chapitre dmait à le croire) véritable enfant de
l'église; et, eu reporiaat au bailli la rëpoii&c qu il venait d'entendre « ferait tout, auprès des officiers du roi, pour que le prlvile'ge de saint ilomaiii ne reçiit point d'atteinte, et eût, an contraire, son plein et entier effet. Au reste , ils croyaient devoir le prier d'avertir messieurs du bailliage « qu'il aBoit, peut-estre, arriver du scandale en r«sglise, et cwnotioas entre les peuples, si on ne leur dë- Kvroit le prisonnier qui aviHt esté esleu. » Cette menace, ou si l'on veut, cette crainte, argmnent final du chapitre , n'avait quMrop de portée. Cornl)iea de fois déjà n 'avait-on pas vu le peuple de Rouen s'éoMNivoir, lorsque le choix des chanoines avsit éprouvé tjuelque résistance ! combien de lois ouavait vu ces ecclésiastiques adroits et opiniâtres haranguer le peuple, sous couleur de prêcher sur le privilège, adresser ses doléances amères à une multitude ignorante et passionnée, qu'ils disposaient ainsi à ne point soufiBrir que « Ton attentât au privilège de saint Romain » , c'est-à-dire , que l'on coQtrariat le clergé de Notre-Dame? Une sédition étant, après tout, le plus grand danger que l'on put craindre, le bailliage, sur le rapport de ses députés, délivra enfin aux chanoines le prisonnier qu'ils avaient élu. Tous les ofliciers du siège vinrent, avec les confirères de Saint-Romain et les deux cha* pdains , amener Baudribosc dans la cathédrale; et
m HISTOIRE DU PBIVILÉGE
là, en présence d*ane multitude innombrable de
peuple, ils rendirent au chapitre ce prisonnier, qui leva la fierté , peu d'instans après, à la Vieille-Tour. On ne voit pas que Louis XI ait jamais rédamë contre cette délivrance d un homme qui paraissait avoir encouru sa haine redoutable. Mais encore un mot sur cette affaire : les ofhciers du bailliage avaient dit au chapitre , on Ta pu remarquer , que « les clercs n'estoient capables du privilège de saint Romain. » Le chapitre avait répondu que « ce privilège s'esteudoit a toutes sortes de personnes. » Une réponse aussi vague et aussi générale semblait indiquer que, jusqu'alors , la fierté n'avait èlë donnée à aucun dere, ou que, du moins, on n'en avait point gardé le souvenir; car, s'il en était autrement,
noms des clercs qui, précédemment, avaient joui du privilège de saint Homain? n'était-ce pas la réfutation la plus péremptoire de l'assertion des officiers du bailliage? JNous ne nous arrêterons paa à établir qu'on ne voit Aucune raison plausible qui dût exclure les clercs du bénéfice d'un privilège institué pour rehausser la solennité d'une grande féte religieuse. Nous ferons plus en disant que, dans les registres du chapitre, des XIV'., XV*. et XVI** siècles, on trouve un assci^ pprand nombre do clercs élus et délivrés pour jouir du privilège. Et si , par cette appellation de clercs, les officiers du bailliage
1» SAm EOMAm. 187
entendirent désigner les prêtres, nous citerons les
mm& dit deux prêtres (^ui, à des ëpt>t|ue* diii ci eûtes, miis postérieurement au débat dont on vient de lire le récit, furent admis à lever la fierté. Le premier (ut Martin Néel, curé de J^lacy, qui la leva en 1 574f comme complice d'un meurtre commis dans Te'glise de Vire» Le second fut M*. Nicolas Letort, curé de Sideville , en Cotentin , qui obtint le privilège en ItiÛt^ comme complice du meurtre du curé de
Nous voici arrivés à une époque où le privilège i4Sâ. * de saint Romain brilla du plus vH édat.
Le 1 4- avril 1 485 , le roi Charles \ iU, âgé de quinze chariet via à ans, fit sa joyeuse entrée dans sa bonne ville et cité de Rouen, où il devait st-jonrner quelque tems. Jamais on n^avaît vu f été plus belle ^ ni cortège plus iiombreux, plus leste et plus lurillant. On était comme enchanté de ces pompes royales c[ui suc* cédaient tout-à-coup aux alarmes et aux pardmouies du sondire règne de Louis XI, comme un premier jour de priulems vient rejouir le monde à la suite don hiver triste et nébuleux. Au lieu de ce vieux roî songeur, farouche et difficile à vivre, c'était vraiment un charme quie .de voir caracoler gaîment sur son destrier nn jeune monarque de qninse ans à la taille sveUe, aux yeux vils, gai , insouciant, aven-* tureux et confiant comme on l'est à cet âge , éblouis-* sani dans ornemeus royaux ^ ébloui iui«*méme^
188 HISTOIRE DU PSIVILSGË
d'un éclat tout nouveau pour lui, et dont les qualorae ans de sa vi« recluse dans le château d'Amboise ne lui avaiei^t pas donné Tidée. La ville de Rouen « voulant fêter son jeune souverain, avait équipé richement vingt - quatre, euiaus de bourgeois et marchands , qui , « bien montés sur beaux chevaidx, iiuivoifiit ce moiiai (jue de leur âge, conduits par le roy d'Yvetot, capitaine du pont de Rouen, lequel, dit la clironique, purtoit les cléfz de la ville ^'\» Mais à tous ces ébattemens , à tous ces joyeux spectacles, succédèrent bientôt de plus sérieuses peii^ées. L'échiquier de Pâques allait tenir ses assises à Rouen ; et on avait senti quelle autorité donnerait à ce tribunal la présence du roi au milieu de tons ces juges assis en jugement, charif» viii, Le 18 avril, Charles YIII vint prendre séance à «MbM k ia«i- 1 ecniqmer, enwonne de toute sa cour. Le chanoede ivchi^erde li^ cLc Iraucc, dans une harangue aux magistrats, leur fit sentir tout le prix de Thonneur qu'ils rece- ^ vaient, et leui' rappela les devoirs sacrés que leur imposait leur auguste ministère. « Le roy nosire seigneur, dit-il, voulant exalter sa souveraine court de Teschiquier de Normandie, est venu en icelle, à celte fui, pour y présider et faii-e honneur. Présidens, conseillers, et vous tous qui aurés k faire les jugemens, considéréz les sermens que vouï ave^
(0 £atréc de Cbarkf YIU à Rouen , en i MS. de U bibl. lojsàc.
faidz, et qne, font ainsi que Tons jugert^z, vous seréz jugiez. Entendez à garder les droiz des églises, des femmes f des yeufVes, les drois du roy ainsy que sobgielz y estes, selon les loiz et coustuints^*\ j> Charles VHI ïie se contenta pas de prendre séance une fois parmi les maîtres de T échiquier. La ville de Rouen émerveillée, vit pendant plusieurs jours un jeune xoi de France, assis au milieu des juges, prenant part à leurs travaux, autorisant et encourageant, par sa présence, ces magistrats qîii tenaient de lui leurs pouvoirs.
Cependant, la fête de T Ascension approchait, et i..m»tiM a« le lems était venu où le privilège de saint liomain î^*T«*cta^ devait être insinué selon Tusage. Déjà, antérieurement, mais à des époques reculées, ce privilège mit été insinué devant des rois de France; car, dans Tenquête de 1394, le cliapitre, parlant de Tinsinuadon annuelle, « elle se faict, disait-il aux oilicieri» du roy uostre seigneur ; elle se faict aucunes fojrs à nostre dict seigneur le roy, à sa propre personne, se il est à Ftoën. » Aujourd'hui que la ville de Rouen possédait le roi dans ses murs, quelle favorable occasion pour faire reconnaître authentîquement le privilège par ce monarque , en Tinsinuant ^▼ant lui, dans un lit de justice ! C'est ce qu'avait
(0 Registre nairaicrît ^ Wcliif{iiîer, de U85; erehwes 4e la eeur rajale deRoaen.
190 HISTOIRE DU PRIVIUÉGE
lori bien compris le chapitre. Le mercredi 27 avrils dix chanoines, envoyés par lui au château, denumdèrent à éire admis dans la grande salle de i échi-. quier. Uordre ayant été donné de les introduire, ils entrèrent Y suivis de plusieurs chapelains de Notre-'Dame et de tous les frères servans de la cmn* frérîe dv Saint-Romain. La uu spectacle imposant s'offrit à leurs yeux; tous les barons, le&éTéqiies, les abbés 9 les prieurs de iSurmandie ; tous les baillis, les procureurs du roi, les vicomtes, les verdiers et autres oilicicrs de justice de la province, eiaieiit assis , pressés les uns contre les autres, sur les bancs du paKjuct d'en bas, et eu si grand nombre que la vaste grand^salle du château pouvait à peine les contenir. Au-dessus de cette multitude de noWes personnages, on voyait les maîtres de Téchiquier, et, à leur téte , Tévéque de Lombes , abbé de Saint-Denis, président civil , et Christophe de Carmoune , président criminel ; plus haut enccm, le duc d'Orléans, qui régna depuis sous le nom de Louis XU ; le duc de Bourbon, connétable de France ; le duc de Lorraine; le sire de Beaujeu; le comte de Richemout, qui, trois mois après , régna en Angleterre sous le nom de Henri Vil ; le comte de Vendôme ; le seigneur de Bresse ; le comte d'Albret ; le prince d'Orange ; le comte de Ricqueboui g ; le chancelier de France ; et au-dessus d'eux tous, sous un dais, Charles VIII, « séant en sa chaire. » Pour un tel
m SAINT BOMAIK. 191
auililoirc, la formule ordinaire de rin&inualion eûl éié bien sèche. Aussi a maistreEstieimeTaysclie », chancelier et chanoine de l'ëglise cathédrale de Rooen, Tun des pins habiles du chapitre , n^avaitii pas été désigne sans dessein par sa compagnie pour porter la parole en cette drcoustance solennelle, au nom de Teglise de Rouen. Après s'être incliné avec respect devant le monarque ; « Sire , lui dil-il, nous vous remonstrons, par grau Je Lumilitc, le prérillége dont a este , de grande ancienneté , usé en l'esglise de Rouen , par les mérites et dessertes de monsieur sainct Romain. Ce grand saint, constant et durant le temps qu'il r(^'^ua archevesque de Houen^ délivra iceile ville et le pais d'environ d'un serpent ou dragon qui dévouroit chacun jour plusieurs personnes , à la grande désolacion dudi t païs ; lequel serpent ou dragon (îit, en la vertu de Dieu, mis par ledit monsieur sainct Romain en telle subgection, ipi^il en délivra la dicte ville et le païs; et fut aprèz ce que plusieurs personnes.* doubtans la mort et danger dudict serpent , olrent esté rei&isans dealer avecques lui ; et ce voiant ledit monsieur sainct Romain, pour ce qu'il trouva que deux prisonniers av oient este condeinpnez à mort pour leurs démérites, iceulx prisonniers lui furent bailliéx pour aler avecques lui, dont l'un d'îceulx prisonniers ûst refluz, et néantmoins procéda oultre, et, après que mon dict sieur sainct Romain oit conjuré la dicte
tSâ mSTOlEË ou PRIVILÉGË
beste ou serpent, lui mist une estoHe au col et la bailla à mener au dict prisonnier qui e&toit en &a compaignle, jusques au pont de Saine, et de deèMis icelui pont fut gectëe en la rivière; et, à ce moyen, depuis ne fist aucun mal ne inconvënîenl an peuple , et octroya le roi qui estoit en icelui temps , que , en nom de Dieu et dScelni monsieur sainct Romain, seroit délivré ung prisouuier. »
Après ce rrfcîtmerveilleux/quî avaitcaptivë auphis haut degré rattentioii du roi et de l'illustre assemblée , le chancelier du chapitre , venant enûn à Pobîet direct de sa mission, dit w qu'aucun prisonnier estant ès prisons du roj en icelle ville de Rouen, ne debvoit estre interroguc, questionné, molestë, ne transporté de lieu en autre, jusques à ce que icellui prévilliégc eust eu Heu et sorly son effect » ( Telle était alors la formule de T insinuation. ) L'orateur du chapitre ajouta que a les archevesque , chanoines, chappelainsetcoiiiége (chapitre) dHcelle esglise avoient joy de ce prévilliége , de tel et si longtemps qu'il pouYoit estre mémoire. Nous supplions, dit-il, et requérons à Sa Majesté ici présente qu';l luy plaise permettre icellui prévilliége avoir lieu , et ordonner les clé& estre délivrées aux députés du cha^ pitre, toutes fois qu*ilz,vouldront aller inlerroguer et examiner les prisonniers durant le temps dessus dict aux tins de rexéculion du prévilliége. » Le procureur du roi , invité de déclarer « s'il vouloit mectre
aucun contredit à la dicte requestc, rëpondii (^u'ii ne débatoit poînl que le dict préviUiége n'eii«t lieu à en user à la manière accoiistumëe. » Alors la coui* d'ëcfaâquier pionon^a « qu'elle ne mecloit aucun contredit que le prévilliëge saint Romain n^eust lieu et 6orti&t AOfk efifect, à en user ainsi et de la manière accouatumëe sans riens innover; et de ces choses fa ocirojé lettres (acte) au chapitre» à fin deue. » Gel anét, prononcé au nom du roi, en prÀence du roi luinnéme, doit être regardé comme une reconnaissance authentique et solennelle du privilège de saint Romaiii. A en croire le président De Thou, mal informé, disons^le en passant » des affaires de la âerte, Charles YIIl, qui aimait les Normands, aurait confinnë le privilège de saint Romain par ilei lettres-patentes datées d"Alençon^'\ Mais oii sont ces lettres-patentes? Si le chapitre de Rouen en eût obtenu de semblables, aurait-il manqué de
Tn
à soutenir depuis, et où il vantait les diverses con-
finiiatioa& du privilège qui lui avaient été succèssivemênt accordées par les rois de Fiance? Il n'a jamais parlé de ces prétendues lettres-patentes donuéesà Alençon. On n*en trouve aucune trace dans les inçenUûres de ses litres, où sont énnmërëes et analysëes avec tant d^exactitude et de détail les chartes
DeThoa, ifisioÙ€mivenelU,\nn 78, sou* r«ii f 583.
19& HISTOIBE DU PRIVILEGE
favorables au privilège. Ces inventaires n'oublient pas le pTocis-verbal d'insînuatioa que noua venons de reproduire , et citent avec raison cet acte comme une confirmation du droit de l*ëg^ise de Rouen par Charles VIII. Sans aucun doute, c'est la seule qui soit émanée de ce monarque; et le président De Thou, en confondant cette reconnaissance de Charles VIII à Rouen, avec de prétendues lettrespatentes données k Alençon, aura commis une erreur, qui, de peu de conséquence dans Tiomiense et consciencieuse histoire que nous lui devons, ne pouvait toutefois être dissimulée dans un ouvrage spécial sur la fierté ^^K Mrurir. restc, le privilège devait, cette année même, pédant ir séjour ct pendant le séjour de Charles vm a Rouen, rece-
«IcOiarlM Ylll. . • 1 11 il
vœr une sanction non moms solennelle que celle dont nous venons de parler. La présence du roi dans la capitale de la Normandie j avait amené' une multitude d*officiers attachés à sa personne etaux princes et glands de sa suite. Sous un roi jeune et facile, ces gens4àse croyaient tout permis ; plusieurs habitans de Rouen eurent à se plaindre d'eux; mais voici un fait plus grave que tous les autres. Le !â mai ^ deux palefi^niers des écuries de Tamiral de France ,
(t) Le chapitre MDieîta «v«e lattaDce, pendant plueieun {cm, acte de l*ÎBsûniatioii de ma privilège , faite devant le roi , disant qne c*ëlatt une coafinnatîoci de ce pmilége.
ntSAOrr EÛMAIN. f95
logës dans le faubourg Saint -Gervais, s'appro* chèrent d'ua jeime homme nonmë Gmehy, et I lia d'eux le pria de le débarrasser d'une paire de tenailles cpi'il lui présentait^ en la tenant sans doute avec précaution. Le jeune homme crédule saisit les tenailles; elles étaient brûlantes^ il se blessa beaucoup ki main; et, irrité par la douleur, il n'épargna pas les invectives aux imbëciUes auteurs d'une si cruelle plaisanterie. Mais, quelques heures après^ ces deux palefireuiersy pour se venger peutr-étre des injures que G>melay leur ayait adressées^ revinrent à cheval caracoler autour de lui en le hrayant, et un des chevaux lui foula les pieds. Outré de ces mauvais traitemens qu il n'avait pas mérités, Comelay asséna deux ou trois coups de bâton à un de ces iiisolens, qui tomba de cheval, mortellement hlessé, et expira la nuit suivante. Le lendemain, comme le chapitre était assemblé, on vint lui apprendre ce qui s'était passé à Sainl^-Gervais. Ck)rnelay était arrêté; le prévôt de l'hôtel allait le juger comme meurtrier et le £aùre exécuter dans la journée, si on n'y donnait ordre. Le tems pressait; le chantre se hâta d'envoyer au grand-prévôt des députés qui lui représentèrent qu'il ne pouvait passer outre sans porter atteinte au privilège de saint Romain. Us lui dirent en quoi ce privilège consistait , et crurent le rendre plus respectable à ses yeux , en i^utant qu'il avait été insinué tout récemment.
eu pré«€iice du roi lui-même. Us le soppUèrent «rec iiislance de ne point attenter k leur droit et aux Ubertëâ de leur église ; mais on ne put rien gagner sur rinexoraUe prë^dt. H répondit que le coupable allait être jugé) et seraii exécute dans la journée, sans remiie. En effets deux ou trois jours après , la seotence iataie était rendue, une charreUe était à la porte des ptîsons, le boummu attendait , les gardes menaçaient le geôlier qui avait reiusé d'ouvrir ; encore un matant, la porte de la geôle allait être forcée, et le coudamuc arraché de son cachot et tiainé au L« prévAt â.. anppUce. Mais Téchiottier , ayerli i tems par le eha-
mtrl vrut f>irr . * • 1 / / I •
rMcnurieaeur- pilFc , avait dcputc vcrs Ic roi, et un messager royal lai déCmd , à U vint aîgni&er au prévdt, de Tordre eiprèa de sa prière da ckâ- m^j^igi^^ défeisc formelle d'attenter au privilège, et Tii^ionction de surseoir à Texécution de la aentenetde mort, jusqu'à ce que le privilège de saint Romain eiii eu son eÛét. Cet ordre de Charles Vlii «ntie anocèfl qn*on devait en attendre, et il (bt con^ venu que Comelay rest^*ait dans sa prison jusques après la féie; mais on put alors espérer pour la vie de ce malheureux jeune homme. Toute la *ville a*in^ léreàsaî t vmment à ion sort. A la vérité , ce meurtre était bien excusable , eu égard aux circonstances dans ksqpieUea il avait été commis. De phi». Cornelay était normand; et les anciens de la ville, après avoir vu, pendant les vingt^nq années de la domi* nation anglaise, la fierté levée assez fréquemment
par des Anglais y œ pouvaient plus SQuffirir qu'on la doimil k d^Mlres qu'à des gens de la proTÎnce. £t que{ prisoimier y avail plus de droilA que Comday? Le jour de rAscennon, si hnpaiieimnem attendu, arriva tiifm. Le matin, tous. les chanoines,, ammUés dans la aaUe capimbire, dëlibëfaient sur Télection d'uii prisonnier, lorsqu'on leur annon^ fie M. De Mouy, bailli de Rouen « demandaità papier au chapitre de la part du roi. Comme si chacune des cifcoosiances du cérémonial du privil^e eât avoir, cette annëe^là , quelque chose de plus solamel qu'à rordiuain:, Charles VIU, qui, les jouis piécédensv arait entendu parier de la procession de la fierté conmie d'un spectacle des plus curieux ^ éprouvait un vif désir de la voir; et il envtoyait le bailli prier les chanoines de donner des ordres pour f|Be le cortège sortit de bonne heure de la cathédrale, et passât de jour par le château où il serait avec toute la cour. Les chanoines, qn^un tel message comblail de joie, protestèrent, tout d'une voix, de leur empressesment à défém aux désirs du roi. Après k < " •
* Irin rtt «lu pour
dqMU't du bailli, ils reprirent leur délibération, et kvrrufierte. désignèrent unanimement Télu de la ville, ce Pierre Comelay qui avait vu la mort de si près. L'échiquier ayant accueilli cette élection sans difficulté, Comehiy fiit délivré au chapitre , et leva la fierté à la VîeiHe- Tour,ay ecles solennités accoutumées. Kestaitmain' tenant a saiiaiaire au désir du roi. En partant de la
1% HISTOiaK DU PKIMLÉGE
Vieille-Tour, la procession, au liea de rentrer de
suite à Notre-Dame comme à T ordinaire , prit sa marcke par la nie du Grand^Pùni et -la rue aux Gantiers f pour se rendre au château. Toutes les paroisses de la yiUe étaient là avec leurs bannières , leurs croix et leurs châsses , au milieu desquelles la fierté de saint Romain et le prisonnier qui la portail attiraient tous les regards. Les religieux de Saint- Ouen et ceux du prieuré de Sainl-Lô étaient renos , par ordre du roi, grossir encore Tinnombrable cortège, au-dessus duquel planaient les deux u pTOMiiim gargouilles aux gueules béantes. Cette procession , file ra prèience conduite par rarchevéaue Robert De Groismare « «t àm « revêtu de ses omemens pontibcaux , entra dans le château par la porte de devant, sortit par celle des champs, et revint à Notre-Dame par la porte Bouvreuil , après avoir dëûlë lentement d( \ aut
Tîi
remarquait, outre tous les princes et seigueurs que nous avons TUS figurer à l'éduquier, ptnsienrs'princesses, et surtout Anne de France, dame de Beaujea, sœur du roi, et toutes les dames de sa suite» Ce fiit
une belle journée pour le privilège. Jamais il n'avait Inillé d'un si vif éclat : un vieux chroniqueur nous rassure , et il n'est pas difficile de l'en croire, celle cérémonie intéressa vivement Charles VIO, le duc d'Orléans , le comte de Rîchemont , les princes , les seigneurs , les chevaliers et les nobles dames. Dans
celle cour jeune et brillante, il lut loug-ioin^ parlé de la ville dm ceni lours, de saint ftoinain^ sott saiut evêque , de la gargouille dont on ne riait pas encore alors, de ce chapitre .qui £ûaaît grâce aux meurtriers , de la magnifique procession et de set deux dragons, de la âerte merveilleuse, et en&n du pauvre Coraelay, qui , tout en portant dévotement ladiisse de Saint-liomain sur ses épaules, avait, dans la cour du chftteau, regardé de travers , cheôn faisant, le prévôt de l'hôtel , à qui il semblait iqHrocher d^ s'être tant démené pour Tempédier d'être de la féte.
Une reconnaissance si flatteuse du jurivilége de la fierté n'était pas faite pour rendre les chanoines de Rouen plus endurans sur les atteintes dont ce privilège pourrait être Tobjet. Douze aus après (en 1497 ), les députés du chapitre, en visitant les prisons , les irois jours des Rogations, s apertarent qn*un archer, nommé Colinet Pitrelaj, écroué depuis Tinsiiiuation , ne y trouvait pas. La personne de cet archer intéressait peu le chapitre, bien résolu d^avance à choisir , cette année , Henriette De Noyon, coupable de meurtre, qui effecr ttvement fut élue et délivrée le jour de PAscension. Mais le privilège semblait avoir reçu une atteinte puisqu'un prisonnier écroué depuis Tinsinuation ne se trouvait dans aucune des prisons , et avait ssns doute été transporté ailleurs. Aussi , dès le
M HISTOIRE DU l»aiVlL£G£
lendemain de la fête , des dëpotà du chapitre ▼inrenl se plaindre au bailliage , de cette iuiraction. à la vègle qui s'opposait à ce qu^aueun prisonnier pût être enlevé de Rouen après rinsiauaiion du privilège. Ils demandèrent rëparation de cet attentat, afin que la délivrance de Pitrelay « ne pust porter préjudice au privilège ni à l'usage d'iceloy , se réservant , au besoin g , de user de monidons « censures , et fiilminacions sur ceulz qui l'ayoient délivre ou transporté, s'ils veoy oient que bien fust. » Mais les conjectures du chapitre étaient malfondëes, ' et ses menaces hors de propos. Deux ser^ens ,
chargéi , par ordre supérieur, de transiërer Pitrday d'une des prisons de Rouen dans le château de la même ville , avaient mal surveillé le prisonnier, qui s'était enfui dans le trajet. Une enquête était commencée , sur cette évasion ; on avait arrêté un des sergens , l'autre était en fuite. Le droit qu'avaient les officiers du roi , de (aire , après l'insinuation du privilège , comme avant, transférer les détenus d'une prison de la ville en une autre, sise également dans la ville , était incontestable. La négligence ou malice des sergens ne pouvait être imputée qu^à ces derniers , et , en cela , le privilège n'avait reçu aucune atteinte. Telle fut , en somme , kl réponse que le procmrenr du roi fit au diapiire , âu nom du bailliage. Les chanoines députes 6c - kAtèrent d'assurer que « se ( si ) les sieurs de
DE SflMT fiOMAIM. «
chapitre , qui les avoient euvoyest, eûssent sçeu el congnen k vëritë esire teHe cranme il venoit à^etme dédairé par le procureur du Roi , ilz n'en eussent fidct mome quérimonie (plainte). » Mais, comme il £illait que toutes choses toumaasent au profit du privilège , ik demandèrent acte de ce qui venait de kur être dit, (catin qu'il feust congueu, au temps advenir , qu'il n'y avoit eu aneone intemiplion au privilège de uionsieur Saiact Romaiug. » Cet acte leur fat acc<»rdé.
« Jusques icy, Diea, par sa ftîogulière provîdenee, a
conservé nostre privilège entier , sans aucun deschei Je iîon ancienne splendeur , ce qui eat un teamoignage certain et asseûréde la aaincteté , j^ose dire de la divinité de nostre dtct
privilège : car les choses purement humaines ne se peuvent maintenir ainsi entières sans aucune altération par un si long temps. »
PUttdoyer ptmt le prkHégg de la fetie*
« Je feray cest advertîssement , qa*il y a danger que MM. le» ecclésiastiques perdent ce beau privilège, à cause qu'il â'j commet le plus souvent des alms , parce qa'il se doit donner en cas pitoyable et non par autliorité on faveurs de seigneurs. »
DeBrasdeBoargaevaicy ReâmAeê^AxiiSqeUhàelallitmllek.
D£ SAmT ROMAm.