‹ Histoire du ProtectoratChapitre 68 sur 118 · SERVENT LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

SERVENT LE PARLEMENT

nommait point les agents de qui il recevait ses informations. Pour Saint-John, il n’avait, dans la stabilité de la République, aucune confiance ; il prévoyait le retour de Charles II , et prenait, (mur les siens comme pour luimême, des précautions dans cette attente : « Vendez <1 deux manoirs, disait-il à son gendre; faites passer « 10,000 livres sterling sur le continent, et pour le reste « de votre fortune, courez la chance d’une amnistie « générale, car c’est ce qui arrivera si le roi prévaut. » En attendant, Saint-John vivait en bons rapports avec les chefs républicains, leur donnait d’utiles avis, leur venait en aide dans leurs embarras quand il en trouvait l’occasion. A peu près tous les CromweUiens, parents, ministres, généraux, serviteurs éclatants ou obscurs du grand Protecteur, étaient ou soumis à l'autorité, ou ralliés à la cause, ou passés sans bruit au service de ce Long Parlement mutilé que Cromwell avait chassé et qui venait de chasser son fils'.

C’était là, |K)ur la République, des succès réels et obtenus par la fidélité de ses chefs à leur cause, et par leur activité intelligente dans l’exercice du pouvoir. Mais ces mérites et ces succès étaient vains. Les répuljlicains restaient toujours une coterie isolée et antipathique à l’iVngleterre, qui ne croyait ni à leur droit, ni à leur avenir, et ne voulait pas de leur domination. Ils avaient contre

1 Clarendon, .Siaic-Paprt-A, t. III, p. 476, 482, 528, 532, — JournaU of the h. of C-, t. VII, p. 636, 677; — Pari, hût., t. XXI, p. 412 : — Thurloe, 8taIe-Paper<, t. VII, p. 670, 694 ; — Bordeaux à Brimne, 10 juillet 1659 (Documanl# historiquet, n*XL).

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eux les forces hautes et régrulicrcs de tout gouverncincnt, les trarlitions nationales et les su|)ériorités sociales de leur patrie. Les grands seigneurs et la plupart des gentilshommes de comté leur demeuraient ou ardemment hostiles, ou complètement étrangers. Le peuple des campagnes gardait ses souvenirs monarchiques et son attachement aux propriétaires du sol qu’il habitait. Dans les villes, la haute bourgeoisie était, en majorité, presbytérienne, fidèle à la monarchie limitée, et pleine de colère comme de regret d’avoir été enqiortée si loin de .‘ion premier dessein. Plus que jamais la Ité[)ublique était im régime factice, soutenu par une minorité subalterne. Le plus éminent de scs chefs, Vane lui-même, lui gardait un dévouement sans es[)érance : o Le Roi , » disait-il, « reprendra, un jour ou l’autre, la couronne; la nation « est dégoûtée de tout autre gouvenicment'. »

La discorde se glisse promptement au sein des partis (jui tombent ; et à la veille d’un commmi naufrage, les hommes engagés dans la même cause se jalousent et sc querellent, comme s’ils avaient à se partager l’empire du monde. Ces républicains, si isolés au milieu du pays, étaient, entre eux, en proie à toutes sortes de divisions et de tiraillements. Les parlementaires rigides traitaient de traîtres ceux qui réclamaient plus de ménagements pour l’armée. Les oligarques s’efforçaient de retenir aux mains du vieux Parlement le pouvoir (jue les démocrates confiants voulaient remettre à des Parlements

< Claiendon, Slale-Paptrt, t. III, p. 5i7;— Bordeaux àifaiarin, 7 août 1G'>9 (Docum*ni$ hitiortjuu, n» XLI)

DU PAKTI RÉPUBLICAIN.

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nouveaux et annuels. I>es libres penseiu^ se défendaient à grand'peine contre l’intolérance des Puritains fanatiques. Les émules de l’antiquité grecque ou romaine luttaient contre les sectaires mystiques qui réclamaient les juges d’Israël ou le règne des saints. Parmi ces fractions de partis et de sectes, les rapprochements et les ruptures variaient de jour en jour : c’était tantôt entre Ilaslerig et Vane, tantôt entre Vane et Nevil, ou bien entre Ludlow et Sidney que fermentait la dissension ; les coteries se séparaient ; les amours-propres s’irritaient ; nul ne voulait céder et nul ne parvenait à dominer : « Le chaos a est l’ordre même en comparaison de notre gouvemea ment, » écrivait le major Wood ' ; « les partis y sont a comme autant d’îles flottantes qui tantôt se joignent a et semblent former un continent, tantôt se séparent a emportées par un coup de mer, sans qu’on puisse a même entrevoir où elles seront demain. FIcetwood, a Lambert et Desborough sont très-peu comptés par les a soldats, qui savent leur force et veulent monter à leur a tour. Le Parlement s’attend tous les jours à être disa sous, et mardi dernier il discutait la question de savoir a s’il ne se déclarerait pas permanent à vie. Environ a cinq mille partisans de la cinquième monarchie sc a sont réunis, il y a trois jours, à Hoi'sham, dans le a comté de Sussex, et ils ont délibéré pendant huit heures a avant de se disperser. Deux ou trois mille d’entre eux a sont bien pourvus d’armes, et ont des officiers dési-

' Les 3 juin et 35 septembre 1659<

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