de Bordeaux au cardinal Uazarin
LoDdrM, 5 1059.
Monseigneur,
Les nouvelles que j’écrivis avant-hier et celles que les ordinaires précédents auront portées peuvent servir de réponse à la lettre dont Votre Éminence m’a honoré le 31 mai, puisqu’elles lui font savoir l’état présent de la république d’Angleterre, et que quand la division se mettrait encore entre l'armée et le Parlement, il ne peut arriver aucun changement en Angleterre ni produire que le roi puisse cependant s’empêcher d’en reconnaître la présente autorité , et que pour peu que cette démarche se différât, elle ne manquerait pas de me prescrire un temps pour recouvrer des lettres de créaqce ou pour me retirer. Ce compliment a déjà été fait ici en pareil cas, et les inclinations de la France sont assez suspectes ici pour n’en pas user autrement, quelques bonnes paroles que je donnasse en particulier aux ministres de l’État. Comme ce n’est pas l’intention du roi de rompre avec l’Angleterre et qu’il n’est point aussi de la bienséance d’attendre jusques à la dernière extrémité , que d’ailleurs tout paraît aujourd’hui soumis en Angleterre et que les autres États ont déjà fait la démarche attendue de la France, il sera sans doute jugé à propos de renvoyer en diligence mon courrier avec des ordres exprès; j’en parlerai même comme s’ils étaient déjà venus, et ménagerai ce temps sous prétexte de préparer mon équipage. Ceux qui gouvenient sont néanmoins assez éclairés pour pénétrer que nous avons voulu voir ce que ferait le milord Henry, et il ne me sera pas facile d’effacer celle impression par les offices particuliers que je pourrai passer auprès de ceux d’entre eux avec lesquels j’ai quelque relation; le sieur Vane n’est pas de ce nombre,
s’étant toujours contenté de recevoir et de me faire «es civi-
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lités par scs plus proches qui me voient, et evnisd des risites, durant la vie du Protecteur, sur ce qu’elles lui auraient donné de l’ombrage. Il y a deux autres gentilshommes dont le conseil serait capable de porter l’une ou l’autre couronne, et peut-être toutes deux, si une fois elles se voient en paix, à entreprendre la querelle du prince légitime; mais j’en retirai seulement un aveu qu’il n’y a rien à faire à moins d’une division de l’armée, ou que quelque État étranger ne passe en Angleterre un corps de cavalerie et d’infanterie fort considérable; que cette division ne peut point être produite par les intrigues de dehors, plus propres à réunir les esprits qu’à les aliéner, mais sur les mécontentements domestiques; que la plupart de ceux qui fout du bruit demeureraient dans leurs maisons, attendant l’événemcntd’un combat, s’il paraissait des forces étrangères; qu’ainsi elles devraient être en état de soutenir un premier choc, ce qui rend leur passage assez difficile sans une désertion de la flotte d’Angleterre en grande partie, tant qu’elle sera seule plus puissante en mer que celles de France et d'Espagne jointes ensemble ; et qUant au mécontentement des presbytériens dont la faction est plus considérable que celle du Hoi, qu’il ne les portera jamais à s’armer s’il n’y a aussi un corps qui attire et occupe les troupes de la Itépublique. Je n’ai pas jugé devoir, sur ces mémoires fort vraisemblables, m’avancer davantage, et puisque ma circonspection se trouve conforme aux sentiments de Votre Éminence, et que Sa Majesté aime mieux dissimuler les siens à l’égard de ce régime que de les témoigner inutilement, |e n’ai qu’à observer soigneusement ce qui se passera, et si M. le Protecteur ou ceux de son parti me paraissent en posture d’entreprendre, à les encourager par les assurances du secours de la France, et qu’à témoigner aux royalistes les mômes dispositions en faveur de leur prince, sans professer moins de bonne volonté publiquement qu’en particulier aux républicains, et à faire savoir, avec autant de régularité que ci-devant, tout ce qui pourra venir à une connaissance, à quoi je ne raan(|ucrai de satisfaire. Il ne s’est rieu passé ce»
nisTOWQUrs.
deux derniers jours qui me donne lieu d’ajouter à mes derniers avis, si ce n’est que difTérentes lettres d'Irlande les ont depuis confirmés, que les menées de quelques particuliers qui voulaient semer de la division et déhauclier les esprits n’ont pu empêcher, aussitôt que la déclaration du Parlement a paru, que les officiers de l’armée ne s’y soient conformés et n’aient professé d’adhérer à la vieille cause; que le milord Henry a été obligé de s’accommoder, et que ne restant rien en ces quartiers qui puisse troubler le repos public, le Parlement semble n’avoir plus qu’à ménager l’armée, et à si bien régler le gouvernement que les grands et petits officiers et le peuple en soient satisfaits. Il se devait hier traiter de l’article qui regarde l’établissement d’un Sénat coordonné avec les Parlements; la question s’est remise, et quelques-uns veulent que l’on travaille à persuader les officiers de n’y point insister, ou qu’au moins ils n’exigent pas que ce corps soit perpétuel, mais qu’à l’exem|ile des Parlements il s’élise tous les ans, auquel cas la liberté publique n’en recevrait pas tant d’atteinte que si ce sont toujours les mêmes personnes qui le composent; c’est la grande affaire de ce temps. Les autres, dont il s’est parlé hier, ne sont pas fort importantes; l’on projette un acte [wur l’établissement des milices du pays, et l’état des dettes particulières du Protecteur, qui est de 30,000 livres sterling, fut lu et renvoyé à un comité, auquel il fut aussi ordonné de considérer quelle honorable subsistance le Parlement assignerait au sieur Richard Cromwell, fils aîné du défunt, pour en faire le rapport au Parlement. Il avait chargé ces jours passés le Conseil d’État d’examiner l’état de l’Angleterre avec les étrangers devant l’interruption de sa séance, ce qui témoigne un dessein de rentrer dans la même condition, et de renouveler tous les traités faits depuis, pour ne laisser aucun souvenir agréable d’un gouvernement détruit. Il ne m’est pas confirmé que personne ait été envoyé en Flandre, pour traiter de la paix; mais le père jésuite est toujours ici, et ceux de sa compagnie l’ayant voulu renvoyer de là la mer, sur la plainte qu’a faite
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le roi d’Écosse de ses négociations, il a fait voir des ordres supérieurs, d’oü il se reconnaît que son voyage n’est pas sans commission. Aussi a*t-il eu quelque conférence avec le sieur Scott, qui fait la fonction de secrétaire d’État, et Votre Éminence peut prendre des mesures sur ce fondement que ce régime est tout à fait porté à la paix d’Espagne, et qu’il se parle de celle de France depuis peu comme si elle était fort incertaine; quelques-uns même assurent que les troupes de l’empereur sont en marche ; les propositions du jésuite peuvent servir de fondement à ces bruits. J’ai déjà fait savoir l’audience de l’ambassadeur de Hollande; il l’eut hier du Conseil d’État, et le convia de prendre résolution sur le traité signé à La Haye; l’on lui a demandé sa proposition par écrit ; ce procédé lui fait appréhender de la lenteur dans les délibérations. H est néanmoins assez vraisemblable que l’on se prévaudra de ce titre pour tenir la flotte éloignée. Ce n’est pas que, quelle que soit l’inclination de l’amiral et quand tous scs officiers seraient du même sentiment, ils n’eussent peine, à moins d’un parti formé contre la république, à se défendre de lui obéir. Je n’ai rien de nouveau à écrire de M. Lockbart; son secrétaire est toujours à Londres sans me voir; il n’aura pas eu besoin de l’argent que Votre Éminence lui a prêté pour entrer dans Dunkerque; des Calais, il se déclara prêt à suivre les sentiments de sa garnison; ce fut un moyen plus sûr pour être admis dans la place. J’ai touché quelques mots de ce prêt au sieur Thurloe, qui en parut surpris; il m’a fallu passer par scs mains pour faire savoir la bonne volonté du roi au Protecteur, que l’on a observé depuis que l’armée a levé le masque. Il sera désormais libre, ayant donné la déclaration qui était désirée de lui; c’est une pièce assez authentique et extraordinaire pour pouvoir être jointe à la présente. . .
5Î. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londres*, SI juillet el 7 «oCit
(Voir le n“ XXXIV.)
M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londrcf, 29 juillet et 7 août 1659.
(Voir le n<> XXXIV.)
de Bordeaux au cardinal Mazarin.
tondrai, 14 août 1659.
Monseigneur,
Ijes nouvelles d’aujourd’hui connrmcnt que les défiances du Parlement et les bruits publics n’étaient pas sans fonde* ment ; il est certain, et les avis en sont arrivés cejourd’hui, que le chevalier George Booth, l’un des membres du Parlement qui en a été rejeté avec le parti presbytérien, se prévalant de l’inclination qui était dans la province de Cheshire à se soulever contre le présent régime, a fait assez grande assemblée de gentilshommes, et qu’ils se sont rendus maîtres de Chester, la ville capitale, peu forte, mais grande et trèscapable de servir de retraite. Le gouverneur s’est retiré dans le château avec peu de soldats, mais sans espérance de le pouvoir défendre jusqu’à l’arrivé du secours, n’y ayant point d'infanterie dans tout le pays ni es environs. Il y a aussi du monde en armes dans le Lancashire, limitrophe du Cheshirc, sans que néanmoins il s’y soit encore rien exécuté de
nOCUHENTS
considérable. Le Parlement n’a pas sitôt été averti qn'il a commandé trois régiments d’infanterie et le majoi-général Lambert pour réduire les soulevés, et dès cette après-dinée quelques soldats ont été montés et sont partis. Les suites de cette insurrection sont d’autant plus appréhendées que les chefs sont fort estimés et de grande fortune; leur déclaration, qui parait déjà, ne fait aucune mention du roi, mais seulement des libertés du peuple et privilèges du Parlement qu’ils prétendent avoir été violés par la séance de celui d’aujourd’hui, la plus grande partie des membres en étant chassée. Ils ont avec eux des plus illustres ministres presbytériens, et, dans l’exhortation qui s’est faite aux soldats cette aprèsdinée, le prédicateur s’est fort emporté contre tous ceux de cette secte aussi bien que contre le roi, qui a pensé perdre l’un de ses principaux ofliciers, le colonel Massey ; les troupes du Parlement l’avaient pris, mais il a eu la fortune de se sauver. Il n’a rien paru dans les provinces vois'nes de Londres, quoiqu’il y eût quelques rendez-vous assex proches; la cavalerie s’y étant trouvée, peu de personnes s’y rendirent. Le danger sera plus grand lorsque l’armée sera éloignée. L'on fait état de mettre les milices en campagne en cas de besoin, et de les payer sur le pied des vieilles troupes durant le service. Le Parlement a été si occupé sur cette afiaire qu’il n’a pu délibérer sur la forme du gouvernement. L’accord fait à la Haye le mois passé pour avancer la paix du Nord avait été ratifié il y a deux jours; le dernier acte qui oblige l’Angleterre et les Provinccs-Unies de se joindre contre celui des deux rois qui refusera de s’accommoder, n’a pas encore été mis en délibération, n’étant amvé ici que d’hier; mais il ne faut pas douter que le régime n’ajiprouve tout ce qui facilitera le retour de sa flotte, plus nécessaire dans la présente conjoncture sur les côtes d’Angleterre que dans le Sund. Je n’ai point encore reçu la lettre de créance que M. le comte de Brienne me devait envoyer ; après l’avoir fait attendre ici , si elle n’arrivait pas bientôt, le retardement s’attribuerait à un refroidissement causé par l’état des affaires
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domestiques, dont je ne manquerai d’informer Votre Éminence par tous les ordinaires.
î« Le même au même.
Londr«t, 18 «*âl I698t
(Voir le n" XXXIV.)
3» Le mime au même.
Londrai, tS io|^ 18M>
Monseigneur,
Les derniers ordinaires ne m’ont point apporté de lettres de Votre Éminence, et je n’ai pas aussi eu des nourelles du Parlement, quoique l’Orateur ait fait savoir que j’avais de nouvelles lettres de créance à présenter ; ainsi, j’ai seulement à informer Votre Éminence de ce qui s’est passé en Angleterre depuis ma précédente. Les avis qui sont venus de Chester et des autres pays voisins veulent que le chevalier Booth se fortitie tous les jours par la jonction de beaucoup de personnes de qualité, et que, pour favoriser le dessein de ceux qui voulaient prendre les armes, il ait envoyé dans les provinces voisines quelques partis dont l’un a été poussé par des troupes du Parlement et a laissé huit prisonniers; que depuis il se soit rapproché de Livcrpool, place proche de la ville de Chester, dont le Parlement avait fait démolir les fortifications ; que dans d’autres provinces plus proches d’id, quelques gentilshommes se soient assemblés, entre autres dans celle de Leicester, où le comte de Stamford, boau-père du chevalier Booth, s’est rendu maître d’un château de quch|uc défense. Il y avait aussi ces derniers jours un rendesvous à dix lieues de Londres, où le sieur Mordaunt, qui a fait toutes les allées et venues en Flandre, et le frère de M. Dauhigny s’étant trouvés avec environ 150 autres, la milice du pays les a dissipés et pris quelques-uns, mais non pas des chefs; il y a eu, en d’autres provinces, de semblables attroupements avec pareil succès, et le Parlement ayant été
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averti qu’il s’en devait faire un assez proche de Londres, dont les chefs n’iitaient pas encore sortis, il les fit arrêter avanthier et mettre à la Tour ; le comte d’Oxford est du nombre. L’on continue de s’assurer, dans toutes les provinces, de la noblesse, qui passe pour être généralement mal affectionnée au gouvernement et engagée à se soulever. Quant à Londres, il est certain qu’elle était disposée à suivre cet exemple, et que le major Brown, ci-devant marchand de bois, devait se mettre à la tête des mécontents; mais le dessein ayant été découvert, leurs mesures ont été rompues, et les 2,500 hommes de pied qui sont dans les places, outre la milice, dont les officiers sont bien affectionnés au gouvernement, et la diversité des sentiments de la bourgeoisie, semblent la vouloir tenir dans la submission, à moins que les soulevés de la campagne ne fissent quelque progrès considérable et n’attirassent une partie de ces troupes. Le Parlement continue cependant la levée des régiments vplontaires de ces sectaires qui ont offert de le servir ; ce sont indépendants, anabaptistes, millénaires et trembleurs ; suivant le projet qui SC fait, il s’en formera un corps, outre ceux qui seront mis dans la milice du pays dont le gouvernement commence déjà de SC prévaloir. Les ministres presbytériens font tout devoir en quelques endroits pour exciter le peuple, et soit que l’on regarde leur conduite ou que l’on considère le chevalier Booth et les autres chefs qui se sont joints à lui, la guerre leur doit être imputée en partie ; il parait peu des anciens royalistes qui soient en armes, et quelques-uns même semblent être assez jaloux de ce que tout se passe sans eux pour ne se guère mettre en peine du succès, que ceux du gouvernement attendent fort prompt et favorable ; ils n’avouent que 4,000 hommes en armes, la plupart cavalerie et noblesse, contre lesquels Lambert mène 6 à 7,000 hommes, tant de la vieille armée que des troupes de province, qui ont ordre de le joindre ; il doit être maintenant proche de ses ennemis, et la ville de Chester n’ayant que des murailles sèches, sans remparts, ne passe pas pour être de facile défense, principale-
ment si le château tient encore pour le Parlement. Mais les royalistes veulent que le chevalier Booth ait 7 à 8,000 hommes bien armés, que l’infanterie soit aussi bonne que celle du Parlement, que le pays soit fort, qu’ainsi difGcilement l’on le iK>ui'ra forcer à un combat, et que tirant la guerre en longueur, les autres provinces d’Angleterre s’armeront contre le Parlement, le nombre des mécontents augmentant tous les jours, faute d’établir une forme de gouvernement auquel chacun puisse à son tour avoir part. Il n’est pas facile de faire un jugement certain sur des opinions et relations si différentes; je puis seulement dire que les dispositions sont fort mauvaises, que tout le monde se prépare à remuer, et que, s’il arrivait la moindre disgrâce au Parlement, il aurait de la peine d’en revenir; que même il a jalousie de Lambert, et prévoit qu’il suivra l’exemple du défunt Protecteur. H y a lieu de croire que les premières nouvelles que l’on aura de Lambert donneront lieu de juger de la longueur de cette guerre qui tient les esprits en suspens avec assez de raison, s’agissant de la ruine de l’un des deux partis, principalement de celui des presbytériens qui composent le plus puissant corps d’Angleterre, les autres n’étant ni si qualifiés ni en si grand nombre. Il s’était parlé de quelque mouvement en Irlande, mais je n’en apprends pas la confirmation. La tranquillité est entière en Écosse, et il a été mandé au général Monk d’envoyer deux régiments en Angleterre. Le bruit s’était répandu que le général Montagne avait été mis hors de charge par les plénipotentiaires du Parlement, mais l’on en a été désabusé aujourd’hui par l’arrivée de l’exprès qu’ils ont dépêché. I.es lettres que M. de Terlon m’a envoyées par lui informeront Votre Éminence de l’état des affaires de ces quartiers du Nord, sur le sujet desquelles il ne me parait ici aucun changement, quoique les ministres de Suède se plaignent fort hautement des dernières conventions des deux républiques ; il se dit que leur maître tâchera de gagner l’hiver ScUis conclure, dans la pensée que, les deux flottes se trouvant obligées de se retirer, il lui restera toute liberté d’anhe-
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ver la conquête de la Zélande. Il me reste seulement à ajouter que, suivant quelques rapports, les lettres de M. Ix>ckhart ont donné ici quelque espérance que le voyage de Votre Éminence sur la frontière n’aurait pas tout le succès que la France en attend ; je veux croire que si cet avis a été donné, il se trouvera mal fondé.
I» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Lofidrei, 7, 14, IS cl aoAl 1659.
(Voir lc8 n- XXXIV et XLVII.)
2» Le même au même.
Londre«, 11 «oât 1659.
Monseigneur,
Je satisfais à l’ordre que Votre Éminence m’a donné , ne doutant pas que ma précédente lettre n’ait excité quelque curiosité de savoir l’état présent de l’Angleterre. Le Parlement ayant ces derniers jours continué ses soins pour découvrir les particularités du soulèvement projeté, et quelques lettres interceptées lui ayant confirmé qu’il se devait faire aujourd’hui, il s’est mis en état de le prévenir, et à cet effet a envoyé la plus grande partie de sa cavalerie, avec des hommes détachés de l’infanterie qu'il a montés , dans toutes les provinces pour y saisir la noblesse suspecte. Les ordres ont aussi été donnés de mettre en diligence la milice sur pied et les ministres du Conseil ont été autorisés, pour couvrir leurs amis, à prendre les armes. Il s’est en même temps usé de toutes sortes de précautions pour tenir Londres dans le devoir, la milice nouvelle et vieille ayant été sous les armes, les portes gardées aussi bien que les avenues pour empêcher que personne n’en sortit; ce qui a été jugé nécessaire depuis que l’on a recon>*'v que les apprentis et beau-
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coup d’artisans allaient joindre les mal intentionnés de la cam jmgne, et que sous main l'on leur donnait de l’argent pour s’é(|uiper et s’armer; il s’est aussi continué de faire dans la ville de grandes recherches à dessein de s’en assurer, tellement qu’il ne suit plus nécessaire d’y tenir beaucoup d« troupes dont l'on pourrait avoir besoin en dehors où l’insurrection doit commencer. Il ne s’est pas néanmoins trouvé de résistance chez les gentilshommes qui ont été arrêtés, dont le nombre est déjà si grand qu’il semble que le dessein doive être rompu. Ceux qui passent pour y être engagés sont jeunes gens fomentés par d’autres que la crainte de la confiscation retient, et il est certain que, depuis les derniers mouvements d’Angleterre, il n’a point paru tant de disposition, dans tous les ordres du peuple, à un soulèvement. L’on devait d'abord prendre pour prétexte le rétablissement des membres du Parlement qui en furent chassés devant la mort du roi, afin de le rendre plus favorable; mais la véritable fin ne paraît que trop en ce que l’entreprise est conduite {>ar les royalistes et que déjà l’amnistie s’est publiée; elle n’excepte que peu de personnes qui ont eu part à la mort du roi défunt. Quelques bruits ont couru que le milord Richard, retiré maintenant à la camjragne, était de la partie ; mais c’est avec peu de fondement, bien que quelques ollicicrs de l’armée, de ceux qui ont été cassés pour être attachés à ses intérêts, aient été arrêtés. Entre les prisonniers, il y a la fille du comte de Berkshire qui faisait tenir une lettre d’avis à un gentilhomme de se trouver aujourd'hui au rendez-vous. Il n’y a point encore d’autre personne fort considérable, mais l’on espère qu’il s’ea trouvera et que le trésor public se prévaudra des confiscalions. C’est, Monseigneur, l’état présent d’Angleterre qui ne se peut pas dire bien tranquille ; et bien que, suivant l’opinion des plus sensés, le danger soit passé, il se peut différer d’en parler positivement jusques à ce qu’il y ait des nouvelles des provinces. Le Conseil d’Élat n’a point eu d’autre afbüre plus importante à traiter tous ces jours, et le Parlement de son cêté u’a songé qu’à remplir les place* de la milice, et à
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quelques reglements de dedans peu considérables. II doit s’appliquer dans trois jours à former le gouTemement afin d’eSacer les impressions qui se donnent que les chefs de l'assemblée ne songent qu’à se perpétuer dans l’autorité, ce qui aliène bien des esprits. J’attends toujours la lettre de créance que M. le comte de Brienne m’a fait espérer pour demander audience ; il n’est point arrivé de nouvelles du dehors et j'ai seulcmeut à faire savoir que l’ambassadeur de Hollande m’a cc matin communiqué que ses supérieurs lui ont ordonné de demander au Conseil de cet Ctat que les plénipotentiaires d’Angleterre aient ordre de convier le roi de Suède à remettre au jugement de la France, d’Angleterre et des Provinces- Unies, la récompense en argent que la Pologne lui donnera pour la restitution des places qu’il possède en Prusse. Je n’ai point rejeté cette proposition, ni aussi ne me suis engagé de l'appuyerj mais s’il m’en est parlé par les ministres du Conseil, je ne m’éloignerai pas des ouvertures qui, sans blesser la bienséance, pourront avancer l’accommodement des deux princes puisqu’il est souhaité par Sa Majesté.
Londreif 4 «eplvrabre (650.
Monseigneur,
La lettre que je me suis donné l’honneur d’écrire à Votre F.mincnce par le précédent ordinaire l’aura informée de la /uite du chevalier Bonth et de ceux de son parti; elle apprendra par la présente qu’ils ont été entièrement dissipés après (|uo la seule contenance des troupes du Parlement les eut mis en déroute, sans néanmoins autre perte que de trente morts et environ deux à trois cents prisonniers. Le sieur Lambert, pour se prévaloir de leur épouvante, marcha aussitôt vers Chester où la plus grande partie des fuyards s'étaient retirés; mais la nuit même, tous les chefs, officiers et soldats l’ayant abandonné, il trouva le lendemain les portes ouvertes et y entra avec quelques-unes de ses troupes, sans souffrir qu’elles y fis-
sent du désordre, suivant la parole qu'il en avait donnée aux habitants. Liverpool ayant aussi été laissée en sa liberté, elle manda qu’elle avait toujours tenu pour le Parlement et que même le colonel Irland qui commandait dedans, s’était déclaré pour le même intérêt, quoiqu’il eût pris commission du chevalier Booth ; quelques autres petits châteaux où il avait mis garnison ont aussi été réduits sans combattre, et il ne reste plus en armes que le chevalier Middieton qui s’est retiré dans son château avec quelques troupes, sans autre espérance que d’obtenir capitulation; si ledit sieur Booth eût pris ce parti et tâché de conserver la ville de Chester, il aurait pu se garantir de la disgrâce dans laquelle il est tombé ; voulant se sauver à Londres, déguisé en habits de femme, avec trois valets, il a été reconnu dans une hôtellerie et livré par l'hôte aux soldats qui l’emmenèrent hier dans la tour de Londres où aussitôt le chevalier Vane et Haslerig l’allèrent interroger par ordre du Parlement. Le major général Egertoii, l’un des autres chefs, et le colonel de Derby ont aussi été pris, outre beaucoup d’autres personnes de qualité engages danslamêma cause. Par leurs dépositions, ils ne se trouvent point avoir été si forts que l’on les publiait, ni avoir, en tout compris, plus de trois ou quatre mille hommes. Ce corps était néanmoins capable , en évitant le combat , d’entretenir la guerre quelque temps et de donner coeur aux mécontents des autres provinces qui auraient pu, voyant l’armée attachée à quelque place, prendre les armes ; mais pour tenir cette conduite avec succès, il fallait des chefs plus expérimentés que le chevalier Bootli, que toute la ville de Londres regrette et dont la chute ruine les espérances des royalistes ; aussi y a-t-il peu d’apparence de ressource, à moins de division entre l’armée et le Parlement. Ce dernier corps a depuis ordonné un remerciement au général Lambert avec un joyau de mille livres sterling ; mais la proposition qui a été faite de lui donner patente de major général de toutes les forces n’a pas été agréable; quelques gratifications ont aussi été ordonnées à ceux qui ont pris lesdils officiers, et en même temps il s’est établi un comité pour
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procéder à la confiscation du bien des délinquants, que l’on fait monter à trois millions de livres de revenu , si tons les prétendus coupables sont convaincus. Il se trouve quelque difficulté sur l’établissement des juges, le Parlement ayant désapprouvé l’usage des cours de justice et étant assez douteux que les douze ]iairs ou jurés qui doivent, suivant les lois du pays, juger les criminels, se portent à condamner ceux qui ont pris les armes pour avoir un Parlement libre ; cet embarras et les aigreurs que causerait une trop grande sévérité pourront porter le Parlement à la douceur, même envers ledit chevalier Rootli, principalement s’il veut découvrir ceux qui étaient obligés de prendre les armes dans les autres provinces, à quoi il se pourrait bien laisser aller pour sauver sa vie, n’étant pas d’ailleurs obligé de ménager des personnes qui l’ont abandonné après l’avoir embarqué dans une si mauvaise affaire. Mais quelque esprit de douceur que prenne le régime, ce serait contre l'attente de tout le monde si les biens ne souffraient un peu et s’il ne se servait de cet avantage pour acquitter une partie des dettes publiques et diminuer d’autant les impositions qui ont été doublées depuis peu de jours , ce que le peuple supporte avec assez d'impatience ; l’on ne témoigne ps aujourd’hui appréhender sa mauvaise volonté, et toutes ces recherches , gardes extraordinaires , tant dans la ville que dehors, ont cessé; il ne se parle même plus de la descente du roi d’Angleterre, et le Parlement prait dans une grande confiance, avec quelque fondement, n’y ayant aujourd’hui personne en état de s’opposer à la présente autorité. Elle en aura plus de liberté pur agir dans les affaires du dehors. Il est arrivé cette semaine des lettres de Zélande qui représentent le roi de Suède entièrement éloigné de la pix; la lecture en a été faite dans le Parlement sans y prendre aucune résolution; sur ce refus, il est à croire que les ministres du Conseil me donneront quelque communication de leur pensée devant que de rien déterminer, et je ne manquerai pas en ce cas de faire, suivant les intentions de Sa Majesté, tout de' oir pur prévenir qu’ils ne se prtenl à la guerre contre
les Suédois, comme quelques-uns l’ont déjà proposé -, ce n’est pas que les inclinations générales du présent régime ne soient favorables au roi de Danemark et aux États généraux, persuadés que la ruine de ce dernier prince rejaillirait sur leurs sujets. Cette impression ne sera pas facile à lever et elle les engagera dans de grands efforts, à moins qu’ils ne croient que la France en aurait du ressentiment; à dire vrai nous n’aurons pas sujet de leur savoir mauvais gré quand ils insisteront à l’exécution des traités accordés entre la France et les deu.\ républiques, ni le roi de Suède n’aura rien à nous reprocher si son refus lui attire quelque disgrâce et si, ne déférant point aux conseils de ses amis qu’autant qu’ils s’accordent à son ambition, l’on l’abandonnera à sa bonne ou mauvaise fortune ; la prise de Naskon et l’approche de l'hiver lui font rejeter l’accommodement ; mais les Danois prétendent que quand la saison ne permettrait pas à leurs confédérés de les délivrer cette année, ils ne laisseront pas de se maintenir jusques à ce que la mer Baltique suit navigable, et qu’alors si les Anglais ne s’y opposent point il ne sera pas difficile, avec le secours de dehors, de reprendre Croncmbuiirg et les autres places. Sur ce projet, l’on peut faire état d’avoir encore l’année prochaine, dans ces quartiers du Nurd, occasion d’employer ceux qui sont fort enclins à la guerre. Si les avis précédents de M. Lockhart avaient donné lieu de croire que la paix de France et d'Espagne recevrait des difficultés, ses dernières lettres parlent tout autrement et la représentent certaine. J’apprends aussi qu’elles assurent que Sa Majesté n’abandonnera point l’Angleterre si l’Espagne ne voulait pas se porter à des termes raisonnables, et sans doute cette confiance avec le succès des affaires domestiques, rendrait les ministres de cette république plus difficiles à se départir de leurs conquêtes. Il me reste seulement, Monseigneur, à faire savoir que le Parlement paraît satisfait de la lettre du roi et de mon discours, et qu’il a remis au Ginseil à traiter avec moi sur les affaires qui K présenteront ; elles me manquent présentement.
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1» Af. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
LsndrM, 4 Mplaabra ttS9.
(Voirie noXLVIII.)
2» Le même au même.
tl >epl«nbr« 1659
Monseigneur^
Je n’accuserai point la réception d’aucun ordre de Votre tiiiinenccj et j’ai seulement à lui faire savoir qu’il ne reste présentement personne en armes contre le régime d’Angleterre, le château du chevalier Middleton s’etant rendu sans que ceux qui le défendaient aient pu sbtenir autre condition que la liberté de se retirer d’Angleterre dans deux mois s’ils ne peuvent, pendant ce temps, obtenir grâce du Parlement, dont
les commissaires ont continué d’examiner le sieur Booth. Il a reconnu fort ingénument d’avoirtraité avec le sieur Mordaunt agent du roi d’Angleterre, et que sa femme avait reçu lettres de celte Majesté ; il a aussi découvert tout le dessein , sans néanmoins nommer les auteurs, ayant désiré de n’ètre pas presse de faire une chose qui blesserait son honneur, et l’on a eu jusqiies à cette heure la complaisance de recevoir ce qu’il a volontairement voulu avouer. Ses discours ont aussi fait voir que la mésintelligence s’était déjà mise entre lui et les autres chefs, sur ce qu’il refusait de proclamer le roi d’Angleterre • que, contre son avis, ils s’étaient approchés de l’armée du Parlement et engagés au combat, et que, devant qu’il fût arrivé à a tête des troupes, les mômes qui avaient voulu si opiniâtrément attaquer Urnhert s’étaient mis en fuite; que depuis les ayant voulu rallier dans t'.hester pour défendre la ville ils avaient refusé de porter davantage les armes pour une cause qu’ils disaient être abandonnée de Dieu. Le Parlement a encore reconnu, tant par lui que par d’autres prisonniers
que beaucoup d’autres provinces et personnes de condition devaient en même temps suivre cet exemple, et il ne faut pas douter que, si tous ceux qui s’étalent engagés eussent tenu leur parole, le roi d’Angleterre ne fût aujourd’hui en état de paraître dans ce pays; mais les uns ont été prévenus et arrêtés, les autres n’ont pas eu le cœur de se montrer, et quelques-uns ont Joué à fausse compagnie; tout ce parti est maintenant si mortifié et abattu, que de leur propre aveu il n’en faut plus rien attendre contre la présente autorité , à moins d’une division dans l’armée ou d’un secours étranger. Le Parlement parait aussi être dans une grande confiance; il a déjà congédié la plupart de la milice du pays pour soulager le peuple de cette charge; il doit même licencier les régiments des sectaires et remettre la garde du pays à la vieille armée, pour le paiement de laquelle l’on fait état de se prévaloir des biens tant des coupables que de ceux qui, depuis l’année 1 648, ont agi en faveur du roi , et déjà la commission est émanée pour procéder à la vente . Le Parlement a encore ces derniers jours repris le débat sur la forme du gouvernement , sans rien conclure, et ce ne sera pas sans peine que ceux qui ont maintenant l’autorité en main condescendront à établir une république parfaite. Les chefs de l’armée entrent dans leurs sentiments, et sous prétexte que le peuple est mal intentionné, ils proposent un sénat en pouvoir égal avec les Parlements. Cette question semble à beaucoup devoir produire un jour de la division. Il n’est pas moins vraisemblable que quelque officier de l’armée pourra bien, avec le temps, avoir l’ambition du défunt Protecteur , et le sieur Lambert étant considéré comme le seul capable de marcher sur ses pistes, il se prendra toutes sortes de mesures et précautions pour l’arrêter; ainsi son élévation recevra plus de difficulté. Quant au retour du roi d’Angleterre, à moins d’un secours étranger, il parait entièrement éloigné ; ainsi l’on peut, avec beaucoup de raison, croire que les ministres du régime parient sincèrement lorsqu’ils professent qu’avec l’amitié de la France ils n’ont rien à craindre. Je n’en ai point vu aucun ces derniers
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joim, et contre mon attente ils ont, sans m’en faire part, envoyé aux plénipotentiaires de Zélande l’ordre d'exécuter les dernières conventions passées à La Haye pour la pacification des rois de Suède et de Danemark. A la vérité cc régime n’était pas en état de prendre d’autre parti, puisque la flotte d’Angleterre avait été mandée. Le sieur Vane m’avait seulement avoué qu’une partie devait retourner et que les Hollandais retireraient pareil nombre de leurs vaisseaux. Mais l’un des membres du Parlement vient tout è l’heure de me dire qu'il est arrivé depuis quelques heures des nouvelles que l’amiral Montagne est sur la côte d'Angleterre et qu’il n'a laissé au Sund que trois vaisseaux, quoique les Hollandais n’aient retiré que neuf des leurs, d'où l'on peut juger que le roi de Suède a donné les mains è l'accommodement, en suite de la déclaration faite par celui de Danemark qu'il était prêt de traiter séparément, ou que les plénipotentiaires anglais ont cru que la présence de leur flotte ne pouvait que rendre les Suédois plus difficiles et qu'il n'était pas nécessaire, après les arrêtés d’entre les deux républiques, de tenir en mer un si grand nombre de vaisseaux, surtout dans un temps qu'ils semblaient être plus nécessaires sur les côtes d'Angleterre. Quels que puissent être les motifs, les Hollandais auront maintenant toute liberté d'agir suivant les traités, mais non pas d'aller an delà; c'est de quoi je pourrai écrire plus positivement par le prochain ordinaire.
3» Le même au même.
Londres, 19 MplAflifrr* I6S9
(Voir le n® XXXV.)
M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londres, 19 «epUmbr* 16&9é
(Voir le n"XXXV.)
M. de Bordeaux au cardinal JUazarin.
Londr*!, 7 toit iü i.
(Voir le n» XXXIV.)
LU