‹ Histoire du ProtectoratChapitre 39 sur 118 · LIVRE I.— PERPLEXITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE I.— PERPLEXITÉ

déclarant que l’armée l’abandonnerait s’il continuait de ménager à ce point le Parlement et les Cavaliers, tantôt lui promettant, contre les prétentions de la Chambre des Communes, le ferme appui de la nouvelle Chambre dc>s Lords, pourvu qu’il abolit, envers et contre tous, ce titre de /ords qui offusquait la fierté démocratique de ce brutal soldat. On dit qu’il avait poussé ses menées jusques dans le petit corps d’éUte qui formait la garde de Richard, et qu’à l’intérieur même du palais, il était mieux informé et plus puissant que le Protecteur*.

Situation impossible et qui marchait rapidement vers une catastrophe. Cromwell avait pu, bien qu’à grand’jæine, caresser et malmeuer tour à tour la révolution qu’il avait faite et l’armée qu’il avait conduite à la victoire : quelque humeur qu’elles ressentissent contre lui, l’une et l’autre, dans leurs périls, pouvaient se confier et se confiaient en effet en lui. Parlementaires ou soldats, les révolutionnaires l’acceptaient tous en définitive pour arbitre, car ils l’avaient tous eu pour maître. Mais ni pour le parti qui avMt renversé la royauté, ni pour celui qui avait soutenu la tyrannie, Richard n’était rien ; l’ombre d’un grand nom peut suffire pour s’élever au pouvoir, non pour l’exercer ; Richard rencontrait, dans le Parlement et dans l’armée, une opposition forte et jalouse qui s’attaauait, avec passion, bien moins aux

< Thurloe, State-Pofert, t. VII, p. 466, 495, 411, 638, 566; — Clarendon, Ütate-Papert, t. III, p. 444;— Ludlow, Uémoiret, dam ma CoUtetian, t. II, p. 488; — Burnet, flisloire de mon tempe, ibidem t. I, p. 179 ; — Bordeaux à Mazarin, 7 et 31 mara 1659

DE lUCriARD CROMWELL. 313

actes de son gouvernement qu’au régime même dont il était l’héritier. Et quand, à l’aide des alarmes du moment et des serviteurs de son père, il avait triomphé de ses ennemis , c’était pour lui une victoire inutile , car cette armée et ce Parlement, au sein desquels il avait obtenu la majorité, se faisaient, l’un à l’autre, une guerre mortelle; et placé entre eux comme un modérateur impuissant, il voyait infailliblement approcher le jour où il tomberait victime des coups que se portaient mutuellement ces deux grands corps, car il ne pouvait ni les concilier, ni choisir entre eux sans péril.

Vers la fin du mois de mars, Fleetwood et Desborough allèrent trouver le Protecteur, lui représentèrent, comme des amis à la fois inquiets et offensés, l’extrême agitation qui régnait dans l'armée point payée, et irritée des attaques auxquelles ses chefs étaient en butte et des airs de triomphe des Cavaliers ; et à force d’insistance, ils obtinrent de lui la convocation d’un Conseil général des ofQciers, appelés à s’entendre, entre eux et avec le Protecteur, sur les moyens de mettre un terme à la détresse des troupes et d’assurer, à la cause commune, les garanties dont elle avait besoin’.

En apprenant cette concession inattendue et faite à leur insu, les conseillers intimes de Richard, lord Broghill entre autres, se récrièrent et lui en signalèrent tout le péril ; mais il était trop tard ; dès les premiers Jouis

• Ludlow, Afr'motrej, dans ma CotUclion, t. II, p. 435-434; — Oldmixon, Hisl. of tke Sluarli, p. 433; — Morrice, Ucmoirsof Uugnr Boyle, Barl of Orrery, c. V. p. 27; Londres, 1743.

Page 1