Tome II
ou faire tuer. Ils prirent complot que Theuville yroit en la maison de Des Monstiers , soubz coulleur d'amytié , et chercheroit occasion de querelle avec luy ; et que , sur icelle , bonne ou mauvaise , Fontenay ne failleroit à luy donner de la dague au travers du corps , au premier lieu où il le trouveroit. >» Theuville , accompagné d'un bâtard du comte de Créances , alla chez Des Monstiers; et lui chercha querelle. Les épées furent tirées , et on se battit. Le bâtard de Créances fut tué ; Theuville et Des Monstiers furent fort blessés. Depuis, Theuville , à raison de ce guet-à-pens , fut condamné , aux grands jours de Bayeux , à avoir la tète coupée.
6°. Prié par le sieur Daumesnil de donner deux ou trois coups d'épée à un appelé Paris, de Secqueville-la-Campaigne , il n'y manqua pas , et ataignist le dict Paris par le jarret , et n'en est mort.
70. A Saint-Germain-le-Vasson , il avait fait forcer une grange dépendante de l'abbaye d'Aunay, et fait emporter deux mille gerbes de tout grain.
8°. Etant en la maison de Montgardon , avec sa mère et quelques personnes , « arry vèrent devant la dicte maison quarante hommes armez et embastonnéz , accompagnez de deux sergeans , envoyez par auctorité de justice pour les prendre et appréhender luy et son frère. Au quel assault , Fontenay feist tyrer ung coup de garot , duquel fut tué ung arquebusier nommé Leclerc , qui mourust la mesme heure. Cette troupe assiégeait toujours le château , et avait envoyé chercher le canon. Fontenay fit avertir ses amis, qui accoururent en armes, entre autres, le seigneur du Mont de la Vigne , les barons de la Ferrière ; Gilles Du Breuil ; Carpiquet ; Canisy; le bâtard d'Aussy, et autres ; mais , en arrivant au château de Montgardon , Hz ne trouvèrent les dietz sergeans et assaillans .
9°. De complicité avec trois des barons d'Aunay ( que nous avons vus lever la fierté , l'année précédente ), et avec Jean et
Antoine DeSarcilrj , seigneurs de Ernes, il avait tué un nommé Houllart , dans la paroisse <ln Fresney ou de Jurques , bail— liage de Caen.
io°. Passant par la campagne du Nenfbourg , avec sa compagnie , pour aller à la monstre, les habitans d'un village avant voulu s'opposer à son passage, un de ces villageois fut tué par son domestique aidé de quelques soldats.
ii°. Passant à la Ferté-Macé avec quelques gentilshommes > «< les paysans de la Ferté se meurent à l'encontre de luy et de ses amys , et eulx à l'encontre des dietz paysans ; et lors fut tué , par Fontenay et les siens , ung homme pour le moins , et autres qui furent blécéz.
12°. Sa compagnie étant logée aux faubourgs de Dun-le-
Roy, lors delà dernière expédition en Piémont, « les paysans
et gens de guerre de dedans la ville se meurent contre ses
compaignons et sortirent sur eulx. De ce adverty, Fontenay
monta à cheval, et se trouva au lieu où estoit la dicte esmotion ,
frappant de son espée , à tort et à travers , et ses gens en
firent autant ; croira-t-on qu'il n'y eut , en cette occasion , que
un<? ou deux hommes tuez ?
i3°. Un jour , lui et le sieur De Vaudoire, voulant secourir le sieur De la Montaigne, écuyer du comte de Braisne, que douze ou quinze aventuriers venaient d'assaillir, ils tirèrent leurs épées, et en tuèrent deux.
i4°. Lui et Jehan De Fontenay son frère en voulaient beaucoup à Saint-Germain , vicomte du bailliage de Cotentin. Etant à Lyon , et ayant appris que leur ennemi y était aussi , ils se mirent à le chercher pour le tuer. « Hz le trouvèrent sur le pont delà Sône, au quel lieu , soudainement , ilz meisrent la main aux espées, en donnèrent quatre ou cinq coups à Saint- Germain , et le tuèrent sur la place. Ce faict , François De Fontenay print Jehan son frère, et le mena en franchise dedans l'esglise de Notre-Dame-dc-Montfort , de Lyon. »
i 5°. De complicité avec Charles De Mailloc dit Saint-Denis,
sans sergeant ne autre homme de justice avec luy, il alla , au château de Montgardon , en Cotentin, prendre par force Guillaume De Martainville contre qui il avait un mandement de prise de corps , et le lit écrouer aux prisons du roi , a Caen.
i6°. Comme il revenait du Piémont avec sa compagnie , les habitans d'un village à six lieues de Bourges se meurent contre luy et ses compaignons , et eulx contre les paysans , à propos d'une femme de la campagne qu'un soldat avait battue. Dans ce conflit , à en croire Fontenay, deux villageois , seulement , furent blessés .
170. et 180. Les sieurs De la Ferrière soupçonnaient un nommé Le Moyne , cultivateur à Baron ( bailliage de Caen ) , d'avoir soustrait de l'argent à une damoiselle leur tante , qu'il avait soignée lors de sa mort. Sur ce soupçon , deux jours différens , assistés de Fontenay, ils allèrent piller ce cultivateur. La première fois , ils enlevèrent quatre chevaux de harnais , six ou sept bœufs ou vaches , et un grand nombre de moutons. Le second jour, ils enlevèrent encore des chevaux , des vaches et des moutons . Tout ce bétail fut conduit chez Fontenay, qui eut sa part du butin.
ig°. Porteur d'un décret de prise de corps contre Guillaume De Martainville , il alla à Ezy, bailliage de Caen, avec un sergent et dix ou douze de ses amis , pour arrêter ce gentilhomme. Mais la maison était fermée ; alors , quoique son mandement ne lui en donnât point le droit , il fit effraction à la maison , par le gable et par une tourelle , et parvint à entrer avec sa suite. Martainville s'étant rendu, ils l'emmenèrent dans la maison de Saint-Denis-Mailloc , où il fut prisonnier trois jours , et d'où il ne sortit qu'après avoir apointé avec les deux frères De Fontenay y de quelque différend qui cstoyt entre eulx.
20°. Accompagné de quelques gentilshommes et de valets , il était allé a Va va ville , chez un sieur Giffard , son débiteur, et
avilit enta é « pur \ m e il»* laict et auctorité de justice , plusieurs beufz appartenants an dîcl (riflard. »
21°. << Par plusieurs foys et en divers jours, il avoil faiet plusieurs porta d'armes, accompagné de gentilshommes, tani duranl la fo\ re de G-uybray que en autres lieux. »
*". A la foire de Guibray, en i54o , lui et quelques gentilshommes ayant mené aux prisons de Falaise un des varlclz de Michel De Saint-Germain , il s'en suivit une querelle entre eux et ee gentilhomme, qui reçut un coup d'épée , d'estoc , à un liras.
23°. Il avait maltraité et tenu , quelque tems , en chartre privée un sergent qui venait de saisir un cheval appartenant ;i sa mère.
24°. Dans une rue de Falaise, il tira son épée pour tuer un cordonnier qui tardait à lui livrer deux paires de souliers qu'il lui avait commandées. Puis il alla prendre, dans la boutiqtie de cet artisan , les deux paires de souliers, qu'il ne paya jamais.
25°. Lui et son frère avaient souffleté, dans une rue de Falaise , deux personnes , un prêtre entre autres , « à raison de quoy se feist esmotion de peuple. »
260. Lui et son valet avaient, une autre fois, encore à Falaise, excité par leurs insolences, une émeute populaire ; ils avaient tiré leurs épées contre le peuple.
2^°. Lui et ses amis donnèrent un coup d'épée à un servent qui était venu l'ajourner à donner trêves à un nommé Les Fossés .
280. Deux fois lui , ses amis et ses gens , étaient allés loger dans un prieuré , près de Bayeux , y avoient faict grand despenec des biens dit dict prieuré , et s'étaient retirés sans payer. Ses domestiques y avaient volé des poules. Fontenay avoua « que depuis qu'il estoit en Testât de la gendarmerie, il avoit tenu les champs avec plusieurs autres gens d'armes , et en
plusieurs lieux du royaume de France , sans payer aucune chose , luy ne ses gens. »
290. Lui et plusieurs gentilshommes de ses amis avaient <i battu d'espées les habitans de Lisieux , et y en eust de blessez es bras et cuisses , ... et advint , à raison de ce , grand émocion à la dicte ville. Depuis, plusieurs fois, ils épièrent sur les chemins , les habitans de Lisieux qui alloient et venoient à leurs affaires et marchandises , et les battirent et oultragèrent de plats d'espées et de bastons de boys. »
3o°. Lui, son frère et leurs amis « avoyent, par plusieurs foys et à port d'armes , charché le sieur De Saint-Contest, pour le batre et oultrager, à raison des haynes et rancunes qu'ilz avoyent pour parolles scandaleuses qui avoyent esté proférées d'une part et d'autre. »
3 1 ° . Comme il conduisait la compagnie du comte de Brienne, passant par Boisy-le-Sec, deux de ses hommes ayant éprouvé de la résistance de la part des habitans d'une maison où les fourriers avaient marqué leur logement , Fontenay fit forcer les portes ; lui et beaucoup de ses gens d'armes y entrèrent l'épée à la main , et frappèrent de l'épée « plusieurs des gens du pays qui estoyent dedans la dicte maison . »
32°. De complicité avec Guillaume De Grosparmy, écuyer, il avait fait enlever des moutons appartenant au sieur De Grosparmy père , et qui paissaient dans les paroisses de Biéville , Banneville et Péri ers.
33°. De complicité avec le même , il avait volé un cheval chez un cultivateur.
34° • Une autre fois , ils allèrent chez un cultivateur nommé Yinar, « où ils prindrent et admenèrent , oultre le vouloir du dictYmar, deux chevaulx de valleur. »
35°. Ces deux gentilshommes allèrent à Bierville , forcèrent une grange , et en enlevèrent grand nombre de bled.
36°. Lui et quelques gentilshommes ses amis , allèrent ensemble à Saint-Lô , rue de Tortreau , forcèrent une maison ,
enlevèrent nne femme « ei plusieurs de la bande ouïrent la compugnye charnelle de ceste femme, oultre le vouloir d'icellc , el on donna deux ou trois coups d'épée au mari, qui
\ ouloit résister. »
3-". De eoinplieité avec d'autres de la compagnie du sieur De Britnne , il avait blessé et fait fouetter avec des ceintures de euir deux aventuriers « qui vvvoient en grande prodigalité en uni; logis , et voulloient battre leur hoste. »
38°. De complicité avec le sieur De Grosparmy « il avoit despouillé , par le chemvu, un homme qu'ils haïssoient , l'avoit mis nud, et, subitement, des estrivières de sa selle, l'avoit batu et luy avoit faict grant violence. »
390. Lui et son frère avaient souvent épié , par les chemins, le baron de Tournebu , pour lui mal faire , en haine de ce qu'un des valets de ce gentilhomme avait tué leur oncle. A Bretteville-sur-1'Aize , ils faillirent tuer un serviteur du baron.
4o°. De complicité avec Jehan De Ferrière, écuyer, sieur de Baron , il avait, sur la route de Fierville , insulté et frappé Guillaume De Burgueville.
4i°. « Y avoit vyron trois ans , un g nommé Mailloc Saint- Aubin luy ayant dict qu'il avoit esté merveilleusement oultragé par les paysans de Malleville-sur-le-Bec , prèz Evreulx , il lu\ donna conseil soy en vengier , luy offrant confort et ayde à ce faire. Du quel conseil et oblacion de ayde, Mailloc fort enhardy alla à Malleville et en tua ung ou deux. »
Le l'y juin, le chapitre remit à Jean De Theuville , cornpliee du sieur De Fontenay, une pancarte dedélivrance.
Le 26 juillet, on en donna une à Charles De Mailloc. Le 27, on en donna autant à Jean De Fontenay, frère de Franeois , et à Guillaume De Grosparmy.
Le 27 août , à Jean De Mailloc.
Le 3 1 octobre, on en accorda autant à nobles hommes 1 °. René, 2°. Jean, et 3°. François De Fontenay, aussi complices.
Le uj novembre, à un gentilhomme dont le nom esl en blanc.
Le 1 1 mai iS/J^ ■> à noble homme Guillaume Leeoq, sieur de Lingrcville.
Le 1 2 mars suivant , autant à noble homme Robert Gohier.
Le parlement s'efforçait toujours de porter atteinte au privilège de saint Romain. Me. Guillaume Le Rat, chanoine, alla s'en plaindre à la cour de François Ier. Les cardinaux du Belley et de Lorraine lui promirent d'employer tous leurs efforts à maintenir le privilège dans son intégrité.
N.B. En mai 154^ , François De Fonlenay, averti que ses nombreux ennemis lui tendaient des embûches à Rouen , n'osa y venir, pour assister, une torche à la main , à la procession du jour de l'Ascension. Le chapitre lui permit de se faire remplacer.
1542. Jehan Onffroy, sieur de Saint-Laurent-sur-mer. près de Bayeux, âge' de &0 ans.
En i53c) , « par auctorité de justice , luy avoit esté baillée en garde damoiselle Jacqueline Lévesque , mineure , nièce de feue sa première femme. » Anne De Vérigny, son épouse en secondes noces , vivait encore ; mais elle mourut bientôt , et alors , quoiqu'en justice , en lui baillant en garde damoiselle Jacqueline Lévesque, on lui eût recommandé, aux termes d'une ordonnance de François Ier. , toute récente , qu'il eust à la garder comme son propre corps , « il eut la compaignye charnelle de la dicte Jacqueline , par plusieurs et diverses foys , tellement qu'enfin il en sortist lignée. » Voulant épouser cette demoiselle , il sollicita des dispenses en cour de Rome , niais ne put les obtenir, néant moins qu'il eust offert grant argent. Alors il sollicita des lettres de rémission, « Le chan- < ellier refusa, par trois foys, bailler les dictes lettres. » Son nlz présenta requeste au roi , le jour du vendredy sainct ,
pour avoir des lettres de rémission ; le quel roi nostre sire, finablemenl , les dénya ( refusa)*
Il obtint la fierté • Le lendemain de l'Ascension , reconnaissant de la grâce qui lui avait été accordée, il offrit et remit actuellement au chapitre un anneau d'or, de la valeur de
i 5 ducats, pour être attaché à lâchasse de saint Romain , en mémoire du bienfait reçu par lui.
Le dauphin, le duc d'Orléans et l'amiral d'Annebaut avaient écrit au chapitre , dans les termes les plus pressans , en faveur du sieur De la Boissière , homme d'armes.
Le i4 juin i 543, le sieur Onfïroy de Saint-Laurent envoya au chapitre deux chiens dont il lui faisait présent , pour garder L'église cathédrale pendant la nuit. Le chapitre fit donner deux testons au valet qui les avait amenés.
|3. Jehan De Mussy, escuyer (noble homme), seigneur temporel de Goberville (diocèse de Coulances), âgé de â1 ans, archer de la compagnie du comte de Saint-Pol.
i°. Il devait 600 liv. à un sieur Boullard , en vertu d'un arrêt rendu aux hauts jours de Baveux. Un jour, ayant rencontré son créancier, celui-ci le pressa de le payer. « Par le sang Dieu! je ne vous doib rien » , lui répondit Goubervîllc. « Je vous feray payer comme ung asnier ( répartit Boullard ) , et ne demourera en vostre maison vache ne veau ne autres biens (jnc je ne face vendre , jusques ad ce que je soye paie» » Gouberville avant répété qu'il ne devait rien , Boullard lui dit : Vous avez ment y. Alors Goberville , tirant son épée , lui dit : « Par le sang Dieu! je vous pairay maintenant à coupd'espéc. »
Boullard , effraye , piqua des deux et gagna un petit bois qui était voisin. Mais Goberville et son oncle , qui était survenu pendant la querelle, le poursuivirent « ayans chascun une espéé au poing. » Le neveu Lui donna par derrière , comme il s'enfuyait , un coup d'épée qui le fit tomber de cheVaL Alors.
l'oncle et le neveu , voyant Boullard par terre , lui donnèrent trois ou quatre coups d'épée par la gorge et dans le corps ; de quoy mourust alors le dict Boularl en la place.
Guillaume De Goberville, oncle de Jehan De Mussy, sollicita du roi sa grâce et celle de son neveu ; mais , trois fois , le roi la refusa, malgré toutes les instances du comte de Saint-Pol et d'autres seigneurs qui protégeaient les sieurs De Goberville. 2°. Etant récemment entré dans la compagnie du comte de Saint-Pol , et se trouvant à Vivain , dans le Mans , comme ils voulaient , lui et un sieur de Quête ville , loger chez un bourgeois , ce dernier résista , « et , pour ce que , d'icelle maison lut jecté, par ceux qui y estaient, plusieurs pots plains de terre et de pierres , avec ung coup de traict qui fut lâché de la dicte maison sur eux , dont ung laquais fut atteint. Goberville lâcha ung coup de trait de arbalestre qui blessa le maistre à l'épaule ; et , à l'instant , un de ses camarades tira ung coup de haquebuste et en donna par la gorge du dict bourgeois , du quel coup il mourut en la place.
3°. A seize ans , étant page et se trouvant en garnison à Montmorillon , en Poitou , il rencontra , à un quart de lieue de la ville , un homme qui portait un lièvre et qui tenait l'arbalète avec laquelle il venait de le tuer. Goberville lui enjoignit de lui donner et le lièvre et l'arbalète ; sur son refus , Goberville et son domestique lui adressèrent des menaces ; effrayé , il s'enfuit ; alors le valet de Goberville tira son épée et luy en donna au travers du corps, en sorte qu'il mourut deux jours après.
En sollicitant la fierté , il montra l'intention d'aller se mettre en une religion (un couvent) pour user le reste de sa vie, disant qu'il estoit mort si messieurs de chapitre ri avoient pitié de luy.
Nota . Ce fut lui qui, le premier, leva la fierté dans la nouvelle chapelle de Saint-Romain, qui venait ( de \5f\i à i543 ) d'être élevée dans la place de la Vieille-Tour, et qui existe encore.
Complices :
GULLAUME DE MUSSY, son oncle.
Guy Geurcun , son valet.
De Oi eteyille (noble homme le sieur), vicomte
d'Auge.
De Muyaux (le sieur), frère du sieur De Queteville.
Jehanne Fossart , fille de Guillaume Fossart , de la paroisse de Quiébourg , près Saint-Lô , en Cotentin, âgée de §0 ans.
Etant en service , à Saint-Lô , chez un tabellion , l'aide de ce tabellion la séduisit sous promesse de mariage ; elle devînt grosse de ses œuvres, accoucha, et jeta l'enfant dans un privé.
Geurges DePrestreval, écuyer (noble homme), âgé de ââ ou 23 ans, fils du sieur De Prestreval, du pays de Caux.
Il avait , de son propre aveu , « faict et perpétré beaucoup de cas dignes de punition de mort. »
i°. « Ung jour , feste de la Trinité , pendant que son père et sa mère estoient à la messe , il avoit rompu ung bahut , en la chambre de son père , et avoit robbé (volé) sept à huict cens livres tournoys qui y estoient , puis avoit prins , en Instable de son père , la haquenée de poil grix et ung courtaut , et estoit party de la maison , avec le palefrenier. »
Quant il eut dépensé cet argent , enjoant à la paulme , il alla forcer , ung pougnart appuie sur la gorge , le receveur de son père , de lui donner l'argent qu'il avait dans les mains.
« Plusieurs foys , il avoyt contrefaict lettres soubz le faicl et nom de son père, pour se procurer de l'argent. »
/il 2 HISTOIRE DU PRIVILEGE
Son père lui refusant de l'argent, il alla, avec une bande de mauvais sujets et de filles, s'établir, malgré lui , au manoir de Mesmoulins , « lequel il munyt et fortiftïa de busches et de foin , comme un fort, par dedens , et de hacquebustes à crochet, pour résister à son dict père, qui le menaçoit luy amener artillerye pour le desloger. »
Il se tint six ou sept mois dans ce manoir, vivant du revenu de la terre et des vivres qu'il contraignait les fermiers à lui donner. Souvent, accompagné de ses bandits, il allait chez son père, a Prestreval, où il prenoit et. roboit par force du bestial, comme beufz , porez graz , moutons, détroussoitles serviteurs de son père , qui portoient la farine et les provisions de la maison ; et , quand il pouvoit entrer dans la maison , roboit et prenoit linge , voiselle , et tout ce qu'il trouvoit , oultre le gré de sa mère qui n'y pouvoit donner ordre. Pendant ce tempslà , il envoyoit des gens de sa compaignye aux villaiges et maisons des laboureux voisins , pour enlever de la poulaille par force et outre le gré des dietz voisins ; les quieux le dict déposant et ses compaignons avoient assubjectis tellement qu'ilz n'eussent ozé refuzer ce qu'on leur demandoit ; des quelles poulailles et autres biens mal prins ilz vivoyent et entretenoient des femmes en lubricité.
Indigné de tous ces excès, le père de Georges De Prestreval dénonça son fils au bailli de Montivilliers , qui envoya des enquesteurs et des sergents à Prestreval , pour recevoir en détail les déclarations du père , et informer sur tous les crimes de Georges De Prestreval et de ses affidés. Mais Georges De Prestreval , qui en fut averti , arriva la nuit chez son père , accompagné de bandits , armés , comme lui , d'espées à deux mains et de hacquebutes , et là , ils effrayèrent tellement ces enquesteurs , en les frappant et les menaçant , que ces officiers s'enfuirent, sans avoir fait aucune procédure.
Décrété de prise corps , Georges De Prestreval fortifia cl renforça le fort de Mesmoulins, s'associa de nouveaux ban dit.'.
lit mettre aux meurtrières du fort quatre ou cinq arquebuses à crochet. Ces précautions n'étaient pas inutiles, car Le lieukenaril du prévôt des maréchaux, et grand nombre de genz jusque* a cent oit six vingtz , qu'accompagnait le sieur !)>• Prestreval père, vinrent assaillir le manoir de Mesmoulins. Ils cédèrent une grenade brûlante, et tirèrent ung coup de hacquebute au lieu où étoit Georges De Prestreval. Ce dernier et ses camarades répondirent par plusieurs coupa de hàcquehutes à crochet et de arbalcstrcs, dont fut tué un des hommes du prévôt.
Il roua de coups un paysan qui avait mal parlé d'une fille qu'il entretenait à Mesmoulins , « il hiy mit ung gros os en la bouche , et sv priât de l'huille en un grasset , qu'il luy VOulust faire ai aller, en jurant et blasphémant qu'il avaleroit le dict os et huille, et dont le dict Auzout fut grandement malade. »
« Esprins de folle amour de la femme d'un nommé Coquelin , il l'obséda tellement qu'elle et son mari quittèrent la paroisse de Annouville , et allèrent demeurer ailleurs. Quelques jours après, comme on lui montrait « ung cheval estant en la charrue , qui estoit celluy qui avoit porté la femme de Coquelin , il tira son espée , de laquelle il donna au travers le ventre du dict cheval , et le tua. »
Il obtint la fierté, quoiqu'il ne se fût constitué prisonnier que le jour de l'Ascension.
« Plusieurs et diverses foys , il avoit couroucé son père et sa mère , leur désobéissant en toutes choses , sans leur porter honneur ni révérence, estymant que, à cause de ce , Dieu L'avoit du tout délaissé. »
i£6. Antoine Du Bosc, écuyer (noble homme), sieur de Pampou . de la paroisse de Septeuil , diocèse de Chartres . âge de 35 ans , homme d'armes de la compagnie de M. l'amiral.
u Estant pour oïr \ espres , en l'église de Septeuil, le
deuxième dimence de caresme , et apercevant le sieur De Quincheux , escuier , apoyé sur les fous de la dicte esglize , pour oïr vespres >» , il se promit de se venger , après vêpres , de ce gentilhomme qui l'avait maltraité , il y avait quatorze ou quinze ans , dans le bois de Ernouville , ou de Souville, près Mantes. Au sortir de l'église , il donna ung grand coup de taille au sieur De Quincheux, et lui coupa le bras dextre, et quoique ce malheureux fût tombé à terre , criant mercy, Du Bosc luf bailla un coup d'espée par le travers du corps, duquel coup il mourut en la place, sans confession.
Le sieur De Pampou était frère de noble homme maître Jehan Du Bosc , sieur D'Ementreville , conseiller au parlement de Rouen , qui fut décapité à Rouen , en 1 562 , pour s'être signalé parmi les religionnaires qui avaient désolé la ville et dévasté les églises.
La famille de l'homicide chercha à faire casser, par le conseil , l'arrêt du parlement de Rouen , qui avait admis le sieur Du Bosc à lever la fierté ; elle se fondait sur ce que ce gentilhomme n'était pas de la province de Normandie , et que le privilège n'était que pour les Normands. En octobre i552 , Du Bosc obtint au conseil un arrêt confirmatif de l'élection faite de lui par le chapitre de Rouen.
En 1690 , la fierté fut accordée à Roger Du Bosc, écuyer, sieur de Pampou.
Jehan Le Forestier, écuyer (noble homme), âgé de 30 ans, de la paroisse de Saint-Marceau, près Vernon.
Sa femme venant d'accoucher , il avait entendu une voisine lui reprocher que « ung nommé frère Nicolle Baillehache , religieux de Sausseuse , l'entretenoit et maintenoit en lubricité »; cette voisine , injuriant la femme de Forestier, lui avait prodigué les épithètes que l'on donne aux femmes perdues.
Outré de voir sa femme ainsi déshonorée, « de faict apens
el propos délibère , avant prins son eapée en la salle de bas , il monta dans la chambre où sa femme était couchée, desgajrna sur sa dicte femme , et , sans lui donner oisir de parler à Inv , L'appellanl meschante p — », et lui disant : « Par le sang Dieu! tu m'as faict UUg tel déshonneur, tu en mourras à eeste heure » , il luy donna d'estoc , par le costé gauche, ung coup d'espée du quel elle décéda ung cart d'heure aprèz. »
(.8. Jacques Sore, âge de §7 ou §8 ans, de la paroisse de Notre-Dame d1Eu.
Pour avoir figuré , en première ligne, dans un mouvement populaire qui eut lieu dans la ville d'Eu , contre les officiers de la duchesse de Nevers , comtesse d'Eu ; avoir blessé et tué plusieurs de ces officiers. (Voir l'histoire. )
Jacques Vallée, valet d'étable, à Lëry.
Pour homicide sur la personne de Simon Vallet.
50. Charles Baudren , âge' de 30 ans , laboureur à Pissy, diocèse de Rouen.
Dans une querelle qu'il eut à Pavilly, avec Richart Varnier, de la paroisse de Groffy, il luy bailla par le flanc un coup de dague, dont il mourut dans les vingt-quatre heures.
M. Jehan Mondely, porteur de sel, de la paroisse Saint-Nicaise de Rouen , âgé de 38 ans.
Ayant eu une querelle avec un nommé Le Blond , paroissien de Saint-Godard , à l'occasion d'une fille publique que ce dernier battait, le lendemain la dispute recommença, et des injures on en vint aux coups. Mondely, blessé , à la mamelle, d'un coup d'une fourche que tenait Le Blond , le poursuivit l'épée à la main , et voulant l'en frapper , tua la femme Le Blond . qui faisait à son mari un rrmpart de son corps.
Jehan Daré . son complice.
1552. Jehan Lemarié, teinturier, âge de 20 ans, demeu-
rant en la paroisse de Saint-Maclou de Piouen.
Une nuit, ayant rencontré, au Pelit-Ruissel , les nommés Bellenger et Sainte — Adresse , chacun saizis de deux pièces de draps qu'ils avaient rohécs , ces deux hommes, qu'il connaissait, lui dirent de prendre sa part des objets volés. Il y consentit , et , « d'un commun accord , s'en allairent passer par la muraille et fosséz de Bouvreuil » , saisis des draps volés ; ils allèrent « en ung certain jardin, en la rue de VEspinette , au quel jardin n'y a aucune maison, manants, ou habitans. » Mais on les avait suivis , et ils furent arrêtés.
Le 7 mai , Bellenger et Sainte- Adresse furent pendus à la Vieille-Tour. Le bourreau se saisissait de Lemarié , pour le pendre à son tour , lorsque , de l'avis de plusieurs assistans , ce jeune homme déclara qu'il était clerc tonsuré. Ramené aux prisons , on ne tarda guères à découvir qu'il avait menti. Mais le privilège de Saint-Romain ayant été insinué , l'exécution fut suspendue , et , le jour de l'Ascension , Lemarié fut élu par le chapitre , délivré par le parlement, et leva la fierté.
1553. Antoine D'Imbleval, e'cuyer (noble homme), de
Neslette près Blangy , en Picardie , âgé de ââ ans , de V estât de la guerre , sous le capitaine Saint- Aubin.
Son père, Nicolas D'Imbleval, écuyer, lieutenant du capitaine de Dieppe , avait été tué par le sieur Du Clocher d'Incourt. Antoine D'Imbleval , âgé de 16 ans , page du sieur De Nerpont , conçut le projet de venger son père. Mais, « pour raison que le sieur Du Clocher estoit homme fort et puissant, accompaigné ordinairement de grand nombre de soudars et serviteurs portans arbalestres et bastons invasibles, ne l'osoit assaillir. » Enfin , un jour , averti que son ennemi devait
passer par Grébaumesnil, il se cacha dans une maison du bourg, et y attendit le passage de ce gentilhomme. Par un trou qu'il avait pratiqué , avec sa dague , dans le mur de la maison, il décocha une flèche sur le sieur Du Clocher, et le voyant blessé et prêt à s'enfuir, il sortit de sa cachette , lui porta un coup d'épieu qui le renversa , et lui donna huit coups de dague en plusieurs parties de son corps , à cause de quoy dtmowra mort en la place. Antoine D'Imbleval avait huit ou dix complices , dont deux furent pendus à raison de ce fait.
2°. Il avait tué , à Blangy, un cordonnier qui s'opposait à ce qu'il entrât dans sa maison pour y voir une fille scandaleuse nommée Pcronrw.
3°. Il avait blessé, de deux coups de dague, un sergent royal, qui , commis par justice pour saisir et vendre les biens d'un sieur D'Imbleval son parent , n'avait point obtempéré à la prière qu'il lui avait faite de différer cette saisie.
5i. Jacques Bellot , âgé de 40 ans , demeurant en la paroisse de Saint-Sever-lez-Rouen , né à Sauvelon , près Meaux en Brie , tailleur de pierre de meule.
Criblé de dettes , il avait eu , dans Rouen , un grand nombre de querelles avec les sergens de ville , qui voulaient l'arrêter. Il leur avait toujours résisté, et en avait blessé plusieurs , avec une dague sans laquelle il ne sortait jamais.
. Charles Vauqtjelin , sieur des Yveteaux (noble homme ) , demeurant aux Yveteaux , en la vicomte de Falaise , diocèse de Séez , âgé de 3S ans.
En i55i, lui, son frère Guillaume Vauquelin , sieur de Boissay, et plusieurs autres gentilshommes , se rendirent de Taillebois à la foire de Guibray, afin d'v rencontrer les sieurs