IM LIVKE I— RICHARD CONVOQUE
(l’avril, plus de cinq cents officiers, réunis à Wallingford- House, après de solennelles prières prononcées par le docteur Owen, entrèrent en délÜM-ration. Les princiiKHix officiers attachés au Protecteur, lord. Howard qui commandait sa garde, lord Faulconbridge et lord Brogtiill lui-même s’étaient rendus à la réunion. Desborough lit un long discours, célébrant les anciennes victoiresde l’armée et les grâces que Dieu lui avait faites, déplorant ses souffrances, s’élevant contre les faux frères, les enfants de Reliai qui l’avaient trahie, proclamant que ki Iwnne vieille cause était menacée, et demandant enfin que, |)Our la sauver, pour écarter de l’armée les traîtres, tout officier fût tenu de déclarer, sous s(;rment, qu’il regardait la condamnation et l’exécution du feu roi Charles Stuart comme juste et légitime. De bruyants témoignages accueillirent cette projKJsition. Lord Howard et • lord Faulconbridge sortirent à l’instant, soit de colère, soit |)our aller instruire le Protecteur. Lord Rrogbill resta et repoussa hautement la demande de DcsIkjroiigh : a H était, » dit-il, « opposé à tout serment exigé « de l’armée ; c’était un commencement de servitude ; a si l’armée s’imposait elle-même un serment, d’autres a pouvoirs viendraient bientôt lui en imposer de nou- 0 veaux. Quoi de plus injuste d’ailleurs que de prélen- « dre faire proclamer la légitimité d’un jugement jwr « des hommes qui n’ont point assisté au j)rocès, qui a n’ont entendu ni les témoignages ni les débats? Si O vous voulez un serment pour épurer l’arintie, moi « aussi j’en ai un à vous proposer ; que tout officier soit
UN CONSEIL GÉNÉRAL DES OFFICIERS. ILÏ " tenu de jurer qu’il défendra le gouremement tel qu’il « est maintenant établi, sous le Protecteur et le Parle- « ment. Je répète que je suis contre tout serment et a pour la liberté de l’armée ; mais celui-là du moins est « raisonnable et conforme à vos intérêts. Si donc il vous € en faut un, je propose celui-là, et si vous ne l’adoptez >1 pas, je le proposerai demain dans le Parlement, où j’ai « la confiance qu’il sera adopté'. »
Lord Broghill avait frappé juste ; beaucoup d’officiers partageaient sa répugnance pour les serments; beaucoup d’autres, bien que républicains, étaient peu empressés de s’associer aux régicides. Wlialley et Goffe, entre qui tord Broghill était assis, appuyèrent ses objections; Desborough lui-même s’aperçut que sa propositiou tombait en défaveur, et la retira. D’autres motions succédèrent à celle-là, moins choquantes, quoique dangereuses pour le Protecteur. On reproduisit le vœu que le commandement militaire fût séparé du pouvoir civil, et remis aux mains d’hommes éprouvés dans la guerre, et en qui l’armée pût avoir pleine confiance. On s’arrêta, en attendant, à l’adoption d’une « humble représentation du Conseil général des officiers au lord Protecteur ; » et le 6 avril, dans l’un des grands salons de Whilehall, elle fut solennellement présentée à Richard, qui la reçut sans aucune marque de déplaisir, et s’enüetint affectueusement avec les officiers qui la lui
1 Ludlow, Mémoirei , dans ma Colleclion , t. IT» p. 425^434; — Oldmixon, Tlist. of the Stuaris, p. 432; Morrice , Memoirt of Hogfrt Earl of Orrei-y^ c. V, p. 27-28.
lie LIVRE I.— HUMBLE REPRÉSENTATION DU ap|)ortaieiit : a anciens amis de son père, et fidèles ser- « viteurs des intérêts de la nation, jiour la défense des- « quels il était dé-cidc à vivre et à mourir avec eux. » — « La satisfaction a été complète de part et d’autre dans a cette entroiie, » dit le soir le journal de la cour, « et « elle a démontré que le gouvernement actuel serait « vigoureusement maintenu, à la grande terreur et « confusion de l’ennemi commun'. »
Dans les situations très-critiques, il n’y a point de mensonge que les hommes ne soient prêts à accueillir dès qu’ils en reçoivent quelque soulagement à leurs alarmes. L’humble représentation des ofticiers contenait au fond tout ce que Desborough voulait obtenir par le serment qu’il avait proposé à l’honneur des régicides, car elle demandait que la bonne vieille cause fût justifiée et maintenue dans tous les actes accomplis jiour sa défense, et que pleine sécimité fût garantie à tous ses défenseurs; mais elle était convenable envers le Protecteur comme envers le Parlement, et elle s’exprimait en termes généraux et diffhs qui voilaient ce qu’Us étaient chargés de faire entendre. A Westminster comme à Whitehall, on essaya de s'y résigner. Le surlendemain du jour où elle avait été présentée, Richard la transmit , avec une lettre de sa main , à la Chambre des Communes qui parut la recevoir avec quelque indifférence, comme un fait déjà connu, et qui se flatta peul-
• Whitelocko, p.6T7; — Burton, Diory, t. IV, p. 361; — Oldmixon, But. of tht Stuartt, p. 432.