HISTOIRE ]>U PRIVILEGE
Taclioa des parties civiles pour leurs dommagesintérêts Dès long-tems , le chapitre avait reconnu ce principe y mais jamais il ne s'en était explique en termes aussi formels.
Reprenons maîuteiianl la suite de notie récit. U34. Après Tenquéte de 1394* et ce qui avait eu lieu eu 14069 on peut s'étonner de voir, en 1434) se présenter encore une question relative aux complices du prisonnier ayant obtenu la (ierle. Cette annëe-là, le jour de l'Ascension y le chapitre avait t'iu , et le bailli lui avait iklivie Guillaume Banc, anglais, coupable du meurtre d'un sir Brilck, aussi anglais. Après la fèie , avertis que Guillaume Pitre, compatriote et complice de Banc, était retenu dans les prisons, les chanoines prièrent, à plusieurs reprises , le bailli de le mettre eu liberté « conibrraément à l'usage du privilège. Le procureur du roi combattit cette prétention. « Quelque narration que les chanoines de Rouen fassent en cette part y dit-il, ilz n'ont oncques monstre' ne exhibe aucuns privilléges par escrit ; et aussi, de vérité, IL eii ont aucun. » IVIais en supposant le droit du chapitre reconnu, on devait lui délivrer un seul prisoaiiier, cl uuii pas deux ; ou si on lui délivrait les complices, du moins fallait-il qu'ils ne fussent accusés d'aucun autre crime. Il s'opposait donc à
<■') Dclibcralion du cliapitrci Uu 28 Ucceinbrc 1778*
DK SAINT ROMAIN. 157
la délivrance de Guillaume Pitre , que Ton accusait
d^autres crimes antérieurs au meurli^e commis de compHdtë avec Banc. Le bailli hésita quelque temSy « n'estaal pas iniomie à plaia cjuc, par ledit privillége deust estre ainsi fsàiaque le disoient les cliaiioiiits. » Mais le ctiapllre aluimo/i^ira plusieurs escriptures et déclarations anciennes, et certaines informations autrefois faictes sur la manière comme Ten ayoit accoustumé user du dict privillége en tel cas.... De plus, le bailli s'enquist et s'informa à plusieurs notables personnes et anciens, tant du conseil du Roy nostre seigneur et mesme des bourgeois et conseillers de la dicte ville, comme autres du pays et duché de Normandie » , qui tous lui assurèrent qu ils avaient toujours vu le privilège de la fierté profiter aux complices de Timpétrant comme à 1 iaipetrant lui-iuèiiie. Alors le bailli ayant reconnu que ni Guillaume Banc, ni GuiU lâume Pitre u n'estoient détenus et empeschéz pour crime de lèxe majesté » , donna congé de cour à Guillaume Pitre , et ordonna que les prisons lui seraient ouvertes
JSn 1439, le jour de l'Ascension, le chapitre t/:39. ajaif t élu Denisot Le Charretier, coupable de Tho- v» priMoni» miride d'Alipson Nicolas , lorsque les chapelains tfTmlMZIâ de Saint-Romain allèrent prier le bailli de leur !!^!r<)t r^IT
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(*) Sentence én S5 niai 1&3&.
fS8 HISTOIRE DU PIIIV1L£G£
délivrer ce prisoniriier, cet officier s'en excasa.
Loub de Luxembourg, archevêque de liouen , chancelier de France ( pour Henri VI ayait, ditil, réclame Denisot Le Charretier comme clerc et son justiciable ; et les juges séculiers avaient été adinoiiestes par rofTicial de le rendre à la cour d'éghse. Malgré tout le désir qu'il avait de les conte nier, il lui elait donc impossible de leur délivrer ce prisonnier sans la permission du prélat. Pour complaire au chapitre , le lieutenant et les autres officiers du bailliage allèrent trouver M. de Luxembourg , qui déclara qu'il ne renoncerait point à sa juridiction sur Denis Le Charretier. Une seconde démarche, que fit faire auprès d'eux le diapitre, pour obtenir la délivrance de ce prisonnier, fut donc aussi inutile que la première. Une difficulté de cette nature ne pouvait pas être écartée si promptement. Le chapitre, voulant que les confessions faites à ses députes par les divers préteudans à la fierté demeurassent secrètes, fit fermer, sceller de son sceau, et mettre sous clé le cahier dans lequel elles avaient été consignées, en déclarant que le sceau ne serait brisé qu'après la conclusîf>n de cette affaire ; puis des ordres fiirent donnés pour que la procession solennelle sortît , conformément à l'usage de tout tems observé. Mais comme il était fiidle de remarquer de rirritation parmi les chape^ lains , les clercs de TégUse , et surtout parmi les
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membres de la caufre'rie de Saiut-Romain , ils finent tous appelés dans la salle capitulaire* Le ' iliapiue les exhorta u à assister dévotement à la procession, sans murmure, à suppoiter arrec pa* tience le refiis qu'on leur faisoit du prisonnier clii, et à prier Dieu pour sa prompte délivrance* » On les avertît que , le lendemain et les jours suivans , la procession sortirait conune aux jours des Rogations, et que leur devoir était d*y assister. GrAce sans doute à ces sages avertissemens , les clercs, les frères de SainwRomain se continrent, et la tranquiliiië ne fut point troublée dans la ville , ce jour-là.
Le lendemain , par Tordre du chapitre , des chanoines députés allèrent au bailliage ; et Vun d'eux dit au lieutenant du bailli : Monsii ur le lieutenant, vous savés que Tosage du préviliége de munseigneiu* saint Romain vous a esté insinué. Poorqooy messieurs de chapitre nous envoient par devers vous poui^ vous signifier que vous leur veullés délivra le prisonnier par eulx esieu, ainsi qu'il vous est apparu par la scédule que ife vous ont envoyée. » On leur répondit que l'aoïpéchement au privilège de saint Romain ne vanait point des officiers du roi , mais de Tarchevéque Louis de Luxembourg , qui réclamait le prisonnier qu' ils avaient élu. S'ils avaient quelque chose à proposer contre la réclamation de ce prélat, messieurs du
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siège les eiiteudiaient volontiers, et feraient bonne justice.
Aussi-tot que le chapitre connut cette réponse , il donna des ordres^ et la procession de Notre-Dame sortit solennellement aveclafierte de saint Romain^ et se rendit à la Koude. Les couirères de Saint- Romain enyironnaieht la châsse; une multitude innombrable la suivait. Le lendemain , la procession sortit encore et se rendit à Saint-Godard ; le dimanche, elle alla à Saint-Denis. Ce dernier jour, le chapitre « désirant, de tout son pouvoir, conserver entier le privilège de saint Romain » , arrêta que, le lendemain , des députés iraient encore demander en son nom, au bailli, le prisonnier e'iu; qu'en cas de refiis, les processions seraient continuées, et que Ton prierait Dieu avec humilité et ferveur pour la délivrance du prisonnier. Cette nouvelle démarche n*eut aucun résultat. Le Iteotenant du baiOi répondit quHl avait les mains liées par la réclamation de l'archevêque; et le procureur du prélat, présent à l'audience, déclara que monseigneur n'entendait nullement se départir de son droit sur le prisonnier- Le chapitre n'avait pu rien gagner; il fit donc sortir encore la procession; et elle se rendit, ce jour-là, à l'église de Saint-Martin-du- Pont. Cependant, au conseil du roi, on sentit l'importance de terminer ce conflit , qui raetlaii la ville en rumeur et dont le dénouement pouvait
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être âcheux. Le mereredi 30 mai, comme les chanoines étaient assemblés , ou introduisit dans la salle capitalaire Tabbë de Fëcamp et deait chevaliers ; Tini s appelait André Qngart; l'autre était Tilluslre Talbot, dont le nom tient une si belle T.iut «jcim place aaii& i histoire. Cliargés , dirent-ils , par le roi et par messieurs du grand-conseil , de conférer avec l'archevêque , et d'aviser avec lui aux moyens de terminer le différend existant entre le prélat et son chapitre , ils venaient de voir monseigneur de Luxembourg, qui leur avait montré des dispositions pacifiques, fls attendaient du chapitre des sentimens semblables. Le service du roi et la tranquillité p^lique demandaient que ces débats eussent un terme prochain ; que Ton vît surtout cesser des processions qid pourraient , à la fin ^ émouvoir le peuple; et qu'il intervint ini accord à Tamiable entre le prélat et le chapitre y à moins que la quesliuu ne iut soumise à la décision soit du pape , soit du roi et de son grand-conseil. L'abbé de Fécamp, » TalLot et le du valier Ongart exhortèrent douces mtni le chapitre à la paix, et en leur nom propre et en celui du roi. •
Le chapitre ne pouvait qu'être touché d'une démarche semblable , faite par de tels hommes et avec tant de conveuaiice. Le trésorier remercia humblement les nobles envoyés, et les assura que , de leur côté , les membres du chapitre
I6S mSTOUU. lit PRIVILEGE
désiraient de tout leur cœur demeurer dans des rapports bienveillans et afTecUieiix avec mouseigneiir de Luxembourg, chef de Téglise de Rouen; qu'ib ne désiraicat pas moins couserv er les droits ciu roi, et maintenir, de tous leurs efforts, parmi ses sujets, la tranquillité, T union et la concorde. La compagnie allait donc s^empresser de délibérer sur ce que venaient de proposer les nobles députes; et. Dieu aidant, elle donnerait telle réponse dont le seigneur roi, son grand -conseil, monseigneur l'archevêque et eux-mêmes auraient lie» de se contenter. Eon effet, après le départ des trois députés, le chapitre fit, à r unanimité, des concessions qui annon^ient un désir sincère d^prévenir les scènes tumultueuses que Ton avait pu craindre un instant. Désirant complaire an roi, à son grand'Conseil et à monseigneur Farchevéque, ils conviment de cesser les processions qui avaient été fiâtes jusqu^à ce jour, eo pioleslant, touteiois, qu^ils ne les ayaient pas faites pour produire du scandale ni pour exciter la mullilude à quelque soulèvement contre l'autorité du roL Ils n'avaient eu d*autre intention ^ue de pousser le peuple à dévotion et à prier Dieu et saint Romain pour obtenir la déKvranoe du prisonnier élu par eux selon leur conscience. Déjà ils avaient agi de même dans des cas semblables.
Quatre chanoines furent chargés d -aller, au nom
DK SAINT ROâlAIN. m
du chapitre, chez monseigneur rarchevéque , le supplier huiublemeat d«; vouloir bien, lui successeur de «aint Eomain , chef de l' église de Rouen et mciiibrc. du cfiapitre, subvenir, en celle occuçrence, à son église. Us devaient lui demander son avis, et recourir aussi aux lumières de quelques anciens du chapitre, que des infirmités retenaient chez eux. Enfin, ils étaient chargés de rechercher dans les registres ce qui pouvait établir le bon droit de F église de Rouen, et de consulter des théologiens et des jurisconsultes sur le point en litige.
Peudaut ces préliminaires, un chanoine ayant vu monsei^eur de Luxembourg, lui avait proposé un expédient propre, ce semble, à terminer le déhat. Denis Le Charretier aurait renoncé à Télection faite de lui par le chapitre, et aurait consenti à être rendu à Tarchevéque de Rouen,, son juge légitime. A ce moyen , le prélat aurait sollicité pour le chapitre la permission de procéder à Télection d*an autre prisonnier, sous la condition, toutefois, que messieurs du chapitre iraient prier humblement le prélat de leur [accorder, en cette occurrence, sa médiation auprès des oiiiciers du roi. Monseigneur de Luxembourg ayant paru ne point répugner à Texpedient proposé par ce chanoine, le chapitre dédara Tagréer aussis et les députés qu d avait chargés d'aller houver monseigneur de
164 HlSTUiME DU PRIVILEGE
Luxembourg furent autorisés à lui proposer, en sou nom, cet expédient quil n'avait point paru rejeter à la première ouverture. Mais, au grand e'tonnement de ces de'putes , l'archevècjue repondit sédiement « qu'il lui importait peu que le prisonnier ëlu par le chapitre renonçât ou non à son élection. Ce différend devait être jugé parle pape, par le roi, ou par le grand-conseil. » Louis de Luxembourg, chancelier de Henri VI , tout-puissant parmi les Anglais , était sur de Vemporter; il ne s*en eaehait guère ; et il ne voulait point d'une victoire incomplète. Force fiit donc aux clianoines d'en venir à des propositions plus humbles encore. « Ce prélat, se dirent-ils , est chef de Téglise de Rouen , et chanoine comme nous. Le droit de délivrer un prisonnier a été accordé à ses prédécesseurs et à l'église de Rouen. Il est chancelier de France, issu d une noble et illustra lamille ; c'est un puissant seigneur, il doit et peut nous protéger et nous aider à conserver notre privilège dans son intégrité. D'une autre f>art, la modicité des revenus de cette cathédrale, revenus qui, chose déplorable, diminuent de jour m jour, par suite des malheurs de la guerre, ne nous permet pas de suivre un procès dispendieux. » La conclusion fut donc de céder, mais encore avec quelques restrictions. De nouveaux députés allèrent trouver monseigneur de Luxemiiourg ; ils le prièrent de se consulter avec Tabbé
deFëcamp el le firère Jehan Favre, son confesseur, et d'ordonner ensuite ce cp'il lui plairait sur Taffiiîre en litige , le chapitre étant résolu à en passer par ce qu'il aurait dëcidë. Le prélat repondit , qu'intéressé personnellement dans ce différend , il ne lui appartenait point d'en être le juge. Si le chapitre ne consenuit pas, purement et simplement y que Denisot Le Charretier fâi rendu à sa juridiclion archiépiscopale, le pape ou le roi en décideraient, à moins que le chapitre et lui ne s'en rëicra&sent à des arbitres. Le chapitre se voyant poussé jusque dans ses derniers retranchemens , sentit que le moiueut était venu de se soumettre aveuglément à la volonté de Vinflexible prélat. Outre les considéralious (|ue nous avons i.léjà i'ail connaître, los chanoines se dirent que s'ils engageaient un procès, il serait fort long, et (jue, pendànt toute sa durée, Denis Le Charretier, qui était marié et avait des enfans , serait retenu dans les prisons , où peut-être il tinirait misérablement ses jours. Enfin , ils consentirent que les officiers du roi rendissent à l'archevêque le prisonnier élu par le chapitre, à condition, toutefois, que les officiers du roi et le prélat agiraient de concert pour qu'il fût permis au chapitre d'élire un autre prisonnier, afin (jue le privilège de saint Romain reçiit son effet cette année.
Après de telles concessions , on pense bien quiet
166 HISTUIAE DU PRIVILEGE
monseigneur de Luxembourg ne tint pas rigueur plus long-tems. Quatre chanoines , maîtres Raoul de Hangest, Denis Gastinel , Jehan d'Esquay et Âlain Kirketon^ allèrent troitver le bailli , et, en présence de l'evêque de Meaux et de Tabbe de Fëcamp, lui notifièrent Taccord qui venait d'intervenir entre l*archevêque de Rouen et son chapitre, lis lui remirent un acte en forme de celte compagnie , qui abandonnait Denis Le Charretier au prélat, son juge légitime. £n conséquence, ce prisonnier foi livre au promoteur de Toffidalité, le chapitre se désistant du choix qu'il avait fait de lui pour lever la fierté.
On a tleja vu que les chanoines n'avaient pas entendu, par cette concession, renoncer, pour cette année, à l'exercice de leur privilège. Mais ils craignirent que leur seconde élection ne rencontrât des obstacles. Le bailli, le procureur du roi n*âllaient-ils pas prétendre que le chapitre n'avait point du varier dans son choix; n*allaienuils pas s opposer à la délivrance du second prisonnier qui serait élu pour lever la fierté à la place de Denisot Le Charretier? « Il en résulleroit , disaientils , que , ceste année , Tesglise n'auroit aulcon prisonnier, d'où pourvoit sourdre et venir esclandre. » Dans cette conjoncture , ils eurent recours au Roi fP Angleterre et de Fiance , qui était à Rouen. Ce monarque , « pour honneur et révérence de Dieu ,
OK SAINT &OIIAIN. 167
voulant honnorer et favoriser Pesglize et obvier à
iDusiucoQve'aieiis, leur permit, par leiU'ei»-patentes ( de Tavis de son grand-conseil) , et pour cesie foU seullemetii , d'eslire de nouvel ung des au! très prisonniers, ponnreu, loutesfoia, qn'i! eust esté en ses prisons , lors de la feste de T Ascension dernièrement passée. » Le mercredi â6 mai ayant ëté fiië pour la cërëmonie ^ ce jour-là , le chapitre se fit apporter le cahier où avaient étë consignées , le jour de TAscension^ les confessions des prëlendans à la fier te. Il fit briser les sceaux qui y avaient été apposés. Les diverses confessions forent lues «uccessivaoaent; et, après les prières accoutumées, le chapitre, procédant à Télection, désigna pour lever la fierté , Jehan Ellies , anglais , du diocèse de Cantorbéry, détenu pour larcin. Ce prisonnier ayant été délivré sans difllcullii aux chapqjains , la procession sortit de Notre-]>ame et se rendit à la Vieille-Tour , où il leva la châsse de saint Eomain, avec les solennités accoutumées. Ainsi finit ce d^iat , dans lequel le chapitre se vit contraint de s'humilier, sans doute à son grand regret, devant un prélat orgueilleux et opiniâtre , qui , enflé de son crédit et de sa puissance, ne voulut céder sur rien , «et finit par l'emporter ^'^
— ' 1 1 m II I * ■ r ■ ■ ■
^'^ Registres du chapitre de Itf cftihrdrale ét Rouen, ann<^c 1d39; Pièces manuscrites 4^UcbëcS| «aeiennes ârchtm ét la cathédrale de Udile ville.
168 mSTOIU DU PRIVILEGE
.nd.v. ins C'est ici le lieu de relever Terreur qu'a commise JIT.^!ni joui! De Bras de Boorgueville , en disant que « le pridn iinf liree. yilége de saiiit Romain ne debvoil es ire accordé aux larrons. » Nous venons de voir donner ce privilège à l'anglais Ëllys , détenu pour larcin. Les anciens registres du chapitre nous ofiErent un assez . grand nombre d'exemples semblables ; et on s'en convaincra en Usant la liste des prisonniers admis à jouir du privilège, liste qui figure à la fm du deuxième tome de cet ouvrage.
IV/». Dans le récit qui précède, nous avons vu le chair . omtr c]. pitre bien humble devant un prélat hautain et iier de
Sunbrrik vnil ^ / I» ^ • 1
riBp«cheric«d^ son immense crédit. Cette compagnie montra plus
Ire de voir àrt d'énergie et eut aussi plus de succès dans un difie-
pmonn.cr. de g>^|gyjj f cntrc clle ct le comte de
Sursbérik , puissant seigneur anglais » gouverneur du Palais-Royal^ récemment œnstruit alors sur les bords de la Seine , coaim depuis sous le nom de Fieil^Falais. Un nommé Vincent de Vemon, accusé d'uu crime de lèze-majestè, avait été enlevé de Téglise de Saint-Aodard t où il était allé gagner franchise ; et on Tavait écroué au château. Aux Kogadons, lorsque les chanoines commissaires des prisons se présentaient an château , pour interroger les prètendans àlaherte, le connëtali»le leur dit qu'il ne pouvait leur Éaiîre voir Vincent de Yemon, satis une permission du comte de Sursbérik. allèrent au Pidais^B^yal trouver ce seigneur^ lui
D£ SAIM ROMAIN. 169
préseDtèrent leur requête, et detnandèrenl, en même
tems, à voir les prisonniers du PalaU-Rojal. Le comte rëpoodit d'abord à cette dernière demande. Depuis quelques jours, ou avait ameué dans la forteresse confiée à sa {^rde , des Armagnaes pnsuiiuiers de guerre, que les Anglais ne vouhieni, pour rien au monde, laisser ccmmiuniquer avec les habitans de la ville. « J'ay, leur dit-il, parlé avec le bailly, k yiconte et les gens du roj ; cl je treuve que le privile'ge ne s'estent fors ( que) sur crimineulx estans èz prisons de la justice. » « ke privilège , répondirent les chanoines , se estent sur tous prisonniers déteuus en prison, estant à Rouen en cpielques lieux qu'ils ayent esté mis , et de quelque condiciou et estât qu'ik soient. Ainsi a esté aecoustumé ès temps passés , et les ouïr eu confession. » Le comte répondit : « Je vous certifie que je n'ay prisonnier céans qui ne soit Armignac £t que je vous donne congie de parler à eul.\, sans le congié du Roy, non feray. i» Puis, les apostropbant avec colère, il ajouta : « Vouliez vous parler ayec Armignaczi" Par saint George, se vous pariés vous aller le grand chemin , gardés les bonnes couslumes et laissiés les maulv aises. » « Nous ne Vouldrions , répliquèrent les chanoines,
On ii|ipe1«it Armagnaes ceux qui suivaient le parti duc d^OHéans , gendre du comte d*Araiagnac.
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eulreprendre du faire chose qui deiibl tourner ou ( au ) prëîadice du Roy nostre sire^ ne de sa seigneurie, ne au ilesplalsir de vous, monseigneur le comte; et ce qu*il vous plaist à nous dire nous le reporterons à messieurs de chapitre. » En les congédiant, le comte leur dit : « Âu regard de Vincent de Veroon , vous savez que le jour est continué de son &ît et son cas, jusques au premier jour de juing ; et vous venez plus tost de (que) son jour; adviséz vous. »
Le lendemain, les députés du chapitre revinrent au Vieux-Palais» et supplièrent le comte de Sundi)érik de les laisser exercer le droit -dont ils avaient joui en tout tems , de visiter toutes les prisons de la ville, quelles qu'elles fussent. Cette fois encore ils ne purent rien gagner. Le comte s'était, de nouveau, consulté avec les ofBciers du roi, et il répondît aux chanoines , en présence du bailli de Houen et du procureur de rUdtel-de-Ville, qu'il ne leur laisserait point voir des prisonniers cpi étaient du parti contraire au roi. Le chapitre arrêta que TélectiOQ d^un prisonnier serait sursise , jusqu'à ce qu'on eût permis à ses députés de voir tous les détenus. Lorsque des députés du chapitre allèrent au Vieux-Palais notifier cette résolution, Stafford, un des officiers du comte, leur répondit: ic Monseigneur le couite vous a , autrefois, donné response que il a eu le conseil et oppinion du
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bailU, du vicomte et des deux advccas du Itoy , et irenve que tous ne devés parier avec Annignaai ne prisonniers de guerre. Mon s Irez vostre privilège, à justice ; et s'il c^mtieni que vous y doyës parler, monseigneur le comte vous fera raison. Et semble que vous veuilles £atire conunodon en «la viHe. » « Messeigneurs , répondît un des députes , ne vouldroienl faire chose qui iust ou (au) prëju* dice du Roy- nostre sire , ne de sa seigneurie. »
Le comte se prévalant toujours de Favis des officiers du bailliage , plusieurs chanoines , dëpulÀ du chapitre , se prëse nièrent, au nom de leur compagnie , à l'audience de ce tribonal , pour tâcher de ramener les magistrats qui le composaient à des dispq^dons phis firvoifthles à l'église. Jehan Bu Quesnay , docteur en théologie , Vaiglc du cha- {Mtre , porta la parole en cette drconstanoe importante, li alleo^ia le droH canonique , et rappela les nombreux ijûracles opérés dans la Ville de Kouen par le bienheureux saint Romain. On leur répondu que des commissaires avaieut été choisis , parmi les oflkiers du roi , pour traiter cette affiire avec le cliapilre. £n effet, le même jour, Jehan de Saane, chevalier; maitre Jacqnes de Kalais ^ Stafford, et Jehan Sureau, vicomte de l'Eau, viureut trouver le chapitre. Le comte de Sursbérik, infoimé, dirent-ils, que messieurs les chanoines voulaient fiûre, touB les jonrSt par la ville, une procession
m HISTOmt DU PRIVILEGE
solennelle où serait portée la fierté de saint Romain , jusqu'à ce qu'on eût laissé leurs commissaires voir tous les prisonniers, les avait charges de s^en*quérir du chapitre si , en effet, telles étaient ses intentions^ et à quelle fin il voulait faire ainsi sortir tous les jours une procession solennelle ? On leur repondit que le chapitre faisait faire ces processions à deux fins; d'aboi ti, pour prier Dieu de daigner accorder la paix au peuple; et^ en outre ^ parce que, de terns immémorial, toutes les fois que le privilège de la fierté avait été empêché , le dei^ë avait fait, chaque jour, des processions, avec la châsse de saint Komaiu. Ou avait dû en agir ainsi cette année , puisque les chanoines députés pour la visitç des prisons n'avaient pu obtenir qu'oy leur laissât voir tous les prisonniers détenus dans la ville.
Le comte de Sursbérik , lorsqu'on lui eut reporté cette réponse, manda au Palais-JRojral des députés du ciiapitre , auxquels il fit attendre sou audience pendant une grande heure. Il vint pourtant, et, après sV'tre cnlrelenu peu d'instans avec eux, dans nn préau du palais, il alla retrouver sa compagnie. Il y avait trois heures que les chanoines , en attendant une réponse définitive , se promenaient dans le PtUais^Rofal, lorsqu'enfin un officier du comte vint leur dire ; « Monseigneur le comte m'a commandé que je vous dye que aujourd^huy vous avés fait voslre requeste devant justice et en pleine
D£ SAINT aOMAlN. IJJ
e&cohue ; el pour ce arez (aurez) dematii vctôtrc response au dil lieu de l^escohue, à dix heures. »
Bk chanoines, députes par le chapitre, allèrent donc à la Cohue le lendemain, recevoir celte réponse qui leur avait ëte' promise. Là , un des avocats du roi les invita, de la part du comte de Sorsbërik , à se contenter d*interro^ Vincent de Vemon , que ce seigneur consentait à leur laisser voir, quoiqu*il (iit criminel de lèze-mâtjest^ ^ et, cuoséquemment, exclus du privilège, i^uaui aux pnsonniers du Palais-Royal , ce n'ëtaient point des de'tenus ordinaires, mais des ennemis et adversaires duBojrnosùt sire^ qui ne pouvaient jouir d'aucun privilège , et bien moins encore de celui de saint Romain; le chapitre devait donc renoncer à les interroger. Et, comme les chanoines représentèrent qu'ils ne pouvaient souiirir aucune atteinte au privilège de saint Romain, et qu'ils avaient le droit de voir tous les prisonniers, quelle que fôt la canse de leur détention, le lieutenant les apostropha en ces termes : « Voules vous pailler aux anémia et adversaires de nostre sire le Roy ? Nul n y doit potier par cor^ession m aultiemeni, » Dans les idëes religieuses du tems , ces paroles étaient bien maladroites. Aussi iurent-elies rele-
Cokuef eieolme* On appelût ainst anciennement, snrtont en Nunnaodie , la salle 4l*anAence îles bailKs et des antres juges inftrîenn^
lit» liISX01R£ DU PHIVILKGE
vëes promptemeat. « Gardés que vous dictes, s'écria uu des chanoines , se ik âout chrestiens, que l'en ne les doye confesser! » Le lieutenant du bailli se repentit d avoir parlé trop vite; force fut toutefois aux députés du chapitre de se retirer sans avoir pu rien olileiiir. Le iieuteiiaut du roi, qui aurait voulu tSàùBc le souvenir de ce qa*il avait dit, défendit aux tabelliou6 Je délivrer aucun acte de ce qui venait de se passer. Mais trois cents personnes avaient assisté à cette audience ; et le propos imprudent du heutenant circula aussi-tôt par la ville, ainsi que la réponse du chanoine, à laquelle tout le monde applaudit.
Le lendemain, un sergent royal viat défendre mi^'irbdm. AU chapitre , de la part du roi et de son hailU de Rouen , de &ire dorénavant des processions par la ville, avec la tierte de saint Romain , suu6 peine d'une amende de mille marcs d'or. Ce sergent était à peine sorti, que le chapitre enjoignit a tous les prêtres de Notre-Dame de se revêtir de lears anbes et de leurs surplis , et de s'échelonner depuis le ^ portail de la cathëdral» jusqu'à Saint-HoUand, ou la procession rendit ce jour-là, en traversant une foule immense de peuple. Le lendemain, ce fut bien autre chose, la procession se rendit à Sainiê' Croix-nks-PeUetiers. Sept cent soixante-sept prétrès, venus à Rouen pour le synode , y assistaient en surplis, avec tout le clergé de IHotre-Dame. Àu
DE &AI1IT EOMÂIN. 17j
im&ea de ce cortëge imposant brillait la châsse de ^dinl IVomain , dont l'aspect redoublait la ferveur du peuple et son enthousiasme pour un privilège que des laïques , que des éiraugers avaient osé attaqfter* Aussi la ville était en rumeur ; et il deveuait urgent de faire cesser celle agitation tamnltiieuse qui menaçait de s*accroitre encore. Des députes du chapitre furent mandés au Palais- Royal, ou ils trouvèrent le comte de Sursbërik, environné de tous les ofliciers du roi , des ixienihres du conaetl , d^ume multitude de prélats et de chevaliers. A la prière de ce soigneur, les chaiMHnes se retirèrent dans une salle à part ; et des médiateurs, qui, pendant plusieurs heures, portèrent, des deux côtés, des paroles de paix, obtinrent que k diflFérend serait remis à la décision de six arbitres, dont trois stipuleraient pour le roi, et les trois autres pour le chapitre. Après de longs et vifs débats entre ces six pieuipotentiaires , euiiu le chapitre eut gain de cause. Autorisé désormais à visiter indistinctemeut tous les prisouuier^ détenus dans la ville , il envoya ses députés interroger les prisonniers de guerre , qui , on ne voit point pour quel motif, avaient été mis dans une maison du Vieux-Marché, à Tenseigne du Moulon- Btntge. Au château, ils interrogèrent également Vincent de Vernon , que Ton avait mis dans la grosse tour, et qu'ils trouvèrent diargé de fers.
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Enfin , le dimanche, dernier jour de mai, le chapitre élut, pour lever la fierté , Guiilauinc Mesnier, de la paroisse de Saint-Nicolas-dn-Bois , meurtrier de Siuiou Mesnier son parent. Délivre, sans difficulté , aux chapelains de Notre-Dame , ce prisonnier leva la lier le le même jour, avec les solennités accoutumées. Mais , huit jours après , les amis de riiomîcide éunl parvenus à faire arrêter Guillaume Mesnier, et à le faire emprisonner dans le tliàleau da Neufbonrg, le chapitre, qui en fut averti, envoya en toutes hâte son messager au Neufbourg , avec des lettres adressées au capitaine du château, pour Tinviter à relâcher ce prisonnier, que le privilège de saint Romain avait rendu inviolable. Le capitaine s y reiu&a ; mais le chapitre y ^ avait pourvu. Son messager se rendit immédiatement à Evreux, et alla liouver le bailli Robert Floquet , pour qui il avait aussi des lettres du cha* pitre. Ce bailli , agissant en cela comme bon juge , « Umquàm bonus ftsdes , se transporta , sur l'heure, au Neulbourg ; cl, non content de faire mettre en liberté Guillaume Mesnier, donna une escorte au messager du chapitre , pour qu'il put reconduire Mesnier jusqu'à sa demeure, sans avoir à craindre aucune attaque. .
Le peu de succès des magistrats séculiers , dans leurs diverses entreprises contre le privilège , ne les empêchait point d'eu tenter de nouvelles. Le
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nommé Martinet Cauyvet , qui avait, de cornpKdté avec plusieurs autres individus , taé le sieur de Greisges dans une batterie, aysuiit levé la fierté, en 1430, à raison de ce meurtre, ses complices avaient ëtë, conformément à fusage , délivres comme lui, et main-levée leur avait ëtë donnée de tous leurs biens. Cependant, plus tard, et sans doute après Texpulsion des Anglais, les héritiers du sieur Je Greisges reprirent leuii, poursuites contre œs mêmes individus, et le baiUî de Caux se disposait à procéder cou U e eux. Celait une contravention manifeste au principe consacré par Penquéte de 1394, acte célèbre dont le souvenir aurait dû être encore si récent. Le chapitre se plaignit à Charles YII, qui , par des lettres^patentes , ordonna au bailli de Caux de vëriiier si Canyvet * avait e^ctitlment levé la fierté à raison de l'assassinat du sieur de Greisges , et lui enjoignit , si ce ùit était prouvé , de maintenir les complices de Cauyvet dans l'exemption et décharge qui en résulterait en leur £iveur.
Nous l'avons dit précédemment, le privilège de 1450. saint Romain étonnait les divers gouvememena qui se succédaient eu Normandie. Les officiers de Phitippe-Âuguste avaient voulu en empêcher l' exercice. Il avait paru étrange à ceux de Henri V, roi d'Angleterre. Lorsque Charles Yil eut recouvré la Nonnandie , sans doute ses officiers en jugèrent de
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même; car, dès le mois de mai 1450, (piclques mois seulement après Texpulsioii des Anglais ^ Guillaume Cousinot, chevalier, bailli de Rouen pour Charles VU, voulut voir les leUres ei chwires en vertu desquelles le ekapiire de Rouen delwroil tous les ans un prisonnier. Deux chanoines furent charges d*aller les lui communiquer. Mais que purent-41s lui montrer? Des actes qui établirent leur ancienne possession ^ à la bonne heure ; mais le ti^e primordial du privilège , assurément non. Souvent déjà nous les avons vus sommés en vain de le produire; comment montrer ce qui jamais n^avait existé? Quoi qu*il en soit^ Téglise de Rouen demeura en possession paisible de son privilège. £n 147â, après IHnsinuation du privilège , le ' chapitre, averti que dix ou douze individus , accu- * sés de soriiUge , venaient d'être amenés dans les
prisons de Rouen , et que les juges se disposaient à procéder contre eux, envoya à ces magistrats des députés qui obtinrent d^eux qu^il n^attenteraient point au privilège de saint Romain U73. En 1 473 y le diapitre défendit son droit avec éJ^u^ï^ énergie et succès, non plus conU:e un archevêque k un prûeum OU un gouvemeuT de château , mais contre un
ilont T.oitis XI , ,
•Vutt résenrc le TOI de France ; et ce roi était Louis XI ! Un mois
ias«aie.t. avBttt l' Asceusiou , Etienne de Baudribosc, derc,
<*>Rcg. €ÊfM& nothonMg., 93 i|irilii U7S.
demeurant près de l'église de SainUPierre-Ie- Porticr, à Rouen , aut piii> parti contre deux bermens (courtiers) qui youlaiem s'emparer du cheval et de la charrette d'une de ses voisines, la (Querelle s'ëchaufiEai ; et Baudribosc i outré des injures que ces deux hommes lui prodi|vaaient , donna au iioiumé Le Chandelier, \\\a d'eux , un coup de couteau, dont cet individu mourut presqu'immëdiatement. Ce meurtre ùt beaucoup de bruit dans Rouen, et parvint à la connaissance de Louis XI, qui %lait à Amljoisc. Louis XI avait d'autres griefs contre Baudribosc; il envoya à ses officiers, à Rouen, des ordres rigoureux contre ce prisonmer, qiû s'était réfogië dans une église» Bientôt, ayant appris que Baudribosc prétendait au privilège de la fierté , et se flattait publiquement de l'obtenir, il écrivit au chapitre de Rouen la lettre qui suit ; « Chiers et bien améft, » Nous ayons esté adverlis du grant cas et crime commis et perpétré par Etienne de Baudribosc de nostre ville de Rouen , en la personne de ieu Jehan Le Chandelier, et comme il s'est vanté d'avoir ta châsse sainct Roumain et de joSr du prévilége. Qui nous semble chose bien estrange et préjudiciable au dict prévilége, actendu que le dict Baudribosc tient franchise publiquement, et qu'il a commis le dict cas de courage délibéré. Et , pour ce que nous avons grant intérest en ceste
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matière , et que ne voulions que aucune chose soit faicte par le dict Baudribosc à Teaconfare du dict prévilége, nous vous avons bien voulu adverlir, affm que y ayés bon advis. Car se aucune chose se faisoit au coniraire , nous ne . serions pas contens j» Le roi avait-il voulu, par cette lettre , défendre au chapitre d'accorder le privilège à Baudribosc? Cela est plus (fit probable. Mais la lettre n|étàit pas claire, et le chapitre ne l'entendit pas ainsi , ou feigiàii du moiii& de sj méprendre; et, aux approches de r Ascension , c^était un bruit commun dans la ville, que la fierté serait donnée à ce meurtrier, qui avait encouru la haine d'un monarque si redouté. Le jour de TAsceasion, au matin, le chapitre assemblé délibérait sur l'élection d'un prisonnier, et d^à douze voix avaient e'te' recueillies, lorsque Jehan de Montespédon, bailli de Rouen, demanda à être introduit. Admis dans la salle capitulaire, il dit qu'il venait entretenir messieiurs du dbapitre au sujet d'Etienne de Baudribosc , qui , il y avait trois • semaines , s^élait rendu coupable d'un meurtre qui avait fiiit beaucoup de sensation dans la ville. Sa Majesté ayant eu connaissance de ce crime, avait envoyé l'ordre d'arrêter le coupable , en quelque lieu qu il fût , hormis en. lieu saint, et de le lui
(') Cette lettre avait été écrite à Araboisc , le 24 mai, et ëuit UjB et TluHirt
DE SAiJ^T ROMAIN. 18 J
amener à hii el à son grand-conseil, pour y cue jiigë selon l'énormité de son crime. Le roi lui avait écrit à ce sujet , et avait, sans doute aussi , fait connaître ses iiiteiuioiis au chapitre. £n accordant le privilège de saint Romain à un homme dont- le roi connaissait si bien le crime, cl contre lequel il avait donné des ordres si formels , le chapitre encourrait Tindignatiou Ju monarque, et s'exposerait à de grands malheurs. £n ce jour de V Ascension, et au moment où messieurs du chapitre allaient procéder à l'élection d'un prisonnier, il avait cru devoir venir leur donner cet avertissement. Les chanoines lui répondirent, par Torgane du grandchânlre, quMIs avaient toujours obéi au roi , et s'efforceraient toujours de lui obéir et de ne rien faire contre ses ordres. Quani au choix dfm pri~ soitnier, ils jr procéderaient selon Dieu ei leurs eonsdenees. Après le départ du bailli , on continua de recueillir les votes ; et il se trouva que ce mènie Etienne de Baudribosc, poursuivi par le roi avec tant d acharnement , avait reuui 1 uiiauimîle' des suffirages. Le nom de ce prisonnier fut donc inscrit sur un cartel, que deux chapelains aHèrent, suivant bi coutume, porter au bailliage. A la lecture de ce cartel , les magistrats se trouvèrent dans une grande perplexité. Car, d'un côté, si Louis XI n'était pas endurant, dePautre , le chapitre étailbien opiniâtre. Le bailli aurait vivement désiré que les chanoines
m HISTOIRE DU PRIVILÈGE
renonçaussent à cette élection et procédassent à un autre choix. Après une assez longue délibération, on retint les chapelains à la Cohue; et Jacques de Gim^ mare, lieutenant du bailli , alla trouver messieurs du chapitre. 11 leur témoigna Tétonnem^t qu'avaient éprouvé les magistrats, en lisant sur le cartel le nom d'un prisonnier réclamé par le roi, qui, connaissant son crime, s'était attribué , à lui et à son cooseil, le jugement de ce procès crimiuel. Le chapitre ne pouvait l'ignorer, puisque Sa Majesté lui avait écrit à cet égard. En tous cas , le privilège de saint Romain, accordé à Téglise de Rouen par les ancêtres du roi, ne pouvait s*étendre aux clercs ; les clercz n^esioieni capaUes de ce privi^ lege. Il y avait dans les prisons du roi d'autres criminels laïques, auxquels le chapitre pouvait acoor<* der le privilège ; maïs il ne pouvait être donné à £tienne de Raudhbosc , « le Roy ayant retenu à soy la cognoissance du crime perpétré par ce pri-* sWuier, » accusé, en outre, d'autres crimes (pxe Sa Magesié connaissait seule, et qu'elle seule aussi voulait punir. Il venait donc, au nom du bailli et des autres officiers du roi, prier messieurs du chapitre de se désister du choix qu'ils avaient fait d'Etienne de Baudribosc , les inviter à procéder à une nouvelle élection , ou du moins à différer la procession et su^endre l'effet du privilège, jusqu'à ce que les officiera du roi eui»sent pu consulter
um SAINT humain/ m
Sa M^slë et mieiix ccmniitre les mtentioiis àa
mouarque. Messieurs du chapitre témoignèrent au lieutenuit GroÎMiiare leur yiye gratitude envers les officiers du bailliage, pour tout ce qu'il y avait eu * d'obligeant, de charilaUe et de fraternel , dans les avertissemens qu'ils avaient Lieu voulu douuer au cliapiire. Us protestèrent de leor soumission pro^ fonde au roi, et de leur ëloignement pour tout ce qui pouvait lui déplaire* Mais le privilège de la fierté était un privilège accordé par le Dieu tout-puissant, en considération des mérites de son très-gioimiz confimeur saint Romain, à Téglise de Rouen, dont naguère ce grand saint avait été Tévéque, et dont il était aujourd'hui le patron. Ce privilège était plutôt divin quiiuinaiii; sa vertu* était connne, non seulement des habitans de cette ville, mais de tous les Français. Les aïeux de Sa Molesté l'avaient reconnu et protégé, comme tous les autres privilèges des églises de France , et en avaient été récompensés par les bénédictioni' du ciel. Ce privilège , à le bien prendre , était moins le privilège de saint Romain que celui du Dieu tout-pnissant et de son église de Rouen. Le roi actuellfiment régnant avait^l entendu y déroger? Sa lettre au chapitre ne permettait pas de le croire. Les chanoines de Rouen avaient élu Baudribosc, unanimement f saintement, justement, canouiquement , selon Dieu et leur couscience ,
m niisTOiBB du priviliEge
après avoir chanté Thymne ; Veni crealor , et
invoqué Tassistance de Dieu et du Saint-Esprit. Jamais , quoi qa^il pût arriver, ils ne rétracteraient une élection ainsi faite. Tontes les lois divines et humaines leur laisaieat, au contraire, un devoir impérieux de la maintenir. Quant k surseoir à l*exécutiou du privilège, outre que V honneur de Dieu et la 'Solennité du jour ne leur permettaient point de suspendre la procession ; si cette pi ocessiou ne sortait pas, le peuple saurait bien à qui s'en prendre, et poursuivrait de ses murmures ceux qu'il accuserait de ce trouble apporté à des solennités qu'il aimait avec passion ; et alors il pourrait j avoir dans la ville du bruit et du scandale , ce çu'àDieu fte pbU/ • Le chapitre entendait donc faire ses processions accoutumées et défendre son privilège énergique^ ment et par les moyens ordinaires ; et il suppliait les oiliciers du bailliage de faire en sorte que ce privilège sortit son effet en ce jour qui lui était spécialement affecté. Il n'y avait iiomme vivant qui eut jamais vu susciter au privilège de la fierté des obstacles dont, à la fin, il u'cùt triomphe par la volonté de Bien et la forœ de la justice. Fallaitr4i attendre des magistrats actuels des seuûmens moins favorables à l'église? M. deCroismare, lin qui était né en celte ville de Rouen, et qui , mieux que tout autre, avait appris à connaître la vertu et l'efficacité du privilège de saint Romain, sc monlicrait (le.
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