HISTOIRE W PRIVILÈGE
Ces raUoimemens parurent -ils përemptoires alors? Pour nous, nous ne voyons pas en quoi les récits du miracle de la gargouille, consignes dans les livres rituels du diocèse de Rouen, auraient pu infirmer la preuve que Ton voulait trouver dans des statues , dans des tapisseries , dans des vitraux? N*était-il pas bien naturel, an contraire, que ces récits y iigurassent, et -bien extraordinaire qu'ils ne s*y trouvassent point? Le jour de TAscension, lorsque, dès i'aucorc, les seize cloches de Notre-Dame de Rouen, mises an volée, annonçaient la belle et iiuposaule solennité du joui , que les clianoiues entraient au chœur pour chanter les matinftt ite devait-on pas s'attendre à trouver, dans quelqu'une des leçons qui allaient être chantées , le récit du fam^x miracle du dragon , de ce miracle , occasion et motii du droit royal que le chapitre allait exercer, et de toutes les choses merveilleuses dont, en cette belle journée , la ville allait être témoin? et dira-t-on que le jour de l'Ascension étant, avant tout, consacré a JésusXhrist, des particularités sur. tm saint de la province eussent été déplacées dans Toffice de la fôte? Mais on conviendra, du moins , que le mimde étant supposé vrai, il était indispensable que le récit de ce miracle Gourât en première ligne dans TdEce du 23 octobre , jour consacré, depuis si long-tems, à saint Romain. Toutefois, il ne s'y en Jtrouve jpas un mot. La
DE SAIHT EOMAIN. 61
conscteuce du chapitre ne kd pennit jpas de se prêter à cette interpolation ; et en cela il faut louer ' sa reserve et sa sincérité. U avait cru pouvoir, en I51S, fortifier sa possession, presque immëmoriaie , par une légende iabuleusre répandue depuis deux siècles , et il était parvenu à &iffa consigner , dans un édit royal , cette légende du dragon , qui apparemment lui inspirait peu dê confiance; mais, sans doute , il eût craint de profaner des livres de prières en laissant s'y glisser des récits mensongers, ou, en tout cas, douteux. Et qu'on ne suppose pas que les mots serpentes loiieni, qui se trouvent dans Pévangile que Ton chantait à Rouen le jour de rAsceiision, 1 eussent fail choisir pour ce jour là 9 comme renfermant une allusion au mirade de saint Romain. Le même évangile était chanté, k Jour de l'Ascension , dans d'autres diocèsas , à Paris en particulier. Il iaiL partie de la série des récits où sont racontées les diverses apparitions de Jésus-Christ après sa résurrection ; dès-lors , il vient a sa place dans une iéte qui suit de près celle de Pâques.
Nous le répétons, pas uu mol dans' les rituels et dans les bréviaires ne se rapporte au miracle , at ce silence est un argument de plus à joindre à çeux qiu en démontrent la fausseté.
Toutefois , on crut long-lems le miracle de la gargouille. Cette légende frappait Timagination ;
€A HISTOIB£ DU P&1VILËG£
elle prêtait merveilkusement aux cHeLs de la • statuaire et de la peinture. Aussi les artistes s'évertuèrent, et nous n'aurions jamais fini si nous voulions indk{uer tous les monumens destinés à .perpétuer le souvenir et la croyance de ce prodige. A Aulnois, en Brie ^ dans l'église des Minimes^ saint Romain était repr&enté avec le dragon , sur un sépulcre d'une gramle ancienne lé A Rouen , surtout , on ne voyait en .tous lieux que saint Romain et son dragon. Un bas-relief de la porte Beauvoisine , avgourd^hui détruite ^ représentait ce fait merveilleux. Des tapisseries qui ornaient autreiois la cathédrale, et qui, dès 1609, étaient rnêHles ei usées ^^^^ retraçaient toute Tbistoire de saint Romain , et le miracle de la gargouille n'y avait pas été oublié. L'abbaye de Saint- Ouen possédait encore, en 1698, une autre tapisserie /ori ancienne dès-lors , où était indiqué Tanden mode de délivrance du prisonnier. On y voyait la procession passant devant le château, et le bailli délivrant aux chanoines le prisonnier t^u ils avaient choisi '
He H Uirmkê de udni Romain , par P<»iiimenT«- Rohcb 1652, in-S^.
(*) RéJuiaUQn de la Responce de Denyï BoulhiUier, page 119.
(*) Requête du bailliage conirc le chofuire^ en Iti98.
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JMaîs c'était dans la cadiLclrale de Rouen et dans TégU^ de Saint- Godard qu*il fallait aller yoir de briltântes représentations du miracle de la |;argouiile. A Notre-Dame , la chapelle dite du Grand-'Sami'^ Romain 9 dans le croisiHon méridiooaL, était et est encore dëcorëc de deux vitraux pcintt, donnes par la confrérie de saint Romain. L'rni et Tautre représentent, des faits de la vie du saint La gargouille figure dans tous les deux. On la voit aussi dans un vitrail de la chapelle dite k FeiU-SaùU-Iiomain, qui est au haut de la bassenef de droite; à la porte d'une maison (n^ 99) delà me Damiette. A Saint-Godard, on admire dans la chapelle de Saint-Pierre ( autrefois dëdiéa à saint iNicoias), à Pextremité orientale de Taile gauche, au-dessus de Vautel, un des plus beaux
vitraux de France , donné apparcinmenl par une autre confirérie de Saint-Romain, qui avait ^té mstStuée pour honorer le tombeau du saint ëvêque , que cette église possédait alors. Dans ce beau vitrail, resplendissent, reproduits par les plus vives et les plus éclatantes couleurs , les principaux &its de la vie de saint Romain. Le saint parait ilans le parvis d'un temple dédié aux iaux dieux; k son aspect, on voit « s'enfujr les anemis et les malvèz espérls ». Ailleurs , la Seine débordée menace la ville et va Tinonder. Mais , ^jaré par la voix puissante de saint Romain ,
6& HISTOIEE DU PBIVILEGE
le lleuvti, devenu docile , obéit et rentre dans son Ut<'>.
« L^onde écume , le flot se brise « Reconnaît son maître , et 5*enruit.i,.. »
Autre scène. La fiole des saintes buile&, tout à ^ l'heure brisée en morceaux , est miraculeusement réparée par saint Romain , et on la voit remplie de cette même huile qui ^foulait» il n'y a qu'un instant, sur les dalles du temple. Ailleurs est figurée la vision jniraculeuse qu'eut un jour saint Romain en célébrant les sainU mystères. Mais il faut voir surtout le meurtrier entraîner avec Tétole du saint pontife Teffiroyable gargouille ailée el couverte d'écaillés, tandis que le voleur s'enfuit épouvanté. Puis, dans un magnifique palais, au milieu d*une ' cour brillante ^ d'officiers empressés, parait le rpi Dagobert , la couronne en téte , le sceptre k la main, • le cordon de Saint^lVlicliel au cou, en sautoir Saint Romain ou saint Ouen vient de lui raconter la destruction de la gargouille, et le monarque
(*) « Tangit c:xundam a^ua civitatciu ; Voce RomuiiM jobet tfBoici ; Aadîunt fluctus » docîlb qve ccdît Unda îubenti. )»
( Hyfhne pour la/ête de 9aint Romain. )
, Il 0'»l juijuaiit <ip voir Dagobcrt décoir drs Insignf^. tVxin ordre flr rhcvait rie t|iii tui crée par Louii XI plu^ de huit cent» ans aprù ce^ roi mérovingien.
remet au prâal une charte scellée , par laquelle il octroie à Péglise de Rouen le beau privilège du prisonnier. Le dirai -je? et cette confidence ne paraîtra- i-cl le pas bien puérile à mes lecteurs ? Dans mou enfance j'assistais, été et hiver, «rec une ponctualité peu méritoire , aux grand'messes paroissiales de Saint-Godard, et, je m'en accuse, elles me paraissaient un peu longues. Mais ma place était au baut de Taiie gauche; le niag^iiifique vitrail de Saint-Romain était devant moi; je prenais donc en patience le ixoid et mon immobilité forcée. L'eucologe ne m'occupait guères, je m'en accuse encore a 4|ui de droit; mais j'interrogeais curieusement la verrière an vives couleurs, et croyais comme évangile ses récits merveilleux et pittoresques. Aiyourd hui, il y a chez moi moins d'illusion, et partant moins d'enchantement. J'en ai bien rabattu sur le compte de la gargouille; et je viens donner à mes concitoyens, non plus une fable, mais la vérité, je le crois du moins. Hélas! ils ne s'en apercevront que trop, la fable valait bien mieux.
« Histoire Trajemenl admirable et unique en «m espèce ,
et qui , pour ceste raison , mérite d'astre recognile de tous , mesmement en ceste France. » •
Ëstieime Psu^uier , Recherches de ia France, iwre 9^ chap. 42.
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premièhe époqve,
Depnit 1193 jutqa'm 151S csdasivcmeat.
(^UÊTE de ISIO ncnU l'a appris; 1193.
sous les rtVnes do Henri U et de WwnfaJeU Ri€harcK}aiii^e--Ii<Mii| rois d^An* «M.c»<r.dr. ^leterre^ dufs'éé Normandie, prisounier ëlait tous les ans, sans
[diihJultéV èmté an chapitre de
Rouen. Nous avons vu, toutefois, qu'en Tannée 00 Richard fut prisonnier du duc d'Autriche et de 1' empereur Henri VI, c'est -à- dire en 1193, il ne fiit point délivré de prisonnier. Ce (ut sans doute en témoignage de deuil public, que l'églîae de Rouen s'abstipt alors, de demander, ou que peut-être les officiers de justice refusèrent
6» HiSTOi&Ë DU PRlVlLlUiE
de lui donner un prisonnier. 0>nvenaitF-il de délivrer quelqu'un par pure grâce et avec tant d'appareil ^ tandis que le royal croisé était dans les fers ? 1194. Mais, l'année suivante, Richard était libre; le Il y r«t, es diaiUe iiaii JSdkunér comme récrirait Philippe- Auguste à Jean-Sans-Terre ; et aucune raison ne s'opposant plus à ce qpie Tëglise de Rouen pût jouir de sa belle prérogative , le chapitre obtint un prisonnier pour Tannée présente; et, de plus, il lui en fut délivré Un second pour l'année d'avant.
Pendant ie règne de Jean-Sans-Terre, successeur de Richard-Cttuivde-LicKi , le privilège de la fierté dut prendre de la consistance et de T extension ; apparemment ce fut alors que le chapitre commença à le rtuidre indépendant du consen*temeni annuel du souyeiiun. Un prince indo>lent , apathique et voluptueux devaii voir avec assez d'indifférence quelques fleurons se détacher d'une couronne «pie, depuis, il perdit si gaie" ment, après Tavoir acquise par le plus lâche de tous les crimes» Pendant ses absences firéquentas et prolongées , le chapitre de Rouen ne s'endormit pas; et bientôt, lorsque œ prince eut. été chasse et que Philijjpe-Aug^ste eut réuni la Normandie au royaume de Franoe, ravéncment d'un nouveau roi qui avait besoin de se concilier le pays qu'il venait de conquérir ; les embanras , suite nécessaire de rocaq)ation récente d'une si vasie
province; rîgaonoice âaas lafuHe ëtaion 1m
officiers du roi de France sur la nature et l'origine d'un usage pafticidier k U pgùwmot et qiiCil» tma^ vèrent existant et d^à assez ancien , favorisèrent encore le duipÂlre y qui A'a&mît de fim en phm du» sa possetsion wtrefiMs pvécure ; et lors^*en )âlO, enfin , le gouverneur du diàlâiu de RmieA^ Teaai^ à fine pk» d -itleBliaa à ce frivilë^e , qui lui parut un empiétement &ur les droits du roi son maître^ yaiilul tenter d*eQ «Mpéehef l'eiercke , il était trop tard ; Philippe- Augn&te le sentit; Tordre qu'il doiàBa ji «es-deu cBmaaiBatmeê ( Vancherèfoe
de Routa et le châtelain d'Aïqacs ) de taire une
enquête «or le prâit contealët et, le 4tm% des làaBoine» se tromrail établi , âe hmr dâhrrer iamé-
<l^a^pyp<*j^i leur prisonnier; enfin , le résultai de PcDqaête^ dans laquelle fimnt eutendns iiMif témoins , montrent que si le prisonnier, refusé d'abord au chapitre, lui Sat délivré en défimilim^ c^e&t (pie ce qui n'avait été , dans T origine , qu^une gAt»^ éêmif -dèa.-!!^, par l*faabilelé du deagé, devenu un droit , pom^ ainsi dire inviolable et sacré, dans la possession duquel il n'eut pas été politique d'inquiéter Téglise de Rouen.
Peut-êire aussi serait-il juste de iaire honneur de cette reconnaissance si spontanée du privilège de la métropole de Rouen , à la piété de Philippe et à ses sentimens bienyeiUans pour l'église et le
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70 HISTIMAE DU PEIVILEGE
dergëf sentîmens qu'attestent tous les mohumens
de rhistoire, et qui même lui avaient valu, de sou vÎYint, la qualification de roi des prêim ^'^
1:807. Trois aiis ayant ces deux actes (en 1207) le ^ maire de Rouen s*étant permis de retenir un pri--
NStranlt
dtMUMuehi. sonnier que les chanoines avaient élu pour lever
pitre lia priton- '
uier qui .T.it la fierté , le chapitre avait lancé uu interdit sur la ville. <c A quoy te maire ne fit amende (réparation). Pourquoj ne iul levé ledit interdit , ny pour prières du roy, ny pour menaces qu'il fist^ hy pour ambassade qu'il envoyast, jusques ad ce que le prisonnier fiist restitué par le maire et amené par luy dans Nostre-Dame et en plain chapitre ^•^ » im L'faemeux résulut de Tenquéte de 11^10 n'était Pfmmmm .r- ^| p0|ir rendre le chapitre nlus endurant sur
Mcne au siipfili' II. M. l
pr rr.juct j^g attciotcs dout son privilège pourrait être Tolnet.
pmir le privilège i- O « t§
deiiteKRMWHu Un fiât arrivé en 1999 va le prouver. A.réchiquier
de Pâques , lors de T insinuation du privilegt^ , il avait été défendu, en pleine audience , à Piarre Saymely bailli de Rouen, et à GeoUroy Avice , alors vicomte , de fiure exécuter à. mort ou transporter dans d'autres prisons aucun prisonnier détenu pour
liiim Ipran Hegem âounkfUm vodtilMt » (lUeiotoge de té^iitt d» Mans.)
Les annaI«-\ fie Saint-Victor disent du même nion«r4|ae : « £cclc— siarum et religiosarum persoDannii «mator et foutor. »
Muittieril d'ime InbUothctiuc particulière.
M SAINT AMaIH. 7t
^ jusqu'à ce que les çhmoinfs de Nolre-fiitiDe,
beluil la coutume de T église de Roueu et selon le pnyilége « acemié à la saùde vierge Marie H m bienheureux saint Bomain » , eussent choisi , le jour de TAsceiiAioa de Notre Seigneur, un de ces piisomiiers ii leur volonté
Rcdiert d'Auberbosc, ëcuyer, était alors détenu sous le poids d^une accusation de meurtre. Au mépris de la Qotiiicalioa du privilège et des défenses opiesses de Téchiquier, le bailli fit mettre ce prisonnier en jugement. Le crime ayant été prouvé y Bobert d'Auberbosc fut condamné i mort. Le bailli donna des ordres pour que la sentence fut immédiatement exécutée. En c(Misé<]uenGe, le condamné ioBLaHaehéàlaqÊieuedesehewHix^tniïié au gibet. Hais, averti de ces préparatifs, le chapitre avak envoyé cinq de ses membres supplier les mitres de r échiquier et Tevéque de Dole, leur président, d*empédier que d*Auberbosc £ftt mis à mort, et de le faire ramener dans les prisons du roi jusqu'à ce que Téglise de Eouen eut choisi celui des détenus
t]ui devrait lever la fierté eeLle année, le choix du chapitre pouvant tomber sur d'Auberbosc comme mr les autres dâenus. Cette demande était trop juste pour n'être pas écoutée. Par Vordre des maîtres
<0 « Cod«s ebnumcw. » ( Lim if «wmv.) M •nnscrit h bibKotkèque poblii|ae de Rouen , n*. 69.
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7â HISTmU DU PfilVlUGE
de l^ëchiquier, Robert d^Auberbosc, qui était déjà
pièii tin gibet, fut ramené dans les prisons du roi, Mcortë d^une multitude innraibrable d'habitans , parmi lesquels on reinarquaîties secrëtaires de roilid^itë et archers de Vabbesse de Smd-Amand. Ce ne fut pas ce prisonnier que les chanoines choisirent , le jour de TAscension , pour lever la fierté; mais le droit du chapitre avait ëtë solennellement reconnu, et il ne voulait pas autre cliose ^'^ 130^. leçon aurait dû suffire an bailli de Rouen,
ferebori la Toutefois , dès 1 ail L>Oâ , ce magistrat, encore au ^; më|^s de semblables défenses qui lui avaient été fiiites en pleines assises, dans le château, onze jours avant FAscension Y ût transporter, des prisons de Rouen dans celles du Pont^4e4* Aidie , Niooias Letonnelier, de la paroisse de Saint-Germain près Gailiy,' détenu pour meurtre. En vmn les dianoînes le supplièrent , a diverses reprises , de faire rîéintégrer cet individu daûs les prisons de Rouen, du moins just^u'à rAsccnsioii. Il n'eut aucun égard à leurs instances réitérées , et on ne put obtenir de hn d%ntre réponse, sinon que les chanoines étaient libres de choisir, pour la cérémonie, tel prisonnier qu'ils voudraient, excepté Nicolas Letonnelier C'était la seconde lois que le bailli s'en prenait au privilège de Téglise de Rouen. Cette récidive,
Prison nier
Iran»'
^ille «le Boucn , an nuèpria
rînjinualion pris ilri'c de mi llouiaio
(') «Codex eWnens.» Déjàdté.
AE SAUT miOMAIS. 73
f opiniitrelé inflexible avec laquelle y en cette occurfcnce , il repoosaa taules les repr^sentalions qa*oD voulut lui iaire, semblaient déceler en lui de sÎKstresdesMiiis contre ce piiyilége. U j eot grmde
nuneur au cliapiLre. Les chanoines s'écrièrent qu'où snenlait an privilège de saint Bomam y q«e Ton méconnaissait leur droit , que Ton portait atteinte k la liberté de leurs sulbrages. Le jour de T Ascension ik ne désignèrent point de prisonnier pour lever la £ierte , mais ils se rendirent processionnellement , ' amne de coutume , avec toutes les châsses de la . ^ catlieiiiale , à la place de la Vieille-Tour. Là, par Perdre dn chapitre^ nn de ses oralenr» , et peut-être
u avait-oii pas choisi le plus luodéré de tous,
raconta an pei^e ce qui s'était passé entre le bailM cl l'église. On paat imaginer reflfet d^ oelle com«> * nauuication «ttcieuse et de ces doléances , sur une popahtion dévouée au dergë, enthousiaste du
privilège, et déjà indisposée de ne point voir ce
prisonnier, obje t pour elle d'uùe si ardente curiosité,
d'un si vif intérêt. Pour ne point laisser se refroidir
les sentimens sympàtfaiqnes qn'avait exdlës eetle
haraii^ui:, le chapitre eut recours a un mojeu (^ue
déjà, il avait employé avec succès* Âux jeux des
haintans de Rouen ,'il n'y avait rien de plus auguste
ei de plus sacre que la (ierte de Saint-Komain, où Fierté- on.
reposaient les vénérables restes du saint pontife. tmMmii^M».
CicUe fiertc etail pour la ville comme un palladium
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n Hisxomi!: DU peivilege
auquel semblaient allachcti» ses destinées. On racontait de grands mirades opérés par ces saintes reliques , dans des calamités auxquelles avait été en proie la capitale de la Normandie. Le dernier, tout récent encore , était présent li tous les esprits. Il y avait à peine six ans la Seine eu fureur avait rompn une arche du pont de Rouen, et, s*âançant de son lit, avait renversé les murailles et allait inonder la viUe. Toul-à-coup on avait vu une procession générale s'avancer lentement vers le fleuve, ayant à sa téte Tarchevéque Guillaume Flavacourt, et au milieu d'elle un bras de saint Romain, que des prêtres portaient avec respect. A peine cette sainte relique avai^«Ue para , qu'à la vue de tout le peuple émerveillé, la Seine, devenue docile, s' était retirée dana sonlit, vaincue aigourd*hui par la seule apparition des restes de saint Romain, comme, six siècles avant, elle l'avait été par la présence du saint pontife et par sa voix puissante et souveraine. Tant de merveilles avaient accru la dévotion des Rouennais pour saint Romain leur anden évéque , et sa châsse était devenue ainsi pour eux T objet d'un véritable culte et d'une sorte d'adoration. Cette
(0 Un manmcrit d« la Ikibliothèque Bigot rapportait ce fait comme arrivé en 1^%. Pommeraye en parle dans son Hûioin des archevêques de Rouen ^ in-f». , pages \ ^ etÏ89 , et dans >nn ouvra^f intitule' : Im f^ieetMinicirs (le sniriilioifuunf archet^quedeliitucn. lioucOi 165ây page« 7tt,là et &uivaole&.
tt& SAINT fiOMAIK. 7S
siîate ch&s&e, cette &erte révérée, envers laquelle «h^**^ nnimpradent magislnt s'ëtait rendu coupable d'un mm 1 double outrage, le chapitre la laissa exposée solen- !rou*^Jt!IiI neUementanxyeoxdnpeuple, daulaplacedela Vieille-Tour, eu déclarant qu'elle demeurerait dans ^j^25** *** cet endroit, tant que Micolaa Letonnelier n'aurait pas été ramené des prisons du Pont-de-V Arche dans celles de Kouen , et que Téglise de Rouen n'aurait pas été restituëe pleinement dans sa pCMsession et dans la liberté de ses suiBErages. Cela fut exécuté ponctoeUement, et la fierté de Saint-Romain resta ainsi exposée en permanence à la Vieille-Tour, le jeudi jour de l'Aseension, le vendredi et le samedi, gardée jour et nuit par des ecclésiastiques et par un nombre eonsidërable de fidèles qui se faisaiœt un devoir de cette pieuse assistance. Chaque jour, le clergé et le chapitre de Notre-Dame venaient, processionneHement , visiter et honorer la châsse. , Une multitude iuncHubrable suivait ces processions, et témoignaitainsi hautement de sa sympathie pour Téglise, de son vif attachement pour le privilège de saint Romain. Cette exposition extraordinaire de la fierté du saint , ces processions inaccoutumées n'avaient pu avoir lieu sans quelque mouv^oEient dans le peuple , que les chanoines avaient fort adroitement semblé prendre pour aibître, enlurracontant, le jour de T Ascension, leurs démêlés avec le vicomte. Ce dernier sentit qu'il n était pas le plus
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76 U16TUIBE DU PEIYUJlGE
fort. Dès le samedi , il fit i^ëtnl^grer Nicolas Letonnelier daas les prisons de Kouen, ei s empres&a d'en donner aris au chapitre, qui, de son côlë, ne perdit pas de teins. Le dimanche, deux' chanoines fiirent envoyés à b prison pour recevoir, «iivam l'usage, |es déclaration:» de tous les prisonniers. Ces députés vinrent Cure kur rapport au chapitre, qui, se voyant rétabli dans son droit et dans la liberté de son élection , choisit pour lever la iierle , non point ce Nicolas Letonneiier dont la translation avait causé tant de bniit , mais Guillaume de Montguerard, écuyer; ce qui prouva qu'en cette occasion encore le chapitre n*avait voulu que forcer les magistrats à reooonaiire son droit et à respeioter
son pouvoir. Le vicomte ayant dtilivré, sans difli- / cuké, ce {nrtsonnier aux députés du chapitre, la procession se rendit solennellement de la cathédrale à la Vieille-Tour, avec toutes ses châsses et ses reliquaires , comme si c*eut Aé lè jour de TAscension. Une ibule encore plus considérable qu^àTordinaire se pressttt sur la place. Le peuple avait entendu » trcHs jours auparavant, les chanoines lui exposer leors griefii contre lesmagistrats civils; il était juste qu'on lui fit connaître la suite de cette afiEûre ; il n*eut rien à dttirer àcet égard; un des orateurs du chapitre harangua encore mie fois cette multitude , et lui annonça que le bailli avait faitenfin réparation à r église , en réintégrant au château le prisonnier
eo aTail été «itrail; après (pm Guillaume
de Montguerard leva la fierté, et le reste de la cérémonie se pa^a sans nouvel incident Le diapitre, onleyoit, n'en est plus à ces tems d'essai où il obtenait un pn&onnier comme paff grâce. Ihmtcnant que d'une pieuse coutume il a fiïit un droit, et que ce droit a été soleuueUemejoit recoi^uu par' PUlippe-Augusle , il paile et agit en maître; il interdit les oihciers c^ui osent attenter à son privil^ ; il les dénonce publiquement à un peuple épris d'une solennité imposante, particulière à la province f et prêt à menacer les magistrats témé- ^ raires qni voilaient fai troubler*
Un autre incident, qui signala Tannée 1327, 1337. avaitsa source , non plus dans une méconnaissance lici^Mt ipi du droit du chapitre ^ mais dans une méprise résul- iMii«4«i«ficrtr. tant de ce qne le prisonnier qti*il ckdsit cette fois pour lever la fierté sMtait fait écrouer sous un faux Bom. Le nommé Pierre Dautuel (ouSantuel), banni précéJt'mment à cau^c d un crime, avait rompu son ban et s'était rendu coupable d'un meurtre* Anrété et conduit aux prisons du diftteau de Rouen , il fut interrogé par les magistrats y qui ne le recon* nurent point Lui-même, pour évfter l'aggravation de peine que lui auraient value la rupture de son bsEt et la récidive , cacha son véritable nom, et dit ^
t*> « Godas «Ibunicni, » Déjii cîK.
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78 EIStOIRE DU PRIVIUBGfi
qu'il s'appeUt Guiol Daval ou de la Vallée, en sorte qu'il fut écrouë et détenu sous ce nom supposé. AuxRogatioQS, lorsque les députés du diapitre vinrent dans la prison recevoir les dédarations des détenus ifà prétendaieol au privilège t Pierre Dautuel leur confessa tout, mus oublia appaiem^ meut de leur dire qu ii avait été écrouë sous un £aux nom. Le jour de T Ascension « ce fut sur lui que tomba le choix du chapitre. Suivant Tusage existant alors, la procession s'étant rendue à la Vieille-Tour, deux chapelains lurent envoyés au château pour chercher le prisonnier élu et Tamener au lieu où était la châsse. Mais au château, lorsque les deux chapelains demandèrent Pierre Dautuel, on leur répondit (ce qui était vrai) que Ton ne connaissait dans les prisons aucun détenu qui portât ce nom. Le clergé qui attendait le prisonnierà la Vieille-Tour, vit avec étonnement revenir seuls les deiuc chapelains, qui lui firent leur rapport sur ce qui s'était passe dans la prison. La coujouctui e était pressante. Les chanoines allèrent tenir conseil dans les halles ; et là , il fut résolu que le chapitre s'en tiendrait h son élection. Les deux chanoines qui ayaient reçu les C4)nfessions des prétendans au privilège furent envoyés au château où était le vicomte. À leur prière, on fit venir tous les prisonniers , parmi lesquels les deu\ députés reconnurent aussi-tot Pierre Dautuel, qu'ils désignèrent au vicomte, en lui disant que
BB SAIMT BOMABS . 79
celait cet individu même que le chapitre réclamait
pour Wrer la fierté. H y eut, à ce Mget^ entre eux et
cetoffirîer, de longs et viis pourparlers. Mais enfin
Baolnel leur fiit dâivrët et îb le condiiiaîreiit k la
Vieille-Tour , où le chapitre , le clergé et le peuple
attendaient impatiemment Tisane de ce débat
£n 1 358, le nommé Jehan Dismois, de la paroisse (358.
de Mesnières , détenu à Kouen pour soupeçon JPo- ^î'^»rtr.>r.j.ni
ii à la personne d$ JdutnDugarémf avait iMcp^i.*"'
*»• » iw
Ifft toiiu du «1m* pitre.
été élu par le chapitre, le jour de l'Ascension , «• dâivTë par le bailli, et avait levé la fierté avec les
solennités ordinaires. Peu de jours après la féte, les officiers du bailliage d'En firent anéter Jehan Dismois, à raison de ce même meurtre, dout il avait obtenu la rémission. Le chapitre se plaignit au bailli de Rouen (Guillaume Richer), qui se hâta d'écrire au boUU et vicomte d'£u, que c*estoii violer le privilège eilOeriés de Féglise de Rouen, en viàâ^ père de la dicte église et de monsieur saint Romain , et au préjudice du duc de Nmmandie et de sa Jurîsdictioii et délivrance. 11 les requérait de vouloir mMeaud^rtf sans aucun délai ou difficulté, le corps et les biens d'icelui prisonnier , en le laissant foir frandmneni des dis pri»iUges et lièeriés ; « et vous plaise tant faire , leur disait-il en terminant sa lettre, comme vous vouldriez que nous féissons
(0 « Codex eliaraeiit. » Déjà cité.
80 HISTOIRK DU PRIVILÈGE
pour vofQS en cas semblaUe ou gregnear ( pins grand), ce que nous ferions volentiers. Ët agissez en telle manière qne il ne conviengnepas poiirvoier (user) d'autre remède, en nous rescripvant, s'il vousplaist, ce que il vous en plaira à Élire Les officiers du bailliage d'Eu se hâtèrent de dëfércr à rinvitation du bailU de Rouen et de mettre Dismois en liberté.
Dans notre Dissertation préliminaire , nous avons avancé que tant que le privilège de saint Romain exista, il (ut , surtout dans les premiers tems , entre rëgKse de Rouen et les magistrats sécniiers de cette ville, un objet de continuelles disputes. Nous avons «yotttë que ces débals, d'abord trèsHaaultipUés, ne devinrent un peu moins fréquens que dans les derniers tems, lorsque des édits royaux eurent réglé 1' exercice du privilège de la fierté, et que la jurisprudence du parlement et du grand-conseil tat enfin fixée sur cet nfcget Quoi de pins propre à prouver la vérité de ces assertions , que les scènes dont on vient de lire le récit ! mais quoi de plus propre à prouver aussi ce que nous avons ajouté, que si, dans les époques antériemes , on ne trouve aucune trace, ni du privilège, ni de débats sur le privilège, c'est qu'il n'existait point encore alors. Le moyen de croire en e£fet qu'un usage qui,
(') Acte du baiili de Rouen , cri date du ^ mai 1358.
m SAINT BOMiUN. 8t
seulement de 1210 à 1358, donna lieu aux scènes qae nous venons de décrire, aux rëclaniations (pie nous avoiii» fait connaître, et à d'autres de même nature que nous omettons pour ne point fatiguer le lecteur, put exister depuis saint Romain jusqu'à Henri U, duc de Normandie, c'està-dîre pendant cinq siècles, sans donner lieu au plus petit débat , sans être Tolyet de la plus légère remarque de la part des annalistes, et oela dans un tems où Thistoire ne s'occupait que de l'église. Mais il nous &ut continuer le rëdt des démêlés auxquels le privilège coutiuua de donner lieu, des scènes dont il fut encore l'occasion. On a vu, en 1299, le chapitre de'noncer à l'échiquier le bailli de Rouen, qui, depuis l'insinuation du privilège, et avant l'Ascension, avait condamné à mort Robert d'Auberbosc, et l'avait envoyé au supplice. L'échiquier fit droit aux justes réclamations du chapitre ; et d'Auberbosc , qui al lait recevoir le coup mortel, fixt arraché des mains du bourreau etramené dans les prisons. Eu 1361 , dans une conjoucture 136f. semblable, le chapitre lut averti trop tard ; et, chose <i inouie jusqu alors , une exécution capilale eut lieu «
dans Rouen entre rinsinualion du privilège et la «ion. u chapitre
. I 1* -1 -Tk I • eicommanie le
fête de l'Ascension; mais l'église de Rouen ne laissa uiui de Rouen, pas impuni ce nouvel attentat à son privilège. Cette fM«éd« i«î année , à Tépocjue ordinaire , le privilège avait été " insinué au bailliage, en présence du bailli Nicolas
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82 HiSTOIAE DU PBiViLEGE
Dubosc. Toutefois, et cela doit elouncr aprcs taiil d^expëriences tovgours malheureuses, ce magistrat ne craignit pas , malgré les uotilicaïunis expresses du chapitre j de foire 1^ procès à un nommë Roger Lelailleui' (ou Lelellier), prisonnier au château, de le condamuer à mort, et, pour comble d'imprudence, il osa le faire exécuter ayant FÂscension. Cette procédure avait été bien secrète, et Letaiiieur ayait ëtë conduit clandestinement au supplice, sans quoi le chapitre n'aurait pas manqué de faire pour ce prisonnier, ce qu'en 1299 il avait fait pour Fiobert d'Auberbosc; et, sans doute, ses démarches n'auraie^nt pas eu moins de succès« Alais, lorsqu'on vint l'avertir, le mal était sans remède. Restait, du moins , à venger un attentat si inouï <i qui alloit au deshonneur du glorieux sainct Romain , une violation si manifeste du privilège de Téglise de Rouen. » Les chanoines tentèrent d'abord les moyens de douceur. Plusieius fois ils renioiiU crcnt au bailli la fatUe énorme qu'il avait laite ; plusieurs jfois ils le coiyurèrent de se repentir de cette action téméraire. Mais ces avances officieuses furent en pure perte; le bailli « demoura opiniâtre dans son erreur, au scandale de tout le peuple , qui ne vit plus en lui * qu'un infracteur des privilèges de Téglise. » La patience du chapitre était épuisée, et il en vint enfin aux moyens de rigueur. Le souverain pontife lui avait doimé plein pouvoir d'excommunier ceux
D£ SAINT aOAUiN. 13
qui voudraient violer les droits et immunités dé l'ëgli^c de iioueja , après les avoir avertis canonîquement, et de les tenir pour excommuniés notoires et puUics , par rauloritc du saint-siëge, jusqu'à ce qu*ils eussent £ût satisfactioa à Teglise et reconnu Icui faute. Le tems était venu de recourir à ce moyen extrême contre un sacrilège endurd; car ' « telle meschance té ne debvoitdcmuuin impunie.» Mandement fut donc adressé aux cures de Saint- Étienne-la-Grande-Eglise, de Saint-Godard et de Saint-Sauveur f poui* qu ils eussent à signiûer au hailli I4icolas Dubosc « qui s*estoit porté avec tant de chsdeur contre le chapitre et l'église de Rouen », quCt parrautorité du saint-siége , le chapitre ne lui donnait plus que h ois jours pour l econnaiue sa Êuite, recevoir telle punition quUl plairait aux chanoines, et réparer son crime contre le chapitre, contre T église , contre Dieu et le glorieux confesseur saint Romain. Le chapitre fut obéi. Le cure de Saint-Sauveur ût cette noiiiication au bailli ?iicolas Dubosc, à sa propre personne, en lui déclarant que « s*il demouroit encore opiniastre, le temps des dits trois jours estant expiré , il seroit excommunié dès lors, et que la sentence dV'xcommunication seroit publiée dans toutes les églises de Rouen^ » Le bailli Dubosc etail opiniâtre; il appela de la sentence du chapitre et fit saisir le temporel de Téglise de Rouen. Mais ce conflit scandaleux ne
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U UiSXOm£ DU PiUVUJOiË
dt^vait pas se pi oioiigcr plus loug-tems. Le duc de Normandie (Charles^ qui rëgna depuis sous le nom de Charles V), averti de ces dëmélës qui troublaient la ville, chargea Simon Le Bagneux, vicomte de Rouen, d'informer du prétendu attentat fait par le bailli au privilège de saint Romain. Dans le préambule de ses lettres-patentes de commission, le prince se mollirait on ne peut pas plus favorable à ce privilège de Tëglise de Rouen, et annonçait la rësolalii)ii du prononcer lui-même sur le diflerend entre cette église et le bailli. Ce dernier, dont les torts étaient évidens, sentit que le moment était venu de les reconnaître, m Après avoir donné mainlevée de la saisie des biens de Téglise , il se submit à faire réparation de la faute par luy commise »; et, bientât en effet, il demanda au chapitre son pardon, qui lui fut accordé. L'atleulal au privilège étant ainsi réparé , Texcommunication fut levée, les procédures commencées cessèrent, et on ne lit point une information qui devenait désormais sans olget.
Deux ans après, on vit le chapitre défendre son privilège contre Biauche d'Jbvreux , veuve de Philippe de Valois, dont les officiers poursuivaient un individu qui avait levé la ûerte, et voulaient le ju^r à raison du crime même pour lequel il Pavait obtenue. Lu 1363, Jean Le Bourgois, de la paroisse dJZui!^^ de Saint-- Jacques-de-Neufchàtel, accusé d'avoir "ixZttltlr^ Guillaume Lelong, avait obtenu le privilège de
saint Romain, à raison de ce lait. Nouichàtel faisant alprs partie des apanages de la reine Blanche , Jean Le Bourgois éisiii su ôjecl ou jusliciable de cette reine. Les oi&ciers de la princesse , peu de tems après TAscension , le firent appeler à ban , à raison du crime qu'il avait commis, saisirent ses biens comme confisqués, et en firent annoncer la vente Pencan. Le chapitre se plaignit à la reine Blanche de ces procédures étranges contre un homme que le privilège de saint Romain avait rendu inviolable, et fit notifier à cette princesse l'acte de délivrance de Le Bourgois, en vertu du privilège de la fierté. Us la supplièrent que , « en Tonneur et remembrance (mémoire) du glorieux saint Monsieur saint Romain et de Téglise de Rouen, elle voulsist (voulût) tenir et faire tenir par ses officiers la dicte délivrance , la quelle, par la grâce et par les mérites du dit benoist (bénit) saint, avoit eue le dit Bourgoiz, et que elle voulsist soul&îr que les lettres de la dicte délivrance eussent leur plain et parfaict edect, tant en corps et biens du dit Bourgoiz que autrement. »
Le procureur de la reine Blanche voulait fiiire continuer les procédures commencées ; mais elle. « comme très vraie, très dévote et très par&icte catholique , coulumpne ( colonne ) et garde de l'église », ordonna à ses officiers de suspendre leurs procédures. Philippe d'Alençon, archevêque de
86 lUSTUlKfc DU PIUVILÉGE
Rouen , ëtait son neveu; elle le charged «r d^ordon«> ner de la dicte bosoiigae, promettant d avoir ferme et agréable ce qu'il lui en plairoit ordonner et faire. » Le chapitre n*avait garde de refuser ce prélat pour arbitre. Philippe d'Alençon^ après avoir entendu les gens de la reine Blanche et les députes du chapitre, trouva que « Le Bourgois n'avoit onques monstré sa lettre de délivrance à la reine Blanche , ne à aulcun de ses gens ; et que, pour ce, ma dicte dame qui, de nouvel, estoit venue à sa dicte terre, avoit eue juste ignorance du droict de Tesglise de Rouen. » Il décida , en conséquence, que « la dicte dame et ses gens debvoient estre excusez et quictes de tous blasmes et reprouches à leur procédé, i» Mais ce prelai prononça, bien entendu, que « Jehan Le Bourgois, son corps et ses biens, par vertu du prîvîle'ge Saintp-Romain et par Te'lection du chapitie , estoit à plein délivré , quitte et absouiz du dict homicide, et que, pour le dict homicide, ou autres crimes commis avant la dicte délivrance, il ne debvoit ne ne pouvoit estre détenu etarresté,
ni ses hiens saisis. »
I3t)f . C'était, il est vrai , un des effets du privilège de L« prfviiégt saint Romain , d'abolir la confiscation encourue par nsc.too, eidc- celui qui avait levé la fierté; il était aussi déchargé mmde. de Vamende qui avait pu être prononcée contre lui à raison de sou a*ime, quelque considérable qu'elle fijt. Il ne restait tenu que des dommages -intérêts
DE SAINT RCmAm. S7
envers les parties civiles, comme nous le vcmms bientdt. Mais s'il avait possëdë, précédemment, CM^m^
une charge ou im office qui eût été confisqué sur !r^v!rit*?m loi j par l'effet de son crime , le reconyniit-il après ' avuir lève' la fierté? L'aiiirmative semblerait résulter du fiût qae nous allons rapporter. En i 391 , Richard Le Prévost avait levé la lu rte. Avant son crime, il était titulaire de la sergenterie du Bourguignon, dans la forêt de Lalonde , près Elbeuf ; mai^ Louis de Toumehu, seigneur de Lalonde, avait iait saisir cette sergenterie etPayait retenue en sa main , après même que Le Prévost eut levé la fierté. Le Prévost dénonça an chapitre cette saisie comme un attentat au privilège de saint Romain, et iit assigner le sieui* de Toumebu devant le baiUi de Rouen. Le chapitre était alors un adversaire redoutable, et les plus grands seigneurs craignaient de se commettre arec lui. Le sieur de Toumebu sentit le besoin de se mettre promptement d'accord avec une compagnie dont le crédit était si grand. « Icelhn escuier, pour révérence et honneur de T église et du préviilége Saint-Romain , et pour icellui révérer et honnovrer à u>ui sou povoir, alla par devers les doyen et chappitre , en Tesglise cathédrale , et leur dit, présens plusieurs personnes notables, que la sergenterie du Bourguégnon estoit tenue de luy parfoy ethon^ mage, à cause de sa terre de la Londe, et qu'avant rarrestation de Le Prévost, il avoit &it prendre et
88 mSTOlBE DU PEIVIL&GE
mettre eu sa maiaceste sergeuterie^ publiquement, à oye de paroisse, ou autres lieux accoustumës, deuemeut et cou&tumièrcinent, et Tavuit faict desservir en sa main» pour son droiet garder, et ce, pour les hommages, reliefs, trekièmes, renies, aydes, et autres droictures à luy deues , et non pour autre cause. Il ne vouldroit (ajouta-t41) faire aucune chose contre les franchises, libertés, nobiesces, honneurs et rëvërences du prévillége de Monsieur sainct Romain, ne T usage et commune observance dHcellui. » H reconnut hautement que, par l'effet du privilège, Richard Le Prévost « avoit esté délivré en corps et biens, meubles et héritages, quani aux cas crûnuieuîx ( criminels ). » Quant à la sergenterie du Bourguignon, Le Prévost l'ayant, depuis peu, sâtis&itdece qu*îl lui devait, il déclarait lui rendre cette sergenterie, pour en jouir comme avant la saisie. Peu de jours après, le sieur de Toumebu et le procureur du chapitre allèrent à Taudience du bailli, ellui firent comiuâtre ce qui s'était passé au chapitre. Jean de la Tuile, bailli de Rouen, encore peu instruit apparemment de la pratique du privilège, ' « voulant savoir se ( si ) ce que dit esloit vray estoit, et se l'en (Ton) en avoit acconstumé à user ainsi que dit est, et s'il estoit raisonnable à passer sans &ire préjudice au roy , demanda aux saiges (sages) assistenz, advoeas et autres estans en la court, ce qu'il en estoit des choses dessus dictes. Ils distrent
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BK ftA«T BOHAm. 89
( direul ) et respoodimii que l'en ( l'on) eu avoil, ainsi que dessus est dia, mé et observé par vertu du dict prëvillëge , de tel temps qu*il n^estoît mëmore ( mémoire ) du contraire », et ainsi finit ce débat. Oii pensa donc que &i Le Prévost eût ëtë priv e de sa sergenterie , à raison de son crime , il aurait dû ensuite la recouvrer par cela seul i^u'il ait obtenu le privilège de saint Romain. Mais ëtait4:e toujours l'effet de ce privilège de réintégrer dans leurs offices ceuxqu'uu crime en avait £aût dépouiller? L'ailirmative semblerait résulter de ce qui précède , et toutefois, il n^ j avait rien de ûxe à cet égard. Ainsi, un revendeur de poisson à Rouen, condamné à mort pour crime de fausse niounaie , ayant, vers la iîa du XV*. âède, levé la fierté à raison de ce crime, voulut ensuite recouvrer son office de revendeur, que rairétde condamnation avait déclaré confisqué, et qui avait été donné par le roi à un autre titulaire. 11 se tondait sur ce que , par Teffet du privilège , il avait été « restabli dans sa bone fimie (réputation) et renommée. » Mais Péchiquier de Rouen, par un
« estuit et demeureroit couiisqué et resteroit à Timpétnait<'>. »
Le coalraire fut décidé, mais ailleurs, à l'égard de Raoul Goignet , qui avait levé la fierté en 1 586,
0) RegUtrcs sccrtb du parlement.
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90 HISTOIBE DU PRIVILÈGE
comme coupable du meurtre de son firère. Dès 1 585 , le parlement de Paris l'avait condamné à mort par contumace, pour ce crime ; son office de conseillersecrétaire du roi aux finances avait été confisqué sur lui, et un sieur Charles Benoise en avait ëte pourvu. Après avoir obtenu le privilège, ses démarches pour recouvrer son oiVice furent couronnées de succès. Par lettres-patentes de janvier 1590, il fiit rétabli dans sa charge, quil conserva jiisquen 1602, où il la résigna en fiiveur de Michel Renouard^*^ M. Des Gentils sieur de Thirac, conseiller au parle* meut de Bordeaux, qui avait levé la herte en 1 bl 8, à raison d'un meurtre et d'un rapt, prenait encore, plusieurs années après dans des actes que J*ai vus, le tilre de « conseiller du roy en sa court de parlement de BorJeaulx. » Mais l'ava!t-il en effet conservé? Je Tignore. J'ignore également si Maxi« milien Marc, l'un des huissiers du parlement de Rouen , qui avait levé la fierté en 1 6â9, perdit pour toujdbrs son office, dont cette cour sonveraîne l'avait dépouillé peu de tems après le crime. Toujours estnil certain qu'au moment où il obtint le privilège, les instances du chapitre pour lui faire rendre sa charge ne furent point écoutées. Mais void un
(') T c.sscrcau , 7/istoirt' chrorioJogique de la grande chanCËiltnc de France, livre *l , page ^% cl livre 3» page» 5^ cl 251.
i^) Requête au parlement «le Rouen , «le l'an l€i8t«
DS SAINT ROMAIN. 9f
dernier £iil qui paraît dëdsîf. Un sieur Duval ^ de
Lisleux, av ait love la fierle eu 1753. Son père, qui ^uiit prociireuri élant venu à mourir deux ans après, 51 f oulul exercer la charge de procureur, seul héritage que lui eût laissé le déiuut. J^t comme on lui fiâsait des difficultés, ik cause du crime qui l'ayait mis dans le csls de soilicitec la &erte, il eut recours au diapitre de Rouen, et supplia cette compagnie (le lui faire savoir si, en vertu élu privilège de saint Romain , il pouvoii posséder iouies charges ei o^ffim publics. Le chapitre lui repondit que « jamais difikultë n'avoit été plus mal fondée que celle qui lui étoit faite. Ce privilège, igoutait le chapitre, est une grâce qui abolit le crime avec toutes ses suites, ilont PinÊonie et l'incapacité d'entrer dans les charges publiques e^l une des principales. Aussi , paomitous ceux qui ont joui de cette grâce, dont plusieurs ont occupé des places très -distinguées et très-importantes dans Tétat, aucun n'a jamais été inquiété à ce sujet Ou ne connoît qu'un exemple d'une pareille contestation, mais qui a été décidé d'une manière si authentique en &yeur du privilège, que jamais la chose ne doit désormais paraître équivoque. 6i donc il n'y a point d'autre obstacle à votre réception, vous pouvez être tranquille. Le chapitre se portera volontiers à vous aider de ses titres et de sa
<•) DttMon du U octobre 17S5.
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crÛM 7
92 HISTOIB£ DU PRIVILÉfiE
protection , regardant comme une atteinte à son
privilège toute diâicuUë c^u'uu pourroit vous Caire à ce sqet. »
Enquête «le Mais, sans anticiper davantage sur Tordre des \d>%, faits , arrétons-uuus à Tannée 1394* si mémorable cm participnnii» dans Thistoire du privilège de saint Romain , et où trnnc , noyrn consequcnces de ce beau privilège turent i>i «li^MÎ^Mdu iiabilement et si curieusement dëveloppe'es» Cette année, à la.féte de T Ascension, la fierté avait été levée parie nommé Jehan Maignart, de la paroisse de Sauil-Maclou Je Rchilii, coupable Je Tassassiiiat de Rogier Le Yeautre. U n'avait pas été seul à commettre ce meurtre , et une scène qui se passa dans la ville, le jour de T Ascension, semblerait même indiquer que , s^il était pour quelque chose dans ce crime, du moins n'y avait-il pas eu le principal rAle. Après la cérémonie de la fierté, les confrères de Saint-Romain conduisaient, comme en triomphe par les rues de Rouen , Jehan Maignart, couronné de (leurs. Au bout Je la rue de TÉeole , une femme du peuple apostropha le prisonnier en ces termes : « Faux traître, meurdrier , tu as pris le fait sus tey, pour délivrer autry; tu t'en repentiras. Je pri à dieu et à Monseigneur saint Romain que tu fâches encore le fait de quoy tu saies trainné et pendu. » Cette insulte £ute au prisonnier, en présence de tous les membres de la confrérie Je Saint-Uomain et d'une multitude nombreuse, fut dénoncée au
m SAINT ROMAIN. 93
chapitre, qui, touché do repentur de ki cxni|MiMe, la coadauma, poui' toute pénitence, à aller avec sou mari entendre deux messes à Sainte-Catherinelez-Roueu Maïs cet incident avait éclairé la justice ; et , après la féle ; les oiEders du roi recherchèrent les complices de Maiguart, entre autres Pierre Kobert et Guillaume Marie, et procédèrent activement contre eux, à raison de l'assassinat de Le Yeautre. Le chapitre en porta plainte au roi Charles VI, qui , par une charte du96 février suivant, ordonna qu^une enquête serait faite pour constater si, dans l'usage suivi jusqu'alors, les complices avaient toujours, conune le prétendait le chapitre, participé à la décharge pleine et eiitière obtenue par le prisonnier admis à lever la fierté.
« Si ( disait le roi dans cette charte ) s'il vous appert souffisamment estre ainsi que dict est , faictes et souffires les dis chanoines joïr et user paisiblement ( doresnavant ) de leurs droiz, franchises, libertés, usages, possessions et saisines, sans içeulx molester ou soufnr estre molestén ou empeschiéz au contraire, ores ( aujourd'hui ) ne pour le temps à venir, » Dans cette même charte, le Roi Charles VI exprime la volonté de conserverai Icsdroiz, usages, franchises et possessions de la cathédrale de Rouen, où , dit-il , le cuer ( le cœur ) de nostre très chier
(') RegUtres du chapitre, année 139^, le samedi apris TAtcewon.
96 HISTOIRE DU PU VIlifiE
. seigneur et père (Charles Y), que Dieu absoiUe,
(absolve) repose, d auiaui plus qu'elles sont iaictes en la révérence de Dieu et du glorieux corps de saiat Romain. »
Jean de la Tuile, bailli de Rouen, commis par le roi pour faire cette information , entendit quatrevingt-sept témoins. Le procès -verbal de cette enquête existe encore. Cest un rdle en paidiemin , iorlbieu écrit, long de neuf pieds. Les quatre-vingtsep t témoins qui y figurèrent sont divisés en groupes de huit, dix, quinze ou vingt, selon les divers clicis de l'enquête auxquels se rapportent leurs dépositions; car les témoignages ne portèrent pas seulement, comme ouaurait pu s^y attendre, sur le point de savoir si l^alisolution obtenue par le principal coupable, au moyen de la fierté, profitait à ses complices, la principale toutefois, et même la seule question dont il se dut agir. Mais le chapitre avait jugé Toccasion favorable pour fortifier et étendre son privilège; et, à propos» d une question unique^ on le vit exposer une théorie générale aases complète , sur l'origine , la nature et les conséquences du privilège de saiat Romain ; elle consiste en une série de propositions toutes consignées dans l'enquête, toutes attestées par des témouis sans doute sincères.
Le préambule du procès-verbal est ainsi conçu : « Ce sont partiez des faiz et articles que entendent
l)L SAINT HOMAIN. 9S
à enseigner et infoimner à monsieur le bailli de Rouen ou a sou Ueuleuaui, Ica doyen etchappitre de Noslredame^ sur les cas toudianl le prëvillëge de monsieur &aiuct Kouuiaing, aiiîii que certaines lettres sur ce octroyées par le roy nostre sire, le 26'. jour de febvricr 131)4, soient enteriuccs et acomplies. »
Viennent ensuite les propositions alléguées par le chapitre.
« Premièrement, il est tout noctoire (notoire) et Pra»ièr« der, telmeut que aucun ne le doit ramener en doui>te ou à ygnorance , que par la grâce et prëvilége de monsieur saint Romain, est, chascun au, délivre, à la feste de rouvoisons (Rogations), des prisons du roy nostre sire, à IVouen , un homme ou laine, prisonnier ès dictes prisons, pour quelconques cas criminel que détenus y soit. Et est baillë et délivré par les gens et oâiciers du roy nostre «ire, tel honmie eu fiune , des dis prisonniers , oomme les diz doyen et chapitre ou leurs gens, à ce par eulx envoiéz et ordenés veullent nommer et demander. » C'est ce qu'un u 1 s-graud nombre de iciuoins attesta ; et on ne saurait s'en étonner, puisque, dès lâlO, comme nous Tavons vu, l'usage de la delivraïue annuelle d'on prisonnier avait été établi par une enquête.
La deuxième proposition figure déjà dans notre dissertation sur l'origine du privilège. Nous u en p^p*^**^ croyons pas moins devoir la reproduire ici :
I)eu:»i«iur
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Troi»irmc propotilioa*
$6 iUSTOia£ DU PB1V1LÉG£
tt Dit Ten ( rou dit ) communément, et est bien à tenir et à croire pour vérité , que le dit prëvilége fu ainsi ordenë en Tonneur et remembrante (mémoire) des notables .et beaux miracles que &st le glorieux saint Romain à la dtë de Rouen et à tout le païs de environ ; entre les quieulx ( quels ) par la grâce de Dieu il prinst et mist en subiection un grant serpent ou tlraglon qui estoii env irou Rouen, et dévouroit et destruisoit les genz et bestes du pais, telment que nulz n'osoît converser ne habiter en icelui païs; et, eusement (pareillement) icelui glorieux saint chassa et mist hors d*icelui pais anemis (diables) et malvéz espe'ris (esprits) qui conv£rsoient et habitoient an celui païs, telment que aucun n'y osoit demourer; avec ques plusieurs grans et notables miracles que Dieu 6st pour luy en sa vie cl depuis son trespassement, comme il peut estre sçeu nottoirement n
Puis le chapitre traçait la règle d'interprétation que Ton devait suivre dans tous les cas où il s'agirait du privilège de la fierté , et cette règle , comme on va le voir, était loui en faveur de Téglise de Kouen.
«c Item^ le dit privilège et grâce, qui est seul et singulier par tout le royalme de France , et ne fu pas ordenë ne mis sus sans grant dëvodon et juste
(0 Quarante-tepi tëmoim aitettèrant qoHb « ravoient «imi oj dire k
leurs pre'fîcfcsscurs ; qu'ils l*avoicDt oy preschier en pliuiears sermonJt et que l*cu dûoit que ain»i c5toit coatenu en sa légende. >»
]>£ SAINT ROHAIN. 97
cause, doit estre eatendu et gardé très largemeat et ferorablement, et ne doit estre dinûnuë, ne aucun des gracieux usagez dont les sage^ et uotabiez officiers du temps passë ont sonfiTeit et laiasë user, estre changiez ouappetissiës ; niaiz doit chascuii les emplir et garder ; car le dict pr^viiëge et grâce puet servir et valoir à toutes genz. conimuucs de toux paîs et estas..,. Le dict prévilége doit estre entendu hrgement el amplement, en la faveur et entencion de la loeage et gloire de Dieu et du dict glorieux saint ]»
Cette proposition est suivie de cinq autres relatires au cérémonial du privilège, c'est* à «dire it Tinsinuation f à la suspension des procédures et exécutions après cet acte; à la visite des prisons, à rëleclion du prisonnier, à la procession de la fierté. Ce n'est point id leur place ; j'arrive donc à la neuvième proposition , la plus importante de Tenquéte. •
« Par la dicte délivrance, le dict prisonnier ou R««jim« prisonnière, pour révérence du dictsainct, et, par ^^'^'^^ l'obsenrance sur ce usée (usitée) et gardée noctoirement de tel et si longtemps qu'il n'est mémoire aa contraire, esi absoubz et délivré de tous crimes précédctis j et reslitut: a ses bitiis meubles et héritages , à sa bone £aane ( réputation ) et renommée , avec tous ses complices et particîpans ou (au) fait des diz crimes dont il est déliyréz, sans ce que on
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98 UiSTOlBE DU PRIVILÈGE
en puisse contre eulx ou aucun d^eulx , par ju&lice <m autrement, fàdre poursuite ou rëirlamation aucune. » Celle proposition en contient deux. Nous revieodions à celle qui concerne les complices. Mais airêtons-uous d'abord à la première, où il est dit que le prisonnier qui a levé la (lerte « est absoubz et de'Kvrë de tous crimes précédents. » Tel était, en effet, dans le principe, Teffet du privilège de saint Romain, deFayeuméme des officiers du roi. Cestce que prouve 1 acte de sauvegarde donné par le bailli de Rouen, le jour de T Ascension 1369, à Nicole Lecordier, qui, ce jour-là, avait levé la fierté. Je transcris sur Poriginal : « Sachiés ( dit le bailli ) qe nous avon délivre franc e quile de tous forfes Nichole Lecordier, qui, autrefois, se nomma Pierres Le Talléor, le jor de TAscension de nostre sengnor Jésucrist, par la droiture é par la franchise dei'igiise de Roëm é por fat révérence deu corps mon sengnor seintRomaing de Roëm, seloiic la franchise que le dictseint mon sengnor seint Rommainga, chascun an, à Roëm; é li otrion franc aler é franc venir par la terre nostre ségnor le Roi, et est firans de tous forfts quielz qîl soient , del tens en arrère jusqes au jor dui; é, en tesmoing de ceste chose, nous avon mis en cest escrit le séel de la baillie de Roëm<'>. i> Cette conséquence du privilège de la fierté , si
tO Aaciemies «rcbivet du chapitre de b cathédrale de Rouen.
DK SAOrr ROHAIK. 99
dairea^ni marquée dans Tacte que Toa vient de fire , avait été reconnue depuis par un autre bailli de Rouen , dans une charte de 1391 , où il dit <]ue ïUdiard Le Pr^voat, sergent dans k fiorêt de Lalonde, « £ut absouk, parla levée delà Herle, de tous les cas crimineak qui par luy avoient esté fais « commis on perpètres^ de tout le temps passé jusques ou (an) jour et heure que il out ( eut ) la dicte fierté ^'K j» Mais , el ce témoignage est plus imposant, il existe dans les archives de la cathédrale une charte de Charles VH, du 17 mai i 4i6, où ilest ditqne le prisonnier qui a levé la tierte « est ab&ok du cas pour k quel il Ta levée et de tous crismes précédents. » On y trouve aussi un acte du 27 octobre 1 émané du chapitre, à la vérité, où il est dit que ceux qui ont levé la fierté « sont francs, quictes et exempts de tous crimes oonumis et perpétrée en précédent de la lévacion de la fierté de monsieur sainct Romain, et ^'ainsy a esté veu, usité, gardé et observé, le temps passé. » Ainsi, chose étonnante, tandis que les lettres de grâce octroyées par le roi de France , signées de sa main, et scellées de son grand sceau, ne reuic liaient à l'impétrant que le seul crime spédfié dans leur contexte, et encore sous la condition
expresse que l ayt-u Ju piisuiinier av ail été sincère, «ans qaoi les magistrats , chargés de les entériner.
(*) Anctennes archives du cliâpiirc de la cathédrale de Rouen.
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100 HISXOIEE mj PRIVILEGE
pouvaient et devaient les déclarer nulles; le privi^ lëge de rëglise de Rouen, bien autrement efficace, ne se bornait pas à ab&uuiire le prisonnier du crime à raison duquel il avait ëtë mis en prison , ou que, voloiilaiicmoiit , il était venu coniesser, mais Je ceux, peutp-étre plus énormes encore, qu^il n'avait point expiés et qu'il n^osait avouer, tani ils eussent inspiré d'horreur! pouvoir exorbitant, sans doute, puisque le privilège de la fierté devenait ainsi , en quelque sorte , un baptême propre à eHacer toutes les souillures antérieures, et à &ire du prisonnier délivre , c'est-à-dire du plus infâme scélérat, peutêtre, un nouvel homme à qui, nous le verrons bientôt , il n'était même plus permis de reprocher sesfor&its!
Quant à la seconde partie de la proposition , où il est dit que les complices du prisonnier délivré par le privilège , participaient à la grâee qu'il avait obtenue , la vérité en fut attestée par une multitude de témoins. Telles fiirent, en somme, leurs dépositions :
« U est voix et commune renommée , et chose toute nottoire et publique à Rouen et environ, voire par toute Tarchevesquie de Rouen, que quant aucun est délivré par le dit prévillége et a la dicte fierté , il déUvre et franchist de tous crismes précédens tous ceulx et ceUes qui ont esté complices et partidpans avec luy , et sont lessiéz et ont esté et sont demoréz
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DE SAINT BOAliUM. 101
quicles, dclivités et paisibles des dis crimes, et restablis à leur bone famé ( réputation ) et renommi^ef et à leurs biens meables et héritages. »
« G)iiibien que les cas soient advenus plusieurs foit que il ait eu ès dis faix plusieurs complices autres que ceuk. qui av oient eu la tierte , néanmoins onques nuk d*iceiilx complices , de souvenance ou méinoire d'omme, n^eu fu exécute ne banny, ne ses biens confisquez pour le ùii ou crime dont l'un eust eu la fierté. »
« Mès a Ten veu ( mais on a vu ) plusieurs fois les cas escheoir, que quant la dicte fierté cstoit livrée par ledit privilège au prisonnier ou prisonnière, ceulx qui avoient esté ses complices et partidpans ou (au) (ait dont il avoit esté ainsi délivré, venoient plainement , publiquement et asseurëément (en sûreté) fSiT la ville de Roëm» et que justice les vëoit et savoit et les povoit savoir et veoir , et ne les empeschoit ne molestoit en aucune manière, mais les souffiroit joïr paisiblement du prévilége et grâce de Monsieur saint Roumain. »
Tous ces témoins alléguèrent beaucoup d'exemples qui allaient à prouver que les complices de celui qui avait levé la fierté s'étaient, toujours ensuite, montrés impunément, sans qu'on les eât jamais inquiètes. Nous rapporterons quelques uns de ces laits, parce qu'ils servent k peindre les
mœurs du ieuis.
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fait.
102 Ul&TOlRE DU PBIVIJLÉGE
Premier « Viiigtp-cinq ans auparavant (c'«sl-à-dire vers 1370 ) dans une querelle de taverne, Jean Baratte avoitfëry (frappé ) CoUiii Gueroult d'uiig coui»iol, par deux coux, dont mort s'en ensuy. 3» Jean Baratte se rendit aux prisons du château de Rouen. Thomas Baratte, son ixère, complice du meurtre, avait pris la fuite , et « estoit allë se mettre en firanditse aux Jacobins, à Kouen, où il fu grand espace de temps. Cependant son firère fut délivré par vertu du pri- . vilc'ge saint Romain, et ot (eut) la fierté du dit saint, le jour de T Ascension. Alors, Thomas Baratte , son frère, yssi (sortit) de la dicte franchise, et alla et conversa frandiement et quictement en sa maison et par les mes de Rouëm tout publiquement et noctoirement , sans ce que Justice ne (ni) les amis du mort luy demandassent riens. Et Ton disoit communément à Rouen que l^n avoit délirvré Tautre par la dicte fierté. »
Deuxième Voici k sccoud fait : Cinquante ans auparavant , c'esl-à-dire versISii, « VatierBemart, demourant en la paroisse Saiul-Candre(le Vieil), en l'ostel de la G>ste de la Baleine ( on voit qae cette hdteilerie de Rouen est bien ancienne ) , tua un homme en une taverne à Rouen. Pour lequel cas il ot la fierté. Il avoit plusieurs complices qui furent tous paisibles et quittes par la délivrance qu'il avoit obtenue, t» Troitiime Lc tTOisième fait est un peu plus détaillé. Laissons parler le témoin lui-même :
bit.
m sAmT aoMAiN. m
«( Environ quarante-deux ans a, Jehan Vaudin ,
drapier , et Vatier Leroux tuèrent , en la rue Valier Blondel (à Rouen), Jean de GoUemare, drapier, et fu environ une feste de Toussaius. Pour le quel cas les dicis Vaudin el Leroux fiirent appelés à ban et iiaauis du royalme ; lequel ban ils sousiindrent par l'espace de trois ans ou eiiTiron. £t depuis, se vint le dit Vaudin rendre prisonnier ou (au) chastel
de Roën, en espérance d'avoir la iierte , laquelle
lui fil donnée et octroyée.... , et fu délivré en corps etenfaien^ par vertu du previle'ge saint Romain. £t lantûsi (aussi-tôt) que ledit Vatier Leroux sçeut que ledit \audiii avoit esté ainsi délivré et qu'il avoit , en la fierté , il retourna en la ville de Roèn , en la coinpaignie de sa lame et de ses enfans qui lors demouroieni ou (au) dos Saûd-'Marc^ et y feut rageu par ses voisins joyeusement et liéement (avec satisfaction, joie), et, depuis , demoura paisible longues ann^s , c'est assavoir douze ans et plus , et jusques au temps de sa mort, comme franc , quitte et délivre dudit cas , par la vertu de la délivrance que avoit eu ledit Vaudiu , sans ce que, pour ledit cas, il iubt arresté, ponrsuy ne empesché par justice, par les amis du niort, ne autrement, combien que la suer (sœur) dlçelui mort demourast près dudil Roux. »
INx4iuit témoins de la paroisse ^e Pavilly attestèrent un fait analogue. Laissons-les parler euxmêmes :
106 HISTOIBE DU PRIVILEGE
« Y a vingt-quatre ans et plus, Guillaume Yon,
laboureur de bras ( ouvrier ) , et Guillaiirae Dangîens, tanneur, lors demourans à Pavilly, huèrent un homme nommë Colîn de la Chapelle, boucher à Pavilly. Pour lequel cas Y ou fu prias et niis prisonnier ou chastel de Rouen , oii il fu et demoura environ depuis septembre jusques à la feste de Rouvoisons (Rogations) après ensuivant, qu'il en fu délivre par vertu du prëvilége saint itoinain, et ot (eut) la fierté. Guillaume Dangiens se afasenu du pays , et rendit fuitif, et fu en la dite fuite jusques ad ce que il sçeut que Guillaume Yon avoit eu la fierté pour le dit cas. Et lors , environ un quartier d'au aprèz la délivrance de Guillaume Yon, vînt et retourna audit lieu de Pavilly, a son demeiu« , et illec se maria à une fa me de Siherville près d'illec
(de là), dont il ot (eut) plusieurs enfants Depuis '
son retour jusques au temps de sa mori, il demoura paisiblement et quitement en la dicte ville, faisant son dit mestier de tanneiir, voyans et sachans les gens de justice, et les amis du mort, sans ce que on luy demandast riens , pour cause du dit crime. »
Le fait qui procède fiit aussi attesté par « noble et puissant seigneur monsieur Robert, seigneur d*£sneval, i> mais avec une addition fort notable. Après avoir dit queDaii^iens était revenu à Pavilly, et y avait «c demouré firanchement , quictement et
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DE SAlN i KOMÂIN. 105
paisiblement, longtemps après, jusqiies ou temps de sa mort, sans que les gens de justice ne les amis dnmort lay deihandassent riens pour cause du dict crime « , IVobert d'Esneval ajoute :
« Aucuns des amis du boucher homicidë ayant appelé Daii^ieui» ineuidriery injurieusement, pour le dit fait, Dangiens les poursuivit en justice pour cette injure et en obtint réparation. Pour moy, dît encore le sire d'Ësueval, «i se (si) ce n*eust e^té la » d^ivrance que Guillaume Yon avoit obtenue par » verlu du pre'vile'ge saint Romain , j'eusse fait » prendre le dit Guillaume Dangiens son complice, » quand il revînt à PaviUy, pour lui (ière fère » raison et justice, si comme il eust appartenu. »
Ajoutons enfiin que Tefifet du privilège , relatîrement aux complices , ne se bornait pas à les absoudre du crime à raison duquel le principal coupable avait levé la fierté ; mais que , non plus que ce dernier, ils ne pouvaient être recherchés à raison d'aucun crime antérieur, quel qu'il lût., «c Quant aucim est délivré par le dict piévilége, et a la fierté, dit Tenquéte de 1394, il délivre et franchist (absout) de tous crismes précédenstous ceulx et celles qui ont este complices et particîpans avec luy, et sont lessiés et ont esté et sont demoréz quictes, de'livres et paisibles des Jits crismes, et restablis à leur boue famé (réputation) et renommée et à leurs biens meubles et héritages. » En sorte que
!06 UISTOIRB BU PRlVIliOE
la confiscation encourue par le prisonnier et ses complices était abolie par l*effet de la levée de la fierté. C^est ce que nous aurons occasion île remarquer ultérieurement plus au long. Dans des tems de désordre et d'anarchie, ou taiilde crimes se commettaient par des bandes d'hommes armés, que Von calcule le nombre des malfaiteurs qui , seulement dansFespace de trente et quarante ans, se trouvaient ainsi , coupables et complices , lâche's de nouveau dans nos cités, par suite de cette abolition générale de tous leurs crimes antérieurs , marchant la tête haute, le poing siur la hanche, et tout prêts à citer devant les tribunaux , à poursuivre en réparation civile rhonnête homme indigné qui leur dirait leur lait, et sans doute on sera efiOrayé de Tétat d*alaime et de défiance où une si scandaleuse impunité' plaçait les citoyens paisibles.
Au reste , ce privilège , qui , en 1 469, avait encore une étendue si grande, finit par être restreint dans des bornes plus étroites. Il avait pris ces accroissemens au tems des échiquiers ambulatoires, qui, ne siégeant qa^à intervalles, et souvent composes d officiers nouveaux, ne pouvaient exercer dans leur district une action continue et uniionue. Mais réchiquicr, devenu stationnairc en 1499 » mit un terme aux empiétemens du cliapîti'C ; et , sans doute , c'est à cette cour souveraine qu'il fiiut attribuer l'importante modification qui
Tédmsit l'e£fel du privilège de la fierté aux seuls
crimes couiessés par l'impëtrant, et, de plus, noQ bagues de cette ^lice. Alm s'introduisit la formule de délivrance : « pour les seuls cas par lui confessés, et ainsi qu'il les a confessés. » Cki pense bien qu'à cet égard la condition des complices suivit celle du principal auteur du crime ; et, en outre, le pariement modifia encore le privilège , en anré-* tant, lors.de renregistrement de l'édit de 1597, que , pour participer aux effets du privilège de saint Romain, les complices devraient se présenter en pcrMnne, sans quoi ils seraient exclus de la grâce obtenue par le principal auteur du crime. En ces deux points, Tédit de 1597 dérogea encore à celui de novembre 1512. Car, par ce dernier édit, Louis Xn avait ordonné que les prisonniers dé* fiviés «cseroient aisotJs et délivrés, sans aucune punition, de tous cas et crimes précédemment par eux commis, sans que jamais on en pât contre eus ou aucuns il'iceus, par justice ou autrement, faire pounmle oa rëdamatioD aucune. » Et à régard des complices, il pruuou^i, du moins implicitement, la même absolution que pour le principal coiqiable, c*est-à-dire une absolution de tous les crimei^>assés, queU qu^ils fiissent
L'enquête de n^eut pas alors de grands réstdtats, le bailli Jean de la Tuile et le procureur du roi étant morts peu de tems après. Mais en
m HISTOmE DU PBIVIlJÉGE
1406, un (ait que nous allons rapporter força d'y
avoir recours. Colin Gueroul, do la paroisse du Val-de-la-Haie f près de Rouen , et un grand nombre de personnes qui étaient avec lui , eurent une querelle avec Jean Delacroix dit le Basiard , qui , lui-même , ëtait accompagné de quelques amis. Des mots on en vint aux coups ; Jean Delacroix fut tuë. Cette annëe même , Colin Guerout leva la fierté à raison de ce meurtre. Les magistrats ayant voulu procéder contre les nombreux complices de Colin Guci oull , et les biens de ces derniers ayant été saisis, le çhapitre se plaignit au roi de ce nouvel attentat au privilège de saint Romain. 11 invoqua Tenquéte de 1394-, qui avait si bien établi que les complices de l'impétrant du privile'ge ne pouvaient pas être poursuivis à raison du crime pour lequel il avait levé la fierté. Le roi déclara qu'il « vouloit conserver le dit gracieux prévillége et usage advenu et gardé de sy grant ancienncté à la loenge et bonne ur de Dieu et du glorieux saint Romain , et de toute TEglize , pour le quel Dieu fist plusieurs biaux et nottables miracles en sa vie et après , en la dicte ville de Roën et païs dVnvirpn , et en plusieurs autres, en maintes mennières ; et a esté inonslré par révélacîon et expérience que saint Romain en Sk garde et patron. » Il manila donc, par ses lettrcs-patenles du 10 mai 1 406 , à Jean Davy, seigneur de Saint-Père , de se
faire représenter i'eiiquète de 1394, faite par Jeau de U Tuile ; d'examiner les d^ositicmt qui y étaient cuiitenues ; de rëcoler, sur ces dépositions, ceux des témoins qui seraient encore vivans, et « d*adjouster pleine foy à celles des tesmoins décédés , attendu que le dia ieu J ean de la Tuile , bailly, esloit saige et preiidomme. » Si , après avoir mûrement examiné celle enquête, avec ses con^ seiliers et le procureur du roi « il voyait clairement que les complices dussent être faits participans du privilège , le roi lui ordonnait, en cecas , de les en faire jouir, à présent et dans la suite, et de fane mettre en liberté ceux qui seraient en prison, sa majesté les relevant de la péremption par eux encourue* Le bailli obéit aux ordres du roi. Le droit du chapitre , relativement aux complices , fiit établi de nouveau; et, le 1^ avril 1407, les complices de Jean Maignart obtinrent enfin une sentence de congé de cour, qui leur avait été jusqu alors refusée. Les chanoines de Rouen « craignant que l'enquête de 1394 qui leur avoit grandement cousté, et qui, au temps advenir, pourroit donner forme et congnoissance de la manière de user, en ceste matière, ne feust perdue, ouempirée, pourrie ou GoiTompue à leur grant préjudice », obtinrent du roi Charles VI un ordre adressé au bailli, de donner ao chapitre cette information « pour la mettre ou (au) trésor et avec les autres charlrcs et prévileiges
1 10 iUSXUm£ DU PfilVil«£G£
de rcsglise de Rouen, pour la garder plus seurement, à perpétuelle mémoire. » Ce magistrat obéit Grâces aux soins du diapitre , l^original Ae Tenquéte de 1394 est parvenu jusqu'à nous., dans un étal de conservation parfiiît; et, comme les lecteurs ont pu le voir par ce qui précède , cette pièce n'est pas une des moins importantes oii nous ayons puise'.
IV. priKmnim Ccst m ic Ucu dc rapportcr un fait qui se passa iila " et »è rè". ^ la fiii du xW. sièclc, sous le bailli Hue de Donc- ^hMnkT* ^ querre« Des prisonniers qui avaient été élus par le chapitre pour lever la fierté, et que ce bailli avait, on ne voit pas pour quel motif , £auitrammer dans les prisons dn château , parvinrent à s^édiapper et eurent Theurcuse idée d'aller chercher asile dans la cathédrale. Le bailli se rendit en tonte bâte à Nuire-Damo. Que[(|u'ua qu^l rencoutra, chemin fusant^ hii dit : «c  l*église, poorréb vous po Ici e , car elle est moult spacieuse , mais vous pourréa y mettre gardes se vous vouka. » Arrivé dans la cathédrale , il hwiw çu^il y iwmi grmd peupk» « Quant les prisonniers le virent, ik montèrent sur la tombe du roy Charles-le*Quint^^' », récemment construite dans le chœur de la cathé- (hrale. Gomme il venait de donner Tordre à deux sergens de savoir ce que devenoient les prisonniers,
!■) Chviet V , roi de France , <|ui avMl élé duc 4e Nomuiiidie.
te doyen du duipitre et un chanoine vinrent le
joindre, sous prelexie de couicrcr avec lui; mais
ils ne vendaient qne Taninscr ; et , pea d'inslans
après, ou vint ravertir que « les chapelains eatoient
ysans du cner et en avoieht amené les priftonniers
en la tour , par le commandement du chapitre, y»
Le baiUi , se voyant joué , « commanda au doyen
qa^ii féist ouverture de eelle tour, pour savoir des
prisonniers se ilz v^uloient forjurer ( se bannir de
la province) ou eulx rendre , selon la ooustume de
Normandie », et , en même tems , il déclara au
doyen que « l'Esglize devoit garder les prisonniers
jusqucz que ilz^ eussent desclairé leur volenté.
Adonc, le bailli s'achemina vers la tour, oà il uuu de
tronva des chapelains qui lui parlèrent or£;ueilleu- •uUeetb.uudan.
sèment, et luy di&treut que en la tour ne entreroit J/thMom^*.
point. Iau, par son sérement , dist que si feroit, coi- e!l, d."cb««l?
dant(croyant) tenir la porte. £tlà, le tindrent par la
poiterine, et le boutèrent (poussèrent) et sachèrent
(tarèrent), et luy ostèrent son chapel, et tirèrent sa
cotnecte impi^Auensement, disants que ils seroient
bien advoes, et le féirent sai^er d un doy, et à
po qu'il ne l'abattirent ( peu s*en fallut ^'ils ne le
renversassent). » Le doyen étant survenu, le bailli
se plaignit à lui de ses gens , et lui raconta ce qui
venait de se passer, « lequel doyen ouy la plainte
du bailli , et ne s^cn féist que moquer* » Sur la
demande que le bailli fit des clés de la tour, a l'en
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112 HlSTOm£ DU PRIVILEGE
se moqiioit de lai , disant qu'elles estoient en lieux supposés^ , par moquerie. Luy fu fermée la porte de ceste tour, et chantoient les enfants de cuer par dérision : Actolite porlfts; encore n entrerez vous pas* 1» Il parvint enfin à se ressaisir .des prisonniers; et, par délibération du'Conseil, il ordomia que te ceux qui avoient mis la main à lui feûssent menez en prison. » Mais deux de sessergens, en voulant arrêter un chapelain^ « firent trop bien frôliez et batus et traynéz. Un autre chapelain fa prios Y présent ie bailli ; mes les chanoines Aiespëe , la Porte et autres , le rescouïrent ( le délivrèrent) violentement , et dist le chanoine la Porte au bailli : « Bailli « bailli , malgré vos dents, vous ne l'eumerrez point. » Et se prindrent à lui, et le injurièrent^ et, par espécial, Âlespëe. » Plus tard , en vertu d'une nouvelle dédsiou du conseil , tous les prêtres qui avaient commis des voies àv. lait dans la cathédrale , furent arrêtés et conduits au château. Admonesté par Tarchevêque de Rouen , de lui rendre ces prisonniers , le bailli tarda tant qu^U en Ju exconunenié. Par représailles, il fit saisir le temporel du chapitre. Après bien des débats , on finit par transiger amiable ment, et cette affiiire se termina comme toutes ies autres.
Nous avons vu le bailli offirir aux prisonniers
de a forjurer le pays , ou d'eulx rendre , selon la
cuu^iume de Normendie. » Cest ici un des anciens usages judiciaires delà province, usa-e curieux, et qui mérite quelques détails. Dans notre ancien droit normand, lorsqu'un criminel, fuyant la justice, avait réussi à gagner asile dans une église ou dans tout autre lieu saint, il n'acquérait point, par là , une entière impunité' , mais il avait à ciioisir entre deux résolutions : celle de se rendre aux officiers de justice , pour subir le sort qu'il av;iit encoum par son crime, ou de sortir de la proirince, sansy rentrer jamais, sous peine d'être regard*' comme coupable, et trailë comme tel, lors même qu'aucun jugement n'avait étë prononcé contre hii. Neuf jours lui ciaient donnes pour prendre un parti. Pendant ces neuf jours, il était loisible aux siens ou aux gens de re'gUse de lui apporter des alimens; mais seulement ce qu'il lui en fallait pour soutenir sa vie. Des -nrdes places dans l'église veillaient à ce qu'il ne piit s'échapper. Les neuf joiu*s écoulés, on ne pouvait plus loi apporter de nourriture; les gardes 1 empêchaient rigoureusement, et il fallait qu'il se décidât ou qu'il mourât de faim. S'il dcsirail rester en Normandie , les officiers de justice s'emparaient de lui. S'il aimait mieux foi3urer<'>, c'est-à-dire se
(•> Forjorer , composé des nioto/»w, èithots , et /umv, jurer. F«rjnitr, c*écait jurer d*aller dehors, de sortir.
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1U HISTOIBE DU PRIVILEGE
bannir de la province » il demandait chemin royal, ou voye de droict, ce qui éisXl la même chose ; alors, on lai&ait venir les magistrats et quatre chevaliers, et devant eux, le prisonnier, ung pié sur le lieu saind, et Vautre dehors, yav2L\i sur les Evangiles iju'il partirait de Normandie, et que jamais il n*y reviendrait. Il devait alors parùr imiuediatement. Ses frais de route lui étaient paye's jusqu'au point de la Irontîère par où il devait sortir du pays. Des olBcîers de la justice laie et delà justice ecclésiastique du doyenne d'où il parlaîtpourreril, raccompagnaient jusqu'au plus prochain doyenné. Là, d'autres officiers les relevaient, et comoioierU Témigrant jusqu'au doyenné le plus voisin , et ainsi de suite , de doyenne' en doyenné , jusqu'aux limites de la province* Nous reproduiions ici le texte même de l'ancien coutumier, pour ceux de nos lecteurs qui aiment à voir les choses dans leur source. « Se (si) aulcun damné ou fuytii s'eniuyt à l'église ou en cymiliere, ou en Heu sainct, ou s'il se aërd ( attache) à une croix qui soit fichée en terre, la justice iaye le doit laisser en paix par le privilège de Téglise ; si , qu*elle ne mette la main a luy. Mais la justice doibt mettre gardes qu'il s^enfuye d*illec. £t s'il ne se veult dedans neuf jours rendre k la jnstîci» laye , ou foriurer Normendie , la justice ne souiirira d'iUec en avant que on luy apporte que menger à soustenir sa vie, jusques à ce qu'il soit rendu à justice , pour en
ordonner selon sa desserte (selon ce qu'il mérite), ou jusqu'à ce qu'il oflre à foriurer le pays. Et le foriurera en ceste forme : D tiendra ses mains sur les saiuctz Évaugiles , et jurera que il partira de Normendie, et que jamais n*j reviendra , qa*îl ne fera mal au pa^^, ne aux genU qui y sont, pour diose qui soit passëe, ne les fera grever ne grèvera, et raal ne leur fera ne pourchassera , ne fera faire ne pourchasser, par soy ne par aultre eu aulcune manière , et que en une ville ne gerra ( couchera ) que une nuict, si ce n'est par grand defauite de santë. Et ne se faiindra ( ne cessera ) d'aller tant qu'il soit hors de Norineudie, et ne retournera anx lieux que il aura passés ne à aultres pour revenir, ainsyra tousiouis va avant. El si commencera maintenant à s*en aller. £t si doibt dire quelle part il vouldra aller. Si lui taxera Ten ses journées , se* lou sa force et selon la grand quantité et longueur de k voye. Et s*il remaint (reste ) en Normendie, depuis que le tenue que on luy donnera sera passé, ou se il retourne une lieue arrière , il portera son jugement avec soy ; car dès qu'il sera aile contre son serment 9 saincte Eglise ne lui pouira plus aider »
Cette coutume , établie en Angleterre , par
<') Grand Lotj^lMnur du pay s et duché (k Normendie^ chapitre 82 , « De ilamaé£ cl Je fii^ tifi^. » Edition de 1539.
Il G U1ST01R£ DU PBIVILEGE
Ëdouard-le-Confesseur^'\ avait été importée en
Normandie , après la coaquéie Je ce royaume, par Guillaame-le-Bâtard , et avait passé dans nos lois
normandes.
ii»ri V, roi II était dans la destinée du privile£[e de saint uotrrodunuiire ixomaiu Q i'Lonner les nouveaux gouvei licmeus qui ll^t^a^^ se succédaient en Normandie. Ce droit royal , dans
lent contrstrr nti i •!» l^*.* 1
rlupuw le pn- mams d un corps ecclésiastique, leur paraissait- «jésedekâme. e'^r^gg, jlg essayèrcut successivement de le reprendre comme usurpé sur les prérogatives de la couronne. On a vu, en 1 S 1 0, un officier de riiilippe> Auguste se refuser à la délivrance du prisonnier élu par les chanoines ; le monarque ordonner une enquête sur ce points et respecter prudemment la possession du chapitre, attestée par neui leiuoius. Deux siècles après , lorsque, du tems de la démence du roi Charles VI, une partie considérable de la France subit le joug de Tétrauger , et que la ville de Rouen, après six mois d'une résistance héroïquo^ eut été contrainie enfin d'ouvrir ses portes h Henri V, roi de France ei Angleterre ^ le privilège de la fierté déplut, tout d'abord, aux officiers du nouveau maître. ]>ès Tan \ 420, quelques jours avant TAscensiuii, lorsque les chanoiucs députés allèrent, suivant l'usage , au château insinuer le privilège , Gauthier de Beauchamp , nouveau bailli préposé
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par Henri V, iguoraiit entièrement ce privilège « dont le roy et luj n'avoieni eu , ditp-il , aucune congnotssance depuis Ta joyeuse conqueste faîcte par le roi Ueiiri V, de la duchié de Normandie et la réduction de la yille de Rotien » témoigna une grande surprise, et refusa provisoirement de donner acte de Tinsinuation du privilège. U s*enquit s'il était vrai que le cliapilrc iùt en possession de Jeinander un prisonnier chaque année, le jour de TAscension. Une information eut lieu en sa présence et celle du cardinal de Wincester, oncle du roi. Le chapitre produisit des actes authentiques, et déplus les deuic commissaires u trouvèrent, par le témoignage de plusieurs officiers , qu'un prisonnier debvpit estre délivre à rcglise de Rouen. • Toutefois, le bailli ne voulut rien prendre sur HeanViMo*-
B«tt le pri*ilr{;e
lui; Henri V était à Mantes; il lui écrivit pour lui de demander ses ordres. Par une charte datée de Mantes , le monarque anglais répondit que « le dict privilège debvoit estre inviolablement gardé. » Dans ces lettres, Henri V'se disait « bien informé du dict privilège, et comme les dicts chanojTies en avoient accoustume jouir n et déclarait vouloir, « en Tonneur et révérence du dict glorieux confesseur monsieur saînct Rommaîng, iceulx chanojnes ^ estre maintenus et gardez eu leur possession et saisine au droia du dict préviliége. » Qui ne reconnaît ici la politique habile à laquelle , plus de deux
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118 HISTUIRK DU PRlVLLtGt
siècles avant, avait obéi Philippe-Auguste? Henri V, lui auâsi, était un nouveau souverain eu Normandie^ un conquérant; et voulant affermir sa domination qui u^agréaitpas àtous, il a avait «>arde de s'alieuer le haut cierge, si puissant dans cette vaste provmce dont roccupalioii t-tait encore bien re'cente. Fort l'approbation du monarque, conçue dans les termes les plus rassurans pour le privilège de saint Romain, le chapitre, « par la délibération de monseigneur le cardinal de Wincester, i> élut pour lever la iierte cette année, « Jehan Ânquetil, prisoniiier pour ravissement par luy faict à la personne de Guillcmetle Aubert.» Ces muls u par la ilciibcration de monseigneur le cardinal d'Angleterre» semblent montrer que ce prélat étranger avait pris , dès-lors, un grand ascendant sur le chapitre de Rouen, qui, au reste , lorsque ses membres venaient à mourir, ne se recrutait, le plus fréquemment, que de prêtres anglais. Aussi, pendant les vingt-cinq années que dura Toccupalion, la fierté fut-elle donnée souvent à des anglais. Le crédit qu'emploie ici ce cardinal, ouele Ju roi, à obtenu le privilège à lui Guillaume
Anquetil, nwisseur d*une fille, c'est-à-dire coupable de viol ( car cVst là ce que signifie le mot rapt ou ravissement, dans le langage du tems ), que ne le fit*il servir plus tard à obtenir la même grâce pour une femme bien autrement digue d'intérêt sans doute, l'héroïque et infortunée Jeanne d'Arc? Mais
Dh SAINT AUMAIM. 119
alors il ii'ëtaitpluâ daus ses jours d'iiidulgeace ; et on le vit appliquer, au coatrairef tout son pouvoir et toute son e'nergie à torturer les derniers insUiis de la vie de cette femme, et à dresser le bûcher sur lequel , après les plus horribles souffrances , elle exhala son ame héroïque. Ainsi , toutetbis , fut re-connu et confirmé par un monarque étranger le droit de i église de lioueu. li se présenta bientôt, et encore à Toccasion de Tëlection d'Anquetil, un incident qui se tenaina à Tavantage du c liapître. Anquetil avait eu un complice nommë Guillaume Lesueur, qui était détenu dans les prisons de Rouen, Après TAscension ,4e$ chanoines prièrent plusieurs ibis le bailli de le mettre en liberté. Le baîllî s'y refusait « pour ce qu'il u'estoit pas informe à plain que , parle dit prévilîége , il deust cstre ainsi faicl, » Alors les chauoiues produisuent «plusieurs cliarircs et eseriptures anciennes et autres desclairations, et fpriaines inibrmatiuns autrefTois^ faictcs ( celle de 1 i^A sans doute ) sur la manière comme Ten avoit acoustumë user du previlliege Saint Rommaing, en tielx cas et semblables. » De plus, u il s'enquist à plusieurs notables personnes, et anciens, tant du conseil du roy nostre dicl seigneur , et mesmes des bourgoiz et conseillers de Rouen , comme autres de pays et duchie de iSormendie, qui tous attestèrent que , par le moyen de celluy qui estoit délivré par \e ditprëvilliége, tous les complices et participans
jouyssoient de la dicte délivrance comme lay. » Le bailli eu rëiéra au roi Henri V, qui se trouvait alors à Rouéh^ « pour 9 sur ce^ ordonner et faire son plaisir et volonté. » Ce monarque, « soy disant bien informe du dit prévilliége et comment les diz chanojues en avoii^iit accou&lumc jouyr, voulant^ en Tonneor et révérence du dit glorieux confesseur monseigneur saint Ronmaing , iceulic chanoines estre maintenus et gardée eu leur possession et saisine au droit du dit prévilliége, donna ordre de mettre Guillaume Lesijeur en liberté. » Gautier de Beauchamp, déférant à cet ordre, s'empressa de doiiuer congé de court à Ce prisouiuer, qui avait été retenu plusieurs mois dans les prisons de Rouen
Enquêtes de Plus tard on chercha chicane au chapitre sur une des formalités importantes suivies, jusqu'alors, d«Mpr^o^>Ti^ dans la pratique du privilège. Le chapitre préteu-îiu^ pouvlifo!" T*^ chanoines envoyés par lui aux prisons, w^IuiTeîi lundi, mardi, mercredi des Rogations, et jeudi «kr»uiitiir? jQmi de l'Ascension , pour recevoir les déclarations des aspirans à la ûerte, devaient, pendant tout le tems que durait cet examen, être enfermés seuls avec les chapelains, et avoir dans leurs mains les diverses clés de Tintérieur de la prison. Les geôliers devaient sortir avec les dés des portes extérieures ,
1') Ce congé dt court est a la date du 20 décembre USO.
DB SAINT ROMAIN. f 21
afin que l*examen des prisonniers pût être fait avec tout le secret et tout le mystère qu'exigeait uu acte «pii, par sa nature, ressemblait beaucoup à une confession sacramentelle.
£a 1 iSij le lundi des Rogations , les chanoines et chapelains dësignës pour visiter les prisons et recevoir les déclarations des préteudans à la iierte, ëUnt venus au châteati dans l'intention de remplir ce devoir, clcTnanclcrcnt au geôlier ses clés qu'il tenait à la main. U les leur domia » <t non sachant se . ainsi se devoit faire ou non , » parce qu il était geôlier depuis peu de tems. Mak, le même jour, après le départ des députes du chapitre, Pierre PooUn, lieutenant^génëral de Jeat* Salvain, bailli de Rouen , vint à la prison avec le procureur du roi; et ces deux oiliciers, instruits de ce quj» s^ëtait passé le matin , dirent au geôlier « qu'ils n'avoient point de congnoissance que iceulx chanoines deussent avoir les déiz, niais suffisoit leur faire ouverture. » Le geôlier ne pouvait qu'obéir. Les mardi, mercredi des Rogations, et jeudi jour de T Ascension, il resta saisi des clés , et « ne les bailla aux chanoines, quoique sommé par eux plusieurs fois de les leur remettre, j» Toutefois, Télection du prisonnier et la cérémonie de la ûerte se firent comme à Tordinaire.
Mais Tannée suivante (1 4â5), le lundi des Rogations , lorsque les chanoines Guillaume de Baudribosc et Jehan Âlespée, députés du chapitre, vinrent
lââ UlSXOllIE DU PBIVUJ£G£
aux prisons , ils demandèrent les clés au concierge, en rinvitant à se retirer lui et ses gens, pour qu'ils pussent examiner secrètement les prisuimiers. Le concierge f qui était depuis peu en fonctions, ayant ditqu^il ignorait Uusage à cet égards le valet qui avait reçuramiée précédente la défense de remettre les clés f dit aux chanoines qu'ils devaient se sou* venir que, « la dernière année, ilz ne les avoient pas eues. » Toutefois , pour satisfaire les envoyés du chapitre, le concierge alla prendre les ordres des officiers du roi , et revint bientôt dire qu'ils lui avaient expressément dèlendu de se dessaisir des dés. Les députés , ayant entendu cette réponse , se retirèrent sans avoir voulu interroger les prison^ mers.
Le lendemain, lors de leur seconde visite, le concierge leur ouvrit tous les cachots » comme la veille, leur montra tous les prisonniers , « sans en céler et muciier aulcun, » et les invita à choisir dans la geôle telle chambre ou salle qu'ils voudraient pour faire leur examen. Il leur olïrit de faire sortir de la prison sa femme, ses enians et ses gens, « afin que anlcun ne penst venir ne oyr aulcune chose qu'ils voulsîsseat (voulussent) faire.» Enûu, il les pria de l'enfermer lui-même avec ses dés dans une chambre, pour qu'il ne pùi ni les voir ni les entendre ; mais, quant à ses dés* il ne pouvait les leur donner, en ayant reçu la deiense expresse. Ce
DE SÂIKT EOmAIN. m
u'élaîi pas le compte des chanoines députés ; et ils SGrûrent des prisons, comme la veille, sans avoir lien £ait. ISlais le lendemain , mercredi des Koga* lions , ils revinrent avec quelques autres de leurs collègues , et parlèrent en termes impératils. « 11'^ vouUoient, dirent-ils^ ayoiries clëfz; estoit-on enfin résolu à les leur bailler? » Le concierge répondit « qu*il seroit très counrouchié ( fâché ) en son euer ( cœur ) que , puur les dictes tlefi^, deusl venir aucune esclandre; mais il doubtoit (craignait) de faire préjudice au roy et qu'il n'en feusl reprins et aprouchié ( cité en justice ). Pour oster le dit esclandre , s'ils voulloient , il leur bailleroil les cléfe , en les priant de ne le point dire» et sous le seaet de la confession. » En disant ces mots, il donnait ses clés à « maistre Alespée, Tun des clianomes qui les tint ung poy ( un peu), » mais les lui rendit aussi-tôt, en disant que « par celle yoye (à cette condition) ils ne les prendroient point, se (si) il n'alloit dehors les dictes prisons. » Le geôlier leur oQht encore de mettre dehors sa femme , ses eulaus et ses gens, et de se laisser lui-même enfermer par eux à la clé , mais dans 1 intérieur de la geôle. Les dianoines refusèrent et partirent sans avoir vu ni mterrogé aucun des prisonniers, quoique le condeige les suppliât « à genouk » d'accepter les offres qu'il U'ur avait taiu^s. Le jeudi, jour de l'Ascension, ils revinrent pour la dernière fois, et demandèrent
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m HISTOIRE DU PRIVIIÀÎE
au concierge s'il était décidé. 11 leur fit la même re'ponsc que la veille , u en soj mectant à genoulx devant iceiilx, et les priant que ainsy le voulsissenl faire , et bailla et remist les clé& ès mains de maistre Àlespëe, chanoine, lequel ne les voulut prendre et 8*en ala avec ses confrères. » Ainsi le chapitre avait parlementé longuement pendant quatre jours avec les magistrats , sans avoir pu rien obtenir.
Cependant le lieulenanl du bailli n'eiail pas sans inquiétude sur Tissue de tous ces pourparlers. L*engoueiiient de la population de Rouen pour le privilège de saint Romain était toujours extrême ; il nePignorait pas. Si la fierté n'était point levée cette année, que ierait celte multitude ardente et enthousiaste; et si une sédition éclatait dans la ville, comme tant de faits qu'on lui avait rapportes ne lui donnaient que trop de sujet de le craindre, ne Paccuserait-on pas de Tavoir imprudemnient provoquée en n'accordant rien à un chapitre pour qui étaient toutes les sympathies de la multitude? B se décida à tenter un moyen de conciliation. Le jour de l'Ascension , après que les chanoines députés furent sortis des prisons , le concierge du château se rendit, par son ordre, à la cathédrale. Introduit dans la salle capitulaire « où estoient grand nombre de chanoyneS) et les frères de la frarie Sainct Rou^ niaing aussi en grant nombre , » ce concierge « se raist » genoulx. devant iceuix, » en leur disant, de
DE SAINT KOMAIN. ifS
Wpart du lieutenanl du bailli, que, « si ils yon-
loi^uL, lc6 ciiiiL scroieut mises es inaiiis de Guillaume Ferrier^, notaire du roy et greffier de son conseil à Rouen. » Mais le chapitre elail résolu à n'entendre à aucun acconunodement. « Nous n*en ferons riens, s'écrièrent à la fois tous les chanoines , nous n'en ferons riens parcelle voye; nous voulions que chascun le saiche , et aultrement ne les prendrons. » Ils firent la même réponse à un membre du grand conseil, qui leur fiit ensuite envoyé. De son côte, le lieutenant- ge'uéral Pooliu n'ayant pu se re'soudre à accorder autre diose , le chapitre décida (|u il ne procéderait à aucune élection, et ^ue la procession ferait le tour du manoir archiépiscopal ^ ainsi que cela avait Ueu lorsque l'on ne délivrait point à r église le prisonnier qu'elle avait élu. Les chanoines invitèrent les confrères de Saint-Romain ' à supporter patiemment les mauvais proct des des oflEders du roi à T égard du privilège de la fierté: ils les exhortèrent à la paix, à l'union, à la concorde; ils recommandèrent les mêmes sentimens à tous les chapelains de Notre-Dame , les invitant à servir Dieu et à se comporter, à la procession de ce jour, comme il convenait à des gens dVglise. Maïs c était à la foule immense dont la ville était remplie , qu'il eut fallu adresser ces paroles de paix. Pendant toutes les négociations inutiles des jours précédens, le clergé de Notre-Dame nVvait pas manqué
126 mSTOlHE DU PRIVILEGE
de faire les processions ordinaires des Rogations. Ces trois premiers jours, comme on ne connaissait enrx>re que vaguement dans la ville les démêlés entre les magistrats et Tëglise , tout s'était passé fort tranquillement. Mais, le jour de TAscension, lorscj^uc la procession sortit avec la châsse révérée de Saint-Romain , et que Ton sut qu^il n^y aurait point de prisoaiiier délivré pour la lever, « fu grant murmure de peuple contre les gens de justice du roy » , et peu s'en fallut qu'il n'y eût une sédition. « Les gens de justice du roj, pour éviter commotion de peuple , faisoient cryer par les rues que ce n'cstoit point par culx. qu'il n'y avoil pas de prisonnier délivré > mais par les gens de Tesglize qui voulloient avoir grcignour ( plus grand ) previlleige que aultrefoiz » Ce mensonge, répanda ii pi opos , tint la multitude en suspens , et le mouvement populaire s'arrêta presque auflsi-<*tôt.
Le lendemain de l'Ascension, par ordre du chapitre, plusieurs chanoines, accompagnés de chapelains, allèrent au bailliage, et, s'adressant au Ueutenaut-particuiier du bailli , lui dirent : « Monsieur le lieutenant, vous savés comme Tusage du prcvillicgc de Saint Roinain vous a cslé insinué aultreffoys, lequel n'a point encore sorti son effect. El, pour ce , messieurs de chapitre nous envoient
(') Manuscrit ilc la bibliolhèque du roî, xvc. siècle.
par devers vous pour vous signifier que se vous leur voullés tmilier le prisonnier , comme ilz ont acoastumë de avoir , ik sont tous prests de le recevoir, » Le lieutenant- particulier Henri Lanceslre leur dit qne le lieutenant-génëral du bailli s^était seul mêle jusqu a présent de celte affaire; que, consëqaemment , il ne pouvait leur donner de solution. Il leur pruuiit de faire connaître leur deiiiautle aux lieutenant-général et autres officiers du roi , « lesquels , avec Taide de Dien , leur bailleroient telle bonne respoase qui seroit agréable à Dieu, à monsieur sainct Roumaing et au chapitre. »
Dans Tattente de cette réponse , tous les jours le dergé de la cathédrale faisait dans la ville une procession solennelle que suivait une multitude innombrable de fidèles. Le vendredi, lendemain de TAscensIon , la procession se rendit à Notre-Dame de-la-Konde; les jours suivans à Saint-Godard, k
Saint-Denis, à Saint-Martin-du-Pont, à Saint- Uerbknd, à la « Chapelle-Saint-Léouard, jouxte le moustîer de Saint-Amand, » à Saint-Sauveur, à Saiot-Ouen , à Saint-Maclou. La châsse de Saint- Romain figurait au milieu du cortège , environnée de tous les membres de la confi'erie. Ces processions quotidiennes excitaient au plus haut degré l'intérêt des habitaris de Rouen , toujours très-attaches au privilège de la fierté. Mais elles inquiétaient les officiers du roi d* Angleterre, et Topinion publique
m mSTOlKK DU PaiVlLÉGE
se manifestant de plus en plus en faveur du chapitre, ces officiers comprirent enfin qu'il fallait céder. Le samedi S6 mai, veille de la PenlecAte, Jehan Salyain , bailli Je Rouen , après avoir confère' avec Tevéque de Bayeux , dans une des chapelles de la cathefîralc, ui donna à Piei i c roolin, son lieutenantgénéral, de lever rempéchement apporté au privilège , d^abandonner, par provision^ aux chanoines les clés de 1 intérieur des prisons, et de iaire retirer de la geoie le concierge et ses gens pendant tcnit le tems que durerait Texamen des prisonniers par les députés du chapitre ; sauf à faire une information aur le point de savoir si, réellement, le chapitre avait eu, de tout tems, le droit d'exiger la remise des clés et la sortie du geôlier. Le inémejour, quatre députés du chapitre se rendirent aux prisons, où le concierge leur remit en effet les dés de l'intérieur, et sortit de la prison avec sa iamilie et ses vaieis. Deux chanoines interrogèrent des prisonniers dans une chambre haute. Leurs deux collègues en interrogèrent d'autres dahs une chambre basse. L t xaïuea se prolongea assez avant dans la nuit; ils vinrent le terminer le dimanche de la Pentecôte au matin. Ce jour-là le ehaplire dioisit Geoffroy G)udebcuf, meurdrkr, qui lui fut délivré, et ce prisonnier alla lever la fierté sur la place de la Viedle-Tour, « à grant solempnité et prédication iaicte du prévilliége Saint Ronmaing. » Dans ces
BE SAINT ROMAIN. fS9
senaonSf on ne manqua pas de raconter au peuple,
avec ik taii , la difficulté 6Ui>citce à tort par le lieutenant du bailli contre le privil^, et Tédatante victoire du vénérable chapitre, protégé si visiblement par le saint patron de Tëglise de Rouen.
Cependant, dès le 16 mai , veille de PAscen^ sioii , le lieutenant-général Poolin avait , de son chef, commencé une enquête sur le point débattu entre le chapitre et lui. JSlichel Durant , vicomte de Rouen , Roger Mustél , vicomte de TEau « Thomas \\ illugby , lieutenant du capitaine du diâteau ^ assistaient, en cette occasion, le lieutenant-général du bailli , « avec grant nombre des conseillers de la dicte ville ^ des vingt^quatre et autres notables bourgeois d^icelle. » Commencée le 16 mai, cette enquête lut continuée les 17, 18, 19 et 91 du même mois. Plusieurs individus , actoellement ou précédemment employés dans les pris<m« de Rouen, forent entendus en témcn* gnage sur le point de savoir si , lors de la visite des prisons, aux fins d'y examiner les prétendans
privilège, les députes du chapitre «debvoient avoir la saisine et pocession des cle£s des prisons du roy nostre sire en la dicte ville , tant comme tk estoient dedans les dictes prisons à examiner les prisonniers , pour en avoir Tun par le dict pré* villége. » Les employés actuels déposèrent qu'aux dernières années les députés du chapitre n'avaient
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130 mSTOIRE BU P&IVIL1SGE
pas eu les dés; et cela se conçoit, puisque nous
avons vu les oiriciers du roi leur défendre de les donner; un valet de la geôle avait même été congédié pour avoir désobëi à cette défense. D'anciens geôliers ou valets de geôle , qui avaient été employés avant ces derniers, et même à une époque antérieure à la conquête, déposèrent, nou que les chanoines n'avaient pas le droit de se saisir des clés , mais seulement que , de leur tems , ces ecclésiastiques ne les leur avaient pas demandées. « Oncques ( dit Tun d'eux ) je ne baillai ne vis bailler aucunes d'icelles defs aux dictz de chapitre, ne ils les demandèrent ou voulurent avoir. » Tous s'exprimèrent dans le même sens^ et presque dans les mêmes termes. C'est que , naguère, en possession paisible et incontestée du droit dont ils voulaient se prévaloir aujourd'hui , les chanoines avaient pu négliger, pendant un tems, de l'exercer à la rigueur, et que, résolus maintenant à le faire revivre, on leur opposait T interruption de cet usage, pendant quelques années peut-^tre, comme une preuv e qu'il n'avait jamais existé. Les oûiders de Henri V, forcés, à leur grand regret, de respecter le privilège de saint Romain , et trouvant ce droit assez exorbitant en lui-même, avaient saisi avidement cette occasion de disputer au chapitre une des prérogatives particulières qui naissaient pour lui de l'exécution de
ce privilège. D'ailleurs , les prisons de Houen, qui andeimemenf avaient été près du château bâti par Philippe-Auguste , ayant été bruliies vers Tépoque du siège de cette ville ^ par Henri Y, comme nous rapprennent les enquêtes de 1425, les prisonniers étaient Y depuis ce tems-là, mis dans les prisons de l'Hôtel-de-Ville. De ce changement dans les localités , il avait pu résulter quelque différence dans les formes de la visite des prisons paries chanoines commissaires; et les ofliciers du roi en avaient habilement profité.
Deux de ces dépositions nous ofïrent une circonstance qui nous a paru singulière, et que nons allons signaler h nos lecteurs. £n 142^9 le lundi des Rogations, le geôlier ayant, comme nous Tavons vu, ieiui>c les clés aux députés du vhan pitre , ceux-'d allèrent ches le président de l'échiquicr, se plaindre du refus qu'ils venaient dVssajen Ce magistrat lit venir le gc^olier, et lui demanda « de par qui estoit que il avoit faict ledit reffiiz des clefz. » Le geôlier repondit que c^était par Tordre du lieutenant du bailli, de Tavocat ei du procureur du roi , et les appela de ce à garants. Le lieutenant»général Poolin, mandé à son tour, donna des expilcalions qui, apparemment, contentèrent le président de Téchiquier ; car il demeura d'accord que les des ne seraient point données aux députés du chapitre. Cette espèce de
refërë étant ainsi juge, le lieutenant Poolîn et les chaaoiaes sortircat ensemble de l'hôtel du président de Véchiquier, et on s^achemina vers les prii)«»seb«ao.oc. ^qq^, Mals • doQs une des rues qui y conduisaient, vcM.Tecieli». ^2^1 K uiie tavemc portant pour enseigne le Uonr^ d.nsi.t.veroedu fPOr ^ » ct solt ^uc la chaleur fut grande ce jour Jà, soit qu on se fut altéré en exposant , de part et d'autre , ses raisons au président de T échiquier, Poolîn et les chanoines « entrèrent de compaignie dans ceste taverne , et beureiit ensemble. » Ce qui , assurément , montre peu de rancune de la part de ces bons prêtres qui venaient de perdre leur cause contre le lieutenant Poolin ; ced soit dit à leur louange. Il y avait biun , dans les statuts capitulaires, un article qui défendait expressément aux chanoines « d^aller boire à la taverne en habist d'église, sous peine de dix sols d'amende » et c*était en costume que nos deux chanoines étaient entrés an Lion-d'Or* Mais si le chapitre n'en sut
(*) « Item ipbà nnllii» canonicatt ctpcIUmn vd dccwai Sem ecdesÛB, ûê ajBMtù f ûbenâs, caïuâ polandi , in habita ecclesis , întrare audeat ; et si contiariiun faciat, totiem quotieas hoc commuent caaonienideeeiii lotidonim , capelLani et elerici secund» formtt quatuor tolidonim , et
clertci primx forraae duorum solidoram pœnun incurrant ipso facto , quanim cmcmlarum mcdia pars illi qui hoc dccano, vcl in cjus abscutiâ ^ helxlomatlario , seu Dlactarifi «Irtexerll ct ad eut uni nolitiariMletluxf rit, pro prati^eiut st^iiuto pcr eus Uebuè cxeiioendo^ etaUa medteta» fabrîc» eccle^ia:, ti ilni.iiur. »
« 6uiuU iniiignis cccicsîae Rotliomagcnsis , amio 136tyio cra^Uno Atsaniptioais bcalsc Mariœ Virginb. >»
( Msf. dune biblioûièque pariiculièn.)
rien, ou feignit de Tignorer, qu^avon^-aous à dire? Quoi qu'il en soit « de retour aux prisons , ces ecclésiastiques interrogèrent les prisonniers » sans exiger les dës, pour cette fois, et Ton a vu que cette année la fierté avait été levée.
Mais en 1435» ies clés ayant encore été refusées aux commissaires des prisons, le chapitre avait perdu patience. Dans une requête délibérée capitulairement ^ dès le lendemain de PAscension » après le refus des oi&es insuffisantes du lieutenant Poolin , les chanoines sVtaient plaints au roi Henri Yi de ce que « ses officiers leur avoient iaict et donnë empeschement en aucunes des cérémonies de leur privilège» par qupy \sk dicte observance, usage, coustume et privilège nWoient pu , au jour de TAscension dernière, estre mises à exécution, ne sortir leur effect, mais avoient esté délaissiÀ, en çQnt.çinpAemeat de la révérence de Dieu et de monsieur sainct Romain. » Et, ce qui mettait le comble à Tattentat, u ses dis officiers, ^)our Icui: excnsadon, avoient &ict proclamer publiquement que par eidx n'avoit pas tenu, et qu*ila n'y avoient commis anlcune coulpe, dol ou malice. Toutes ces choses, ajoutaient-ils, estoieiii à T irrévérence de Dieu , injure de sainct Romaing et au très-grand ( iclaudre du clergié cl peuple de la cité de Rouen et du pays d*environ* »
Sous un roi en bas âge, sous une régence
134 HISTOIRE DU l^HIVILlterE
éphémère, la politique anglaise ne devait pas être moins drconspecte à Tëgard du chapitre de Rouen et du dergé eu gënoral, que sous HeuriA , puissant et conquërant. L'information récemment £siite par le lieutenant Pooliu, de son chef, et sous son influence , n^ëtait pas un acte auquel on dut s'arrêter, et qui résolut nellcment la question debatliie entre les ofiiders du roi et le chapitre. Henri VI, ou plutôt son conseil, « non youlaut les sainctes introductions, dévotions et bons usages estre diminues, mais de mielx en mielx estre gardés et observés sans esdandre et turbadons » , donna commission à Tc^ ique de Bayeux et à Raoul Le Sage, chevalier, seigneur de Sainte-Pierre, d'informer sur les empéchemens suscités aux chanoines dans Tezerdce de leur privilège , et leur ordonna de les en faire jouir comme ils en avaient joui et usé jusqu'à ce jour, « et ce le jour de la Penthecouste , ou de la Trinité prochainement venant, sans aulcuue difEculté, eu contraiiiguani ad ce viguereusement et sans déport (sans délai, sans contredit ) tous ceuix qui seroient à contraindre. 1»
[kui.ciac En exécution de cette charte de Henri VI, en lASSb date du SI mai, on procéda, le 35 da même mois, et les 1 1 , 13 et 1 8 juin , à une nouvelle enquête , à laquelle présidèrent Tévéque de Bayeux et le
seigneur de Saint-Pierre , connni65aire.s du roi.
I>£ SAIMT EOMÂIN. 135
Ou lie que cette seconde enquéle présente un caractère plus authentique à tous égards que la première , on y trouve aussi des renseignemens plus circonstanciés , dont le détail pourra ne pas déphiie au lecteur
Les chanoines avancèrent que , « aux jours où ib eisminoient les prisonniers des prisons du rm à Rouen , les clefs de ces prisons dévoient leur être lenûses, et qu'ils les pouy oient garder tant qu'ils eatoient dans les prisons pour interroger les détenus, afin qu'ils pussent (aire leur examen secrètement, le geôlier et sa famille hors dlcelle ou retraiz (retirés) en tel lieu qu'ik ne peussent venir ne ounr le eacamen que yceulx gens d'église faisoieut. » Les procureur et avocat du roi soutinrent, au contraire, que les clés devaient demeurer en la main du geôlier.
Dans celle nouvelle information, on entendit des témoins qui avaient été geôliers tant avant la conquête que depuis. Tous s'accordèrent à dire que, de leur tems, les clés avaient toujours, été données par eux aux chanoines , les trois jours des &ogations et le jour de l'Ascension. Girot Dubosc, Ptm dVux , déposa que , Tannée même de la prise de Kouen , lorsque les députés du Gluq>itre étaient
(0 Cette ciM|iiéle figure aussi duu les Pièces jusI^caAfes,
136 HlSTOUiË DU PRiVlLËGË
venus au diâteau, « il leur avoit prëparë une chambre près les prisons , où il mist ileux pandos ( deux pavillons ou dais ) , deux carreaux et une croix ; et illecques ( là ) le ûrent jurer iceulx gens d*église, s'il y avoit autres prisonniers aux dictes prisons ou autre part rctrais (retires) que ceulx qui estoient aux prisons? U leur jura loiaulment que non ; et adoncques ( alors ) leur bailla les cle& d'icelles prisons; et se retiay (retira) en sa chambre, luj et ses gens, dont il ne povoit veoir ne ouïr leur secret. » £n cela il avait agi « par ie congie et ordonnance du bailly dealers , qui s appeloit Jehan Quikle. » Un autre témoin attesta que, le lundi des Rogations , à leur arrivée dans les prisons, les députés du chapitre denoandaiâit « tout d'abord le registre du geollter avecques les defz dlcelles prisons; lesquels registres et cle& il avoit ven tonsiours bailler, sans contredit, par le dit geollier et mectre devant les dis chanoines. » Plusieurs autres anciens conderges et geoUers déposèrent dans le même sens. Cinq ou six chapelains, habitués, depuis fort long-tems, à la cathédrale, et qui avaient accompagné, quinze ou vingt années de suite , les députés du chapitre, lors de la visite des prisons , attestèrent Tancien lisage de donner les défif aux chanoines. Ces ecdésiastiqucs restaient seuls dans la piisoii avec les f bapelains et le tabellion , qui , munis des clés ,
ouvraient successivement les cachots, et amenaienti Pim apris l'autre , les prisonniers aux chanoines , qui les interrogeaient.
On appela ensuite quatre témoins plus indëpendans par leur position que ceux entendus jiuqu^alors. Jje premier ëtait maître Guillaume Bbncbaston, vicomte de Montivilliers, âge de cinquante ans* Son père avait été lieutenant-général de Jean de la Tuile, bailli de Kouen; et, lui « demounntalois avec sondit père, et apprenoit le sdle de la court se'culière. » Souvent il avait vu les chanoines veuiv vistler les prisons , les jours des Rogations ; et toujours le geôlier leur 'avait donnë les clës , f non de sa courtoisie , mais du commandement exprès du bailli » ; car il avait entendu plusieurs fois ce magistrat leur en intimer Tordre. « hs ans 1 393, 1393, 139i, il avoit veu la chose ainsi pracdquier, et par tout le temps de M. de la Tuile , qui fin huit ou neuf ans bailli , et aussi du temps de messire Hue de Doncquerre, qui fut bailli environ six ou sept ans, et de messire Jehan Davy, après bailli deux ou trois ans. » Son père avait etë lieu> tenant de ces divers officiers. « Lui qui estoit tou«* jours demeurant avec son père, et présent en court, n*en ouyt oncques débat sourdre (s'élever). Tousiquri» on bailloit les des au labelllon du chapitre , qui les mettoit sur son bras , les clés d'une part , et la mâche ( masse ) d'autre. »
U8 UiSTOUaK 1>U PlUYUJUiE
Robert Le Vigneron , tabellion de la vicomte de Houen , fit une déposition dans le même sens que celle qui précède, mais beaucoup plus déuillëe. Le lundi des Rogations , lorsque les députés du chapitre se rendaient aux prisons du bailliage pour interroger les prisonniers , il avait vu souvent le bailli les accompagner k leur arrivée , avec le geôlier. Bientât « le bailli sortoit avec le geôlier, lessant yceulx gens d'alise dedans. » Dans lesdeit> nières années du xiv^* siècle , il entendit plusieurs fois le baiIK Jean de la Tuile dire aux chanoines , en se retirant pour les laisser recevoir les confessions des prétendans au privilège : « Messieurs , Dieu vous doint ( donne ) faire bonne esleciion. Vous estes seigneurs de léans ( là dedans) ; allés parioui où il vous plaira. » Et le geôlier, « qui s'en aloit n'emportant que une cléf qui pendoit à ung pié de cerf, disoit tout hault, o^ant (eutendaut) le dictbailly, en luy joyant (se jouant) de sa dide cJéf ;oi Vécy quant que je ay maiz de cléfz (voici tout ce que j'ai de clés); je ne suy maiz (plus) geollier ; ik sont seigneurs de léans. » Le témoin u avoit veu et oy ceqr, par plus de dix années, sous les baillis messire de la Tuile et messire de Doncquerre. Dedans la dicte geôle, pendant la visite , ajouta-t-il, ne demoiuroient aucuns, fors les dictes gens d^esglize et les prisonniers, après ce que les dicis bailli et geôlier s*en aloient. »
]>E SAINT BOMAIM. 139
Le troisième de ces témoins fut Andrieu Beaucompère» qui, dans les années 1406, 1407, 1408 et1i09, avait été lieulenant, d'abord de messire Jean Davy, puis de messire Garados (ou Caradas) Des Que&nes , baillis de Kouen. De son tems « ne demouroit que les chanoines ès prisons , avec iceuk priscmniers. S'en yssoit (sortait) le geollier et ses gens; et enfermoit jceulx gens de TesgUse avec lesdictz prisonniers ; et puis â'eu aloil esbatre (divertir) devant k fontaine ou à son hostel, sans soy efforcier de y entrer jusques que yceulx gens d'esglize le rappelassent; et aussi comme le geollier fcmioii les huis par dehors avecques les cléiz ,
dedans à varrouk. »
Le dernier témoin entendu fot messire Guillaume deHoudetot, chevalier, seigneur de Houdclot, âgé de soixante ans ou environ.
n déposa qu'il avait eu un oncle nommë Richard deHoudetotf bailli de Rouen, pendant huit ou neui ans; « avecques lequel onde il avoit estédemourant par tout le temps qu'il lu bailli du dit lieu de Rouen. Pour lors, la geoUe et prisons esCoienI devant le fhastel de Rouen, et son dit oncle estoit demourant pour partie du dit temps ou (au) dit chastel, soubz messire Mouton do Blainville, mareschal de France et capitaine du dit chastel. Vit (il qui parle) le dit iemps pendant (pendant ce tcms-là) les diz gens