T * "I * A • fusée par le par
ui promit de 1 épouser. Mais bientôt ce commis îemem, cou.,...
obtint un emploi supérieur dans une résidence éloignée , et abandonna la malheureuse qu'il avait trompée. Elle entra au service du sieur Daperou , juge à l'amirauté de Dieppe. Enceinte des œuvres du sieur Saint-Louis , elle cacha sa grossesse , qui ne fut pas même soupçonnée par ses maîtres. Enfin elle accoucha clandestinement d'un enfant mâle. « Sitost qu'elle fut accouchée, se trouvant tout émue, ne sachant que faire , comme au désespoir,
et tentée de se jeter par la fenêtre», elle étrangla le nouveau-né avec une bandelette, l'enveloppa dans une serpillière, et alla furtivement le jeter à la mer. Elle n'avait été vue ni en allant , ni en revenant. Mais bientôt les marins trouvèrent sur la grève le cadavre de l'enfant enveloppé dans des linges marqués au nom du maître de Françoise Picart. Cette dernière fut arrêtée, mise en jugement, et condamnée par la justice de Dieppe à être pendue et brûlée. Le â9 mai 1710, elle fut élue par le chapitre pour lever la fierté. Mais le parlement la déclara indigne, par un arrêt conçu en ces termes ; « Messieurs n'ont pas trouvé à propos de faire jouir cette femme du bénéfice de la fierté, attendu que son crime n'est pas du nombre de ceux qui tombent dans le privilège. » Le chapitre maintint son choix. Nous verrons plus tard que le parlement se montra moins sévère pour un autre infanticide dont les circonstances supposaient toutefois plus de réflexion qu'il n'en paraît dans celui dont on vient de lire le récit.
1713. Nous dirons aussi quelques mots de l'élection
Usige !lc faite en 1 7 1 3, moins pour l'importance du fait en lui-
planter des mais. A •»•
même, qu'à cause de l'ancien usage qu'il rappelle. En 171â, Jean Yoris et ses deux frères, tous trois maîtres de danse à Vernon- sur-Seine, avaient passé la nuit du 30 avril au 1 er. mai , à donner des sérénades . à planter des mais . à tirer des coups
ih- fusil et de pistolet devant les portes des personnes de considération de la ville de Vernon; ce qui prouve que l'usage de planter des mais , qui existait du temsde Saint-Louis, s'e'taitconservéjusques dans le XVIIIe. siècle. Le matin , vers huit heures, en rentrant chez eux pour déposer leurs armes et aller de là à la messe, les trois frères furent rencontrés au carrefour, près du pont, par le sieur Le Bigot, officier dans le régiment de Bourbonnais-infanterie. Cet officier , qu'ils ne connaissaient point, les persiffla dans les termes les plus humilians, à propos des armes qu'ils portaient. Ils répliquèrent. L'officier, piqué, mit l'épéeà la main. Jean Yoris, l'aîné des ux>is frères, se défendit d'abord avec une canne; puis tirant son épée, il déclara qu'il ne se battait qu'à son corps défendant, et en prit à témoins les personnes qui se trouvaient là , avertissant le sieur Le Bigot qu'il était maître d'escrime. Enfin, poussé à bout par les insolences et les bravades de cet officier, il s'échauffa et lui porta un coup d'épée qui le blessa mortellement. Le sieur Le Bigot ayant crié : A moi, officiers! aussi-tôt on vit accourir, l'épée à la main, plusieurs officiers qui étaient dans une auberge voisine. Le Bigot leur
dit: Mes amis , il faut tuer ces trois b -là. Yoris
protesta que c'était Le Bigot qui l'avait insulté. A ce moment, Le Bigot ayant rendu le dernier soupir, Yoris, qui se vit assailli par tous ces officiers,
s'enfuit avec ses frères, et se réfugia dans l'église de Vernon, où il fut arrêté. Mis en jugement, il fut condamné à mort. En 1713, il leva la fierté avec ses frères.
1714. En 1714, la fierté ne fut point levée. Le jour de
l'Ascension, le chapitre ayant reconnu qu'aucun des prétendans au privilège n'était dans les cas fiertables , ne fit point un choix qui devenait impossible. Le chapelain de la confrérie de Saint-Romain vint apporter au parlement un cartel ainsi conçu ; «Ce jour d'hui, 1 0rnai 1714, fête de l'Ascension, le chapitre, assemblé à l'heure ordinaire, pour l'élection d'un prisonnier, après avoir entendu le rapport des commissaires des prisons, et vu les procès-verbaux par eux dressés , et iceux délibérés , il ne s'est trouvé aucun sujet fiertable. » A la cathédrale , les chanoines firent chanter tierces ; la grand'messe fut célébrée ; puis on chanta nones , vêpres et complies. Pendant les vêpres, la grande cloche de la tour de Saint-Romain fut mise en volée, pour appeler et avertir les processions des paroisses de venir à Notre-Dame. Après les complies, la procession , avec les châsses et reliques des saints , sortit par le portail des Libraires, fit le tour extérieur de l'archevêché, par la rue des Bonnetiers, et rentra par le grand portail.
J7I5. On s'étonna de voir le parlement accorder, en
1 71 5. à une infanticide , la fierté qu'il avait refusée ,
I)K SAINT KOMA1N. fi
en 1710, à Françoise Picart, dont le crime supposai! moins ilf réflexion, et dont la jeunesse et les malheurs auraient dû, ce semble, inspirer un plus vil' intérêt. Marie Bertin, journalière à Sentilly (diocèse de Séez), âgée de vingt-neuf ans , grosse des œuvres d'un nomme Guèrin, se sentant prise de mal pour accoucher, se leva de son lit, et, voyant sa mère sortie, monta au grenier où, peu de tems après, elle accoucha debout; l'enfant tomba par terre. «Toute transportée et hors d'elle-même», elle prit son nouveau-né et F étouffa avec ses doigts. Puis , singulier mélange de barbarie et de foi ! voyant que l'enfant respirait encore, elle descendit ^ île à sa chambre , y prit une petite fiole d'eau bénite, remonta au grenier, et versa de l'eau bénite sur la tête de son enfant pour le baptiser ; ensuite elle lui mit sa jarretière au cou,^dans le dessein de l'achever , mais l'innocent venait d'expirer. Que l'on compare ce récit avec celui de l'infanticide commis par Françoise Picart; et, sans doute, le crime de cette dernière paraîtra plus digne d'indulgence ; toutefois elle avait été déclarée indigne du privilège: et le parlement accorda, sans diffi culte , la fierté à Marie Bertin.
L'élection de l'année 1725 aurait renouvelé les 17' \i<illes querelles entre le présidial et le chapitre, si cette fois le parlement, qui y avait intérêt, ne sr fût franchement déclaré pour les chanoines et
pour leur privilège. Le chapitre avait élu Fvoberf Calais, berger a Radepont, détenu dans les prisons du présidial de Rouen, à raison d'un meurtre que cette juridiction regardait comme e'tant de sa comlc parlement pétence exclusive. Deux huissiers envoye's par le
fait forcer les , , . , , , . ,
,,o.tes du greffe parlement a ces prisons pour chercher Calais, vin-
ct des prisons du , * . a . J ' 1 j'1 * t
bailliage. rent, presqu aussitôt, déclarer qu ils avaient trouve
fermées les portes du bailliage et celles de la geôle. Par ordre du parlement , les huissiers y retournèrent, mais accompagnés de six archers de la maréchaussée , de douze officiers de la cinquantaine , et de serruriers munis de leviers et autres instrumens propres à l'expédition dont on les avait chargés. Les portes du greffe et des prisons furent forcées, le prisonnier amené, et le procès remis au parlement. On peut imaginer l'effet que des scènes semblables produisirent dans Rouen, le jour d'une fête qui attirait dans cette ville une foule immense. Plusieurs magistrats du bailliage furent mandés à la barre du parlement , pour rendre raison de leur conduite en cette circonstance. M. Germain, l'un d'eux, rrrontra de la fermeté et de l'énergie ; il osa soutenir devant le parlement rassemblé, que le procès de Calais était de la compétence présidiale : mais on lui représenta un arrêt du grand-conseil, qui renvoyait le procès de Calais à l'ordinaire , et il ne lui resta plus qu'à baisser la tête et se taire. Le parlement délivra Calais au chapitre , et fit des
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procédures longues et rigoureuses contre ceux des magistrats qui avaient été les plus récalcitrans dans cette affaire. Interdits de leurs fonctions, ils n'en recouvrèrent le libre exercice que quelque tems après , et à la suite de bien des tracasseries , et de force comparutions à la barre du parlement.
En 1 736, la fierté fut levée par Michel Le Clerc, t736. dit Grand-pré , bourgeois de Condé-sur-Noireau. Buvant un jour dans une auberge de Caligny avec le sieur Bourdon, lieutenant-général du bailliage de Condé, bailli de la haute justice de Caligny, et avec les autres officiers de cette juridiction , il avait adressé des reproches assez vifs au sieur Bourdon, d'abord à l'occasion d'un procès dans lequel il l'accusait d'avoir opiné contre lui , puis sur le peu d'égalité avec laquelle , selon lui , ce magistrat avait fait , dans le bourg de Condé , la répartition de l'imposition des ustensiles. D'autres propos qu'il avait tenus dans cette rencontre , montraient un désir marqué de chercher querelle au sieur Bourdon, qui , à la fm, se fâchant, quitta la compagnie, et monta à cheval pour retourner à Con?dé. Une heure après , Le Clerc-Grandpré , retournant luimême à Condé, monté sur son cheval , aperçut devant lui le sieur Bourdon, qui, en le voyant venir de son côté, supposa, peut-être à tort, que Grandpré voulait l'attaquer, et mit le pistolet à la main. Grandprélui saisit le bras et lui arracha son pistolet,
en disant : Si vous lirez votre autre pistolet , je ferai usage de celui-ci. Le sieur Bourdon ayant voulu se servir du pistolet qui lui restait , dans le mouvement que fit Grandpré pour l'en empêcher , le déclin fort tendre de celui quil tenoit étoit parti à son grand étonnement , vu quil navoit nulle intention de le tirer , et avait blessé mortellement dans l'estomac le sieur Bourdon. Ce fut ainsi du moins que Grandpré raconta le fait, depuis. Ce qui est plus certain , c'est que le sieur Bourdon mourut le jour même. Le Clerc-Grandpré s'était enfui à Jersey. En 1736, il vint à Rouen solliciter le privilège de la fierté. La maréchale de Harcourt écrivit au chapitre , pour le détourner de ce choix ; elle qualifiait à' assassinat le meurtre du sieur Bourdon. Ce magistrat avait laissé deux fils , gardes-du-roi dans la compagnie de Harcourt. « Il seroit très à craindre , disait-elle , que dans les temps qu'ils ne sont point à la compagnie , ils se trouvassent dans le même lieu que Grandpré et qu'il n'arrivât quelque malheur. » Elle suppliait donc le chapitre de ne point accorder la fierté à Michel Grandpré , « d'autant plus, disait-elle, que l'affaire est, d'elle-même, fort noire , et qu'un pareil sujet n'est point bon h avoir dans le pays. » Il est certain , et Le Clerc- Grandpré le reconnut lui-même dans sa confession au chapitre, qu'en arrivant à Caligny, il s'étail informé du lieu où étaient les officiers de la
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juridiction, et que, sur Les indications qu'on lui avait données , il s'était hâte de s'y rendre. La manière dont il agit avec le sieur Bourdon pouvait autoriser a croire qu'il y avait eu de sa part quelque dessein formé de quereller et de maltraiter ce magistrat. Mais il y a loin de là à des projets de meurtre. Sans doute par ce motif, et peut-être aussi par déférence pour le président, de Courvaudon , pour M. De Luynes, évêque de Bayeux, et M. Lallemant, évêque de Séez , qui lavaient recommandé d'une manière très-pressante, Grandpré fut élu par le chapitre et délivre' par le parlement.
En 1 740, le choix du chapitre tomba sur Martin Barjole, âgé de vingt-huit ans, né à Hauville en Roumois, dragon dans le régiment d'Orléans. Sept à un protégé de la
reine de Pologne.
ans auparavant , voulant tuer deux lapins pour le curé de Hauville , il alla prier la femme Vauquelin, sa sœur, de lui prêter son chien. Celle-ci, non contente de le lui refuser , lui chercha querelle au sujet d'une pièce de toile qui était chez lui et qu'elle réclamait comme lui ayant été donnée par leur mère. La dispute s'échauffant, Barjole donna un soufflet à sa sœur , qui s'arma d'une hache pour le frapper; elle avait un fils qui était témoin de la querelle; ce jeune homme se saisit d'un fusil chargé que Barjole avait déposé dans un coin, en entrant, coucha son oncle enjoué, tira et le manqua deux fois. Barjole , outré de colère , s'était armé de son couteau
Le chapitre accorde la fierté
de chasse ; il en frappa son neveu qui tomba mort à l'heure même. Après s'être caché quelque tems, Barjole s'engagea ; mais il finit par être découvert; les juges de Pont-Audemer le condamnèrent à mort ; il sollicita sa grâce du roi , mais sans pouvoir l'obtenir; alors les officiers de son régiment, qui s'intéressaient à lui , cherchèrent à lui obtenir le privilège de la fierté. Catherine, reine de Pologne , ne put refuser à leurs instances une lettre pressante qu'elle adressa à M. De Tavanes , archevêque de Rouen , par laquelle elle priait instamment ce prélat d'engager MM. les dignités et chanoines de son chapitre d'être favorables à Barjole. «Cette affaire, écrivait- elle, n'est plus tant celle de MM. d'Orléans que la mienne propre, du moment qu'il s'agit de sauver la vie d'un malheureux, coupable et innocent tout à la fois. » Barjole , recommandé par une telle protectrice , obtint la fierté.
L'éëhSe de Les prières d'une reine avaient comblé de joie iee privilège eu Ie chapitre de Rouen ; mais fut-il moins flatté de se voir, en 1745, solliciter par les membres d'un autre chapitre, en faveur d'un de leurs justiciables condamné à mort , et l'église de Rouen ne ressentit-elle pas quelque orgueil de voir ses grâces implorées par une autre église épiscopale , qui , n'ayant pas comme elle le droit royal de sauver la vie à des meurtriers , venait s'incliner devant elle et lui
laveur d'un de ses vassaux.
demander grâce, comme à un roi, en faveur d'un de ses i assaui pour qui elle ne pouvait que faire des vœux stériles? Cette église e'iait celle de Nevers. Son vassal était un nomme' Ferrand , charbonnier ; il avait tue Jacques Tharë , qui , maigre ses défenses formelles , s'obstinait a charrier du bois sur ses i erres ensemencées de blë. Les chanoines de Nevers priaient le chapitre de Rouen de prendre ce pauvre misérable sous sa puissante protection, et de lui accorder le privilège de la fierté de saint Romain, dont ils connoissoient , disaient-ils, Vétendur et le pouvoir. « Nous implorons pour lui , ajoutaient-ils, cette charité qui s'étend sur vos compatriotes et sur tous les sujets du roy de notre France, le quel n'a point trouve' au-dessous de sa majesté' royale de vous demander plusieurs fois vos suffrages pour des coupables que la puissance du thrône ne se trouvoit pas dans le cas de pouvoir absoudre. Nous ne vous rappelons point, Messieurs, combien de fois les préde'cesseurs roys, les reynes, les princes et princesses du sang royal , tant de cardinaux et de prélats , les plus grands ministres et tout ce qu'il y a de puissant dans le royaume , ont eu recours à vous, pour épargner à des personnes , souvent distinguées par leur naissance , les horreurs du dernier supplice qu'elles avoient mérité. Souffrez donc, Messieurs, que nous redoublions nos prières pour ce misérable, dont nous
sollicitons la grâce auprès cle voire charité, avec la même instance que l'apôtre demanda celle d'Onésime à Philéinon. » Malgré une supplique si flatteuse et si pressante , malgré tout l'intérêt qu'inspirait le protégé des chanoines de Nevers , le chapitre de Rouen fit un autre choix. C'est qu'à l'avance , de puissans personnages (,) avaient sollicité ses suffrages en faveur de deux autres prétendans , qui véritablement n'étaient pas indignes de la préférence qu'ils obtinrent. C'étaient les nommés d'Auvergne et Chazelet. Assaillis à coups de pierre , par des individus qui les prenaient ou feignaient de les prendre pour des commis aux Aides , ils s'étaient défendus , et avaient tué un de leurs agresseurs.
Le plaisir que pouvait ressentir le chapitre, de se voir ainsi sollicité, chaque année, par des seigneurs , par des prélats , par des princes et même par des têtes couronnées , était quelquefois tempéré par les exigences tyranniques de quelques uns de ces hauts personnages , qui voulaient impérieusement que l'on préférât leurs protégés, et se fâchaient lorsque les suffrages tombaient sur quelque autre , ou même lorsqu'on ne se hâtait pas assez de leur répondre. Le 9 avril 1747, Marie-Françoise De
(') Louise-Elisabeth De Bourbon ; le marquis de Rotbelin et son épouse ; le marquis de Pont-Saint-Pierre ; le duc de Montmorency- Luxembourg. (Lettres des 91 mars et 18 avril 17^.)
Bourbon , duchesse d'Orléans, avait écrit au chabitfe do Rouen pour lui recommander Noël Lecardinal , concierge de la duchesse de Lorges, sa dame d'honneur. Lorsque le chapitre reçut cette lettre , ses suffrages étaient déjà assures aux sieurs Lécouffle , d'Avranches. Soit que, par cette raison, le chapitre ne voulut point se presser d'écrire , afin qu'on n'eut point le tems de faire auprès de lui de nouvelles et inutiles instances, soit qu'il eût répondu et que sa lettre se fut égarée , les chanoines reçurent bientôt de M. De Saint-Florentin , ce grand distributeur de lettres de cachet , une lettre de rappel un peu dure , pour ne pas dire insolente. « Je suis dans le dernier étonnement , leur écrivait-il , que vous ayez pu donner lieu à S. A. R. de s'apercevoir que vous luy avez manqué. Il pouvoit suffire à S. A. R. de vous faire savoir la protection qu'elle accorde au particulier qu'elle vous a proposé à l'occasion de la fierté , pour déterminer vos suffrages ; ils n'auroient été qu'un hommage qui lui est dû. Mais S. A. R. vous a écrit avec cette bonté qui ne lui attire pas moins les cœurs que son élévation lui assure toutes sortes de respects ; et , ce qu'on ne peut comprendre, vous avez laissé sa lettre sans réponse. Je souhaite bien que vous ayez prévenu ce que je vous marque de la surprise où je suis , et que déjà vous ayez répondu à S. A. R. qu'en toute occasion vous regarderez ce que vous pourrez apprendre
de ses intentions comme des ordres dont vous vous trouverez honorés. »
A celte lettre en était jointe une autre de M. Mirabaud, secrétaire des commandemens de la duchesse d'Orléans. Le traducteur élégant du Tasse , l'académicien , le littérateur plein de bienveillance et d'aménité ne le prend pas sur un ton aussi haut que le grand seigneur; il ne peut toutefois s'empêcher de dire que « la princesse ne sait que penser du procédé de MM. les chanoines , gui passeroit pour impolitesse à l'égard même de bien d'autres personnes d'un rang inférieur au sien. » Il est plus que probable que les chanoines rompirent enfin ce silence qui blessait si vivement la duchesse d'Orléans , et surtout Mirabaud et M. De Saint-Florentin. Mais les suffrages de cette compagnie ne tombèrent point, cette année, sur le protégé de la princesse; ils étaient, nous l'avons dit, assurés aux sieurs Robert et Jean Lécoufllé, d'Avranches , condamnés à mort pour avoir, de complicité , tué le sieur Pierre Les frères Lécoufflé , leur frère. Le jour de l'Ascension, ces
cidèT', cîécLes deux individus furent élus pour lever la fierté ;
vnl^e" * ll P mais le parlement, après les avoir interrogés et avoir examiné leur procès, les déclara indignes du privilège , et ordonna qu'ils seraient réintégrés dans la conciergerie (I). Le chapitre ne jugeant point à
(') Les deux frères Le'oouffle', qui , le jour de l'Ascension , avaient pu
propos de persister dans son choix , comme il avait fait en plusieurs rencontres semblables, procéda de suite à une nouvelle élection , et donna ses suffrages au sieur Du Vignaud.
Le sieur Gaultier Du Vignaud , né au Grand- Brassac en Périgord > trouvant un braconnier, fort mauvais sujet , connu pour tel , qui chassait dans les bois de son père , l'avait sommé de lui rendre son fusil. Le braconnier refusa , et , la dispute s' échauffant , menaça le sieur Du Vignaud de le lui remettre par le bon bout. Non content de garder son fusil , il voulut s'emparer de celui du sieur Du Vignaud , le tirant violemment par le canon. Le fusil était armé ; dans cette lutte , le coup partit et donna toute sa charge de gros plomb dans la cuisse du braconnier , qui tomba blessé mortellement et expira peu de jours après. Protégé par la duchesse du Maine , parle comte de Jarnac, le duc de Rohan et la princesse de Berghes , le sieur Du Vignaud fit solliciter la fierté dès 1744, mais inutilement. Les deux années suivantes, il vint, de cent soixante
se croire sauve's, furent, le 28 juin suivant, condamnés par le parlement de Rouen à « avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs, sur un échaffaut , en la place du Vieux-Marche', après avoir fait amende honorable devant le portail de la cathédrale ; pour leurs corps être jete's au feu et réduits en cendres qui seroient jetées au vent. » Cet arrêt fut exécuté le même jour. Mais, en vertu d'une clause additionnelle, il fut arrêté que «. les dits Lécoufflé ne sentiroient aucuns coups vifs, ains serment secrètement étranglés. »