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LUI

1» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londrel, 25 aoùI 1659 (Voir le n*> XLVII.)

2° Le même au même.

Londres, 4 t«p(«nbr« 1659, (Voir le n*XLVin-î

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<o M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Loaèm, IS eelobr« 165V.

Monseigneur,

La lettre dont Votre Éminence m’a honoré le du mois passé m’a fait demander des commissaires pour confirmer au Conseil d’État les bonnes dispositions de Sa Majesté envers le gouvernement d’Angleterre ; cette diligence me paraît fort à propos dans un temps que de tous cétés il lui est donné des avis capables de fomenter les jalousies qu’a excitées le passage du roi d’Écosse par la France, duquel je n’avais su jusqu'à cette heure comment parler, le voyant confirmé par toutes les lettres de Flandre et de France, sans que néanmoins il m’en fût rien mandé. Les paroles que je dois porter effaceront sans doute l’impression que le Parlement pourrait en avoir conçue, et je ne saurais porter une nouvelle plus agréable que d’assurer qu’il ne se prendra en France aucun engagement contre scs intérêts, quelque espérance dont se flattent les royalistes et autres ennemis du régime. Il n’est rien venu de nouveau à ma connaissance touchant les affaires du Nord, dont je fais état de parler aux ministres d’ici, et de leur reprocher la grande réserve avec laquelle ils ont agi ces derniers temps, dans la croyance que Sa Majesté n’avait pas pressé l’accommodement des rois de Suède et de Danemark avec toute la chaleur qui pouvait être attendue. Votre Éminence sera informée, par le duplicata de ma lettre à M. de Brienne, des délibérations du Parlement et de l’armée de ces derniers jours ; il s’en peut reconnaître que ces deux corps sont divisés en deux factions, l’ime des vrais républicains réputés presbytériens, l’autre des anabaptistes et millénaires ou saints, que la première prévaut dans le Parlement, et que l’autre n’y est pas si puissante, mais qu'elle a de son cûté la plus grande partie des officiers de l’armée, ce qui fait juger que.

BISTORIQUES.

soit par purgation ou dissolution du Parlement, elle prendra toute l’autorité, et que dans peu de jours l’on verra encore quelque nouveau établissement. Le Conseil de guerre est présentement assemblé pour résoudre la déclaration que ses députés ont dressée ; quoiqu’elle parle de soumission , la substance n’a rien qui en approche, et il passe pour constant que les ofliciers ne veulent plus dépendre du Parlement, mais d’un Conseil de guerre; c’était le sujet de leur querelle avec le dernier Protecteur et la cause de sa ruine; l’on ne doute pas que les troupes d’Écosse et d’Irlande n'entrent dans le sentiment de celles d’Angleterre, et le général Monk a déféré à l'instance que le lieutenant-général Fleetwood a faite de continuer dans le service. La plupart des ofliciers de la garnison de Dunkerque ont été changés, comme aussi ceux des trois régiments qui étaient dans le service de France, pour ne s’étre pas trouvés de si bonnes mœurs qu’il leur con* vient d’ètre. I.e commandant nommé pour Dunkerque n’est point encore parti, et il semble que l’on attend ici M. Lockhart. J’apprends que les marchands font grande plainte de ce qu’à Rouen il ne leur a pas été permis de charger devant que les vaisseaux français eussent pris fret, ce qui ne s'était point encore observé en France; ils doivent présenter requête au Parlement pour faire poursuivre la révocation de ces ordres que l’on croit contre la volonté de Sa Majesté.

Je prendrai. Monseigneur, la liberté de témoigner à Votre imminence que, comme la réconciliation des couronnes de France et d’Espagne lui produit toute la gloire qui se peut retirer des négociations, et les vœux de tous les Français, je ressens toute la joie que doivent particulièrement avoir ceux qu’elle honore de sa bienveillance, et qui professent comme je fais, d’être avec passion, etc.

2» M. de Bordeaux au comte de Brierme.

15 octobre 1659.

Monsieur,

La lettre qu’il vous a plu de m’écrire le A du courant me

DOCt'MF.NTS

met plus en état d'agir auprès du régime d’Angleterre que je ne l’avais été ces derniers jours^ puisque me faisant savoir le fondement de ses jalousies et les intentions de Sa Majesté à l’egard des guerres du Nord, je puis maintenant parler de l’un et de l’autre, ce que j’évitais crainte d'être trouvé mal averti ou de perdre ciéancc en désavouant des faits notoirement véi-itables, tel qu’est le passage du roi d’Angleterre par Rouen, où même il a été régalé chez le nommé Scott, marchand écossais, et son omharqueiiient à Saint-Malo qui se publiait ici, auquel néanmoins je ne voulais pas ajouter foi devant que l’avis m’en eût été confirmé; il ne servirait aujourd’hui de rien d’en disconvenir, et aussi prétends-je seulement de persuader les ministres du Conseil, dans la conférence que je leur ai demandée, que Sa Majesté n’a pu prévenir leur surprise et qu’elle n’en doit pas être moins éloignée de prendre des engagements contre les intéi êls du régime, quelques ombrages que ses ennemis lui en donnent: s'il m’arrive de les dissiper, je pourrai découvrir quelles sont les présentes dispositions envers le roi de Suède, et sans déclarer celles de Sa Majesté, je ne laisserai pas de faire entendre qu’il n’est pas de l’intérêt de l’Angleterre de suivre les mouvements des Provinces-Cnies, dont l’ambassadeur m’avait, dans la dernière entrevue, ra|)porté les demandes de ce prince qui ne témoignaient point que ses pensées soient à la paii. Ce serait en effet se flatter que de croire que l’envie lui en puisse venir si une fois il reconnaît que la France et les princes d’Allemagne veulent s’armer pour lui conserver les domaines qu’il possède dans l’empire, puisque sans rien hasarder il se maintiendra au moins dans scs conquêtes du Danemark et pourra s’en rendre à la lin seul maître si les habitants de Copenliagen se voient hors d’espérance d’être délivrés de siège. Ainsi ce n’est pas sans raison que les États généraux assez éclairés font tant d’instance pour arrêter le secours de la France; et bien que le soin qu’ils prennent pour la conservation du Danemark semble nous exciter à en user de même envers notre allié, il y a néanmoins cette différence que l’un

e.<st sur la défensive cl l’autre sur l’offensive, que celui-ci peut facilement et avec honneur se tirer de peine en faisant cesser le prétexte qu’a l’empereur d’attaquer la Poméranie, et rompre les liaisons que l'Électeur de Brandebourg et d'autres États prendront sans doute avec la maison d’Autriche pour se garantir d’une puissance qui ne se propose point de homes, SC pouvant avec beaucoup de fondement attendre que le roi de Suède, après la conquête du Danemark, portera ses ai-mes ailleurs et déférera encore bien moins aux conseils pacifiques de scs armes lorsqu’il se verra sans nécessité de leurs secours ; sa conduite passée ni son ambition ne permettent pas d’en faire uii jugement plus favorable, et ni les menaces qu’il fait de s'accommoder avec l’empereur, ni la défense de la religion protestante dont il fait ostentation auprès des États de même créance, ne doivent plus aujourd’hui être considérés que comme des artilices pour avancer ses desseins. Hais l’intérêt <|uc la France peut avoir d’établir dans l’Allemagne un prince capable de balancer la puissance de la maison d’Autriche ou d’y entretenir la guerre, doit être jugé un motif plus solide puisqu'il fait préférer l’agrandissement des Suédois à l’amitié de quel(]ues autres États; il est à souhaiter que l’Angleterre entre dans les mêmes sentiments, et je ferai tout devoir pour y porter ses ministres lorsqu’ils me donneront lieu de les entretenir; je n’ai cependant rien à écrire sur ce sujet de plus positif que ce qui aura été recueilli de mes précédentes lettres; elles auront appi is que les négociations du général Montague n’ont eu ici aucune suite, que même son retour a été en apparence blâmé et qu’il ne s’en est justifié que par l’approbation qu’y avaient donnée les auti'es plénipotentiaires, dont l’un voulait bien retenir partie de la flotte, mais pour la joindre à celle de Hollande contre les Suédois ; l'avis des autres fut plus modéré. L’on ne parle point de renvoyer aucune escadre dans le Sund; quand la saison le permettrait, telle délibération se remettrait jusques à l’arrivée desdits plénipotentiaires qui ont liberté de repasser en Angleterre à moins que le roi de Suède changeât d’esprit. Le succès des troupes imp<>

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riale^tant dans la Poméranie que dans la Prusse royale pourrait produire cet eSet, et le passa^ du secrétaire Coyet de Hollande en laisse encore quelque espérance; néanmoins si M. de Terlon ne fait point perdre celle du secours de la France, il n'est pas à présumer que la paix se rétablisse en ces quartiers du Nord. Ce serait aussi contre toute raison que l’Angleterre s’engagerait aujourd’hui dans une nouvelle guerre par ressentiment; le sieur Vane et sa faction sont trop politiques pour ne pas reconnaître le piéjüdice qu’ils en recevraient, et le colonel Sidney, de soi-méme considérable, est assez habile pour ne pas inspirer une vengeance à contretemps. L’on professe de vouloir la paix avec tous les voisins, entre autres avec l’Espagne, le commerce d’Angleterre ne se pouvant rétablir tant que la guerre continuera; et il se sera reconnu, par la conduite de M. Lockhart, si ce désir général s’accorde aux maximes des principaux du gouvernement qui pourraient juger nécessaire, pour le maintien de leur autorité, de laisser quelque ennemi du dehors à craindre; bien que le présent régime semble être affermi par la déroute des royalistes, la constitution est néanmoins telle que la sortie d’un péril est une entrée dans un autre, et qu’après avoir détruit ses ennemis il lui faut combattre les divisions domestiques aussi dangereuses et contre lesquelles les alarmes de guerre étrangère sont plus enicaces que tous les autres moyens qui se mettent en usage. Ma lettre de la semaine précédente a fait savoir les propositions de partie de l’armée, l’arrété du Parlement pour les éluder et la soumission du Conseil de guerre qui se devait exprimer par une déclaration formelle ; tous ces jours, le comité des officiers députés pour dresser cet acte s’est assemblé sans en convenir ; le plus grand nombre voulait insérer une demande de réparation d’injures contre les membres du Parlement qui, en proposant l’envoi du sieur Lambert dans la Tour de lx>ndres,tont donné si mauvaise interprétation au désir de la brigade du Nord qu’il commandait, comme aussi que désormais la disposition des charges de l’armée sera remise à un comité des principaux officiers.

Ces clauses ont paru trop dures à ceux qui sont vrais républicains, et le rapport doit être fait aujourd’hui dans le Conseil de guerre général pour y prendre une résolution finale qui pourra bien aller à quelque adoucissement , mais non pas à donner toute satisfaction au Parlement, nonobstant les diligences des députés républicains, par l’avis desquels la maison de ville a obtenu liberté de choisir un autre maire. Les mômes, pour se fortifier, projettent de remplir les places des députés morts par une nouvelle élection, sans néanmoins rappeler ceux qui ont été chassés ni leur en substituer d’autres, et ont arrêté que le magistrat civil aura pouvoir correctif en matière de religion. Mais Vane et son parti se joignant à l’armée dont la plus grande partie ne veut pas souffrir que le Parlement prenne tant d’autorité , il est à croire que la prudence des autres sera confondue ; l’on parle même de chasser quelquesuns des principaux, et tout le monde est dans l’attente d’un changement ; s’il arrive, Vane et Lambert auront grande part au gouvernement; le premier est retourné de la campagne et continue d’agir. La cour d’Angleterre ne peut que concevoir de grandes espérances de toutes ces partialités, et en effet personne ne juge que la nation puisse être en repos que par son rétablissement, l’ambition des particuliers ne permettant pas qu’une véritable république s’y puisse former, et n’étant pas vraisemblable que les chefs de l’armée et ceux qui, sous titre de sainteté, prétendent s’attribuer la puissance, se maintiennent longtemps en intelligence. L’événement de ces désordres se pourra voir sans inquiétude, maintenant que la France et l’Espagne sont en paix. C’est pourquoi les sujets de l’une et de l’autre nation doivent rendre des actions de grâce au ciel et à ceux dont les soins ont contribué à un si grand ouvrage. Ils est fait depuis peu grand bruit à la Bourse de Londres de ce que la ville de Rouen n’a pjs voulu souffrir que les vaisseaux anglais chargeassent devant que les Français eussent pris fret, ce qui ne s’élait point encore observé. Les marchands doivent repiésenter requête au Parlement pour obtenir, par son entremise, la révocation de ces ordres nouveaiu

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que l'on prétend n’étre point émanés de l’autorité royale. La ville de Londres prépare un grand festin pour jeudi au Parlement et aux principaux de l'armée, après qu’ils auront employé la plus grande partie de ce jour dans les temples à rendre grAce de la déroute du sieur Booth, auquel l’on ne dit rien, non plus qu'aux autres prisonniers; les divisions d’entre l’armée et le Parlement donnent d’autres occupations.

3» Jtf. ‘de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londr*«» tO •etebr* 16b9.

Monseigneur,

J’avais, pour satisfaire au contenu de la lettre que Votre Éminencb me fit l’honneur de m’écrire le 22 du passé, demandé au Conseil d’État des commissaires, mais ayant souhaité de recevoir en pleine assemblée ce que j’avais à lui communiquer, je me conformai à son désir, et le l<i de ce mois je lui Gs entendre que les ordres de Sa Majesté m’obligeaient d’assurer le Parlement qu’elle conservait en son endroit les mêmes sentiments que j’avais déjà exprimés, et se proposait d’entretenir, avec le gouvernement d’Angleterre, une parfaite correspondance ; que si, pour affermir celle qui avait été établie par les derniers traités, principalement par celui de 1655, il était jugé à propos de les renouveler, le roi donnerait tous les ordres nécessaires pour conceiterct convenir avec les ministres de la république des changements convenables à la constitution de son présent régime, et qu’enlin Sa Majesté se porterait avec joie à tout ce qui sera capable d’avancer le bien commun des deux nations et couGrmer la réalité de scs bonnes intentions ; que ces assurances étant renouvelées dans une conjoncture qui ne pcj mettait pas de douter de leur sincérité, elles devaient trouver une entière créance et faire plus d’impression que des bruits publics, ou les avis de ceux qui tâchaient de fomenter de la jalousie entre nos deux États, et se prévalaient à cet effet de quelque rencontre qui ne devait s’attribuer qu’à la surprise et à la facilité de passage que les ennemis mêmes de Sa Majesté ont trouvée

par la France. Je déclarai ensuite avoir aussi ordre de témoigner au Conseil que le roi voyait avec beaucoup de déjilaisir le peu de succès que jusqu’à cette heure avaient eu les soins qui s’étaient pris conjointement pour pacifier les États du Piord, et les préjudices que la continuation de la guerre en ces quartiers pouvait apporter aux autres princes, principalement à ceux qui sont obliges de garantir l’exécution du traité de Munster; que, pour prévenir ces inconvénients. Sa Majesté avait encore depuis peu ordonné à son ambassadeur résidant auprès du roi de Suède de faire nouvelle instance pour le porter à l’accommodement; mais que quand un conseil si salutaire ne pourrait pas prévaloir. Sa Majesté ne croyait pas qu’il lût de la dignité ni de l’intérêt des amis de ce prince de convertir à sa ruine le secours qui l’a garanti de ses ennemis, ni que le Parlement prit des r ésolutions capables d’aliéner l’amitié d’une nation que rAngletcirc a toujours estimée et dont elle a tant mér ité ces derniers temps, quelque aigreur que d’autres États s’efforcent d’exciter, et que si l’exemple de Sa Majesté était de quelque poids, il ne serait point usé d’autres voies, pour avancer cet accommodement, que de celles qui se pr atiquent d’or dinaire entre les États alliés dont les r-aisons et conseils pourraient à la fin prévaloir sur les espérances d’une grande conquête qui semble avoir apporté quelque obstacle à la paix d’entre la Suède et le Danemark. Je touchai après quelques mots des différends qui restent à régler touchant les places de la Nouvelle France, demandant des commissair-es pour y mettre fin, et qu’au moins toutes choses fusserrt rétablies au même état qu’elles étaient lors du traité de 1655, et finis mon audience par la demande de quinze ou vingt français qui se trouvent avec les soldats espagnols pris il y a quelques mois dans leur passage de Saini- Sébastien en Flandre. Le président du Conseil, suivant le style du Parlement, me répondit seulement qu’il ferait rapport à la compagnie de mon discours, et le lendemain le maître des cérémonies me le demanda de sa pat t par écrit, h quoi je satisfis, sans que j’aie eu depuis de ses nouvelles. Il pour-

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rait bien arriver que l’on ne se presserait pas de me donner aucune réponse, les expressions de la bonne volonté du roi pouvant passer pour des civilités dont M. Lockhart témoignera la reconnaissance, et ce que j’ai dit des affaires de Suède n’étant qu’une invitation à prendre des conseils qui peut-être ne s’accordent pas aux inclinations des principaux ministres du gouvernement, plus portés à complaire aux Provinccs-Unics qu’au roi de Suède. J’aurais pu, dans une conférence, reconnaître leur disposition, et les presser même d’agir auprès des Étais généraux pour les retirer de l'engagement où ils entrent, mais je n’ai pu me défendre de parler en plein Conseil ; et s’il ne me donne lieu, par l’envoi de quelques-uns de ses ministres, de traiter plus particulièrement de cette matière, ce sera un effet de la résolution qui a été prise d’autoriser, par un consentement public, tout ce que feront lesdits États généraux pour l'avancement de la paix du Danemark. L’un des ministres de Suède m’en fit hier des plaintes .et, ne se contentant pas de blâmer l’Angletcrrre de ce qu’elle abandonnait son maître dans une guerre si juste, il étendit ce reproche sur tousses autres amis, sans cxa’ption de la France, et par beaucoup de raisons s’efforça de me prouver que, quelque garantie qu’ils lui offrent, la paix ne pouvait être sûre; je crus devoir relever un discours si plein de méconnaissance et conforme aux avis qu’autrefois ce même ministre a donnés que Sa Majesté avait traversé l'envoi de la flotte d’Angleterre, et je lui dis qu'il ne pouvait parler de cette sorte à moins d’ignorer les efforts que la France avait faits tous ces derniers temps en faveur de son maître, s’exposant même, par cette assistaucc, à perdre l’affection d’autres États et à leur donner sujet de soupçonner que sous main elle fomentait la guerre du Danemark; que c’était aussi se trop flatter de croire persuader au public que le roi de Suède ne peut s’assurer contre celui de Danemark avec la garantie de la France et de l’Angleterre; qu’il serait sans doute jugé que l’espérance de conquérir tout le Danemark lui ferait plutôt rejeter la paix que la crainte d’un prince si faible ou la

défiance des deux États dont le pouvoir aussi bien que la bonne volonté lui étaient assez connus; qu’au reste, en prenant le parti de la guerre, il s’attirait tant d’ennemis que Sa Majesté ne serait pas capable de l’en garantir et qu’elle aurait peine à faire rentrer l’Angleterre dans les mêmes sen* timenls que le gouvernement passé et le présent régime auraient eus tant qu’ils s’étaient persuadés le roi de Suède disposé à s’accommoder. Apres avoir donné cette petite mortification audit ministre, des plus arrogants que la Suède puisse employer, je lui communiquai les dernières instances que j’avais faites au Conseil, et l'assurai que les ordres de Sa Majesté m’obligeaient de continiier les mêmes offices, sur lesquels néanmoins il ne fallait pas si fort se reposer que de refuser un accommodement honorable; en effet, le Parlement ne pourra que très difficilement être induit à souffrir que la mer Baltique tombe dans la puissance d’un seul prince, quelque franchise et prérogative qui puisse être offerte à l’Angleterre, la foi des traités n’étant pas si solide que quiconque a le pouvoir en main trouvera des prétextes pour y contrevenir; il peut d’ailleurs souhaiter que la guerre s’allume en Allemagne, et ne se met guère en peine de l’interruption présente du commerce de la mer Baltique, ce qui me fait douter que, quand on renouvellerait avec M. Lockhart les traités d’alliance, et qu’il serait stipulé que ce régime fit tout devoir pour détourner les Hollandais de la défense du roi de Danemark, que l’exécution en fût bien sincère ou avec succès, la ruine de ce prince ne pouvant qu’être suivie de celle de leur commerce dans le ^ol■d; ainsi je ne vois point d’apparence à aucun traité tant que le roi de Suède prétendra conserver les îles du Danemark, quelque offre que fasse son secrétaire à La Haye, ni qu’il puisse venir à bout de scs desseins et conserver désormais ses conquêtes. Les bruits publics veulent toujours que la France doive entreprendre la défense et le rétablissement du roi d’Angleterre; mais les ministres du gouvernement sont maintenant assez informés des résolutions prises sur la frontière pour ne pas concevoir des

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ombrage* ; ik parlent de la paix arec l’Espagne assez indifféremment, et même font maintenant espérer à l’ambassadeur de Portugal une réponse sur ses propositions, semblable à celle que la cour avait faite à la France pour une ligue étroite; si néanmoins l’inclination générale du peuple et des vrais républicains du Parlement avait lieu, tous ces avantages ni la conservation de Dunkerque et de la Jamaïque n’arrêteraient pas l’accommodement avec l’Espagne; non que ses forces soient estimées capables de remettre le roi d’Angleterre sur le trône, mais afin de faire revivre le commerce fort ruiné depuis la guerre ; les chefs du parti le plus autorisé doivent avoir des maximes qui ne s’accordent pas à ce désir, et pourront bien se prévaloir de la froideur qu’affectera le Conseil d’Espagne pour continuer la guerre et par elle tenir les esprits du dedans en jalousie; il ne se peut néanmoins parler |K>sitivemcnt de l’avenir tant que le gouvernement sera incertain. Ma dernière lettre représentait les ofUciers assemblés pour résoudre une déclaration de quelque conséquence à son affermissement; l’aigreur qui s’excita entre eux les empêcha de rien déterminer ce même jour; mais le lendemain ils arrêtèrent un acte dont le commencement justilie la brigade que commandait le sieur Lambert qui professe une constante volonté de maintenir le gouvernement républicain, traite de oilumnie la pensée que quelques-uns ont eue que l’armée projetait d’élever à l’autorité une personne singulière, et demande qu’à l’avenir punition soit faite de ceux qui vouilraicnt semer de la division entre ces deux corps dont ’union est si nécessaire pour maintenir la tranquillité publique. Ce préambule, en termes assez tiers, est suivi de quelques propositions dont la première regarde la réconciliation de cette même brigade avec le Parlement, et demande le paiement des arrérages dus à l’armée, et qu’il suit pourvu aux soldats estropiés et aux veuves de ceux qui sont morts dans le service; que, pour entretenir une bonne discipline militaire, il ne se chasse ni soldat ni ofiieier que par un Conseil de guerre; qu'aucun aussi ne soit établi en charge que sur la

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