CHAPITRE VIII
de l'émeute de 1621 aux préludes de la révocation
Depuis la publication de l'édit de Nantes, les esprits s'étaient calmés; mais la guerre de 1621 réveilla les vieilles passions mal assoupies et Tours fut le théâtre d'une émeute, qui eut des conséquences désastreuses pour l'église réformée de cette ville.
L'année s'ouvrit sous de fâcheux auspices : les partis s'agitaient, et le clergé, toujours prêt à se jeter dans la lutte, excitait le peuple contre les protestants par des prédications emportées (1). Ces appels à la violence ne devaient pas rester sans écho. L'enterrement d'un huguenot, nommé Martin Lenoir, fournit à une partie de la population catholique l'occasion
(1) L'auteur d'un petit volume intitulé : Récit véritable de ce qui s'est passé depuis trois ans en V affaire de l'érjlise reformée de Tours, 1614. (Bibl. P. .le Fclice, p. 11), parle de € prédications meurtrières. »
de montrer qu'elle savait profiter des leçcns reçues dans les églises.
Lenoir habitait la rue de la Monnaie. C'était un hôtelier d'assez mauvais renom. Les désordres qu'il tolérait dans sa maison, l'avaient fait emprisonner. Depuis sa mise en liberté, il ne sortait plus de chez lui sans être insulté. On le chansonna.
Le plus grand c
Qui soit en France, C'est Martin Lenoir.
Telle est ma créance.
Au guéridonl (en prison)!
Un jour, quelques hommes du peuple fabriquèrent même un mannequin de paille et le promenèrent dans les rues de la ville en criant : « Regardez, voici Martin Lenoir. » — D'autres disaient : « C'est Martin Luther », et tous se riaient de l'hôtelier.
Cet homme mourut le 1 6 avril 1 62 1 . Le 18, qui était un dimanche, ses amis se réunirent à son domicile pour l'enterrement, qui devait avoir lieu dans l'après-midi.
A quatre heures, le convoi funèbre se dirigea vers le cimetière du Petit-Genève, au milieu d'une foule énorme, suivi par une bande de jeunes drôles, qui portaient des croix de bois et chantaient la chanson de Martin. La popu-
lace riait (i). Sur la place du Grand-Marché, le cortège fut accueilli par des huées. Les protestants courbèrent la tête et continuèrent leur chemin; mais un peu plus loin, ils demandèrent à quelques soldats d'éloigner les enfants qui les suivaient encore en les insultant Les hommes d'armes firent la sourde oreille. Irrités, les amis du défunt souffletèrent deux jeunes vauriens plus insolents que les autres et les envoyèrent rouler dans un fossé. Ce fut le signal de la bataille. Les enfants et le peuple se ruèrent sur le cortège, et tandis qu'on ensevelissait le corps en toute hâte, on se battit à coups de pierres.
(i) Dans le midi de la France, où les haines religieuses ne sont malheureusement pas éteintes, bien qu'elles aient perdu de leur violence, on chante encore des chansons de ce genre, insolentes et grossières. En voici une que nous avons entendu plus d'une fois sortir de la bouche d'enfants catholiques insultant de jeunes protestants :
Higounaudaillo!
Fioc à la paillo, Fioc al S !
Higounaudaillo Val pa ré 1
La riposte ne se faisait pas attendre : elle était digne
de l'attaque.
Cathoulicaillo !
Fioc à la paillo, Fioc al Gi !
Cathoulicaillo Val pa ré !
Les réformés, trop peu nombreux pour ré sister longtemps, s'enfuirent de tous côtés. Les uns trouvèrent un refuge dans les maisons du voisinage, où ils subirent un véritable siège; les autres coururent en ville et allèrent prévenir le maire de ce qui se passait. Ce magistrat se transporta immédiatement sur les lieux; il délivra les malheureux que le peuple tenait encore assiégés, et il se retira après avoir rétabli l'ordre un instant troublé. Mais après son départ, les enfants revinrent avec de « grands coquins et mauvais garnements »; ils entrèrent dans le cimetière et ils déterrèrent le cadavre de Martin Lenoir avec l'intention de le traîner dans les rues et de le brûler ensuite.
Cependant, quelques-uns de leurs camarades pénétraient dans la maison du gardien du cimetière et la pillaient. Le désordre était à son comble, quand le maire accourut pour la seconde fois, avec le lieutenant-criminel, le procureur du roi et quelques officiers. Leur présence suffit pour calmer les émeutiers. Le corps fut enseveli de nouveau; on rendit au gardien du cimetière tout ce qu'on put retrouver de ses meubles; deux pillards fuient traînés en prison, et des soldats reçurent l'ordre de garder la tombe de Martin Lenoir. Le maire espérait intimider la populace : il n'y réussit pas.
Le lendemain,' 19 avril, plus de huit cents personnes se transportèrent au cimetière du Petit-Genève et se livrèrent à tous les excès possibles. Les murs furent rasés jusqu'aux fondements; les arbres et même les herbes furent arrachés. On eût dit que la foudre était passée par là.
Comme la veille, le maire essaya de rétablir Tordre ; mais la foule devint menaçante et il fut obligé de se retirer. Les émeutiers, dont le nombre avait augmenté — ils étaient plus de 2000 — traversèrent alors le ruau Sainte- Anne et se dirigèrent vers le temple du Plessis. « Là, s'estans encouragés les uns et les autres, dit le Mercure du temps, ils commencèrent à rompre les portes, fenestres et vitres, pour y entrer : ce faict et estans dedans, l'un d'iceux prit un drapeau blanc, en façon de guidon et dit aux autres : « Criez tous : Vive le Roy ! « Vive le Roy 1 Ça, il faut brusler le temple, « tous les livres et tout ce qui est céans. » Aussitôt, ils amassèrent les bancs et chaises et mirent le feu partout, lequel y dura deux fois 24 heures, sans avoir esté possible de le foire esteindre à cause de la populace qui s'y estoit assemblée et qui rioit de ce spectacle. ...Sur le soir le lieutenant criminel et le procureur du roi, le maire et les eschevins s'estans avec plusieurs du leurs officiers achemines vers ledit
temple pour penser faire esteindre le feu, n'osèrent en approcher à cause de la grande quantité d'enfants qui y estoient, lesquels leur crioient à haute voix qu'ils n'eussent à s'approcher s'ils ne vouloient boire comme eux. Tellement qu'ils furent contraincts de se retirer et les laisser à ceste furie, laquelle ils continuèrent la nuict sur une maison appartenant au corps de la religion, laquelle ils démolirent entièrement, mangèrent les vivres qu'ils y trouvèrent, ravagèrent les porcs salés, beurent le vin et mirent le bouchon, crians : « Vin à vendre à « un double la pinte et crédit à ceux qui n'au- « ront point d'argent... » Ce faict, estans entrés dans une autre maison proche le temple, aussi appartenant au corps de ladite religion et là où ils tenoient leur consistoire, ils y ravagèrent tout ce qu'ils trouvèrent de vivres et de vin, crians toujours : « Vive Louys de Bour- « bon! » Et comme ils y vouloient mettre le feu, un chanoine du Plessis, qui avoit son logis joignant ceste maison, sortit avec son surplis et son bonnet carré, qui les pria de n'y point mettre le feu, parce que sa maison courait la même fortune. Ils changèrent d'avis et lui dirent : « Elle sera donc abattue, » et à l'instant commencèrent à la découvrir, avec le pavillon joignant à icelle et en rompre tout le haut. »
Tout cela se passait le lundi 19 avril. Le lendemain, comme l'e'meute continuait, le maire réunit cinq cents hommes bien armés et se dirigea vers le Plessis. A son approche, les pillards s'enfuirent et se retirèrent dans le bois de Saint-Côme ; mais ils revinrent dans la journée et attaquèrent les maisons des protestants logés aux environs du temple. La troupe les chargea et fit usage de ses armes : un émeutier fut tué dans un grenier.
Cependant des bruits sinistres couraient la ville. On avait vu un huguenot, nommé Houssaye, sortir par la porte de l'Escoirie, à cheval et armé. Une sentinelle l'avait arrêté en tuant sa monture d'un coup d'arquebuse et l'avait conduit au cachot. Un autre protestant, appelé Guillochon, lieutenant de la maréchaussée, avait parcouru la Grande Rue, en criant : «Aux armes! » On avait été obligé d'abattre le cheval pour s'emparer du cavalier et le conduire en prison. Etait-ce le commencement d'une émeute ? Les réformés allaient-ils se soulever et se défendre? On pouvait le craindre. Pour évitur de nouveaux malheurs, lu maire fit garder tous les carrefours et cinq émeutiers furent arrêtés par ordre du lieutenant criminel.
Malgré ces mesures énergiques, la population était agitée. On colportait de fausses nou-
velles, qui excitaient les esprits. On disait par exemple que les protestants avaient brûlé à Saumur la chapelle des Ardilliers et coupé les mains à un capucin de cette ville: Le maire, craignant une nouvelle émeute, lança une proclamation dans laquelle il défendait à tous les habitants « sous peine de vye », de tenir « aucuns propos scandaleux, et de faire courir bruitz tendans à sédition. »
Pendant que la municipalité essayait de rétablir l'ordre par tous les moyens dont elle disposait, la nouvelle de ce qui s'était passé arriva à la cour. Louis XIII écrivit immédiatement à M. de Verdun, premier président, la lettre suivante :
« Aussitôt que l'advis a esté donné d'un désordre arrivé en ma ville de Tours, ...j'y ai despéché le sr de Melleville Le Doux, mon Conseiller et Maistre des Requestes ordinaires de mon Hostel, avec commission expresse pour en informer diligemment et exactement, faire et parfaire le procez aux coupables et les faire chastier exemplairement selon les lois et ordonnances de mon Royaume, dont je vous ay bien voulu faire part à fin que vous rendiez tesmoignage à chacun du soing que je veux avoir de maintenir mes subjets tant d'une que d'autre religion, qui se contiendront en leur debvoir et sous mon obéyssance, en paix et
repos sous le bénéfice de mes édicts, et de faire chastier les séditieux et perturbateurs du repos public, (i). »
Le 4 mai, le tribunal obéissant aux ordres du roi, fit comparaître les émeutiers, après avoir mis en liberté les deux huguenots qui avaient été arrêtés le 19 avril. Le commissaire de Sa Majesté, le lieutenant criminel et les conseillers, interrogeaient les accusés, quand le peuple se souleva de nouveau. « On relâche les huguenots, criait la foule irritée, et l'on veut pendre les catholiques ; nous ne le permettrons pas; » et se précipitant contre les portes du palais, elle les renverse, brise les vitres de la chambre criminelle et enlève les prisonniers. Au milieu d'un tumulte indescriptible, les juges s'enfuient épouvantés; les uns vont se cacher dans les caves, les autres grimpent sur les toits et se réfugient dans la maison d'un boulanger, tandis que quelquesuns d'entre eux prennent des vêtements d'emprunt pour rentrer dans leurs demeures sans être reconnus.
La populace venait de remporter une victoire, mais elle n'était pas encore satisfaite.
(1) Mercure de France, 162 1. — Cf. Historia prostratae a Ludovico XIII Sectariorum in Gallia rebellionis de G.-B. Grammond, 1623, p. 1 19 et sq.; et surtout 13 liasse G G 24 des Archives municipales de Tours.
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Elle se jeta sur les maisons des réformés et en pilla cinq : deux sur la place du Palais, trois dans la Grande Rue. Deux orfèvres, un passementier, un marchand et un notaire furent dévalisés. A la nouvelle de ces désordres, les boutiques se fermèrent partout, les habitants descendirent dans la rue et élevèrent des barricades pour arrêter les émeutiers. Ceux-ci, se voyant menacés, demandèrent à parler au maire, qui s'était établi sur la place de Beaune avec une centaine d'hommes armés de piques, de mousquets et de hallebardes; mais il refusa de les recevoir, tout en les autorisant à lui envoyer des délégués. Aussitôt « trois grands pendars qui se faisoient appeler le premier, le capitaine de la Fourche, parce qu'il portoit une fourche, les deux autres, la Ruine et l'Oignon », vinrent en blasphémant réclamer trois de leurs camarades, qu'ils croyaient encore prisonniers. — « Mes amis, vous les avez tous », leur dit le lieutenant criminel. — « Non, répondirent-ils, nous n'en avons que deux et il nous en faut cinq. De plus, nous exigeons que vous vous engagiez par écrit à mettre en liberté tous ceux des nôtres qui pourraient être arrêtés et que vous juriez par votre corps et âme que vous ne poursuivrez personne pour ce qui vient de se passer. » — Le maire et le lieutenant criminel eurent la
faiblesse de leur accorder tout ce qu'ils demandaient, et ils firent ouvrir les portes de la prison aux trois « pendars », pour qu'ils vissent bien qu'on ne les avait pas trompés et que les cinq prisonniers étaient libres. — Une heure plus tard, la foule se dispersait.
Les juges et le commissaire du roi sortirent alors des caves et des greniers dans lesquels ils s'étaient réfugiés, et le sr de Melleville se mit en route pour Blois, afin d'informer Sa Majesté des événements de la journée. Louis XIII fort irrité, vint immédiatement à Tours. Le 6 mai, il entra dans notre ville; trente émeutiers furent arrêtés aussitôt, et le 10, cinq d'entre eux s'entendirent condamner à être menés de la prison au palais, en chemise, une torche à la main, pour y faire amende honorable et de là être conduits sur la place du Grand-Marché, où ils devaient subir le dernier supplice. La sentence fut exécutée le jour même, et le bourreau pendit en effigie quatre des principaux coupables, qui s'étaient enfuis avant l'arrivée du roi (i).
Le lendemain, 1 1 mai, quelques réformés eurent la bonne pensée de demander la grâce des émeutiers qui étaient encore en prison. Le corps de ville, dont ils sollicitèrent le con-
(i) Archives municipales de Tours, (î G 24
cours, consentit de bon cœur à faire une démarche auprès du roi, afin d'obtenir une amnistie plénière. Louis XIII se fit prier un peu; mais le 21 mai, il ordonna de relâcher les coupables, et la municipalité satisfaite, expédia au sr de Melleville « trois boëtes de confitures » en souvenir de reconnaissance et donna à son secrétaire vingt livres de gratification (1).
L'affaire était donc terminée; mais les protestants n'avaient plus de temple ; leur cimetière était devenu « un lieu passant et méprisé »; quelques-uns d'entre eux avaient subi de grandes pertes, d'autres étaient allés chercher un refuge à Blois et à Saumur (2).
Au milieu de ces ruines, en face de cette dispersion, les membres de l'église qui étaient restés à Tours eurent un moment de profond découragement; mais forts de leur droit, ils
(1) Pour toute cette affaire, voir Procès-verbal du maire et autres documents, en tout ifj pièces, Archives municipales de Tours, G G 24.
(2) Les deux pasteurs de Tours s'étaient enfuis à Saumur avec un certain nombre de membres de l'église. (Récit véritable, déjà cité, 1624, p. 17-19). — Abraham de Villamoyne, marchand, Marin Lechallais, chef des courriers du roi, et Jehan Néron, marchand fileur de soye, avaient cherché un refuge à Blois, où ils s'établirent (Registre des délibérations du corps de ville de Blois, séance du 17 mai 1621).
adressèrent à Louis XIII, le 26 mai 1621, une pétition dont voici la conclusion : « La justice que nous demandons, (rendans grâces très humbles pour celle qui a esté ia faicte), est qu'il plaise au Roy ordonner que nostre cimetière soit restably, nostre temple rebasty, et attendant que cela soit faict, qu'il nous soit donné par provision un lieu où nous puissions nous assembler ; que nos biens nous soient restitués, et qu'il soit pourveu à ce que à Tadvenir ncus puissions vivre en paix parmi nos concitoyens (1). »
Louis XIII répondit immédiatement qu'il prenait les huguenots sous sa protection et sauvegarde; qu'il voulait et entendait que le gouverneur, le maire et les échevins eussent soin de leur sûreté et conservation ; qu'il enverrait un commissaire chargé de leur donner par provision un lieu dans les faubourgs ou dans les environs de la ville, dans lequel ils pourraient faire l'exercice de leur religion; que, pour leur permettre d'acheter la place qui leur serait désignée, il leur accordait 18000 livres à prendre en deux années sur les deniers destinés aux réparations et fortifications de la ville. Quant aux pertes subies, elles devaient être estimées, et le rapport sur cette
(2) Archives municipales de Tours, G G 24.
matière adressé au roi (i). — Cette réponse, dictée par un esprit de justice et peut-être aussi par la crainte de mécontenter les huguenots de Tours, leur fit espérer un meilleur avenir; mais leur patience devait être mise à une rude épreuve.
En 1623, ils n'avaient encore rien obtenu de ce qui leur avait été promis. Ils déléguèrent quelques-uns des leurs à Paris pour faire valoir leurs droits (2), et quand les commissaires de Sa Majesté vinrent à Tours avec mission d'exécuter les clauses des édits de pacification, ils les supplièrent de leur rendre leur terrain du Plessis, de leur permettre d'y rebâtir leur temple et de leur faire octroyé somme qui leur avait été promise en 1 tte Mais le clergé s'opposa de tout son pouv* rétablissement du prêche au Plessis ; le - .d de ville fit des objections, refusa de donne 18000 livres, qui devaient être prises sur ' deniers publics, et offrit aux réformés, pou. construire un édifice où le culte serait célél « des lieux incommodes, d'un accès difficile v. trop éloignés. » Les commissaires, fort embar-
(1) Archives municipales de Tours, G G 24.
'1) Cottière, le pasteur de Tours, et deux avocats, MM. le Pelctier, furent chargés de cette mission (Voir Lettre inédite de Cottière à Duplessis-Mornay, Paris, 20 janvier i6a3, — en notre possession).
rassés, quittèrent Tours sans avoir pris de décision et engagèrent les protestants à « se pourvoir par devers Sa Majesté (i). »
C'est ce qu'ils rirent en 1626. Ils obtinrent du roi l'autorisation de bâtir un temple soit dans la vallée Bouju, près de la Ville-aux- Dames, soit à la Feuillarde, sur les bords du Cher, en face de Saint-Avertin.
Le gouverneur, mis en demeure d'exécuter le décret de Sa Majesté, rit comparaître en son château, le 3i juillet, le révérend père en Dieu, Bertrand Deschaux, archevêque de Tours, son archidiacre, son grand vicaire et les délégués du chapitre, le sr de Verberault, écuyer, Charles Soullé, avocat, Mathieu Cotpasteur, Jehan Houssaye et Isaac Sau- ° marchands, députés par les réformés; le tut du procureur général, le maire et les . * vins. Il lut l'ordonnance royale relative à érection d'un temple, soit à la Feuillarde, soit Vallée-Bouju,et il demanda aux protestants choisir l'emplacement qu'ils désiraient, ns hésiter, Cottière et ses amis se prononcèrent pour la Feuillarde. Mais le clergé fit opposition et le gouverneur décida que les réformés devraient s'établir à la Vallée-Bouju (2).
(1) Archives municipales de Tours, G G 24.
(2) Archives municipales de Tours, G G 24.
Bien que le terrain dont on les gratifiait pour y bâtir un temple, fût éloigné de Tours, qu'il lût tout près des fourches patibulaires et que l'accès en fût difficile, ils furent obligés de s'en contenter, et c'est dans la plaine de la Villeaux-Dames, qu'ils construisirent un lieu de culte, auquel ils donnèrent le nom de La Batte (i).
On conserve à l'état civil de Tours trois registres contenant les actes « des baptêmes, mariages et sépultures » des réformés de cette ville, de 1 63 1 à i685. Nous avons trouvé dans le premier de ces volumes quelques indications sur l'ouverture du temple de La Butte. C'est le mardi 19 août i63i que l'église réformée de Tours fut « rétablie » par Gasnay, conseiller au présidial, « suivant les arrest et volontés du Roy. » Le surlendemain, 21 août, le culte fut célébré pour la première fois dans
(1) Nous avons retrouvé l'emplacement de ce temple dans un champ situé à 200 mètres environ de La Morinncrie, sur le bord d'un chemin qui passe devant cette ferme et va couper un peu plus loin, à la maisonnette n° i7q, la ligne de Tours à Paris. Ce champ, qu'on laisse à gauche quand on se dirige vers le passage à niveau, et qui porte encore le nom de La Butte, appartient à M. Cimier-Dupont. A chaque labour, la charrue ramène a la surface des débris d'ardoises, du mortier et même des pierres des fondations, recous cites d'un pied Je terre environ.
le nouvel édifice par le pasteur Mathieu Cottière.
Bien que la distance qui séparait Tours de La Butte fût assez grande, les protestants de notre ville s'y rendirent avec joie. Ils avaient enfin un édifice dans lequel ils pouvaient adorer Dieu selon leur conscience; mais leurs ennemis étaient fort irrités. « C'est là, écrivait un prêtre de Tours, que ces hérétiques huguenots, dont l'exercice de leur irréligion ou plutost athéisme avoit cessé depuis le brulement de leur temple proche le Plessis, ont été installés... par M. Gasnay. On tient que i5 escus lui firent faire si lasche coup (i). » — Malgré ces récriminations, comme l'édit de Nantes devait être longtemps encore en vigueur, les réformés de Tours jouirent d'un repos relatif, et pendant plus de 5o ans, ils célébrèrent leur culte dans le temple de La Butte.
Les membres des églises, voisines furent moins heureux. En 1 63-, le pasteur de Preuilly fut jeté en prison et condamné à l'amende « pour n'avoir pas voulu subir certaines mesures vexatoires (2) », dont nous ignorons la nature. — En 1646, le ministre de Chàtillon-
(1) Etat-civil de Tours, paroisse de St-Vincent, t. IV, note.
(2) Aymon, Synodes, t. II, p. 602.
sur-Indre, le sr de Couldre, un ancien, nommé la Brosse et quelques membres de cette paroisse, furent maltraités et le temple de cette ville fut réduit en cendres. Le synode provincial qui se réunit à Loudun l'année suivante, après avoir entendu « une ample et véritable desduction des outrages et persécutions » qu'avaient subis les réformés de Châtillon; après avoir loué le sr de Couldre et la Brosse du courage et de la constance dont ils avaient fait preuve en cette occurence ; après les avoir consolés et exhortés à la persévérance, arrêta qu'il serait écrit au nom de la compagnie au député général, pour lui recommander avec grandes instances de les assister de ses soins auprès du roi ; que toutes les églises de la province seraient invitées à user « de leurs gratuités et charité » envers ladite église, afin de lui aider . à supporter les grandes dépenses qu'elle avait faites et qu'elle allait avoir à faire; et décida que les fonds recueillis dans ce but seraient adressés au consistoire de Tours (i).
La paroisse de l'Ile-Bouchard eut aussi sa part de persécutions.
Depuis plus de 3o ans, les réformés célébraient leur culte dans le château de celle ville,
(1) Actes du synode provincial de Loudun, [647. (Ms appartenant à M. Lièvre, pasteur à Angouléme.)
qui appartenait à un seigneur protestant, quand en 1629, le duc Henri de la Trémoille et sa mère, la duchesse de Nassau, ayant vendu la baronnie de l'Ile-Bouchard au duc de Richelieu, ordre fut donné à ceux de la religion de se pourvoir d'un autre lieu pour leur exercice. Ils s'établirent dans le faubourg Saint-Maurice; mais en i633, leur temple fut fermé (1), et après la mort du cardinal, la duchesse d'Aiguillon, qui fut chargée d'administrer les biens légués par lui à Jean Duplessis, demanda la suppression du prêche. Le sénéchal de Richelieu et celui de l'Ile-Bouchard, par ordonnances du 16 et du 20 mars 1643, se hâtèrent de lui accorder ce qu'elle désirait. — Ce jugement fut frappé d'appel par Etienne Le Vascher, sr de Marigny, pasteur de l'église, par Simon d'Andigny, par le srde la Touche et par quelquesautres membres de la paroisse, au nom de l'art, 9 de Tédit de Nantes, ainsi conçu : « Nous permettons à ceux de ladite religion faire et continuer
(1) II ne semble avoir été rouvert que beaucoup plus tard, car en 1637, l'église de l'Ile-Bouchard n'avait pas de culte. (Aymon, Synodes, t, II, p. bgj), et en 1^47, au synode provincial de Loudun (Actes cités), le pasteur de cette ville parla de la ruine de son temple. Cf. Archives du Ministère des Affaires Étrangères, Lettre des protestants de Vile- Bouchard du 19 décembre 1 1)33. {France, n° 1749, f° 37 et 9q.) — Voir Appendice nIJ Vil.
l'exercice d'icelle en toutes les villes et lieux de nostre obéissance, où il a esté faict publiquement par plusieurs et diverses fois en Tan i5q6 et en Tannée iSqy. » — Le Parlement fut saisi de cette affaire; mais au lieu d'appliquer Tédit, après avoir entendu l'avocat de la duchesse d'Aiguillon, qui « n'estimoit poinct que l'establissement (le culte), eust esté faict publiquement, avant esté faict par un seigneur dans son chasteau », mit les parties « hors de cour et de procès » par jugement du Ier avril 1645, et invita les réformés « à se pourvoir par devers le Roy, pour leur estre pourveu d'un lieu pour l'exercice de leur relligion (1). »
Le temple resta fermé; mais il fut rouvert plus tard. En effet, Colbert de Croissy écrivait au roi en 1664 : « Il n'y a que dix à douze huguenots (à Chinonj. Ils vont au prêche à l'Ile-Bouchard (2). »
Nous approchons de l'époque où l'on va discuter les droits des réformés. Déjà, sous le ministère de Mazarin, entre les deux Frondes, de 1649 à i65i, on se demanda dans les conseils de la monarchie, s'il était possible de
(1) Registre du Parlement, Plaidoiries X ' » 56gi, (Archives nationales.)
(1) Rapport au Roi sur la province de Touraine, par Colbert de Croissy. 1664, p. i32. (Bibl. de Tours.)
révoquer l'édit de Nantes (i). Le cardinal se prononça pour la négative, et en i652, il confirma la grande charte de i5g8. L'assemblée du clergé, réunie en 1 656, s'en plaignit amèrement. Ses doléances portèrent leurs fruits. Trois ans plus tard, en effet, se tenait à Loudun le dernier synode national: la Réforme était décapitée et le roi de France allait édicter de rigoureux décrets, annonçant l'intention bien arrêtée de révoquer l'édit de tolérance.
(i) Bulletin de V Histoire du Protestantisme, 1870, p. 164, note.
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