ENVERS LE PARTI ROYALISTE. I9I
raient ardemment que leur roi fût rétabli sur son trône a uniquement-,» disaient-ils, «par des mains anglaises;» ils se préoccupaient de savoir si Charles était un vrai et ferme protestant. La reine-mère et ses entours , le duc d’York et ses affidés leur causaient de vives inquiétudes ; la profession publique ou la préférence avouée de la foi catholique et des maximes de la monarchie absolue prévalaient dans ce petit cercle d’exilés devenus presque étrangers aux traditions politiques comme aux croyances religieuses de l’Angleterre. Quoique Charles vécût habituellement à Bruxelles, on redoutait sur lui l’influence de sa mère, et son propre goût pour la cour de France, qu’il ne visitait jamais sans se montrer charmé et entraîné par ses mœurs faciles et scs élégants plaisirs. 11 avait été, et il était encore question, pour lui, de plusieurs mariages français, M"* de Montpensier, M»' de Longueville, M" de Chàtillon, la nièce de Mazarin, Hortense Hancini : combinaisons, les unes de politique, les autres de pure fantaisie, (juclques-unes peu dignes du roi, toutes déplaisantes aux royalistes anglais. On commençait aussi à mal parler de la vie privée de Charles, déjà libertin, joueur, incrédule ; et les plus dévoués à sa cause demandaient qu’on leur donnât, sur sa religion et son caractère, une sécurité qu’au fond de l’âme ils n’a* vaient pas‘.
1 CUrendon, Slate-Pafen, t. III, p. SOT, 541,511-613,531, 635; — Mémoire» de Mad“’ de Monipermer, t. 11, p. 1, 8, 13, 53, 58-67, 73-75, 143-147, 149-157, 333, 348-350,319; t. III, p.7, 48, 51, 183, 339, 379, 360. 434, 486, 451, 538 (Colleclion Pelilol).
192 LIVHK II'.— CONDUrrii ET INFLUENCE
Heureusement pour lui, Charles, d’un esprit naturellement juste et clairAoyant, plaçait alors toute sa confiance dans les conseillers auxquels, en se séparant de lui , l’avait remis le roi son père , dans Hyde surtout, habile, honnête, religieux, laborieux, aussi fidèle dans l’exil aux lois et à la foi de la patrie qu’il avait quittée qu’aux intérêts du maître qu’il avait suivi. Charles était sûr qu’entre les mains de Hyde, ses relations avec son parti en Angleterre seraient cultivées avec assiduité et dignité, que ni son honneur personnel dans la mauvaise fortune, ni les droits futurs de sa couronne ne seraient jamais compromis, qu’on ne lui ferait jamais parler qu’un langage prudent et noble qui le présenterait sous ' un jour favorable à sa nation comme à l’Europe ; et il savait gré à son chancelier de bien faire ainsi scs tristes et languissantes affaires en lui en épargnant le soin. Hyde s’y adonnait avec passion et vertu, écrivant sans relâche, plein de sagacité dans l’appréciation de ce qu’il convenait de dire à ses divers correspondants; constamment appliqué à soutenir, à rallier, à diriger les royalistes; ne négligeant aucune occasion, ni aucun moyen d’acquérir au roi de nouveaux amis; très-réservé pourtant dans ses démarches et ses promesses en ce genre , par fierté de parti et par prévoyance de gouvernement, ne voulant pas engager son maître au delà de ce qu’il lui serait, un jour, possible ou utile d’accomplir. Anglican zélé, les Presbytériens et les Catholiques lui étaient presque également suspects et antipathiques; la crainte que, soit à eux, soit aux étrangers, la cause royale n’eût
DU CHANCELIER HTDE.
de trop grandes obligations, le préoccupait sans cesse ; et lorsque les royalistes d’Angleterre lui demandaient jusqu’à quel point ils pouvaient compter sur le roi : a II « est B , leur répondait-il a le plus Anglais et le plus a protestant de tous; et vous devriez bien faire en sorte a de commencer vous-mêmes l’œuvre de son rétablisa sement, afin que personne n’en puisse prendre avana tage contre l’intérêt protestant et l’intérêt anglais, a que le roi a à cœur plus que nul autre homme dans a son royaume*, b
Charles prenait probablement quelque soin pour inspirer, à Hyde lui-même, cette confiance peu méritée; et. Je son côté, au lieu d’y regarder de très-près, Hyde se prêtait sans doute volontiers à la ressentir. Une circonstance particulière aida puissamment le chancelier à la répandre parmi les royalistes. Quoique le duc d’York nt encore profession extérieure de la religion anglicane, les catholiques savaient qu’il leur appartenait, et commençaient à lui témoigner un dévouement spécial, fondant sur lui tout leur espoir de recouvrer en Angleterre, non-seulement la liberté, mais la domination. Un travail secret fut dès lors entamé pour faire au prince Jacques , aux dépens du roi son frère, un renom et un parti. Le père Talbot, jésuite, était le principal agent de ces menées, ourdies et suivies dans l’intérêt d’une puissance étrangère autant que dans celui des catholiques
i Le 30 juin 1050.
■ Clarendon, Slatt-Papen, t. III, p. 496. — Bnrnet, Sùtoirt dé non tmpé, t. I, p. 191-199, dans ma ColUetion.