‹ Histoire du privilége de saint Romain en vertu duquel le chapitre de la cathédrale de Rouen délivrait anciennement un meurtrier tous les ans, le jour de láscensionChapitre 22 sur 27 · US^ HISTOIRE DU PRIVILEGE · texte numérisé non relu

US^ HISTOIRE DU PRIVILEGE

bien soustenuè par quatre braves adyocatz^ un Ceri%ay pour Péhu, Monstrcuil pour le chapitre, Boutfaillier pour les dames Do Hallot^ M. Foulië, advocat du roy, pour le procureui -genëi al. Et Dieu sçait si €6 fui à beau jeu beau retour ^^K » C'est Etienne Pasquier, témoin oculaire , qui nous le dît: et, en cette occasion , le docte écrivain recueillit les ëlëmens d*un curieux cbapître sur le privilège de la&erte, qui lui avait paru, avec raison, un sujet digne d'être traitë dans ses Bechenàes de la France. Cerizay, avocat de Claude Pehu, dit qu'à Tëpoque où l'assassinat de Du Uallol avait ëtë commis , Pëhu eiall d'un âge si tendre que le marquis d'Alègre n'avait pu le mettre dans sa confidence , et que ce jeune bomme Pavait suivi sans connaître ses projets. (Nous avons vu le coTitraire , par la confession de Pëhu lui-même au chapitre.) Mais eutil etc coupable , continuait son avocat, le privilëge qu'il avait obtenu le garantissait à jamais de tout châtiment. Les humiliations attachées à la levée de la fierté, étaient une peine substituée à l'autre; c'était une forme de Tancien usage des asiles. En tout cas, des lettres d'abolition, accordées tout récemment par le roi à Pëhu , « ensevelissoient en un ouUy

<>) Pai^uier , iUehenhet de ta Fnmu, chapitre dernier 4u dernier livre.

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m SAINT HOM AIN. £57

perpétuel , à son esgard , le crime poitr raison du (juel il esloit recherché »

Monsireuil, avocat du chapitre , après avoir dit que dans cette affaire « il plaidoit la cause de Dieu et de son esglise », raconla, avec beaucoup de détails, le miracle de la gargouille , miracle qui , disaitil f avait donné lieu au privilège. « Ce privilège ne pouvoit eslre entame que, du mesme coup, l'honneur de Dieu et de ses saincts ne fiist blessé». Et même, à le bien prendre, il ne s'agissait pas du privilège du chapitre de Rouen , mais du privilège de toute la France, « laquelle pouvoit , par ce moyen , espargner la vie à un des siens, pour, puis après, eu tirer du service. » En vain venait-on représenter Pëhu comme coupable du crime de ièze-m«gesté; son crime n'avait point ce caractère ; le meurtre qu'il avait commis avait été l'eflFet cruel et sanglant d une querelle particulière entre gentilshommes. Après le meurtre , ni D'AIègre ni les siens n'avaient rien entrepris sur la place de Yemon ; preuve certaine que le dessein du marquis «n'estoit contre l'Estat, ains contre la personne dn mort. » Du Hallot, àisait-on, était lieutenant de roi ; son meurtrier était dune criminel de lèze-majesle ; mais qui pouvait ignoKrquelehesoindutems avait fait créer alors une foule de lientenans de roi particuliers? Oserait-on

i") Plaidoyer de Ccrizaj au cottscil , i'

£5a HISTOIBE DU PRIVILEGE

dire que chacun d'eux avait ce caractère sacré

qui participe à l'inviolabilité de la majesté royale? D'ailleurs , le sieur De MoaUnorency du Ballot n^ayant pas fait enregistrer au parlement sa commission , u était pas le'galemeut lieutenant de roi. Quant à ce qu*on alléguait contre l'airét qui avait admis Péhu à la in î le , <^ue cetarrêt avait été rendu par des magistrats ligueurs, le roi Henri lY ayante lors de la réduction de Rouen , confirmé et autorisé tout ce qui s'était passé dans cette ville pendant les troubles , l'arrêt rendu en faveur de Péhu « estoit aussi bon et valable que s'il eust este iaict en pleine paix. » Le privilège devait donc profiter à Pébu, qui I avait obtenu, et toutes procédures criminelles cesser à l'égard de ce gentilboDune. pua^ftr de* Denis Bonthillier, qui plaidait pour les dames Du Haliot, témoignad' abord son étonuement de l'intervention des chanoines, dans une aiGEgure où, jusques alors, leur privilège n'avait pas encore été débattu. L*élection iiûte, de Péhu, dans des tems de rébellion , en haine de l'autorité royale , au lieu d être invoquée par les chanoines de Rouen, «amoit dû, dit-il • estre ensevelie au tombeau de l'oubliance, ainsy que les autres actes de leur rébellion.)» Mais, puisqu'ils intervenaient et retardaient ainsi , sans aucun intérêt , le cours de la justice et la repai ation si légitimement due à une veuve , à nue fille dont le mari, dont le père avait été si odieuseuieui

assassiné, il allait examiner le privilège de saint Romain qu'ils faisaient sonner si haut, privilège au moyen duquel le chapitre disait avoir le droit d'élire, chaque année, un prisonnier, le plus chargé de crimes qui se trouvait dans les prisons de Rouen; coupable d'assassinats commis non seulement aux personnes des petits^nfans tués dans leurs ber* ceaux, des maris tués par leurs femmes , dans leurs lits nuptiaux , t/o/iv juaques aux parricides et autres crimes détestables. Trois quesliuub se présentaient : 1 ^. La vérité du miracle soi-disant fait par saint Romain, et de la concession prétendue faite par Dagobert à saint Ouen, du privilège auuuel de délivrer un prisonnier ; 9°. Si , ces deux Êdts étant prouvés, les individus accusés de i rimes détestables pouvaient jouir du privilège ; S**. Si , m particulier, Péhu et ses complices pouvaient en jouir. « £n remerciant Dieu d'avoir deslivré la viUe et le paVs drconvoisin d^une hideuse et crùelle béate nommée gargouille , les chanoines de Rouen ( dit Bouthillier) exhibent au peuple un monstre presque aussi grand que ceste gargouille , ua homme couvert de sang et de «rimes , qu'ils ravissent des mains de la justice , et qui acquiert l'impunité : comme s'ils vouloient admonester ceux qui sont presens à ceste publicque solemnîté , que si quel- . qu un a conçeu dans son entendement des meschancetéft semblables , il les peut librement exécuter,

^60 HISTOIRE DU PBIYOJBÛE

et s'asseûrer que, après les avoir commises, et lorsqu'il regorgera de sang innocent , il sera certain qu^en TaQuée suivante il pourra estre chotsy comme le plus meschant pour lever la châsse de sainct Romain, par le moyeu de laquelle toutes ses meschancetëz seront lavées et demeureront impunies. C'est tout le fruict que le peuple peut rapporter de cesie soiemaité. Après cela, combien de brigues et de monopoles pour se faire eslire ? combien ceux qui avoieut voix pour cesle élection estoient pratiquez et sollicités! et quant Teslection estoit assurée, souvent les prisouuiers, n*osant se présenter eux-mêmes, y envoyoient des valets ou personnes de néant (comme D'Alègrey avoit envoyé Péhu), pour qu'ik acquissent l'impunité ii leurs complices, quin^osoient se monstrer au peuple et estaler en public le tesmoignage de leurs abomiruMes cmmUéz* £nquérons-nous donc si un td miracle , un tel privilège soul vériiiibles? » Ici commence , sur la fausseté du miracle et sur celle de la concession du privile'ge de la fierté, par Dagobert, une discussion dont les meilleurs argumens se retrouvent dans notre dissertation préléminaire , mais épurés de beaucoup d'erreurs de chronologie, et fortifiés de ce que les écrivains postérieurs ont dit à cet égard , et de ce que nous ont fourni nos propres recherches.

De la fausseté du privilège, l'orafeiu- en venait

à son inutilité, à ses mauvais efiEets. « S*il estoit

faict pour persoDiics de (qualité, ou de tant soil peu de mérite^ il y auroit, disait^il, quelque subiectde le conserver ; mais de Tautoriser pour les plus meschans qui se rencontroient prisonniers, hommes de nëant et de nulle recommandalion , pour leur acquérir une entière impunité, cela estoit insupportable. De tous ceux qui Tavoieni obtenu, ilne 8*en estoit jamais trouvé un seul, le quel eût iait aucun acte signalé pour le service du roy et du public, soit auparavant, soit après avoir levé la fierté. » Il engageait le caurdinal de Joyeuse , archevêque de Rouen, à a jeter au feu ce priiefidu pripSége intro^ duict soubz le manteau d un miracle supposé ; afin que désormais Tesglise de Rouen demeurastpureet nette du sang de ceux qui estoîent iniiumainemeut assassinés, soubz Tespérance de l'impunité que les assassinateurs se promeltoient par une telle couverture. Si tant déraisons ne les arrestent, s'écriait-ii, ils doibvent savoir que enfin Dieu ne lairra point tant de meschancetéz impunies, et que, après la délivrance de ceux qui les ont commises , il est à craindre que la vengeance divine ne tombe sur ceux du chapitre , voire sur tous les habitans de la ville de Rouen, lesquels suustienncnl si opiniastrement ce prétendu privilège. » Mais le privilège fùt^il aussi bon en lui-même qu'il était pernicieux , à quel titre Péhu pouvait-il s'en prévaloir ? l'arrêt

m niSTOIRE DU PRIMLLGE

en vertn duquel il avait lerë la fierté avait été àoané

par des juges rebelles et interdits , au préjudice de personnes attachées au roi. Les chanoines qui

avaient t*lii rehu , les juges (|ui rav aieat délivré^

«estoient, plus que parties, poussée d'ane si grande animositë contre Du Hallot et contre tous les antres serviteurs du roy, que non seulement ils estoient disposez d*en approuver l'assassinat commis en sa personne, aius que eux-mesmes Teussent volontiers taé ou faict tuer k cause qu'il leur faisoit la guerre. Pe'hu n'a voit este délivre qu à condition de s'enrôler dans la ligue , et il Tavoit juré sur les évangiles. L'arrêt porloit que le privilège ne seroit que pour ceux de ses complices qui tenoient pour la ligue. Vit-on jamais plus d'animositë? » Enfin les lettres d'abolition obtenues par Péfau étaient radicalement nulles , fondées qu'elles étaient sur des faits faux que Ton y voyait énoncés. Car, par exemple, la confession même de Péhii suffisait pour prouver qu'il avait suivi D'Alègre , sachant bien qu'il allait assassiner i>u Hallot.

Dans le plaidoyer que nous venons de repro* duire en substance, Bouthillier avait pailé des miracles et des légendes des saints un peu hardiment pour le tems. S'il faut en croire le chapitre de Rouen, « plusieurs fois le président l'avoit adverti, de la main , (}iril eust à changer de jiropos. Les juges avoienttesmoigné assés par leurs contenances

DE SAINT aOBlAIN. m

qiiMk n'avoient agréable de Touîr parler si irrëvëremment des saiacts. » Enfm M. Foullë , avocat du roi, sVtant levé pour donner ses conclusions dans raffaire, blâma Bouthiilier , dans l'exorde de son plaidoyer^ et « remonstra que ce n'estoit à luy de parler avec si peu de respect des légendes des saincts , des quels l'approbation appartenoit aux docteurs de Sorbonne »

Alais , après ces paroles de censure adressées à Pavocat, le magistrat ne ménagea guère plus que lui le privilège de la fierté. Ce privilège était, dil-il, « nul, faux, abusif, directement contraire aux lois et maximes de Testât, qui a voient attache inséparablement à la personne de nos rois ce droit souverain, par-dessus tous les autres, qn^Sk appellent de la vie et de la mort, pour monstrer que oeste puissance absolue par la quelle ils pardonnent et abolissent les crimes capitaux, leur est spécialement réservée par prudence d'estat pour se faire aimer de leuib 8ujtis, sans qu'ils la laissent transmettre ni conununiquer k qui que ce sdit » La concessiiMi de Louis Xn était donc nulle et ne pouvait obliger ses successeurs. Elle était fondée sur des faits faux; Ici l'avocat-général discutait les récits du miracle , de la concession du privilège , et établissait la fausseté de cette légende. «U n'y avott, dit-il, autre

CO R^utaiian de ta Respanee de BaudiHtter par le cfiapître » page 33.

£6& UISTOmJ:. 1>U PaiVILÉG£

marque, du reste, de ces trophées et de ces triiimphes , siuoii ime ieinte represeutaiioa de ceste gargouille, que Ton faisoit voir au peuple et (]ue l'on portoit en procession solemuelle une fois Tannée.» iViais, ce priyilége fut-il fondë sur un fait vrai, quel usage en faisaient les chanoines? « Le rôle de ceux qui avoient levé la fierté prouvoit que , pour le faire valoir et le rendre plus ëminent, ik avoient toujours choisy les plus criminelz, les plus scélëratz, ceux qui avoient le plus grand nombre de complices, qu'ils absolvoient ensemblement et tiroitiu des mains de la justice... Bs en avoient faict un saufconduit et un passe-port à toutes sortes de crimes, quelque horribles et détestables quUls fussent, n'y recevant que des homicides , des parriddes , des assassinateurs de guet-à-pens, des femmes qui avoient faict jx-rir leur firuict. Ne devoienuils pas se souvenir que les lieux de franchise n'avoieot esté introduits qu*en faveur de ceux qui auroient failly par imprudence ou iaadvertence?» Du moins devaient-ils apporter à leur privilège ce tempértmentf de supplier, tous les ans, le roi d'accorder à celui qu'ils auraient choisi, des lettres d'abolition, sur leur présentetion. Il n*y avait que cette modification qui put faire subsister l'usage de la iîerte. Jusque-là, il déclarait, lui avocat du roi, s*opposer à rentérinement du privilège ; il ferait des remontrances au roi pour qu'il y fut pourra, et que

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dct eut» it N«iw auadit CM fttrcitr

ilii priviirge de «•iot lUMttaiii.

DB SAIKT BOMAÏK.

ce privilège fut entièrement cassé , rëvoquë et

annullë. Mais, eu tous cas, le privilège ue pouvait servir à Pëhu , complice d'un crime de lèze-^majestë, et dëlivrë par des magistrats rebelles , juges et parties au procès. Le conseil donna acte à l'avocat du roi de son opposition à l'exécution du privilège, pour, dans le jugement du procès, y avoir tel égard que de raison.

Ces reserves de Tavocat- gênerai FouUe et du Rcjnonir»«ce. conseil e£Erayèreat le chapitre ; il trembla de se voir enlever tout-à>-fii{t son privilège, déjà si notablement modiiie par la déclaration de 1597. A cette 4'poque (octobre 1607) les états de Normandie iftaient assemblés à Rouen. L'église métropolitaine ne laissa pas échapper une occasion si &vorable ; à la demande du clergé de la province, les états supplièrei^tie roi , par une clause expresse de leurs remontrances , de « conserver la liberté de Teslection d an prisonnier, qui se faisoit tous les ans par le chapitre de Nostre-Dame de Rouen , et d*ordouuer que les personnes ayant jouy du dict privilège j fussent maintenues. » Cet article fut accordé <c à la charge , par le chapitre , de se conformer à la déclaraiioa de sa m^yesté et aux arrêts et règlements de la cour de parlement, en conformité de la dé* claration de sa msyestë ^^K »

i') ArticUs dtâ HemùmÊrwtw fmetts en ia eonvention des irais

M HISTOUŒ BU PBIVILEÛE

Cependant, le conseil , par une première dëd*sioa , et sans s'airéler à Tintervention du chapitre , avait ordonné que le procès contre Péhn serait continué I et les témoins récolés. Cétait décider que le privilège n*avait point profité à Péhu ; c'était ckclarer nulles rélection faite par le chapitre de Rouen, en 1 593, et la délivrance prononcée par le parlement. Bien prit alors à Péhu d^avoir obtenu des letlres de grâce ; car, s'il eut été réduit au seul privilège de la fierté , c'en était fiât de lui, et son supplice, ajouté à celui de Fréinyu, deLaGloé eide I>oubledent , eût montré à la France combien peu c'était que ce privilège dont les impétrans pouvaient , dans la suite, être mis en jugement et monter sur l'écha&ud* Mais les lettres de grâce le sauvèrent, et, le â6 mars 1608, le conseil, « ayant aucunement esgard aux letlres d*abolitîoii obtenues par Péhu, mais vu , toute fois, les cas resultans du procès, le bannit de la suite de la cour à dix lieues à la ronde , des provinces de Normandie et de Picardie , pour neui ans , à peine delavk s*U rampoii sou bm , et à charge de servir le roy, pendant le dict temp^ , en tel lieu où il plairoit au roy de l'employer ; le condamna à quime cents livres de dommages-intérêts envers les dames Du

ntaU de Normandie, Unme à Bouen^le joutdoOobrt H mÊt/es /oun ensuivons 1607. A Rouen, clin Martin Le Mesguiîer, ISOSb

DE SAINT HOMAIN. 467

Hallot, et à quelques aumânes envers les fMnrrres.i»

Cet arrêt , plus fâcheux encore pour le privilège de saint Romain, que pour Pâiu, mit un terme au procès existant depuis si long-tems eiiti e la famille Montmorency et les assassins du sieur Du Hallot, mais non à la vive polémique soulevée entre l'avocat Bouthillier et les chanoines de Kouen, qui ne pouvaient lui pardonner d'avoff accnsë de fanssetë le miracle de la gargouille et T histoire de la concession du privilège de la fierté. Le chapitre avait fait imprimer, v endre, et «crier par toutes les rues de Paris, et particulièrement par les entrées du Palais», le plaidojrer de Monstreuil son aTCK:at. Bouthillier ayant, de son cote, fait imprimer et vendre le sien, le chapitre s*en formalisa, on ne voit pas trop à quel titre, «et, voulant avoir le dernier, fit imprimer àRouen une Défense pùur'U prwUége de la fierte de monsieur saint Romain, jadis archevesquc de Rouen , contre le pkùdojê de maisire Denjfs Bouthillier, adçoeai au parlement de Paris , nuUsire Jetêon Badin et autres » 3>aus la dédicace de cet écrit, adressée au cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen, les chauoiae6 disaient ne s'être déterminés à rentrer dans la lice , que « vaincus par les instances de tous les ordres de la province et de tous leurs concitoyens. »

C*) Yohmie în-S*., de 55 page*^ inrprîm^ li Rouen, ches Dn Petit Viil, 1609.

M HISTOIRE DU PRIVILBGE

L*cxorde de cette défense nous montre « toi»

les ai Ucles de la loy t sbranlëz, la puissance tle Dieu raTalëe , les SaiacU bannis du ciel jusqaes au jugement , privez de leur honneur , rendus impuissans, sourds et aveugles, les sacremeus racourcis et ënervéz , le sainct sacrifice ostë , les lemples desmoiis , les autels raclez et fracassez , Teacriture saincte tronquée etdesgnisëe, rantiquitë mcspnsee, les traditions mises au néant , les belles cérémonies foulées an pied , les louables cousiumes esteintes , bref, rien de sî sainct et entier qni n'ait este proiaué et gastë par Taudace des mescréaas. Tous ces maux avoient fondu sur la France , depuis que rhërésie avoit pris pied en ce royaume. Aujourd'hui, elle s'attaquoit au privilège de sainct lîomain , l'un îles plus beaux que 1 antiquité vénérable eut jamais produits. Bodin avoit commencé, et deux advocals ( Bouthillier , et T avocat-général Foullé ) avoient mis Tenchère par dessus luy. Pourquoy iemi de remplage de papier? Pùwrquoy hnrhouillrr (juatre feuillets entiers , si U nest afen d'enfler les escritures, pour en tirer du profiei? Qu'y avoit-il d'incroyable que sainct Romain eût détruit un dragon? Saint Nigaise n'en ayoit*»ilpas détruit un, près Vaux et Meulan? Donal, é\ éque en £pire, n'avoit--il pas faict mourir, par le signe de la croix , un dragon d^une si monstmense grandeur, qu'i/ fallut huit paires de bœufs pour

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DE SAINT BOHAIM. £69

Venlever et le trainer en Heu où il fut brudé demnl tous? Si ce miracle estoit supposé, il n'y SToit miracle au moude duquel on n^en pût dire autant.» Venait alors une théorie sur les signes auxquels ou recouaaiâ^ail les vrais miracles; et ces signes, on le devine bien , se trouyaieni tous réunis dans le miracle de la gargouille. De ce qu'aucun historien ancien n'avait parlé de ce miracle, Bouthiilier avait conclu qu*il était faux. « Cet argument de BouthUlîer, disait le chapitre , estoit aussy ajsë à casser qu'une Aoutetile de verre.» Bouthiilier avait oublie sa dialectique ; le chapitre , pour le lui prouver en forme , citait plusieurs règles sur le raison» nement, èxtraites des cahiers de logique de cetemslà. Puis , en veuant aux exemples , « Bouthiilier pourroit-il dire (s'écriait Tapologlste) : Platon n'a point parle de telle chose ; Aristote n'en a dict mot; ergà il est faux? On se moqueroit de luj ; c'est la maxime des hérétiques. Tant que sainct Augustin a tenu ceste maxime , il n'a peu venir à bout de sa conversion ; il vouloit qu'on hiy monstrât tout, ou par escrit ou par raison aussy notoire et évidente cfue trois et quatre font sept. Plus tard, ce grand sainct en estoit bien revenu , et il disoit : Je n'ai veu ny tel miracle, ny ttux qui l'ont veu, mais je le crois, parce que la tradition me Tenseigne. Ainsy iauuil que nous disions : Nous n'avons point veu sainct Romain ny ceux qui l'ont veu; nous ne

&70 HISTODUK DU mVIufGE

l'avons point veu canonuer^ ny ceux <|ai Vont vcu ;

nons n'avons point ven (àm le miracle du dragon uy ceux qui l'ont yeu ; nous n^avons pas veu octroyer le privilège ny ceux qni Pont veu; mais nous le croyons par une opinion ferme de toute la province et par une commune renommée fort célèbre. Rien n'a esté escript de ce miracle , mais les pères et mères l'enseignent tous les ans à leurs enfants, que, quand ils voyent ceste gargouille, ils se souviennent qu'à tel jour la ville de Houeu fut délivrée de Toppression du dragon, afin d'en rendre grâces à Dieu. Nous le tenons de père à fils, nos ancestres nous l'ont ainsy baillé de main en main. Voylà grand cas c|ue ceste gargoiiille laict si mal au cœur à M*. Bouthillier. Quelle honte y a--t-il à dire que les saincts ont tué et ftiet mourir les serpensi^ A son goust et jugement ces miracles sont honteux! O impiété! Qui est le lecteur qui pourra lire cecy, que les ciieyeux ne luy dressent en la teste? Que Bonlhiliier se souvienne d'un ancien proveriie françois : Jamais chien it ahaya (aboya) contre h ' €nu^x, qu'il ne devUU enragé. Si le miracle est supposé, il en dira autant de la fierté et des reliques. Voyez combien d' absurdités, voire de blasphèmes luy produit ceste mauvaise règle! Nous luy dirons : Que vous semble de ceste créance, que lorsque sainct Remy baptisoit le premier roy cfarestien dovis , la colombe apporta niiraculeusemcutranipoullepleine

D£ SAifiT ROMAIN. ili

de cresme dont fat oinf^GIovis et depuis k plus graud'pari des roys de France ? Avec vostre règle, vous dires que cela est firaz, ctr on hVd voit rien dans la vie de Ciuvis , ni dans celle de sainct Remy, ni dans Grégoire de Tours qui a parlé de ce baptême. Feadaiii i|ualre cents ans entiers, on ne Ta sço que par ooyr dire. Que vous semble encore du mirade (em à Paris et partout aiHecors) de sainct Denp, leur premier apostre, qui, après avoir esté décapité, porta sa teste sur ses bras, jusques an lieu où est maintenant la ville de son nom? Sy vous vouks parier rondement, vons direa, comme

du miracle de sainct lloaiain : Il est faux et suppose, c'est mi mensoage4 Yondrie^vous bien soustenir cela en bonne corapaignie? Ckerie^-yoas Feserire aussi hardiment que vous avez faict du miracle du dragon? La nMTime vous y coudait, car, en fat Tie de sainct Denys, il n*y en a pas un seul mot ; les esoriYains des siècles snbséqnens Tont ten. Celuy qui Ta escrit le premier, a esté Hilduinus, environ sept cents ans après. Toutes fois, nous ne vous con* •cillons d'en faire comme vons- arves kict en vosire plaidoyer. L' impunité qu'apporte ce privilège à un GimpaUe, invite, dit-on, les autres an memtre, pour Tespérance qu ilh ont d'y parveaii- iSous n^approuvons pas , non pins que sainct Auguslîn, les meurtres ; mais nous les détestons <^randenient, et disons plus, que, s'il y a nation sous le ciel où ils

uiSTOias du paivilkge

doivent esire chastîez sévèrement, c'est en France, où les François soiU par trop promis à espaïuire le sangf dont Us ne font non plus de cas que de tuer un poidleL Mais de dire que touâ les meurtriers comptent sur la fierté ^ nous respondrons que ce seioil une folle allenle que de s'y fier, pour le danger qu'il y a d'estre pris au piëge. Ou dit que ceste îmmunitë oste la peur aux scëlâats. Nous respondous qu'il en reste assez d'autres à chasûer pour donner exemple aux meschans. On nous accuse de n'accorder le privilège qua des gens de néant; mais nous prenons ce que nous trouvons aux prisous, en usant, néanmoins, de ceste prudence, que nous y préférons un gentilhomme , conune il arrive le plus souvent , pourvu qu^il y ait espérance d amendement de sa vie. Il est notoire que nous avons distribué le privilège à gens de qualité qui s'y sont présentés , voire à trois barons , des quels y en a qui vivent encore , qui ont fait et font encore bon service au Roy. » Le chapitre est-il bien sincère lorsque, parlant de Tédit de 1597, il dit: «Mous remercions dieu et le roy de la modification qu'il a apportée à ce privilège tant tirassé, tant envié de toutes parts.9 sçavoir que personne n'y sera plus receu , qui aura commis crime d'hérésie, de lèzem^eslé, de guetp4h-pens ou de viol ; nous en aurons moins de peine et d'iuiptirlunité , ]>luii de joje et de contentement. » On a vu, plus haut, de quel

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m 3AIMT BOBIÀIM. £73

œil le chapitre avait envisagé l'ëdit de 1 597 , donnée

(lisait-il , (la/is un kms où il estait mal veu à cause de la ligue. C'est peut-être pour se dédommager d'avoir louë à contre-cœur un ëdit qui leur déplaisait si fort 9 que les chanoines ^youtent : u ^lous pouvons dire que, depuis oeste modification , nous Il a vuas admis à lever la lierte aucun qui Tait si bien mérité que Bouthiliier» lequel , par son vénéneux plaidoye, a lasclie d eiiipoisouner les aureilles el la conscience de messieurs du grand-conseil. Mais, dira-t-on , plaider &ux est-ce un poison? Om, et plus dangereux que celuy qui infecte le coips, d'autant que l'âme est plus précieuse. »

BouthillieL avait dit que 1 iutei veution du chapitre avait été a pratiquée par quelques chanoines poussés de respe'raiice qu'ils attendoient d'un sale profit.» Le chapitre , dans sa Défense du privilège, protestait de son unanimité, et ajoutait que c'était a Boulhiller qui av oit prosiilué sa plume et sa langue à ses dienis pour esventer et estaler ce beau chefd'œuvre de plaidoyé , au mesiiie prix. » — « Noslre compaignie , ajoutaient-ils , est composée de cinquante , dont le moindre luy apprendra la modestie et à parler dialecte chrestien. Monsieur Tadvocat , ne vous devie^-vous pas contenter d'avoir prononcé ce plaidoye sans le faire imprimer? Il y a arrest contre. Messieurs du conseil n'ont voulu loucher au privilège. Vous ave* faicl si peud elîort

i7i HISTOIRE DU PUmfeK

contre icelluy, que, quand voiu tonniez et foudbroyes de cholère, le roy le confiimoit à k poslulatioii des trois estais de la province. »

Après avoir fini avec BoatUllier, les cbanoines s^eu prenaieiit à Bodin, qui, dans sa Bépubliguâ^ avait attaqué le privilège de la fierté; Bodin, «grand jurisconsulte , disaient-ils , mais si mauvais théologien y qu'il a esté mis au rang des calvinistes par les escrivains de ce temps. » Dans ce qu'avait dit Bodin sur la ûerte , le chapitre remarquait quatre argumens. «Ce sont, disait -il, quatre pièces de caiiou qu'il a tirées contre le privilège , sans nous avoir, g^âce à JDieu, £sût ancone peur. » Cet auteur avait comparé le privilège de la fierté à celui' des Vestales, dont la rencontre fortuite sauvait les condamnés que Ton conduisait au supplice. « A quel propos ceste comparaison ? disait le chapitre; nous sommes venus à un siècle oik les esprits sont si desgoûtéz, qu^ik prendront plus de plaisir à lire Tile-Live , Sallnste et antres historiens payens, que la Bible, un EusiLe, uu Saiut-Jerome. Hz ploreront plustost nn Adonis , le mignon de Vénus, que la passim de nostre seigneur Jésns-CSnist on vne calamité publique. Us croyront plus asseurémeiit le privilège des Vestales que de saint Romain ; ils adjuusteront plustost foy à la iable d'Hercules qui tua rhjdre , que àsainct Romain qui a tué le dragon. » Bocliii avait dit que « la rémission des meurtre»

m &AIKT AOMAIN. Ui

e&toit tellement auaexëe à la personne des rois de France t qu^ils ne la pouvoient transporter à quelque personne que ce lût. » Le chapitie rëpondaii: « Zënon ayant professé que le mouvement n'eziatoit pas; Protagoras semîlà sepourmener, à grands pas f devant ses ëcholiers , qui lui demandèrent la canse de eeate viste poumenade, H leur rëpondit : Je coofute Topinion de Zt-uoii, qui nie Texistence dn mouyement. Et nous, s'écriait le chapitre , nous disons : Quand Dagobert octroyoit ce privilège à nostre église , il confîitoit Topinion de Bodin; quand Philippe-Augoste confimioit ce privilège, il confutoU Topinion de Bodin ; quand les rois Charles V*., VI*., et VIII*. Tout confirmé, ils confntoient Topinion de Bodin; quand Louis XXL Ta approuvé, il confutoit l'opinion de Bodin; quand les rois Henri II et Henri III Pont confirmé , ils confutoient Topinion de Bodin; quand le roi Uenrîle-Grand l'a confirmé par deux fois , il a, autant de fois, coufuté Topiniou de Bodin. » Enfin Bodin prétendait que rordonnanoe par laquelle Louis XII supprimait les asiles des églises de France, avait implicitement aboli le privilège de la fierté» Le chapitre lui répondait par des lettres-patentes postérieures, émanées du même roi, qui exceptaient le privilège, et s*écriait : uLeeanm a baUu à fraidf et est allé à la picorée. »

Telle est, en somme, la Défense du privilège,

A 76 UlSïUiaii. m P&IY1L£G£

qui fui publiée alors au iiom du chapitre. Nous avions voulu d'abord la résumer dans le sljle d'aujourd'hui. Maïs , dans un ouvrage où nous avons dësirë que Ton vît se rëflëcliir, comme eu un miroir fidèle , les mœurs et les idées des diverses époques qui y figurent tour-à-tour, la parole u appartenait pas à l'historien , elle appartenait aux personnages eux-mcmcs : on aurait trop perdu à nous entendre au lieud'eux. Les idées, les croyances, le langage, le style des anciens tems sont une paille de l'histoire de leurs mœurs , et certes ce n'est pas la moins piquante. Voilà notre excuse pour les longs iragmens que nous avons déjà cités et pour ceux que nous allons dter encore.

Le eardinal de Joyeuse, à qui ce livre était dëdië, le lut avecbeaucoup de contentement, et «c n'y trouva rien qui ne fut plein d'une doctrine fort exquise et d'ung style extrêmement beau ; ii le prisa ei estima autant qu*U tsioit possible, » C*est ce qu'il écrivait au chapitre en ajoutant, de sa propre main, « qu'il estimoit heaucoap, en particulier, celuy d'entre eux qui avoit mis ta main à la plume pour un si digne suhiect, et qui Tavoit si bien traicté. » On pense Uen que Denis BouthOlier n'en avait pas ëlë aussi content. Piqué au vif, il se mit aussi-tot à l'œuvre, et sa Responce ne se fit pas attendre. U

('> Uttre do 3 {uin f 609.

<') Hesponee de ,1f'. Denys BtuMUer, athaeoi en la cawt, sur U

DE SAIMT EOMAIN. W

se plaignit de n*avoirtroayë dans récrit du chapitre que ilci. injures f calo/ii/uis, impostures et discours imUUes. Il vengea l'ordre des avocats, insulté dans cet écrit ; et comme le chapitre Favait accnsë d'impiété ; «i Hé quoy ! messieurs , s'écriait-il, le récit de vostre prétendu mirade est- il si promptement monté au ciel, pour & esiablir esgal à la diviiiiu% et pour rendre ceux qui le débatent coupables d'impiett: , tout ainsi ijuc si, comme les géans, ils s'estoient eslevéz contre le ciel? Si en passant seulement par la ville de Rouen , j'y eusse remarcpié la solemnité de vostre privilège , et me iùâse dispensé (permis) de la réprouver sans autre sidiiject, vous auriez peut estre quelque occasion de vous eu ressentir et de vous irriter contre moy. Mais qu'ayje faict? j^ay plaidé la cause de madame Du Hallot, pauvre veive (pauvre, dis-je, encore qu^cUe soit d'une bonne et ^ande maison ) poursuivant la Justice de T assassinat commis en la persouue du feu sieur Du Hallot, son mary, assassinat le plus signalé qui soit advenu depuis cent ans, en ce royaume, et à la poursuite du quel elle s*est presqu^entièrement ruinée. J*ai deffendu contre vous la dame De la Yérune, laquelle représentoit le

prétendu privUrf^e de la fierté de sainct Romain , enntrr la defftnte des doyen , chanoines et chappitre de FigUse coAédmle de Rouen; adressée à eux~mesmes. ParU , 1 (>0H.

m HiSTonE DU PBmiiGE

pourtraict de ceste déte&table et misérable croantë exercée sur la personne de son père. Si j*ai parië contre le privilège, sous prétexte du quel vous cmpeschies leurs poursuites et tous efforciez de faire jouir Péhu la Moihc de Timpunîté, et de lui acquérir une abolition générale, me deviez-YOus accuser d'impiété'? Vous m'Imputez d'aToir enflé mes escritures pour en tirer du pro&t. Demandez à madame Du Hallot ce qu'elle m*a donné pour la dtfendre, depuis le commencement jusqu'à la ûd du procès. Si je resaivois 9 je me cuide asseârer que les gens de bien de vostre compagnie s'estonneroient de la peine que j'y prise, du temps que j'y employé et de la rescompense que j'en ay reçeue y rescompense de laquelle je suis aussy content que si eUe m'avoit donné dix mille escus. Despuis quarante années , j'ay fait plus de consultations , de plaidoyers et d'escrituores gratuitement, et sans en aroir reçeu aucune rcscompeuiie , yue vostre peiùlencier na fait dû eanfessicfns sans m rien prendre. » là Denis Boutliillîer fait allusion h l'ancien usage qui existait sans doute encore en France parmi les cadioliques, de payer une rétribution au prêtre qui les entendait en confession. Dans une charte de 14399 citée par dom Carpentier, on voit une jeune fille, sollicitée par un jeune homme, lui proniettic ses faveurs, à condition qu*U lui donnera de V argent pour a»oir des souliers et pour aller à confesse le

i)£ SAIN i âOMAIN. £79

jour de Risques. Dans u^e antre cbarte de 1476,

un nommé Havart prie Thomassin de luf prester anç solz et demjr pour soy confesser à Pasçues, Très-ancien en France, et eu vigueui' dans tous les diocèses, cet usage existait peut-être encore à l'ëpoque où écrivait Bouthillier. <c Chargé de plaider la cause des dames Du Hallot, continuait-il , j'ay fait ce qu'un advccat homme de bien debToit faire pour la soustenir, en rechercbant quel estoit ce prétendu privilège, par le moyen du quel vous vouliez empeschcr qu'elles eussent justice de l'as* sassînat commis enla personne du sieur Du Hallot, mary de Tune et père de Vautre. Si je ne Teusse fait, eusse manqué à mon devoir, elles eussent peu m'accuser de prévarication. » — « Mes arguments, à entendre le défenseur du privilège, sont aussi faciles à casser qu'une houêeiUe de verre. C'est un quolibet qu'il a escrîpt comme en risée et en opprobre de mon nom, quolibet qu'il a pris en quelque taverne. Si mon nom lui desplaist, je n^ay pas délibéré de le changer à sa fantaisie, Payant reçeu de mes prédécesseurs, ausqnels je ne voudrais faire ceste injure ; et peut estre que celuy qui a faict caste allusion sur mon nom,a tiréle sien du milieu de la boue et de l'ordure du peuple. Si je me voulois amuser à telles allusions sur des noms , il y en a un de vostre corps , mmimé Dadri : qui m'empescheroit d'y changer quelque lettre, ainsi que

m HlSTUmE DU PAlVlLÉGii:

Tautlicui du yoslvii Ri'spof ne en a changé au mien, et y mettre le mot Ladre tout entier ? Qui m*empescheroit aussi de changer une seule lettre au nom D'Avesnes, secrétaire de vosire chapitre, signé au dessoubs de Tépistre liminaire escripte eu vostre nom , au commencement de vostre def- Jence, et y mettre D'Avoine, pasture des cheraux et des asnes , laquelle pourroit servir d'entreniesl agréable à leur deffenseuri*

» On me demande ce que je pense da miracle de la sainte ampouile, ei de celui de saint Denis, qui, estant décapité, marcha, tenant sa teste dans ses deux mains ? Je responds que je les croj , ciuores qu^ùuams ayeni douté de ceiujr de sainl Denfs* Ces mots de supposition, de fable, que j'ai employés en parlant du miracle de la gargouille, vous déplaisent? Mais je ne puis appeler les choses que par leurs noms , les poires, poires ; et les figues , figues,

Au plus vif de ces déliais entre le chapitre de Rouen et Denis Bouthillier, on vit paraître la yiede saint Romain, écrite en latin, au xn'. siècle, par r archidiacre if'ulbert, ouvrage dont nous avons parlé dans notre dissertation préliminaire , et où il n'est pas dit un mot du miracle de la gargouille. Le manuscrit était dans les mains de Rigault, avocat au parlement de Paris , qui n estait pas chiclie ik h coamuniquer, et qui, bientôt, soit par esprit de

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D£, &A1NT aOBlUlN.

corps, soit par amitié pourBouthîUier, iii imprimer cette Fie 9 dont le silence sur la gargouille fortifiait les argumens de son confrère contre le rëdt de ce miracle. Aussi Denis Bouthillier ne manqua-t-il pas de s*en prévaloir. Le défenseur des chanoines avait tancé Elicune Pasquicr qui, témoignait son étonnement de ce « qu*un sainct homme tel que saiiicl Koinaiii produisit un effect tout contraire à sa saincteté. )» Bouthillier lui dit; « AquUam comix proifocai^^^, et si monsieur Pasquier s^estoit tant soit peu remué pour le peUmder^^^ , le défenseur du chapitre auroit senti son cœur Êiillir de peur ». A ce mot: «Jamais chienn'abboya contre le crucitix, qu'il ne devint enragé », Bouthillier répondit avec indignation : « Le mot à abbojer appartient aux chiens , et non pas à moj ; et je croy qu*en Tescrivant, vostre défenseur a voulu dire qu'il l*avoit appris en gardant les vaches de son village. » Le chapitre prétendait que des hommes distingués avaient été admis a lever la âerte. <c J'ose asseurer, disait Bouthillier, qu'entre tous ceux que vous aves esleuz, depuis le roy Louis douzième, vous ne m'en sçauriez nommer un seul , lequel auparavant ou depuis Teslèvement de la fierté , ait rien fait qui vaille. Rapportez le roolle de vos eslections , vous

(0 La corDcitle ft*en prend à Taigltt.

(•) EtriRcr, ro $er. UttëraltintDl prtndre à h peau» au poil.

M HISTQniE DU PBIfBiGE

y en trouverez peut^-estre ^pMl<[ues uns qui esloient gentiis-hommes , maU en fort peu de nombre , et qui, d ailleurs, rs toient diflamëz en leurs vies et en leurs actions. Tous les autres sont personnes de néant , les quels , sans un injuste monopole , ne pouvoient mériter vostre eslection. i» Le chapitre ayaît dît que personne n'avait mieux meritë lever la fierté , que Denis fiouthillier. Ce dernier s'indigna « qu'on Teust mis au rang des assassinatenrs élus pour jouir du prétendu privilège », et termina sa réponse en priant l'écrivain du diapitre « d'apprendre à dire la vérité , sans injurier ceux qui valoiant mieux que luj et qui seroient bien matrys de se mesurer à Vaune de sa conscience, y*

A la tin de novembre lorsque cet écrit de

Bouthillierfut publié, M. Le Pigny , chanoine de Rouen, était à Paris, où il sollicitait quelque affaire pour le chapitre. U se hâta d'acheter le livre , le jour même où il fut mis en vente,etrenvoya au&si-lôt au chapitre, sans l'avoir lu. « J'ay pensé esire démon debvoir, écrivait-jl , dele vous envoyer incontinent, afin qu'advisie£ au moyeu de refréner l'impudence deœiimposÊÊur,,.. Je ne Tay pas encore Im*.. Je m asseûre que Monsieur le Pénitencier, estant prié de vostre part, y ftira paroistre les dons et grâces dont Dieu enrichit sou bel esprit » Le bon

Lettre manoicrUc. Âocieoncs ardiiTCi de la cathédrale de fioucii.

M SMNT HUMAIN. 03

chanoine n*availpM In le liyre^etiniHtafdtit de voir

refréner V impudence de V imposteur qiû l'avait écrit 1 Ausmplaa, «on appel à monsieur le péoiteiider et à sou bel esprit fut entendu. L abbe Dadrë se mit vite à Touvrage ; et « dès le â7 mars suivant, k voi

signa uii privilège qui permettait d imprimer tine Bi/uiation de la responu ei escrii de M^, Denys BoMiASlier, Les écrits de Bondrillier avaient r^ouî , dit-il, les hérétiques, charmés de voir un homme qui se disait caihohque parler 'ainsi des miracles. « IhjavoierU pû Jaire comme ce loup qui , voyant les betgers tuetf escorcher ei manger le mouion gras , disoit en sojr mcsme : 6 que t est dommage que je n'en fais autant, il jr auroit bien crié après majr^ » — « N'ave^o^s pas , continoait Dadr^ , Inen du subiect d'envoier ce glorieux plaidoyé en toutes les foires, par le quel on fera jugement de vosire créance ? » Bouthillier avait témoigne quelques doutes sur la vérité di|miracle de saint Maclou, qui, à en croire la légende, dit, un jour de Pâques, la messe , en présence d'un nombreux auditoire , sur une baleine grande comme un rocher, et que lui et tout 1 équipage avaient prise pour une ile. Dadré lui répond que rien n'est plus possible , « puisqu'il y a des baleines grandes comme des montagnes , les quelles s'approchans du bord de Teau, engloutissent les navires entiers.» Pourquoi donc la baleine de saint BAadou n'aurait^lle pas bien porté cent

m HISTOIB£ m PAIVJUUÉÛE

quatre-vingts personnes , tout au plus, qui étaient dans le navire avec lui ï II ^goûtait : «t pour quarantehuSct pages qae contenoit nostre défense , vous en avez rendu trois cents , des quelles qui ostera les absurditâ^, brocards, calomnies, erreurs , gosseries, invectives, négatives, ponciiles, rodomontades, sornettes , vanit^i et vanteries , le reste pourroît en autant de place que le bouilou de Néron Jisoii eu estre besoin pour escrire et enroUer tous les bons princes de son temps. » On n*a pas ouUië que le chapitre avait joué sur le mot ùouieille, et que SouthilUer, qui Tavait mal pris , s* était évertué à son tour sur le mot Dadre, ladre ; Açesne, av oine. Daus sa BjéfiUation^ Dadrë revint à son idée qui lui paraissait plai:>aiile. « Ilu") a nom, au monde, dit-il ' à Bouthillier, qui exprime plus la boue que le vostre. Car adjoustez à la première syllabe , que vous aves osté , ce sera boue tout entière. U n'y a nom au monde que Dieu nous recommande plus , pour nous retenir en la modestie chrestieune , que le mot de bouteille. Jéremie, par Tordre de Dieu , estant descendu en la maison du potier, le veit qui uavailloit à sa roue , et veit casser une bouteille entre les mains du potier. Lors Dieu luy dit : Tout ainsy que tu as veu la boiie entre les mains de ce potier, qui eu a fidct ce qu'il a voulu , sache de mesme que toy et tout ce peuple est comme la fange en mes mains, pour en faire ce que«je voudray. Quand Dieu voit

DE SAINT iOMAm. 485

que les hommes s*enflent d'orgueil « il les menace

de les casser comme une petite bouteille. Maistre Denis BouthiUier, si vous eussiez eu les yeux vers ceste fragile bouteille , tous n'eussiez pas esclatë en tant de propos pleins de vanité, quand vous dites : On m'est venu consulter de Rome, des Pays-Bas, d'Alemagne Jamais Salomou n'en dit autant... Car, pour Tenir Toir sa sapience , il n'est parlé •que d'une femme, d'une royne de Saba... Mais, à vous croire , ce sont hommes de remarque , hommes graves, hommes célèbres , ce sont Romains, qui sont venus au conseil à Paris. On vient quelqyufois de bien loin ehercAer m trésor ; mais le plus smuveni on n y trouve que du charbon. Ne dites plus , pour Tostre honneur , que vostre nom n'est pris de la boiie. Si est. Car la boiie estant jettée dans le fourneau du verrier, elle devient tantost esgnière , tantost verre, tantost bouteille, selon qu'il plaist au maistre ouvrier, la quelle, après avoir esté cassée, retourne en bone. Biais tirons-nous de ce discours, etc. » En effet, c'en est assez, et même un peu trop. Au reste , tout n'était pas snr ce ton plaisant , dans la Béfùialion publiée par le chapitre, tt Bouthillier, (s*écriait Técrivain, peu d'instans avant) le mauTais rédt que tous avés fiûct dn miracle de sainct Romain , au désavantage de la religion , a monté tellement au Gel, que , si tous n'en faites satisfaction à Dieu et aux hommes que vous

m HISTOIRE DU PRIVILÈGE

avez scandalisez , il vous sera un jour bien cher vendu. Ptmes garde à vous , et craignes l'indignation de Dieu. Les pierres en parlent , Bouthiliier, de ce mitade que vous nies. Prenes la peine de vous transporter icy: nous vous garantissons que la gargouille ae vous fera aucun mal , et nous ferons vostre accord nvec saind Romain que tous avës tant blazonné (blâmé). Vous verrez des images de saint Romain ayant à ses pieds le dragon et le prisonnier.' Vous le verrez , non -seulement en une esglise , mais en plusieurs, basties il y a plus de huit cents ans. Si vous entrez en nostre Cathédrale, oulrr les images, vous verrez de vieilles vitres, de vieilles tapisseries qui ne monstrent et ne font vdir rien de plus clair que le miracle du dragon. »

Bouthillier avait protesté qa41 croyait le mitade de la sainte ampoule , et celui de saint Denis , qui, décapité, marcha long4ems, tenant sa tête dans ses deux mains. Mais , lui objectait le chapitre , le premier de ces miracles n'a été raconté par écrit que quatre cents ans , et le second sept cents ans après Tépoque où l'on suppose qu'ils eurent lieu. Longtems il n*y en a eu d'airtre témoignage que la tradition. Pourquoi les croyez-vous plutôt que le mirade de saint Romain? Où êstvt^sù^/ojrei jugemml!* Le ré^tateur ajoutait : « Vous faites tort à monsieur Pasquier de l'appeler un pelaudeur, Cest affaire aux chiens, proprement, de s*entrepelauder.

Mais noa8 excusons rostre rage et yostre cholère , de laquelle vous vous laissez souvent transporter.»

Le chapitre avait dit que , depuis l'ëdit de 1596^ il n'avait peut-être élu pour la fierle persouue qui en f&t plus digne que BonthiUier* Ce dernier s'était fàcfaë tout rouge, disant qu'on le mettait au rang des assassmatewrs, « Nous n'y avons songé , lui répondit le chapitre, et vous même savez bien que par Tédit, les assassins sont exclus du privilège; que s*il nous est eschappë de dire que vous avez (par adventure) mérite le privilège , nous relirons ceste parole , car nous avons jugé et considéré depuis, que ceux qui denncnt maximes and-catholiques et erronées , comme vous faites y n'y peuvent prétendre aucun droit , qu'au préalable ils ne s'en soient desdits et repentis. » Voilà , certes ime réparation d'honneur bien touchante! Dans ce même tems, parut un écrit de Tabbé Behoite, chanoine de Rouen. U est en latin, et intitulé : yipoiogia pro saacLo Romano, perAndrianutn Behotiutn, magnum Ardèidiacamun RtÀhomagoèsm^^ contra Nicolaum RigalHum. Cet écrit était surtout dirigé contre Rigauli, avocat de Paris , qui avait publie une ancienne vie de saint Romain latine « manuscrite , oii il n'y avait pas uu mot du miracle de la gargouille, iii du privilège du prisonnier. £n téte de celle édition, Rigault, dans une préface assez étendue , avait cherché à établir que le miracle était une iabie

^8$ HISTOIRE DU mVILEtiE

grossière , et faisait des vœux pour l'abolition du privilège. D^àRigault avait ëtë tancé vertement par le chapitre, dans uu écrit intitule' : Respotisio ùre^is ad Bonasi causidid mendacia, où^sous le nom de Bonasus, il recevait de vives réprimandes, pour s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas. L'abbé Béhotte crut que ce n'était pas asses *, il se mit à Touvrage et composa le livre dont nous venons d'indiquer le titre. Il se hâta d'en adresser une épreuve à ses conirères à Rouen. «Je vous envoie, leur ésîvait-il « ime petite Apologie que j'a]f escrite contre un Rigault, le quel, soubz litie et couleur de la vie de saint Romain , a £aict imprimer un ramas d^învectives contre le miracle du serpent et la liberté de vostre prévilége , sans espargner tout le clergé de vostre es^ise. M'estant trouvé à Paris, lorsque la publication s'en est laicte, j'ay pensé que vous n'auriez désagréable le service que j'auroys désire vous rendre en la défense d'une si juste cause j bien qu'inégal à ma bonne volonté et au mérite du sujet ; cela n'empesdbant que ceux qui ont plus d'esprit et de lettres que moy, ne s'y employent plus avantageusement et mieux à propos. Lorsijue j'auray obtenu leprévilége d% roy, et tems de faire relier 4'autres copies, je vous en envoyray en meilleur équipage : celle-cy , que j'ay faict tirer à la haste, servira seulement d'avys, etc. n Mais ce privilège , il ne l'obtint point aussi promptement

m SAINT aOBlAlN. &89

qu'il l'avail espéré. Apparemment ou était iaùgut:, à la chancellerie , de n'entendre plus parler qae de la gargouille; et, sous couleur de quelques lignes du uouvci écrit, un peu trop vives contre l'historien De Thou, on avait fait difficulté de permettre riuipression de ce nouveau faciufn , qui , peutêtre , allait encore en provoquer d*autrea. A la fin, pourtant, on lui donna le privilège si impatiemment désiré. Mais le bon abbé avait sur le .coeur le tems qaVn loi avait fait perdre. « Ce retard , écrivit^il au chapitre, en lui envoyant un paquet d'exen^ plaires , a esté causé par une période que j'ay coulée en mon Apologie, et qui touche monsieur De Thou« Jï ftwLsse escripi contre saind Romain, il ne m y cusi poi/U fallu faire si longtemps la court Mais in nwgisiraiu graviùs dicere pernidosum esi^*^. I» Ainsi finit cette longue polémique, où, selon Mornac , « ou combattit , d*un coté pour la vanité , et de l'autre pour la vérité ; » polémique dau5 laquelle, de part et d'autre, on montra peu de critique , mais beaucoup d'érudition , et au moins autant d^emportement et de colère. « Grande pitîé, certes(s'écriePasquier),que, dumirade iaictcontre la gargouillé , soit issue une nouvelle gargouille, je

i') Il faut biea se ^der de mal parler de* magistrats.

i*) Mwnae , odLtgem L , IMigtst. , de O/JicioPraeonm^t tome v** » col. 96 de P^dition de I7t(.

veux dire uu nouveau differeiid ci mauvais mesuage eatre ces persoimagea d'honneur » 161 f. Après cela, nous né trouvons rien de remar- Lw^r* *' m V^^^ privilège de saint Romain, jusqu'à

«ite b ficrie. Vannëe 1611, où la fierie fut accordée à Anne De Voré, sieur de Lespicière, qui, plus tard, fui dëdarë indigne de cette grâce , et dëcha de ses effets. La maison De Voré -Lespicière , dans le diocèse de Chartres , était, depuis un siècle «aviron , en querelle avec la maison D' Alleray ; en 1 61 0, un procès existant entre le sieur D' Allers)^ de Vaudoumois et le sieur De Yoré-Lespidère , le fils de ce dernier alla trouver le sieur D'Alleray , pour le prier d'accommoder cette a&ire ; mais D'Alleray, sous prétexte d'un outrage récent, fit désarmer ce jeune homme par ses gens , le saisit au collet, lui tira la barbe , le frappa deux ou trois fois avec une baguette , lui prodigua les iiyures les plus humiliantes , et ne lui rendit son épée qu'après Favoir contraint de jurer que jamais il ne s attaquerait à lui. Cette scène ayant transpiré dans le poUic , il en rejaillit de l'humiliatiou sur Anne De Voré-Lespidère , qui put bien concevoir le désir de se venger d*un tel affiront. Pea de tems après , ayant entendu dire que 1 on péchait Tétang de Boisviquet , il y alla avec quelques gentilshonmies ses fiimiliefs.

(*) fittienne Pasquici'i Recherches, livre 9> chapitre -Aâ.

DE SAINT B<niAnf . W

entre autres ^ avec les «leurs De ^olieui de Laschj, ses neveux , et y trouva une réunion nombreuse , daus iac|ueile était le sieur D'Âileray, accompaguë de plusieurs de ses amis. Sous prétexte que ce dernier avait, depuis la scène arrivée eulre eux , tenu contre lui les propos les plus injurieux, Anne De Vor^ lui adressa des reproches qui ressemblaient ijeaucoup à une provocation. Des deux côtés , on mit Tëpée à la main ; on chargea les pistolets ; on se battit ; le sieur D'AIleray lut tué. Poursuivi par la justice, liespicîère s'enfidt et se rëfiigiaà Rouen, où il eul une querelle avec un soldat, et lui donna un soufflet. Ce soldat cria haro contre lui , et le fit arrêter et écrouer à la conciergerie de la cour eedësiastique. A en croire Lespicière , ceiut seulement dans œtte prison qu'il apprit ce que cVtait que le privilège de saint Komaiu , et que Tidée lui vint de l'invoquer pour se soustraire aux conséquences graves que pouvait avoir sa fâcheuse ailaire avec D*Alleray. Si cette dédaralion était sincère , il £siut appliquer id le proverbe î « A quelque chose malheur est bon » ; car si Lespicière ne se fut pas iait aiTèter , peut-être n'at]mi41 jamais entendu parler du priTilége ; et, alors, comment se soustraire aux poursuites dirigées contre lui? Les D'AUeray avaient du crédit ; prévoyant que Lespicière pourrait recourir au pririlége de la fierté , ils obtinrent j^^^jg^ de Marie de Médicis une lettre adressée au chapitre «'•'•^w»»**»*

» toc Imi.

m UlâTOiHË DU PfilVILEG£

de Kouen , pour lui recommander de u n'avoir aucun esgard aux poursuites et solUcitations que pourroient faire Lespicière et les sieui s De Lascliy, ses neveux, coupables , disait-dle « de Tassassinat commis en la personne du sieur D^Alleray. Icellu? D'AUeray (disait-elle ) estoit uq^ geutiihomme de mérite , et qui avoit dignement seiry le roy. N'aies donc aucun esgard aux poursuites et soUicitatioos qui vous seront faictes par ses assassins , afin que ces deraicis soient renvoyés à la justice, pour juger et ordonner de ce crime ainsy par eux exécuté.» La iamille D^Alleray avait agi aussi auprès de M. Le Jumel y procureur-général , qui , épousant ses intérêts , entreprit de faire exclure le sieur Lespicière, en vertu de la règle admise précédemment, qui semblait ne permettre d'accorder la fierté qu'aux prisonniers écroués a^ ant V insinuation du privilège (Lespicière ne l'avait été que depuis). De son cbef, M. Le Jumel envoya , deux joiws avant TAscenuon, des huissiers dans les diverses prisons de Rouen, demander aux concierges les listes des prisonniers écroués depuis T insinuation du privilège. U avait Dctnclét , à ce envoyé aussi au Vieux-JPalais, M. Du Mesnil Bau-

•ujrt , enlr« le 1 l a- 1 •

p rocu mi r - eene -

quemare , ^ ( ) uverncur de ce ctiateau , en porta plainte niM itp<«ni«r premier président (M. De Faucon, premier du nom), qui, le lendemain, demanda auprocnreur* général des explications sur ces démarches faites sans que le parlement eut été consulté. Le procureur-

1>£ 5A1NT BOBiAlN. ^93

général argua de Tarrêt rendu au mois tfa^ril 1597, qui avait ordonné que les geôliers et concierges seraient tenus de donner la liste des prisonniers détenus lors de T insinuation du privilège de saint Romain. C'était en vertu de cet arrêt qu^il avait envoyé les huissiers faire commandement aux concierges de donner la liste des prisonniers détenus dans leurs prisons. 0 ne devait pas être Uâmë , disait-il , d'avoir fait son dévoue en exécutant les arrêts de la cour. Le premier président lui représenta qu'il eut mieux fait d'en parler directement à la compagnie. L'exploit destiné au concierge des prisons ecdéslasliques u" avait pas encore été aélivré; le premier président ei^oignit aux huissiers de ne délivrer cet exploit ou aucun antre de ce genre , sans un ordre de la cour. Le procureurgénéral, pi(jué de cette décision , en demanda acte à la compagnie. Comme le parlement commençait . à délibérer sur sa demande , et venait de décider que les conseillers-clercs pourraient opiner, le procureur-général rentra tout-à-coup dans la chambre du conseil. « Geste affaire, dit-il, touchoit messieurs les chanoines, et, conséquemment , ils ne dévoient estre à I/l délibération » ; et sur ce que le premier président lui répondit que la cour jr a^oil ja advisé, le procureur-général, s^oublianttout-à-fait, dit qu'il demandait acte de ce « qu'en cela le premier prési- 8«iMif4»-ww dent iaisoit acte de partyc, empescbant l'exécution

m HISTOIRE DV PaiYlLÉi^E.

tles arrests de la cour. » — « Vous esÊes en colère , procureur -général (lui dit M. De Jb aucou), ^sofia* Ai ^iNir en délibérera. » Il fîit mèté que, dans ht journée t les huissiers délivreraient, par autorité de la cour, aux conciergeft et geoliero, les comiiMiHkmens requis par le procureur-général. Mais ce dernier, se voyant contrarié à la g^rand'chambie, était allé à laTournelle. Sur les listes ^ lui remises, figurait Anne De Vorë , sieur de Lespicière. La date de son arrivée dans la prison n^était pas indiquée. Le concierge fut mandé à la Tournelle , et se rit forcé d'avouer que Tarrivée du sienr De Lespicière dans les prisons, était postérieure à Tinsinuation du privilège de saint Romain* On pensa, à la Tournelle , que le règlement s'opposait à ce que ce gentilhomme pût prétendre au privilège, ce règlement défendant au chapitre d*élire un prisonnier ècroué aprè& i insinuation. Les parties civiles, les parens de la personne homicidèe parle sieur De Lespicière, furent enleudus ; ils demandèrent que ce dernier fut déclaré airêté en vertu des décrets de prise de corps qu'ils avaient contre lui. La Tournelle en référa au parlement, demandant que cette affidre, qui esioii de eanséquenee, fut décidée par les chambres assemblées, et immédiatement, aûn que la cérémosie du lendemain ne fit point troublée par des débats.

L'avocat-général Du V icquet dit qu il s'agissait

DE SASm EOHAIN. &^

d*un privilège des ecclésiastiques, privilège ^ui foisoii cesser la Tmsmelle et tonte» procédures contre les prisonniers criminels. Il était étrange que le procnreuiugénëral eût ^t ces réquisitions sans en avoir conféré avec lui, et fiit allé les faire à la Tournelle , lorsqu'il appartenait à la grand'cfaambre seule de feire les réglemens. D désavoua ces rë^ quisilions , et demanda qu'elles lui fussent communiquées. IjC procureur -général étant entré en ce moment, le premier président et ravocatgénéral DuVicquet lui firent des représentations siu" son étrange démarche à la Toia iielle. Le procureur-général adressa à ces deux magistrats des paroles inconvenantes, et dédara qu'il se plaindrait du premier président aux chambres assena . blées. tfll voyoit, ajouta-t*il, un trouble qui se préparoît pour le jour de l'Ascension; il lui paraissoit urgent d'y pourvoir. Mais, indignement traité par le premier président, il ne parleroit que devant les chambres assemblées, i» Toutefois, il se décida enfin à entrer en explications. Aux termes de Tarrêt du â3 avril 1 597 , les individus emprisonnés depuis Tinsinuation du privilège ne pouvant être âus que pour des crimes comniis postérieurement à cette insinuation , et cet arrêt enjoignant aux concierges de donner la liste des prisonniers détenus lors de Tinsinuaiion , déjà le parlement Tavait vu plusieurs fois, le jour de TAftcension, demander la

&% HISTOmE DU PRIVILÈGE

repre&eDtâtion des registres de geôle, pour voir la date de l'emprisonnement des mdÎTÎdns ëluspar le chapitre , et empêcher qu'il ne fut contrevenu aux reglemens. En cela^ le parlement Tayait toigoim approuvé jusqu'alors ; et aujourd'hui qu'il agissait de méiQe , on lui en iaisaii un sujet de blâme. Od empêchait les htiissiers d'aller, conformément a ses instructions , aux prisons de la cour d'Eglise. £nfin, le premier président Tavait traité indignement, lui disant ; <i Sortez, seriez y*. 11 deinandait à se plaindre aux chambres assendJées , des kifuns ei opprobres qu'on lui faisait. S'il était allé à la Toumelle, c'est que c'était là qu'était le registre des réglemens sur le privilège ; au lieu d'aToir voulu exciter une sédition, comme on le lui imputait, il n'avait cherché qu'à assurer l'exécution des arrêts de la cour. Encore aujourd'hui, pour éviter les troubles qui en pouvaient résulter « il demandait que le parlement envoyât un huissier aux dignitaires du chapitre, afin de leur signifier qu'en procédant à l'élection du prisonnier , ils eussent à garder les réglemens. Le premier président prit, à son tour, la parole. Le procureurgénéral aurait dû, dit>il , « reconnoître le lieu où il estoit et se comporter avec plus de respect et de modestie qu'il ne fait. » D expliqua ses expressions qui avaient blessé le procureur-général, et montra que ce magistrat s'en était formalisé à tort M. Du

» ]>K SAXKT ftOMAIK. «97

Vicquet, avocat-gënëral, demanda que le procureurgénéral eût àdèdanr pour gui il le prmoii , s'3 le regardoii comme un homme i^ui n'eniendoil point sa iàarge, et pourquoi, contre les r^lemens de la cour, il voulait tout faire, sans en conférer avec lui? U devait se souvenir que , dès le jour de Tinsinuation, lui, premier avocat-gënéral , avait averti les chanoines de garder les rëgiemeus de la cour. Ce que M. Le Jumel avait fait de plus esioii à VappétU de quelques pariUidiers, et contre le service du roy; il trouhlait ainsi la compagnie , et montrait sa préoccupation y en fiiisant emprisonnerun gentilhonune par des huissiers dç la cour, en vertu de décrets de prise de corps donnés hors de la province , et (lepuun us de pareatis.

Le parlement iairéta que , le lendemain , jour de TAscension , les chambres assemblées pour la solennité du privil^e délibéreraient sur le tout selon les occurrences. Le jour de l'Ascension , le chapitre de Rouen , maigre la lettre de la reine régente , élut Anne De Yoré, sieur de Lespidère, pour lever la fierté. Le parlement fit veair ee gentilhomme et Finterrogea sur la sellette. Anne De Y oré y en se

retirant pour laisser la cour délibérer, déposa sur le bureau une récusation contre M. Le Jumel, procureur-général. Ce dernier , aprè$ en avoir en^ tendu la lecture, dit qu'il y répondrait par écrit. £t sur ce que. le premier président lui représenta (jue

m HISTÛIU DU

la fonne ëtait de réponJie verbalement^ en pareil cas, le procuieop^énéFal l«i dit : m Vouêtèê iroweriez peui-estre pas bon ce que je dirois; jê mspfmdraj /TOT escril, t^ia que l on ne change rien », et il se reika. Le parlement dëdda que le procufeof^ général répondrait verlialement ; qu^en cas de refiu de le faire, il demeurerait rëcasë , et que le premier avocat-général porterait la parole dans la délibéraiiîm sur le carlel. Le procnreuT'-géiiéral, après avoir lofig-^tems diraguë et ré^té ce qu*i! avait déjà dit la veille « consentit que M. Du Vicquet, premier avocat-génëral, port&tla parole* Ce dewuei' parla alors sur Télection, faite par le cliapitre, du sieur De Lespidère pour lever la fierté. Le privilège était, Jll-il , un acte de religion; il u eu fallait pas £adre un acU de dwision* Le parlemeoi et le eliapiti« devaient toigoure agir de concert, etobâr Tua et l'autre auiL déclai*atîons et réglemens, sans jamais s*en départir. Anne De Vorë, âa par le chapitre, n'avait étt' ( ( roué que depuis l'insinualiou. Le règlement de \ 597 portait, à la vérité, que les piî» sonniers seraient aux prisons avant! iiisiuualioii, mais il n'y avait point de nullité prononcée pour le cas oà ils n^y seraient arrivés après. La date de Te»* prisonnement du sieur De Voré suffisait-elle pour le rendre mdigne du privilège de* la fierté? Poor en venir à rbomicide commis par ce prisonnier, rien ne prouvait qnSI y eut eu guet-à«-pens et

prémëdilalioii. Ce crime panua^itavoir été com^^ par rancoDtre. (hi a?ail âtlaqiië le mur De Vorë; on lui ayail plumé la barbe, on lui avait donné des

coups de bâton. Ct^oU une gmnde offmse de

frapper ung gentilhomme à coups de haslon..,. Pour lui il consentait q^e k prisonnier fiât délivre an ' chapitre pour jouir do priirilëge , à raison des css ccH4essés par lui, et ainsi qu'il les avait confessés.

Quant aux complices dont le dmpitre faisait mention dans son cartel , le règlement voulait qu'ils ne fussent délivrés ^'autant qu'ils seraient présens ; €t ils ne l'étaient pas. Ce privilège était en la puis-- SttQce du roi ; les chanoines n^avaient aucune qualité pour l'étendre; ils ne pouvaient s^attribuer une

autorité plus grande U devait leur être défendu,

par arrêt, d'entreprendre aucune chose an préjudice de la déclaration du roi.

Enhn^ il termina, en requérant qu'avant de passer scrm^t qn^, n à aucune délibérsition sur le cartel , tant pour ce ^^Lre^prlIL' jpur que pour l'avenir , « tous les membres du par- * ■•"'•^ lemeat jurassent qu'ils n'avoient pourstiivi ou sollicité le privilège pour leurs parents et amys. » Ce dernier article de ses conclusions ayant été mis en délibération, le parlement décida que « le cas s'officant il y seroit pourvu. » Mais il -fut anréié que, fxmfonnément k ce qui avait été réglé en 1597, les prisonniexs écroués après rinsmuation du privilège , ne poumient désormais être admis k lever la

5<K> mSTOmS DU PBIVlUfeE

fierte que pour les ai^es commis depuis rinsînufrtion. Le même arrêt enjoignît aux concierges de donner, tous les ans, le jour de i^insînuation , la liste des prisonniers ^crou^^s avant ledit jour. Enfin, après avoir délibéré sur le cartel, le parlement tint De ocdouna que Anne De Yorë , sieur de Lespiçièrei i« irrie. quî avaît été élu, serait seul Jélivré. Mais, chose étrange! cet arrêt mëoontenu, à la fois , et la dame Alleray , parce qu'il ordonnait la délivrance du iiieuruier de son époux, v\ ]f*â chanoines de Rouen, parce qu'avec le sieur De Lespidère, on ne leur avait pas délivré ses complices. L'arrêt lut dénoncé au conseil par la veuve D' Alleray, et arguë de nullité : d'abord dans la forme , comme rendu par des juges incompétens^ les magistrats de Châteauduu, en première instance , et le parlement de Paris , en second ressort, pouvant seuls connaître d'un crime commis dans le district de Ghâteaudun par des justiciables de Ghâteaudun; puis, au loail, comme contraire à l'ëdit de Henri IV ( 1 597 ) , «qui déclarait indignes de la fierte les individus coupables d'assassinat prémédité. Forte de la clause de Tarrêt qui délivrait le sienr De Lespicière seul , la dame D'AUeray parvint à faire arrêter plusieurs complices de ce gentilhomme , et entre autres sa lutre. Dans l'instance au conseil , les chanoines intervinrent et finnlgrmd bmii, demandant ausà la cassation de l'arrêt du parlement de Rouen , par

. D£ SAINT &OMAIN. 501

k raison qu'on n!y avait pas compris tous les eom-

plices du délit, selon leur ancien privilège. Mais, pour avoir voulu trop obtenir , le chapitre peidit tout. Par arrêt contradictoire du 24 lévrier le conseil t sans avoir égard à l'arrêt du parlement de Rouen , qui fut dëdarë cassé, renvoya le sieur De Lespicière au siège de Châteaudun, pour y tee jugé en première instance, sauf l'appel au paiiement de Paris. Le motif de cette décision fut que le meurtre ^vait été commis de guet-à-pens,' et que conséquemment , ni le meurtrier, ni ceux qui Tavaieut assisté , ne pouvaient être aâranciiis de ce crime par le privilège de la fierté. Le chapitre fut débouté de sa demande , par la raison que les complices ne pouvaient être, absous, sinon en se rendant prisonniers ; et puis le nuiyen de délivrer les complices, lorsqu'on renvoyait le principal coupable devant ses juges !

Eu 1 6 i â , la âerte fut levée par Jean De la Mets, iGiS. chevalier, sieur deBoumonviUe, et par Antoine De la Metz, sieur de la Perne, son frère. Jean De la Metz, jaloux de Jean*François De Hallencourt, sieur deDromcsnil, sou beau frère, qui s étailfait assurer, lors de son mariage, de plus grands avantages que lui, résolut de Fenlever pour lui iaire signer (dit-il depuis) quelque reconnaissance de cette inégalité. Pour cela, il avait fait faire ung^ masqne ds loUe grise, (fui n 'aeoii d^omerturc que par la bouche et par

sot HISTOm D0 raiVILIGE

ieaez^ et €§êoii'Stms ymsf €i Mms tmièm, «fm^

lor6qu'on se serait saisi du sieur De Dromeanfl « ce masipie servit k lui couvrir le visage et k Tempècher de reconnaître le Heu où on le con^mit. Peu èe jQur» après , le sieur De la Metz et son frère , traver- «ant un boi», précédés de lenm f^jenê^ ceux^-cî aperçurent le sieur De Dromesnil, coururen t à toute bride sur lui, el, au lien de se contenter de l'arrêter^ comme on le leur avait ordonné, l'un d'tnx Initira un coup de pistolet qui Tëtendit mort. Le sieur Jean De la Mets en fiit si indigné ^Hl poiawîvil son domestique, Tépée à la main. Obligés de fuir après cemenrtare, les deux frères Die laMelE eiièrent) durant trois ans, « par les pays eslrangers, comme Hongrie, PouUongne, Italie, Turquie, Angleterre, Esoosse et Maltbe , où ils portèrent les âmes contre les îu&dèles, ennemis du nom chrestien. » De retour en France , ils vinrent, en 1 61 9, à Rooen, solliciter la iierte , etl'oblinrenL Mais elle ne leur servit guère. . Continuellonent tourmentés par .la finuile du sieur De Dromesnil, en 1616 ils se rendirent prisonniers à Blois , aân de jouir du bénâce de la joyeuse entrée de la reine. Délivrés vue seconde fois, en cette circooslance solennelle, ils n en fiu«nt pas moins poursuivis encore par des adversaires implacables, qui parv inrent même à les faire écrouer an Grand-^Cbâtelet. Mais alors, le dnc de Boumonville, leur parent , ambassadeur de Tîn&nle

HM. bÂlN i HUMAIN. 503

d%8pag»e , ittleicëda pour «n «tpffte 4a m ,

qui leur accorda des lettres de rémission. Ea en* térinoit ces lettreft, le parlement de Pam coin damna les sieurs De la Metz à vingt mille livres de dammagttB*iiïtërète envers les enfans du skur De Smneanil , à quatre mille Innras mvm la veuve , et à d'autres sommes pour les monastères et pom* les penmes.

£n 1614) on vit la fierté levée par un jeune kovme^de seîse ans^ suivi de- son père et de son frère aîné, complices du crime qui Tavait mis dans le 1^ de recourir au privilège. Âu mois de septembre IGf 3, Françins et Hector De Nourry, fils du sieur DeBénouville, accompagnas de deux gentilhommes leurs amis, se imidaient de Bénouville^en-Caux, k un village voisin, appelé Bordeaux, « pour tirer et eslranger des corneilles qui gastoient le colombier d'une ferme qu'ils avoient dans ce village. » Les sieurs De Trëmauville et De Brëqr, qui avaient tendu dates la campagne « des chevaux detoflepour tonneler des perdrix», mirent bas ces instrumens de eliasse, en voyant venir.les sieurs De Nouny, s'avancèrent à leur rencondre , ayant en main , les iimdes ëpèesi les auti^s des arqodbases , et demandèrent aux sieurs De Nourry où ils allaient. « Nous ue vous dematidçns pas nostre chmUn n, leur répondirent les sieurs De Nowry ; paroles asscs inciviles, il faut en convenir, mais qui s'expliquent

m HISTOIRE DU PRIVILÈGE

par une mésintelligence déclarée entre les sieurs

DeNourry et les sieurs De Tremauville et DeBrëcj. Cette réponse n'était pas de nature à j inetti^ nn terme. Ces gentilshommes échangèrent des injures et des défis.. Le jeune Hector De !Nouny , voyant François son (rèare menacé de Tépée nue du sieur De Tremauville, rabattit le coup avec son escopette ; et comme Trémauville s'en prenait à hnméme et voulait le frapper, « il lut coatraiact, pour garantir sa vie^ de lascher le diquei de son esoopelte chargée de menue dragée qu'il déchargea dans le côté gauche de Trémauville » ; ce dernier mourut presque aussi-tAt. Le sieur Nourry de Bénouviile , père de ces deux jeunes gens, n'avait pris aucune part apparente «a meurtre du sieur De Trémauville; il a c tait arrivé qu'après le combat, et avait adressé de grands reproches à ses fils qui, pour fuir sa colère (dirent-ib depuis), salaient absentés du pays. Toutefois , après avoir obtenu, pour Ini-mlme, des lettres de rémission qui^ apparemment, n'étaient point encore entérinées, il vint, en 1614, solliciter avec ses fils le privilège de la fierté. Hector DeNourry parut devaul le parlement, ayani les /ers aux pieds. Le père ne portait point de fers , parce quMl avait auparavant obietm panhm pour ce faktj dit le registre du parlement. Enfin , le père et les deux fils parurent ensemble en 1614 à la procession de la iierte.

Dfc SAINT ROMAIN. 505

En 1616, le jour de l'Ascension, pendant que les*

chanoines délibéraient sur l'élection d'un prison- ^''^'TT** nier, le peuple s'iitroupa dans les nies adjacentes à la cathédrale, et on entendit des munaures et des cris qoi firent craindre des scènes £kheuses. Le parlement fiit obligé d*y enyojfer la CSnqoanlaîne, et d'inviter le lieutenant-criminel à y mettre ordre. Le peuple était mécontent du chapitre, parce qne, à en croire un bruit généralement répandu, il allait préférer à im enfmt de la ville un gentilhomme du Poitou, qui avait tué son frère. Ce gentilhomine était Louis Le Petit, écuyer, sieur de la Chausseraie. Son frère afné, dande Le Petit , sieur de laHéquinière, lui en voulait beaucoup, parce (^ueleur mère, avant de mourir, lui avait fait une donation qui blessait ses droits d'aîné ; il lui cherchait depuis loog-tems dispute , et on l'avait vu, accompagné de domestiqnes armés comme lui , battre et maltraiter les moissonneurs qui récoltaient pour le sieur De la Chausseraie , et les vignerons qui vendangeaient pour lui dans les terres qui lui avaient été données par leilr mère* De ces faits , il était résulté des querelles vioU.nles entre les deux frères, puis des voies de £ait, qui finirent par plusieurs « combats avec arquebuses , escopelles et autres armes. » Dans une de ces £aitales rencontres , l'agresseur (le sieur De la Héquintère) avait succombé, frappé par son frère. Louis Le Petit , dans sa confession

506 HISTÛUUK DC Mmui&K

m chapitre, deniut, sur l'afiGuie^ de» dteUs tiès-

drconstanciës , qui prouvèrent clairement «ju'il ami tt»ë de iKms procédés, et que aoD frère wak tous les torts ; ce dernier TsTait reconnu avant d'expirer. U avait chargé sou confesseur de dire à. son frèreqtt*il loi pardcuutait sa mort; il oiait ajonHé : «( Dimm'apwhjr, et ce tjue je voulais faire à mon frère m Vtff arrM^ » Le sieur De la Chaassende, parle téàl qu'il lit des violences de son frère aine, intéressa le chapitre, qui, soUidtë d'ailleurs parle maréchal de Somvrë , le choisit , cette année , pour lev^ la fierté» Biais le peuple de Rouen , qui ne pouvait pas coornattre les détails du proeis, ne voulait Tourdana le «leur De la Chausseraie qu'un irairicide, qu'un homme étranger, en tout cas, à la pravinoe, et s'indignait qu'on le préférât à un jeune iiomiue de Rouen. Enfant de la ville, coupahle,eaoaitoe9d'ua crime beaucoup moins grave que cdni confessé par leg^tilhomme poitevin, ce jeune homme n'avait-il pas plus de droits au privilège 1 D'aillenn, la rè^ voulait qu'on n'admît à lever la fierté que des individus détenus dans les prisons ordinaires delà ville ; et le sieur De la Cliausscraic était détenu au Vieux- Palais., où vingt arrêts du parlement avaient défendu au diapitre d'aller chercher ses âus ; encore ne ii'y était-il fait écroucr que depuis Tinsinuation du privilège , et Tédit de 15d7 refumit expressément la fierté aiui individus éa*ouc5 après Tinsinuatiou.

M sânrr bcmadi. se?

Ainsi , ans yeux de cette mullitade mëooatenlet

tout ëtait contre le prisonnier , tout accusait d'injuAlice et de partialité le chapitre , qui le préiérait à un en&nt de Rouen, il YAol de la ville* On pai^ vint pourtant à apaiser cette foule émuei dont le» murmures avaient inquiété rka magistrale; et ce fut sans doute par condescendance pour 1 opinion publique qui a'étati si haittementmanitesiée, que ce jour m^me, apï^s avoir délivre le sieur De la Chausseraie au chapitre , le parlemeai défendit expressément dénommer à l'avenir, pour jouir du privilège, aucun prisonnier qui n'aurait pas .été écroué aux prisms ùréiamnê de la ville, avant TiiuinuatiQn , et cclsksaus peine de nulluè de rélectiou; ce qui n*eni pécha pas, danslasuitCf de domaer encore la fiette à des prisonniers du Vieux-Palais , et à des prétendaus écroués après l'insinuation.

En 1618, le jom* de PAsoension, le parlement isfs. dut ressentir quelque embarras, en voyant s'asseoir «oo»ciiicr devant lui, sur la sellette, un coneeiller de cour m«mk souveraine , élu par le chapitre pour lever la fierté. C'était le sieur De lliirac, jeune ccrnseiller au par* lement de Bordeaux, fils ti uii président du même parlement. En 1611, et âgé alors seulement de vingt-deux ans , le sîeup De Thîrac recherehaît en mariage damoUeile i sabeau De Lesionac , jeune personne fort riche et fort joKe , que sa mère voulait marier, maigre toute la famille, à un jeune homme

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