LIVRE 11.— L'ARMÉE RAPPELLE
venait de rendre leurs secrets alliés. Ils entrèrent avec eux en négociation pour le rétablissement d’un pouvoir, du pouvoir de ce Long Parlement que, six ans auparavant, Cromwell avait si brutalement chassé. Que restait-il de cette assemblée? Trouverait-on dans ses débris de quoi refaire un gouvernement? On ne le savait pas bien : le chapelain Owen demanda à Ludlow des renseignements sur les noms des membres qui avaient continué d’y siéger après la mort du roi, et Ludlow lui donna une liste d’environ cent soixante membres, encore vivants, dit-il. Ludlow promettait plus qu’il ne jKiuvail tenir; quand le Long Parlement fut effectivement rappelé, ils eurent grand’peine, ses amis et lui, à retrouver quatrevingt-dix membres qui voulussent y reprendre leur place. Quelques-uns même des plus fermes républicains, entre autres le colonel Hutchinson, n’y consentirent qu’en hésitant et avec répugnance. Mais la promesse suffisait à la négociation. Des conférences s’ouvrirent chez sir Henri Vane entre les principaux chefs de l’armée, Lambert en tète, et quatre républicains éprouvés, Vane, Haslerig, Salloway et Ludlow. De part et d’autre, on eut l’air de faire ses conditions ; les officiers demandèrent d’abord un acte d’anmistie qui les mît <à couvert, eux et leurs camarades, jKiur tout ce qu’ils avaient fait sous le gouvernement de Cromwell ; puis, quelque part dans le pouvoir et un revenu convenable pour Richard à qui ils avaient promis de prendre soin de lui; le maintien, dans la constitution de la république, d’un sénat noinnié par le gouvernement à côté de la Chambre élue par le
LE LONG PARl.EMENT.
peuple ; enfin, dans la législation civile et ecclésiastique , toutes les réformes depuis si longtemps désirées. Les républicains promirent l’amnistie et les réformes; sur la situation de Richard et sur le sénat, ils élevèrent des objections; on discuta. Les rôles étaient changés : pressés de sortir de l’anarchie qu’ils avaient faite, les chefs militaires, maîtres la veille, étaient maintenant jiresque à la merci des chefs parlementaires dont ils demandaient avec inquiétude le concours. Ni de l’une ni de l’autre part les difficidtés n’étaient sérieuses ; on se sépara sans avoir tout réglé , mais bien décidés à se retrouver d’accord. Peu de Jours apres, dans une nouvelle entrevue, les officiers déclarèrent, au nom du Conseil général de l’armée, qu’il était urgent que le Long Parlement fût rétabli; et, sans discuter davantage, on convint qu’on se réunirait chez l’ancien orateur de la Chambre, William Lenthall, pour l’inviter à reprendre ses fonctions'.
Le 6 mai, en effet, seize parlementaires et autant d’officiers se rendirent chez Lenthall : les officiers, au nom de Fleetwood et du Conseil général de l’année, ôtaient porteurs d’une déclaration officielle de leur résolution et de ses motifs ; « A travers de longues vicissi- « tudes de dangers, de délivi-anccs et de défections, » disaient-ils, « les grands intérêts de cette république ont
* Ludlow, Af «noire», dans ma Collection, t. II, p. 446-4.'>3 ; — Mistriss Hutchinson, Mémoires, ibid., t. II, p. 274-Ï7.5;— Bikor, Chronicle, p. 099; — liordeaux à Mazarin, li, 15 et 90 mal 1099 (Document» historiques, d° XXIX).