‹ Histoire du ProtectoratChapitre 31 sur 118 · LIVRE I.— PETITIONS · texte numérisé non relu

LIVRE I.— PETITIONS

comme seule souveraine, ne supiKisant pas même l’existence d’une autre Chambre, et ne prononçant pas le nom du Protecteur. L’appui ne leur manqua point dans l’intérieur de la salle : a Je demande qu’ils soient admis, » dit Nevil; a ce sont d’honnêtes figures, d’anciens amis.n —O Je suis charmé, » ajouta le capitaine Baynes, a de « voir le peuple reprendre en affection ses représena tants. » Haslcrig, Lambert, Scott, Ludlow voulaient qu’on leur adressât des remercîments; mais la majorité ne s’y prêta point ; elle se montra même ferme et rude : a Parce que trois ou quatre personnes attendent à la a porte, » dit M. Disbrowe, a suspendrons-nous les a affaires dont nous sommes occupés? » — a 11 y a de la a tyrannie dans lalilierté comme ailleurs, » dit M. Swinfen; a je n’ai nulle envie d’encourager cette liberté qui a ne nous laisse, à nous, point de liberté. » Le 9 février, au lieu d’admettre les pétitionnaires, on chargea trois membres d’aller leur dire que la Chambre lirait leur adresse (juand elle aurait terminé sa délibération. Lei5, la proposition de leur voter des remercîments fut rejetée par une majorité de cent voix. Le IG avril, la Chambre leur fit répondre « qu’elle avait lu leur adresse, « qu’elle leur témoignait son mécontentement des a outrages qui s’y trouvaient contre les magistrats et « les ministres de la religion, et qu’elle leur ordonnait a de retourner chez eux, de vaquer à leurs affaires, et a de se soumettre aux lois et aux autorités de leur a pays. » Le temps n’était plus où la multitude, par sympathie ou par menace, régnait dans le Parlement,

REPUBLICAINES. «o

et ses démonstrations étaient une arme usée , qui inquiétait sans intimider*.

Mais autant les pétitions étaient décriées quand elles Tisaient au rétablissement de la république^ autant elles étaient accueillies quand elles portaient sur des actes d’iniquité et de tyrannie de Cromwell ou de ses serviteurs. Les républicains, impuissants à se relever euxmêmes à l’aide de cette arme, s’en saisissaient alors avec ardeur pour en frapper leurs ennemis. Quand le Parlement s’ouvrit, des prisonniers d’État avaient été et restaient encore arbitrairement détenus, par ordre de Cromwell; on en comptait vingt-cinq à la Tour de Londres, et quelques autres dispersés dans les places fortes ou dans les îles anglaises de la Manche. Le 2 février, le gouverneur de la Tour, le colonel Barkstead, informa Thurloe que plusieurs d’entre eux s’étaient empressés de demander, soit aux cours de justice, soit au Parlement, leur mise en liberté, et il lui témoigna quelque inquiétude des poursuites auxquelles il pourrait, à ce sujet, être lui-même exposé. Dès le lendemain, en effet, la Chambre des Communes ordonna que le gouverneur de Tîle de Jersey, le capitaine Richard Yardley, eût à amener à sa barre l’ancien major général Overton, mis en prison, sous sa garde, en janvier 1655; et le 23 février, Barkstead eut aussi ordre de comparmtre devant le comité des griefs, avec son prisonnier,

* Joumalt of the h. (ff C,, t. VII, p. 601, 004, 640; — Burton, Diary. t. III, p. 152-155, 9R8-206 ; t. IV, p 410-445 : — Thurloe, StaU-Papers. t. VII, p. 617-018; — Bordeaux à Mazarin, 27 février 1059 LZ)ucumcnl5 d* XIX).

John Portmau, ancien secrétaire de l’amiral Blakc, dé

tenu à la Tour depuis plus d’un an'.

Barkstead, soldat brave et dévoué à son général, mais embarrassé et craintif quand il avait affaire au pouvoir civil, aurait bien voulu se dispenser de paraître devant le comité, et n’envoya d’abord que Tordre d’emprisonnement qu’il avait reçu de Cromwell et qui lui enjoignait « d’arrêter le major général Harrison, MM. Feak, Rogers, Porlman, Carew et autres chefs des hommes de la cinquième monarchie. » Mais le comité exigea qu’il vînt en personne. D était membre de la nouvelle Chambre des Lords. On refusa de l’appeler lord Barkstead : « 11 ne convient pas, » dit M. Terrill, a qu’un lord de a Tantre Chambre soit geôlier, n Trois jours après, le comité fit à la Chambre son rapport, déclarant que a l'emprisonnement de M. John Portman par le lieutea nant de la Tour avait été et était iiyuste et illégal, et a qu’il devait être immédiatement mis en liberté, sans a aucune charge ni redevance à acquitter, a Les Cromwelliens firent des objections : a Portman, » dirent-ils, tt quand il avait été arrêté, était sur la liste des hommes a de la cinquième monarchie qui se préparaient à se « lever en armes; le Protecteur avait agi dans l’intérêt O de la paix publique; on ne pouvait blâmer sa vigia lance; son ordre avait été rendu à cinq heures du

< Thurloe, S(o(c-Papfr*, t.VlT. p. 598,605-606; — Joumah o( the house of C., t. VII, p. 597, 607; — Burton, Diary, t. III, p. 45, 448; — Bordeaux àMaxarin, 13 mars 1659 (Docutnen^i nques, n® XX).

O matin ; à coup sûr, s’il n’eût pas eu de bonnes raisons, il ■ n’aurait pas rompu ainsi son sommeil. » Yane et Ne\il eurent peu de peine à réfuter ces arguments au nom de la loi. La Chambre adopta la proposition de son comité; et Barkstead, de plus en plus alarmé, écrivit à Thurloe * : a Je prévois que je serai remis en scène par plu- « sieurs autres des prisonniers placés sous ma garde.... « Je prie humblement Votre Honneur de vouloir bien se « souvenir que je n’ai fait qu’obéir strictement , et que • je ne dois pas être livré à la malice des mécontents’.»

L’affaire du major général Overton eut encore plus d’éclat. Quand la Chambre décida’ que le gouverneur de Jersey recevrait l’ordre de le lui amener, le colonel Alured demanda qu’on lui envoyât une frégate, car il ne pouvait venir sans danger, à cause des pirates : « C’est a triompher avant la victoire, » dit Trevor. — o Le ma- « jor général Overton est un habile homme de guerre,» reprit M. Nevil; « les Espagnols pourraient le faire pri- « sonnier et en tirer bon parti ; je désire qu’on envoie « une bonne et forte frégate ; » et la frégate fut en effet votée. Dès qu’on sut Overton arrivé à Londres*, on demanda qu’il vînt à la barre: « H est si faible,» ditVane, a après ses quatre années d’emprisonnement, qu’il peut « à peine marcher; ayez la l)onté de ne le mander « que lundi. » Overton se rendit, le 16 mars, au Parle-

< Le 24 février 1659.

• Burton, Diary, t. III, p. 448, 494-498; — Thurloe, Slatê-Paperi, t. VII, p. 623.

» Le 3 février 1659.

‘ Le 11 mars 1659,

ment; quatre ou cinq cents personnes à cheval et une foule nombreuse portant des branches de laurier lui avaient fait cortège; son attitude devant la Chambre fut modeste et douce : o C’est une grande grâce de Dieu a qu’après plus de trois années de prison, venues à la « suite de quatorze années passées à votre service, je a sois amené à la barre de cette honorable Chambre, a Comme j’ai été, pendant quatre ans, dans une condia tion très-douloureuse, je désire rester en repos.... <i J’aurais mieux aimé être mis en pièces par des che- 0 vaux sauvages que de souffrir un tourment si rude; a c’eût été l’affaire d’un moment... J’espère que je n’ai a rien fait de contraire à mes premiers engagements et a à la cause pour laquelle j’ai combattu. Vous êtes mes a juges: je remets humblement, moi et mon sort, entre a vos mains. Je n’entreprendrai pas de me justifier; tout a mon vœu, c’est d’être traité, bien ou mal, selon ce a que j’ai fait; » et il se retira de la salle, a Je ne cona naissais pas l’homme, » dit M. Broughton; a je ne l’aa vais jamais vu. J’avais beaucoup entendu parler de sa a vertu. On n’aperçoit point de motif à son emprisona nement; ne lui faites pas attendre une heure ce qui a lui est dû depuis tant d’années, sa liberté. » Pourtant un débat sérieux s’engagea : « Prenez garde, » ditWhalley; a le major général Overton n’a pas été arrêté ;«ur a des faits civils, mais comme militaire; vous paralysea rez tous vos officiers si vous les expostîz à être poura suivis pour de tels actes; ne découragez pas votre a armée; si vous aviez encore la guerre, ce serait très-

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« dangereux. D — «L’opinion était très-montée enÉcossc « contre le major général Overton, » dit le beau-frère de Monk, le docteur Clargis; « et on disait que c’était, « de la part de Son Altesse, une grande indulgence de ne « pas le traduire devant un Conseil de guerre. » Thurloe prit la parole : a Je vous engage à tout entendre et à « bien réfléchir avant de décider : cette affaire-cia com- « mencé en temps de guerre et dans des circonstances a critiques. On découvrait chaque jour des complots. De « grands efforts étaient tentés pour engager une partie a de l’armée contre le gouvernement. Les hommes de « guerre, en temps de guerre, s’inquiètent plus du fond a que de hi forme. » — « Je propose, » dit le major Ashton, a que le major général Overton soit mis en lio berté; mais pour l’honneur de l’homme qui vous a con- « duits à la conquête de vos libertés à vous, et qui n’est « plus, je demande que vous ne le censuriez pas expres- « sèment en qualifiant son ordre d’illégal et d’injuste. » Haslerig seVécria : a Jamais, » dit-il, a depuis que le roi U Guillaume a conquis cette île, il n’y a eu un ordre de a détention si illégal; un ordre donné par le Protecteur U seul, sans aucune raison exprimée ! S’il était vivant, a je parlerais; mais il est mort, je n’en dirai pas davana tage.... Le major général Overton n’était plus alors un « miUtaire, mais un homme du peuple anglais. J’ai rea marqué qu’il avait été emprisonné sous le nom de a Robert Overton; relâchez-le sous le même nom. » On était sur le point de prononcer; un incident s’éleva qui embarrassa un moment la Chambre, et Haslerig lui-

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