REFUSE DE SE DEFENDRE PAR LA FORCE
Prévoyant l’extrémité à laquelle il serait bientôt réduit, il avait fait sonder Monk en Écosse, offrant de lui assurer vingt mille livres sterling de rente s’il voulait prendre j>arti pour lui et le soutenir contre ses ennemis. Mais Monk, plus clairvoyant que pressé, se contenta de répondre : « Que le Protecteur garde cet argent; « il lui sera plus utile que mon adhésion*. »
Quoique repoussés et sans effet , ces hardis conseils, ces propositions de coups de main, ces avances des Cavaliers au Protecteur inquiétèrent les offlciers. Soit incertitude sur les dispositions d’une partie de l’armée, soit scrupule à maltraiter publiquement le fils de leur maître, ils auraient voulu obtenir de lui, sans violence, la dissolution de la Chambre des Communes, véritable objet de leurs colères et de leurs craintes. 11 paraît même que, le 20 avril, ils étaient encore en pourparler avec Thurloe à ce sujet, et c’était l’opinion commune que Richard céderait : « Je ne laisse pas d’être persuadé a qu’il s’accommodera aux désirs des chefs, » écrivait ce même jour Bordeaux à Mazarin, « et préférera ce parti a à celui de se remettre entre les mains du Parlement, a composé de gens peu solides qui l’abandonneraient « dans le besoin, et dont quelques-uns ne sont de son a côté qu’aulant qu’ils croient que leur dessein de rapa peler le roi le leur permet. Les plus éclairés d’ici sont a dans ce même sentiment, d Mais Richard, comme les âmes faibles, aimait mieux ne céder qu’à la violence,
t Journal manuscrit dsVamiral Afontagus, cité dans Harris, Lifo afCharUs ths Second, p. 194.
1Î8 LIVIIE I.— LES OFFICIERS ARRACHENT pour s’affraiidiir de la responsabilité. Ne réussissant pas à l’entraîner, les officiers résolurent de presser, à tout prix, le dénoument. Le bruit de leur détermination vint à Whitehall; on crut même avoir, pour la nuit suivante, quelque attaque à redouter sur le palais. Richard fit dire à Fleetwood de venir le trouver. Le messager revint sans réjionse. Richard ordonna à quelques hommes de sa garde d’aller chercher le lieutenant-général. Ils s’excusèrent. Fleetwood cependant se rendait au palais de Saint-Jamesoù s’étaient déjà réunis beaucoup d’ofüciers. Ils publièrent sur-le-cliamp un ordre du jour qui appelait toute l’armée à ce rendez-vous, ^e^^^litehall partit aussitôt un contre-ordre qui convoquait l’armée auprès du Protecteur. Le colonel GofTe transmit cet ordre à son régiment; mais le major l’avait déjà conduit à Saint- James. Des six escadrons du colonel Ingoldsby, un seul le suivit à Whitehall. Abaudouué aussi de ses soldats, Wlialley au désespoir les conjura de faire feu sur lui ; ils s’éloignèrent. Le régiment du colonel Hacker était eu bataille jirès de Cheapside ; le Protecteur le manda au |>alais; Hacker répondit qu’il avait ordre du lieutenantgénéral de garder le poste qu’il occupait. Plusieurs des gardes mêmes de Richard le qiiittèrent, et ceux qui restaient déclarèrent qu’ils ne résisteraient pas aux ordres qui leur viendraient du quartier-général. Au milieu de cette désertion universelle, vers midi, Desborough arriva à Whitehall; et avec sa rudesse accoutumée, il déclara à Richard que, s’il voulait dissoudre le Parlement, les officiers prendraient soin de lui et de ses intérêts; sinon.
A RICHARD LA DISSOLUTION DE LA CHAMBRE. 197 ils feraient la dissolution sans lui, et le laisseraient se tirer d’affaire comme il pourrait. Richard hésitait encore, du moins en apparence; il réunit ses plus affidés; Wlûtelocke, presque seul, parla contre la dissolution; plutôt, à coup sûr, pour y rester hautement étranger, que dans l’espoir qu’on pût l’éviter. Richard céda enfin, obtenant, pour toute grâce, d’étre dispensé d’aUer en personne signifier à la Chambre son arrêt. Dans la soirée, pendant qu’il faisait préparer l’acte qui le prononçait, quelques compagnies de soldats entrèrent dans la cour de Whitehall, « et s’y comportèrent, > dit Bordeaux, « assez licencieusement. » Vers deux heures après minuit, Thurloe porta à Fleetwood et à Desborough l’ordonnance de dissolution que le commissaire garde du sceau, Tiennes, était chargé de notifier au Parlement'.
Le lendemain, 22 avril, la Chambre des Communes se réunit de bonne heure, très-nombreuse et vivement préoccupée, quoique peu de membres sussent déjà le coup qui leur était préparé. Ils délibéraient sur des questions insignifiantes quand l’huissier à la verge noire vint les inviter, par ordre du Protecteur, à se rendre à la Chambre des Lords, sans leur dire que Tiennes les y attendait. Quelques membres sortirent aussitôt; mais l’immense majorité, immobile sur ses bancs, vota sur-le-champ que ceux qui venaient de sortir seraient
* Thurloe, Siattf-Papfrr, t. VII, p. 657, 659-661, 662; — Ludlow, Mémoire», dans ma t. II, p. 431-442; —Whitelocke, p.
C77; — Clarendon, Hi»t. of ihe 1. xvi, c. 9-10; — Burton,
Diary, t. IV, p. 469-481; — Bordeaux à Masarin, l** et 5 mai 1659 (DotnAmenli hûtorijues, n<> XXVIJ.
m LIVRE I— DISSOLUTION DE LA
tenus de rentrer, que nul ne pourrait s’éloigner sans la l>crmission de la Chambre, que la porte de la salle serait fermée, et que tous les étrangers recevraient l’ordre d’évacuer le vestibule qui la précédait. Ces mesures prescrites, un violent tumulte, sans débat, s’éleva dans l’assemblée; une foule de membres, la plupart par pas sion sincère, quelques-uns pour couvrir leur connivence dans l’attentat, mirent en avant les motions les plus énergiques : on demanda que quiconque entraverait, [Kir la force, la Chambre ou quebpi’un de ses membres, fût déclaré traître; que tout acte, tout vote adoptés par un nombre quelconque de membres de la Chambre, quand d’autres membres de la Chambre en seraient violemment éloignés, fussent essentiellement nuis; et d’autres propositions, parfaitement naturelles et légitimes en droit, mais que cependant la Chambre, d;uis un juste sentiment de son impuissance comme de sa dignité, ne convertit ^pas en résolutions positives. Sommées une seconde fois, par l’huissier, de se rendre à la barre de la Chambre des Lords, les Communes n’en tinrent pas plus de compte, et accompagnant en corps leur orateur jusqu’à son carrosse, en présence des soldats postés à la i)orle du Parlement, elles s’ajoumèrent au lundi suivant, 35 avril, à huit heures du matin, vour reprendre leurs travaux
Dès le soir, l’ordonnance de dissolution fut publiée;
* Journal» of the h. of C., t. VII, p.644 ; — Pari, hitt., t. XXI, p. 349-368; — Burton, Diary, t. IV, p. 482-486 ; — Som*rt$ Tracté. t. VI, p. 519.
CHAMBRE DES COMMUNES (22 atml 1650.) 120
des cadenas furent apposés sur les portes de la Chambre des Communes, et des gardes placés dans la cour des requêtes avec ordre d’interdire l’entrée à quiconque se présenterait. Comme si Dieu, pour les punir de leurs discordes, eût voulu briser, à la même heure et du même coup, les images du pouvoir et de la Uberté, la monarchie tentée par Cromwell et le seul Parlement librement élu depuis la mort de Charles I*' tombèrent ensemble, et le fantôme de la répubUque, évoqué par l’armée, vint se replacer entre l’Angleterre et la royauté*.
* Ludlow, Mémoiru, dans ma Collection, t. II, p, 442;— Barton, Dtary, t. IV, p. 482; — Wbitelocke< p. 677a
Diqili.’Cd by Ci()0*^lc
[JVRE lï
L l'raée rappelle le Long Parlement. •— DifficiiUéa qu’il rencontre.— Ce quT» fait pour le* Rurraonter, — Son adminixtration intérieure. — Sa politique eitérieure. — Ses premier* succès. — ^'es dissension* inteitine*. — Klat du parti royaliste. — Se* nouveaux clétuenta. — Dispo;ïiÜons do Charles II.— Ilydc, son principal conseiller. — Menét-a des portisana du duc d'York. — Complut royaliste.— Trahison deWilli*. — Insurrection de Booth, — Il es] défait par l^mbert.— Ch.irles 11 à Pontarabic.— Menées de Lambert et d< rarmce contre le Parlement.— La querelle éclate. — Le Parlement destitue Lambert.— Lambert chasse le Parlement. %
La répul.litiue, quand clic est, chez un peuple, le résultat naturel et vrai de son état social, de ses idées et de ses mœurs, est un gouvernement digne de sympatliie et de resiÆct, qui à scs vices tliéori(]ues et praliques,comme tous les éLablissemcnts humains, mais qui honore et sert l’humanité , car il la provoque à déployer ses grandes forces morales, et il peut la jwrter à un très-haut degré d’activité et de vertu, de prospérité et de gloire. Mais la répuhli(iuc intempestive et factice, étrangère à l’iiisloire cl aux mœurs nationales, introduite et soutenue par l’orgueil d’esprit et l’égoïsme de faction , est un gouvernement détestable en soi, car il est plein de mensonge et de violence, et qui a de plus cette consé<iuencc déplorable qu’il décrie, dans l’esprit des peuples, les princii)es du