‹ Histoire du priviláege de Saint-Romain (volume 2)Chapitre 62 sur 77 · PAR M. F LOQUE T · texte numérisé non relu

PAR M. F LOQUE T

Dans notre histoire du privilège , nous avons souvent parlé de la confrérie de Saint— Romain , mais toujours incidemment et comme en passant. Cette association pieuse, qui joua longtems un rôle si important dans le cérémonial de la délivrance annuelle du prisonnier, nous ayant paru mériter une mention spéciale et détaillée , ce motif nous a déterminés à réunir dans un même tableau ce que nous avons pu recueillir sur son origine , ses progrès et sa fin. Au xvne. siècle , dom Pommeraye , dans sa curieuse histoire de la cathédrale de Rouen (*), se plaignait de ri avoir aucun mémoire qui lui donnât connoissance de V institution de cette confrairie dans V église de Rouen , encore bien, ajoutait- il, que, très - probablement , elle soit des plus anciennes. Il ne connaissait que les statuts de i346, dans la confirmation desquels l'official parle de la confrérie comme existant déjà depuis long-tems « jam diù. » Plus heureux que ce savant et consciencieux historien , nous avons sous les yeux

(') Histoire de la cathédrale de Rouen , page 68;

la charte originale, et jusqu'alors entièrement inconnue, de la création primitive de la confrérie. Cette charte est du mois de mars i.U)?. . Ce fut certainement à cette époque— là que la confrérie de sajnt Koniain commença d'exister. Mais fut-elle dès—lors créée, comme on pourrait Le croire, pour rendre a saint Romain des honneurs particuliers, et pour rehausser la solennité de la délivrance du prisonnier? Non; la charte de I2Q2 ne dit pas un mot du privilège de saint Romain, ni du cérémonial de la lierte. La confrérie avait alors une autre destination, que cette charte nous indique clairement. Les huât petits chanoines des quinze marcs et des quinze livres, prébendes en réalise de Rouen , avaient remarqué avec un véritable chagrin que souvent des prêtres, des diacres, sousdiacres ou bénéficiera de la cathédrale , peu ou point rétribués , vivaient dans la misère et dans la privation de toutes choses , et qu'après une vie exemplaire et édifiante , mais pauvre à l'excès et dénuée jusqu'à l'indigence , ces malheureux ecclésiastiques mouraient dans un tel état de détresse , qu'ils ne laissaient pas de quoi payer les frais de leur sépulture. Souvent il fallait les porter malades à l'Hôtel-Dieu , où ils mouraient et étaient inhumés comme des mendians, ce qui tournait à la honte et au déshonneur de l'église de Rouen. Animés du louable désir « d'épargner désormais cet opprobre à la première église de la province », les huit petits chanoines conçurent l'idée charitable d'établir une confrérie dont la mission serait de donner aux pauvres prêtres de la cathédrale des secours temporels et spirituels. Les prêtres n'eurent qu'à entrer dans la confrérie nouvelle , et alors « si , par quelque revers , mais non par leur propre faute , ils venaient à tomber dans un état de dénuement tel qu'ils ne pussent se suffire , la confrérie venait à leur secours avec ses deniers, et leur subvenait, de manière à ce qu'ils ne manquassent de rien , et surtout ne fussent pas contraints de mendier; car on en avait vu , précédemment , plusieurs réduits à cet excès d'infortune. Ceux d'entre eux qui, à leur mort, fie laissnient pas de quoi payer des

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