats étant, en quelque sorte , immanquable, aussi-tôt que les envoyés du chapitre étaient partis leur porterie cartel d'élection, la procession de Notre-Dame se mettait eu marche , et allait a la Vieille-Tour attendre le prisonnier, qui ne pouvait guère tarder d'arriver. Il semble que l'on en usait encore ainsi en 1512; car Tédit de Louis XII, du mois de Novembre, dit que « les dictes processions font arrest et station en un lieu appelle le marché de la Vieille - Tour, au quel lieu par les ditz deux chapelains est amené tout ferré le dict prisonnier esleu. » Mais, à cette époque même, ce cérémonial dut changer, car l'échiquier ayant décidé, de son chef, en 1512, que certains crimes seraient exclus de la grâce du privilège la délibération sur le cartel , qui jusqu'alors n'avait presque été qu'une pure formalité, devint une affaire sérieuse, et l'objet d'un débat dont l'issue était incertaine. En tout cas , l'interrogatoire détaillé du prisonnier, l'examen attentif du procès demandant un espace de tems que l'on ne pouvait point calculer à l'avance , le chapitre fut obligé d'arrêter que dorénavant le prisonnier attendrait la procession , au lieu d'être attendu par elle.

Lorsque ce cérémonial eut été adopté, à peine le

prisonnier était— il sorti du palais qu'un messager allait , en toute hâte, avertir le chapitre que le prisonnier était libre et sur le cartel ( pavé ) du roy. L'archevêque ordonnait de sonner , et bientôt toutes les cloches de Notre-Dame, mises en volée, Georges-d' Amboise par -dessus toutes les autres, puis, presqu' aussi-tôt , les innombrables cloches de toutes les églises de Rouen annonçaient au peuple la délivrance du prisonnier. Alors, dans la ville, quels transports de joie ! Mais ce sentiment n'était point renfermé dans les murs de Rouen; la voix tonnante de l'immense Georges-d' Amboise se faisait entendre à six et sept lieues à la ronde ; partout, dans les campagnes, on tressaillait ace signal désiré , et un poème latin nous apprend qu'en témoignage d'allégresse, les villageois buvaient le vin le plus vieux de leurs celliers (l).

Un jour de l'Ascension (10 mai 1 5â6 ), à peine le chapelain était-il sorti avec le cartel d'élection , pour se rendre au Palais, que l'on entendit toutes

(') « llla vocali gravis œre moles, » Nominis magni titulo superba , » Laudis in partem venit et boanti

» Immur murât ore.

» Rura jam latè venerantur omen ; » E coronatis pia testa cellis » Rite nudatur, patulum que vincit » Guttur amystis. »

( Poème sur la fierté ■ imprimé en 1 1U I • )

DE SAINT ROMAIN. S&f

les cloches de Notre-Dame sonner en volée. Grand etonncnieut de la part du chapitre, qui n'avait pas donne d'ordres: grand bruit dans la ville, où l'on crut que le prisonnier était déjà délivré, mais, surtout, mécontentement extrême parmi les membres du parlement , qui supposèrent que Ton voulait forcer leurs suffrages, le prisonnier élu ce jour -là par les chanoines étant assurément le plus grand scélérat à qui la fierté pût être donnée. Le chapitre lit aussi-tôt cesser la sonnerie; le neveu du gardien de l'horloge , convaincu de cette faute , commise , disait-il, sans songer à mal, fut, à l'instant, fouetté de verges, par ordre de MM. du chapitre , et l'oncle fut sévèrement réprimandé. Au reste , le carillon n'était que différé; le scélérat fut délivré par le parlement ; et bientôt on entendit de nouveau , mais à bon droit cette fois , toutes les cloches de Notre-Dame sonner en volée.

Au chœur, on commençait Tierce ; les portes du chapitre étaient ouvertes toutes grandes , et la multitude, qui se pressait aux abords de la salle capitulaire , pouvait voir l'archevêque, ou le doyen du chapitre , tenant à sa main une baguette au bout de laquelle étaient attachées toutes les confessions des prétendans qui n'avaient pas obtenu le privilège , et les brûlant successivement à un flambeau placé sur une table de pierre fixée au milieu de la salle, afin qu'il n'en restât aucun souvenir; « de

28r2 HISTOIRE DU PRIVILEGE

façon que la mémoire en es toit abolie et tellement effacée, qu'oncques n'en est advenu inconvénient à prisonnier aucun, pour avoir confessé possible plus que son procèz ne portoit(l). » La confession du prisonnier délivré était seule réservée (2). Ainsi, îesprétendans malheureux n'avaient pas, du moins, à se repentir des aveux trop sincères qu'ils avaient pu faire pour gagner la fierté. De plus, ceux d'entre eux qui étaient venus volontairement se constituer prisonniers , dans l'espérance d'obtenir le privilège , sortaient librement des prisons. Pendant vingt-quatre heures , on ne pouvait les arrêter. Pareillement , à dater de l'insinuation , il était défendu aux officiers de justice d'arrêter sur les chemins les criminels qui venaient à Rouen se constituer prisonniers , dans l'intention de solliciter le privilège. En 1 765 , un cavalier de la maréchaussée, à Quincampoix, avait arrêté un individu qui, l'année

(0 Les Antiquitéz et Singularitêz de la ville de Rouen, par F.--N. Taillepied. Rouen , 1610, page 82.

(a) Au XVe. siècle , on brûlait la confession du prisonnier élu , comme celle des autres ; dans la suite , le chapitre ayant vu attaquer ses élections par des parties civiles , prit le parti de conserver la confession du prisonnier élu, pour la produire au besoin en justice, et établir qu'il avait pu , sur ces aveux , faire choix du prisonnier. Le registre du chapitre , pour le jour de l'Ascension 1£&5 , dit : « Omnium et singulorum prisionariorum confessiones combustœ fuerunt suprà lapidem erectum in medio capituli coràm omni populo , et hostibus ( ostiis ) capituli apertis, more solito. » Le registre de 1££6 dit: «Fuerunt dcpositiones et codex seu quaternus hujus modi casus continens incendio com- Imstus. »

précédente, ayant envain sollicité la fierté, se rendait de nouveau à Rouen pour se constituer prisonnier et la demander encore. Les chanoines représentèrent au procureur du roi et au lieutenant de la maréchaussée « que ce seroit porter atteinte au privilège de saint Romain que d'arrêter ceux qui venaient volontairement se constituer prisonniers, dans l'assurance d'obtenir ledit privile'ge , ainsi que ceux qui se retiroient , ne l'ayant pu obtenir. » Les vleu v magistrats déférèrent à cette réclamation, et sur-le-champ le prisonnier fut rendu à la liberté. Depuis l'instant où les cloches avaient été mises en volée, le clergé du chœur chantait Tierce, Sexte, None, et ensuite un Te Deum très -solennel. La procession s'organisait pour sortir; lorsqu'elle était formée , les chanoines allaient s'y joindre. Le cortège sortait par le portail des Libraires ; cette sortie par le portail du nord tenait sans doute à ce qu'il y avait eu très-anciennement , de ce côté-là , une chapelle dédiée à saint Romain. En sortant , le clergé chantait les répons « Ascendit Deus in jubilo », « Prœbuit se Ipsum » , et la belle hymne : « Chris te quem sedes rcvocant paternœ » , dont chaque strophe était répétée deux fois. En chantant ainsi , la procession descendait la rue Saint- Romain. Au portail de l'église de Saint-Maclou , se trouvaient trois enfans de chœur, dont deux portaient des chandeliers allumés, le troisième

présentait l'encens au chapitre (l). La procession prenait la rue Malpalu ; arrive'e devant l'église des Augustins , elle détournait par la rue des ïïalles , puis , descendant à gauche , se trouvait à la place de la Haute- Vieille-Tour , où elle faisait sa station ; alors , les chants cessaient. Avertis à tems de l'arrivée prochaine de la procession , les confrères de Saint-Romain , le chapelain et le prisonnier étaient sortis de la maison du hallage , et s'étaient rendus à la place de la Haute- Vieille- Tour , où devait avoir lieu la levée de la fierté. Sur cette place existait très - anciennement le palais des ducs de Normandie. L'usage immémorial d'y amener le prisonnier, qui, là seulement, recevait pleinement sa grâce , n'avait-il pas son origine dans l'existence ancienne du palais ducal en ce lieu , existence attestée par tous nos historiens normands? Du tems de nos ducs, sans doute le clergé de Rouen devait venir chaque année, le jour de l'Ascension , à leur palais , demander un prisonnier, soit à ces princes eux-mêmes, soit à leurs officiers; ou bien, s'étant fait délivrer ce prisonnier dans quelque endroit de la ville , venir ensuite rendre hommage au souverain et le remercier de sa déférence pour l'église , et de sa clémence envers le prisonnier. L'usage de se rendre tous les

(') Reg. capitiiL, 30 mai 1508.

ans à Vieille-Tour, usage immémorial, survivant pendant six siècles aux ducs et à leur palais, et ne cessant qu'avec le privilège lui-même, nous parait contribuer à e'tablir que, dans l'origine, le droit de délivrance du prisonnier était dans les mains du souverain. Ce n'était qu'à la Vieille-Tour, c'est-à-dire devant le duc ou ses officiers, que le prisonnier, levant la châsse, acquérait dans leur plénitude sa grâce et sa liberté ; là seulement on lui ôtait ses fers. Nous le répétons , cet usage , religieusement suivi par le clergé de Notre-Dame, jusque dans les derniers tems , nous paraît indiquer clairement la nature primitive du privilège.

Au bas de la place de la Haute- Vieille-Tour , et De u dupeiie

-i -i | • • \ | -»-» <le Saint-Romain

au-dessus de la porte qui communique a la liasse- Uavieiik-Tour. Vieille-Tour, on remarque un édifice (I) haut de soixante-quinze pieds environ , formé de six corps superposés , qui , depuis sa base , large de vingt pieds , jusqu'au faîte , va toujours diminuant de largeur , et se trouve réduit , à la fin , à de trèspetites proportions , ce qui lui donne une allure svelte et quelque chose de pyramidal. Le rez-dechaussée , percé de trois portes , offre trois faces

(') « Porticus grandi dominatur aulae

» Quà Duces olim Tamesis que victor , » Cùm daret nostro sibi régna marte , n Sceptra tenebanl. »

( Poème sur la fierté , imprime' en 1741.)

décorées de colonnes corinthiennes ; sur l'entablement qui domine cette espèce de portique , on voit une plate-forme ou tribune fort élevée à laquelle on accède par deux larges escaliers découverts, dont l'un est à droite, l'autre à gauche de l'édifice. C'était là, dans les trois derniers siècles, la chapelle de Saint- Romain; c'était là qu'avait lieu la levée de la fierté. Cette chapelle ressemble aussi à un portique ; et , dans des proportions moindres que celui qu'il domine , ce portique reproduit à peu près les mêmes formes, et est comme lui orné de colonnes d'ordre corinthien. Du centre des quatre frontons qui couronnent ce deuxième péristyle , s'élance un petit édifice de la plus exquise élégance , enrichi de colonnes, de pilastres, et percé de douze petits portiques à jour. Aux quatre angles de la corniche de ce petit clocheton , quatre aigles supportent sur leurs ailes à demi éployées des guirlandes de feuilles et de fleurs. Trois élégantes campanilles , dont deux sont à jour, superposées et toujours décroissantes jusqu'à de très-petites proportions , surmontent l'édifice et le terminent d'une manière gracieuse. Jusqu'à 1 543 , la fierté avait été levée dans une chapelle de Saint -Romain , construite trèsanciennement dans un autre endroit de la Vieille- Tour. Mais, au mois d'août 15/^â, s'occupant de réparations à faire dans la place , MM. de l'hôtel-deville reconnurent que cette vieille chapelle menaçait

ruine : ils jugèrent nécessaire de la reconstruire,

mais à un autre endroit où elle fut honorablemenl et plus ou vue ; ils offrirent au chapitre d'en faire lis frais. Le chapitre y consentit, et, d'accord avec l'archevêque et les conseillers de ville , convint du lieu où serait bâtie la nouvelle chapelle (,). A la prière du chapitre , MM. de l'hotel-de-ville s'obligèrent , par un acte en forme , qui est parvenu jusqu'à nous. Par cet acte, en date du 10 septembre 154â, ces officiers déclaraient que , « pour la continuation et entretenement du service divin et décoration de la ville , ils promettoient de faire de nouveau construire et édiffier la chapelle de Sainct Romain assise en la Vieille-Tour du dict Rouen , en lieu propre et convenable , autre que celluy où elle estoit de présent , lieu qu'ilz avoient d'ailleurs monstre au trésorier de Nostre-Dame et à un autre chanoine nommé Rome. Ils s'engageoient à faire cet édifice en dedens les Rogations prochaines, sur l'obligation des biens et revenus de la maison de ville. » Cette promesse fut fidèlement accomplie. Dans l'intervalle de septembre 1 5^â à mai 1 543, s'éleva l'édifice que nous venons de décrire (a) ; et dans un manuscrit

Reg. capit. des 23 et 31 août I5d2.

(') Voir, à la fin de ce volume , une description ine'dite de la chapello de Saint-Romain , ou Besle de la Vieille-Tour, par M. E.-H. Langloi»

<le 1 543 , nous lisons que « la fierté fut levée , ceste année, à la Vieu-Tour, par noble homme Jehan De Mussy , sieur de Goberville , en une chapelle nouvellement érigée sur la voulte de la porte de la dicte Vieu-Tour (I>. »

Le prisonnier et ceux qui l'accompagnaient montaient à la plate-forme , parle côté droit du perron, et le prisonnier se tenait debout au milieu de la plate-forme où le peuple le voyait de tous les cotés de la place. Gomme nous l'avons dit , la procession , arrivée à la Vieille-Tour, s'arrêtait; le chant cessait. L'archevêque, l'officiant, le diacre , le sous- diacre et quelques dignitaires du chapitre montaient au haut du perron. Derrière eux , deux chapelains portaient la châsse de saint Romain , qu'ils posaient dans la chapelle sur une table ou console couverte d'une nappe richement brodée. Le prisonnier était à genoux , nu -tête , délivré de ses fers , que l'on voyait entortillés autour d'un de ses bras. Au moment où l'on déposait la châsse sur l'autel ou table destiné à la recevoir, il la couvrait de baisers (a). Le prélat

(') Manuscrit appartenant à M. Ed. Frère , libraire , qui a bien voulu nous le communiquer.

(*) « Hujus ( capsse ) aspectu lacrymis obortus , » Debitos solvens homicida ritus , » Pignori centum totidem que rursùs » Oscula libat. »

( Poème sur la fierté , imprime' en 17/»1. )

lui adressait une allocution telle que la suivante, que j'ai trouvée dans un ancien manuscrit du chapitre, et i\uo je ne reproduis qu'à cause de la singularité de ses termes : « Vous voicy, monsieur, tout riant el au plus beau jour de vostre félicite', tout content et au plus heureux estât de vostre gloire , tout joyeux et en la plus éminente élévation de vostre grandeur, respirant un air déglacé et esclaircy de tous nuages, dans un serein du matin , qui vous ouvre la plus riante face du soleil des humains. Je reconnoys bien que MM. du chapitre vous ont, cejourdhuy, faict part du très sainctet sacré thrésor que ce grand sainct Romain leur a commis pour en estre les fidèles dispensateurs et maistres, vous faisant renaistre à une nouvelle vie, revivre en un renessant bonheur, vous qui ne respiriez plus qu'un funéreux cercueil, si une divine métamorphose n'eût changé l'erreur de la justice de Dieu à une plus douce miséricorde et clémence , de la quelle vous jouissez ce jourdhuy ; Dieu vous en fasse la grâce. » Il lui ordonnait, ensuite, de réciter le conjiteor. Anciennement, et encore en 1 5 1 â , il paraît que le prisonnier « devoit faire confession sacramentelle à un prestre , en présence d'icelle chasse ou fierté, et n'estoit déferré qu'après(I). » Nous venons de voir qu'en 1656 cette confession se faisait dans la maison du hallage :

l') E3it de Louis XII, novembre I51â.

Page 1