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CHAPITRE IX

LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES

Après la mort de Mazarin, Louis XIV entreprit de convertir les hérétiques en leur arrachant l'une après l'autre toutes leurs libertés. — En 1662, il leur interdit d'enterrer leurs morts après le lever ou avant le coucher du soleil. Un décret de 1 663 condamna au bannissement les relaps, c'est-à-dire les nouveaux convertis qui redevenaient protestants; en cas de décès sur le territoire français, les corps de ces malheureux devaient être traînés sur la claie, comme le fut à Angouleme par exemple, le cadavre de Mlle de Montalembert.

A partir de 1 665, les curés eurent le droit de pénétrer auprès des hérétiques malades ou mourants, pour essayer de les convertir ; et les garçons de 14 ans, les filles de 12, celui d'embrasser le catholicisme malgré leurs parents (i).

(1) Un peu plus tard, on abaissa l'âge de la conversion. Les enfants de 7 ans purent devenir catholiques malgré leurs parents.

Les années suivantes virent grossir le nombre de ces édits de persécution ; on prit des mesures rigoureuses dans quelques provinces ; bon nombre de temples furent fermés, et c'est alors que dût être supprimé définitivement le prêche de l'Ile-Bouchard (i).

Le clergé veillait avec soin à l'exécution des ordonnances royales. Il était défendu par exemple aux pasteurs, de « faire le prêche en divers lieux et hors de leur résidence »; les ministres de Preuilly, Fleury et Latreille, n'en continuaient pas moins à célébrer le culte tous les quinze jours dans la maison des Chastelliers, appartenant à M. de Chambert. Un chanoine de Tours, messire Geoffroi Arnoul, en ayant été informé, s'empressa d'adresser une plainte à M. de la Noiraye, commissaire député pour connaître des contraventions à l'édit de Nantes. Il demandait que défense fût faite aux susdits ministres de remplir « les fonctions de leur Religion prétendue réformée en plusieurs lieux... et ce, soubs peine de prison et de mil livres d'amende »; — et en second lieu, qu'il fut interdit aux diacres et aux an-

(i) L'église de l'Ile-Bouchard n'envoya pas de représentants au synode provincial, qui se réunit à Sorges en i683, (Actes, Archives nationales T T 284), pas plus qu'elle n'en avait envoyé au synode de Bellesme do [679, [Actes, Arch. nat. T T «o). Elle avait donc cessé d'exister.

ciens de remplacer les pasteurs et de présider des assemblées, sous quelque prétexte que ce fût (1). Il fallait à tout prix écraser le protestantisme. M. de la Noiraye écrivit le i5 janvier 1669 au bas du factum que lui adressait le chanoine : « Veu la requeste cy-dessus, défend les deux choses susdites », et il signa.

Les protestants de Tours avaient-ils conscience à cette époque de l'avenir douloureux qui leur était réservé? Il le semble. Nous avons trouvé dans l'un des sermons de Du Vidal, prononcé au temple de la Butte vers 1670, l'expression des craintes de l'Eglise. « Que les avares, s'écrie-t-il dans ce discours, qui a pour titre : L'ancienne et la nouvelle Jérusalem, — que les avares se réjouissent à la vue de leurs trésors; les hommes du monde du succez de leurs ambitieux desseins, ou de celuy de leurs autres passions criminelles; quant à nous, nous nous réjouirons avec David de ce qu'on nous dit : Nous irons à la maison de l'Eternel; de ce que nous y venons toutes les semaines, de ce que nous y sommes aujourdhuy et de ce que nous offrons à Dieu nos vœux et nos sacrifices évangéliques. Cette joye, Mes Frères doit ce me semble se faire sentir de la manière

(1) Requête adressée à Mgr Voisin de la Noiraye, Recueil de pièces, n" 70.14. (Bibl. publ. du Mans).

la plus vive à ceux qui ont le bonheur de se trouver dans vostre assemblée qu'on ne peut regarder, et où l'on ne peut ouir l'harmonie de tant de voix,... que l'on ne s'écrie : Que tes tabernacles sont beaux, ô Jacob ! Nous souhaitons ardemment que cette commune joye ne nous soit point ostée. Nous en supplions ardemment notre Dieu. Ah ! qu'il nous préserve d'un si grand malheur ! Que nous ne tombions pas dans l'effroyable tristesse d'estre bannis de ses sanctuaires !... Que nous entendions encore la voix de ceux qui nous disent : Nous irons en la maison de l'Eternel. »

Bien que l'avenir inspirât des craintes sérieuses aux réformés de Touraine, leur situation était encore excellente. A Preuilly (i), à l'Ile-Bouchard, à Chàtillon, ils ne formaient, il est vrai, que des groupes de peu d'importance; mais à Tours, on en comptait encore

(i) Il devait y avoir à Preuilly vers 1670, 3oo protestants environ, car sur les registres des baptêmes, mariages et sépultures de cette église de 1669, 1671, 1672, 1673 et 1675, qui se trouvent, celui de 167JÎ, à l'état civil de Tours, (Registre des Réformés, déjà cité, t. II), les autres aux archives du tribunal de Loches, le pasteur Isaac de Brissac, sr de Grandchamp, a inscrit 33 baptêmes, soit six ou sept par an. Cette moyenne correspond au chiffre de population que nous venons d'indiquer. — Nous n'avons trouvé aucune trace des registres deChâtillon, ni de ceux tic Îlle-Bouchard.

un grand nombre. Laissant de côté les chiffres fantaisistes donnés par quelques historiens, nous avons dépouillé les registres des baptêmes, des mariages et des sépultures des protestants de cette ville, et après avoir établi des moyennes, nous sommes arrivé à la conviction qu'il y avait ici vers 070, 25oo réformés environ. A l'approche de la Révocation, ce nombre diminua sensiblement, car il ne restait à Tours en 1 685 que i5oo huguenots.

Comme la plupart des carrières leur étaient fermées, ils s'étaient adonnés depuis longtemps au commerce et à l'industrie. On trouvait parmi eux un grand nombre d'orfèvres, d'horlogers, et surtout une infinité de maîtres tisseurs de soie, de maîtres passementiers, de fabricants et de marchands de soieries. Sur 3o pères de famille qui présentèrent leurs enfants au baptême en 1684, il y avait 23 commerçants ou industriels (1).

Dans toutes les corporations ouvrières, ils étaient d'ailleurs beaucoup plus nombreux que leurs adversaires. La seule « communauté » des orfèvres, par exemple, comptait en 1682,

(i)La profession des 7 autres n'est pas indiquée. Rien ne prouve donc qu'ils ne fussent pas négociants. Nous savons seulement que l'un d'eux, David Lenain, était gentilhomme de la chambre privée du roi d'Angleterre. Registre des baptêmes, mariages, etc., ai. née 1684. (Etat civil de Tours),

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14 protestants sur 18 maîtres. Les catholiques ne pouvaient prendre leur parti de cette situation, aussi l'un des gardes jurés de la Communauté, Pierre Jacopin, s'en plaignit-il au greffe de la Monnaie. Il accusa les réformés de donner la préférence aux leurs dans les assemblées « qui se faisoient soit pour la nomination des jurez, réception des maîtres et autres affaires. » C'était leur droit, puisqu'ils étaient les plus nombreux ; mais l'autorité ne l'entendait pas ainsi. La Monnaie ordonna de réunir les maîtres en présence du procureur du roi, pour procéder à l'élection de nouveaux jurés, appartenant « à la religion catholique, apostolique et romaine, avec derfences d'en nommer aucun de la Religion prétendue réformée, à peine 'de nullité de la nomination et de cinquante livres d'amende (1). »

De son côté, le clergé demandait depuis quelques années la démolition du temple de La Butte. Mais pour réussir, il fallait avoir une raison sérieuse à faire valoir. N'en trouvant pas, il eut recours au mensonge. Se souvenant qu'un édit de juin 1680 ordonnait de raser les lieux de culte dans lesquels des catholiques convertis au protestantisme depuis la promulgation de ce décret, auraient assisté à un exer-

(1) Archives du département d'Indre-et-Loire, B ci.

cice religieux, — un prêtre nommé Sain, directeur du séminaire, accusa Du Vidal, l'un des pasteurs de Tours, d'avoir laissé pénétrer dans le temple de La Butte une jeune fille, nommée Marie Mirault ; de l'avoir engagée à changer de religion; enfin de lui avoir donné la Sainte-Cène. Tout cela était faux; mais il suffisait que la justice crût à un délit pour que le temple fut rasé jusques aux fondements. Le procureur, saisi de la plainte, ouvrit immédiatement une enquête. Il fit arrêter Marie Mirault le i5 décembre 1681, et il l'interrogea plusieurs fois. Cette malheureuse fille se contredit si bien et si souvent, qu"il fut impossible de dresser un acte d'accusation sérieux contre le pasteur de Tours. Celui-ci n'en fut pas moins condamné comme ayant violé l'édit de 1680 ; mais il en appela et il réduisit momentanément ses adversaires au silence.

Marie Mirault sortit alors de prison, et le directeur du séminaire la plaça dans la maison de la propagation de la foi, et lui fit faire un simulacre d'abjuration, afin de prouver qu'elle avait été protestante (1).

(1) Faction pour Fr. Du Vidal, ministre de la Religion prétendue réformée à Tours, contre M. le Procureur du Roy; et Requestc servant de faction à nos seigneurs du Parlement en la chambre de la Tournelle. (Bibliothèque nationale, F f, 3.)

Le clergé de Tours ne se tint pas pour battu. Dans l'espoir d'atteindre son but, il surveillait les huguenots. Grâce aux décrets édictés incessamment contre eux, il était difficile qu'ils ne fussent pas de temps en temps en contravention. Il ne s'agissait que de constater le délit. Sain et quelques autres prêtres se chargèrent de l'odieux rôle d'espions. Ils vinrent à La Butte assister 'au culte, et prirent des notes qui leur servirent plus tard à dresser un acte d'accusation contre Du Vidal.

En 1 683, ils portèrent plainte contre ce pasteur : ils affirmaient l'avoir entendu prononcer en chaire des paroles violentes et répréhensibles. La justice ne crut même pas devoir informer ; mais Tannée suivante le directeur du séminaire fut plus heureux. Voyant que les juges ordinaires ne l'écoutaient pas, il alla luimême à Chambord, porta plainte au conseil du roi et demanda que Du Vidal fût jeté en prison (i). On ne pouvait refuser cette faveur a ce venimeux personnage, qui représentait le clergé de Tours. Le 12 novembre, le pasteur de La Butte fut enfermé dans un cachot. On l'y traita fort rigoureusement. Ses parents et ses amis ne furent pas autorisés à le voir ; on

(1) Voir Faction et Rcqucstc, déjà cites. (Bibliothèque nationale, F f, 3.)

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lui refusa même un avocat, et le procureur du roi lui fit son procès.

Du Vidal n'était pas seul en cause. Son collègue, Gédéon de Sicqueville et les anciens de la paroisse furent appelés devant les magistrats. Il fallait à tout prix obtenir une belle condamnation contre les pasteurs et les membres du consistoire : on pouvait ainsi tuer d'un seul coup l'église réformée de Tours. Le procureur du roi s'y employa de tout son cœur. Dans son réquisitoire, il accusa Du Vidal d'avoir publiquement attaqué le culte des images, comparé le roi au lion rugissant de l'Ecriture, assimilé Louis XIV à Pharaon et à Hérode, persécuteurs du peuple de Dieu ; d'avoir enfin prononcé des paroles « impies et détestables », au sujet de la fuite à l'étranger en cas de persécution. Il reprit en second lieu l'affaire de Marie Mirault, abandonnée depuis trois ans; et il demanda en terminant que le pasteur Gédéon de Guillebert de Sicqueville, que Guill, Renou, Lucas Duperche, Etienne Guillerault, Daniel Norieux et Charles Fleury, anciens de la paroisse, fussent condamnés pour avoir tenu une séance du consistoire sans y avoir appelé un magistrat.

Les parties se défendirent. Du Vidal repoussa les accusations lancées contre lui et protesta de son respect pour le roi. Quant au

fait de Marie Mirault, les inculpés rappelèrent les contradictions de cette fille et déclarèrent qu'ils ne la connaissaient pas et qu'elle n'avait jamais été admise à la communion dans le temple de La Butte, comme elle l'avait du reste reconnu dans son second interrogatoire. Enfin, il fut prouvé que De Sicqueville et les anciens n'avaient pas eu de séance du consistoire, mais qu'ils s'étaient simplement réunis autour du feu pour causer, comme ils le faisaient souvent, avant ou après le service (i). En bonne justice, tous les accusés auraient dû être acquittés : ils furent tous condamnés. Le 16 mai i685, le tribunal de Tours rendit le jugement suivant :

a Veu le procez extraordinairement instruit à la Requeste du Procureur du Roy contre les dessusdits, et tout considéré,

« Nous disons par notre Sentence et Jugement que pour le cas résultans de la dite Marie Mirault, est condamnée de faire amende honorable devant la porte et principale entrée de l'Eglise Cathédrale de cette ville, nuds pieds, la corde au col, tenant en ses mains une torche ardente du poids de deux livres, et là estant à genoux dire et déclarer que faisant profession de la Religion catholique, apostolique et ro-

(i) Factum ut Requeste cités. (Bibl. nat., F f. 3.)

maine, elle a assisté au Temple de ceux de la Religion pre'tendue réformée, et que dans ledit Temple elle a renoncé à la Religion catholique, apostolique et romaine, — dont elle se repent, en demande pardon à Dieu, au Roy et à la Justice; et ce fait, bannie à perpétuité hors du Royaume, à elle enjoint de garder son ban sous peine de la vie; et que tous ses biens sont confisquez dans les coustumes où confiscation a lieu ;

« Et en ce qui concerne ledit Duvidal, ministre de ceux de la Religion prétendue réformée, est banni à perpétuité hors du Royaume, condamné en cent livres d'amende (en) vers le Roy, et en trente livres d'aumosne applicable à l'Hospital Général, au payement de laquelle il sera contraint. à

« Ordonnons que l'exercice de la Religion prétendue réformée demeure interdit pour tor jours et qu'à cette fin le temple de La Butte sera démoly jusques aux fondements dans un mois par ceux desdits de la Religion prétendue réformée, autrement et à faute de ce faire dans le dit temps et iceluv passé, qu'à la diligence du Procureur du Roy le dit Temple sera démoli et que les matériaux en provenans seront vendus, pour sur le prix d'iceux estre les ouvriers, qui auront travaillé à la dite démolition, payez par préférence de leurs sajlaires.

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(Quant aux anciens), « les dits Guill, Renou, Norieux, Duperche et Fleury, sont condamnés de comparoir en la chambre du Conseil, pour, en présence du Procureur du Roy, estre admonestés et condamnés en outre chacun en trois livres d'amende. Et à l'égard du dit de Secque- \ville (i), qu'il sera plus amplement informé ontre luyà la diligence du Procureur du Roy, t qu'il sera pris et appréhendé au corps, et en s d'absence, ses biens saisis et arrestez (2). » Les condamnés en appelèrent. Ils adresserait aux membres de la chambre de la Tournoie un factum, dans lequel, après avoir démaatré qu'ils étaient victimes d'une injustice, ils demandaient qu'on voulut bien « les décharger les condamnations portées par la sentence, les nnvoyer absous des accusations, ordonner que 1\ temple de ceux de la Religion prétendue Jfori\ée de ladite ville fût ouvert (3), pour y continuer l'exercice aux termes des édicts, avec défenst de les troubler à l'avenir. (4). » Le

(1) Il si;nait Sicqueville et non pas Secqueville.

(2) Senfince rendue par Messieurs du Baiîlage et siège présidial ce Tours contre les ministres et anciens, etc. (Plaquette h-4°de4 pages, Biblioth.publ.de Tours, n°44).

(3) Le tenple avait été fermé le 18 mai. Voir Extrait du proc'es-virbal, Appendice, n° VIII.

(4)Requeite servant de Factum, déjà citée. (Bibl. nat., Ff.

Parlement examina l'affaire et réforma le jugement du tribunal de Tours. Du Vidal ne fut condamné qu'à trois livres d'amende et ses coaccusés furent acquittés ; mais le temple resta fermé en attendant qu'on le démolît (i).

L'église de Toars n'avait plus ni lieu de culte, ni pasteurs. De Sicqueville s'était réfugié à Nantes, et Du Viciai, qui venait de passesix mois en prison (2), avait quitté le pays. J fallait cependant que les enfanib fussent baptsés par quelqu'un. Le sr de Hau*ecourt *t chargé de cette tâche (3) ; mais en mené terps il reçut l'ordre de ne célébrer de bjptCtes qu'à l'hôtel de ville, en présence de l'uiies officiers du présidial, « sans faire aucun pthe, exhortation, ni autre exercice de ladite relion, que ce qui était marqué dans la liturgie

D'un autre côté, l'administration eoignit aux catholiques de lui faire connaître ' noms de tous les réformés, qui leur avaief vendu

(i; France protestante, art. Du Vidal.

(2) Lettre de Nau, lieutenant général eTouraine. (Archives nationales T T 323).

(3) Ordonnance du 26 mai i6S5. Ville dours, t. II, p. 649. (Bibl. de Tours, mss n° 1256). original de cette pièce se trouve aux archives du tribun.i'Angers; ce qui nous fait croire qu'il s'agit de Philipceau de Hautecourt, recteur de l'Académie de Sauteur 1679. Voir Bulletin du Protestantisme; t. I, p. 3i 1.

des meubles, des effets ou des bijoux. Ces derîiers étaient soupçonnés de réaliser des fonds :n secret pour s'enfuir à l'étranger, au mépris les ordonnances royales (i), et l'intendant lait savoir quelles étaient les personnes

'il fallait surveiller. Du 17 au 19 octo- 1 685, des marchands et des particuliers apportèrent à l'hôtel-de-ville « les estats et méhoires des objets par eux acheptés à ceux de F\ Religion prétendue réformée. » On examina toutes ces pièces et l'on apprit ainsi que la fanille Du Vidal et la famille De Sicqueville avaient vendu leur mobilier ; le sr Jallot, sa vaisselle plate; les Guill, les Norieux, les De la Cour, les Falaiseau, les Menessier, les Soubzrnain, pour ne citer que ceux-là, leurs lits, leur* tables, leurs chaises, leur linge, leur batterie Àe cuisine, leurs tentures et leurs tapisserieâ (2).

Ces mesures inquisitoriales et d'ailleurs inutiles, car h plupart des réformés que nous venons de nommer réussirent à se réfugier en

(1) Edit du i'i août 1OG9 et Déclaration du roi du 12 août 1682. Voir Le Fèvre, Nouveau Recueil, etc., p. 504, bob, GJiC et (",40.

(2) Registre des délibérations du corps de ville de Tours, 1679 à 1085, n° 07, séance du 17 octobre 1 68 5 , f" 394 verso et sq. Voir un extrait de cette délibération Appendice rr° IX.

Hollande, en Angleterre ou aux Etats-!1 nis — ces mesures annonçaient l'approche de 1 révocation. Le 18 octobre, le roi signa la déclaration qui abrogeait l'édit de Nantes. Le protestants étaient hors la loi.

Voici du reste les principales dispositions i ce décret. Louis XIV, après avoir déclaré qi'fl supprime et révoque la charte donnée à Naitefl en 1598, ordonne de démolir immédiatement; tous les temples, défend de célébrer le ~ulte réformé en aucun lieu, sous peine de onfiscation des biens, enjoint à tous les p;steurs qui ne consentiront pas à se convertir, di sortir du royaume dans un délai de 1 " jours, et promet une pension à ceux qui changeront de religion. Il veut en outre que le enfants des réformés soient baptisés catholivuement que tous les réfugiés rentrent en F ance, et i défend aux religionnaires de quiter le payi sous peine des galères pour les h 0.11 mes et ât détention perpétuelle pour les femmes. Enfin, il confirme les ordonnances conue les relaps.

En Touraine, comme dans tou.es les provinces, cet édit fut exécuté immédiatement. Les temples de Châtillon et de Preuilly, qui devaient être encore debout, furent rasés jusque: aux fondements (1). — A Tours, les admi-

(1) Nous avons hésite à écrire cette phrase, car il es

listratcurs des hospices, qu'une ordonnance oyale avait mis en possession des biens du pnsistoire, envoyèrent des maçons et des rharpentiers à La Butte pour « abattre le prc- :^e. » Tant que dura ce travail, qui fut achevé e i novembre, la populace vint applaudir les ^uiriers ; on leur envoya du vin, et l'archcrêqfce lui-môme, « tout infirme qu'il estoit ilorà», ne put refuser à son zèle de se transporte! à la Ville-aux-Dames pour les encourager (i).

Le clergé de France ne se sentait pas de oie. Il avait demandé si souvent la révocaion de l'édit de Nantes et payé si cher chaque persécution nouvelle (2), qu'il avait bien le droit de se réjouir. Il entonna partout les ouanges du roi, et Bossuet s'écria dans un discours célèbre : « Epanchons nos cœurs sur la piété de Louis; poussons jusqu'au ciel nos îcclamations, et disons à ce nouveau Constanin, à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Charlemagne : Vous avez affermi la foi, vous avez exterminé les hérétiques; c'est le digne

possible que le temple de Preuilly ait été démoli un ou ieux ans plus tôt. Nous n'avons rien trouvé de décisif sur ce point.

(1 Éloge des archevêques, ouv. cité, p. 273.

Tainc, Origines de la France contemporaine, t. I,

ouvrage de votre règne! Par vous l'hérésie n'est plus : Dieu seul a pu faire cette meH veille. »

Ce bel enthousiasme ne prouve précisémeia pas que l'évêque de Meaux fût un homme praB tique. S'il se fût rendu compte des conséquent ces que devait avoir pour notre pays la rcvoH cation de l'édit de Nantes, il eût parlé su' un ton moins dvthirambique de cette meneiUe, qui devait ruiner quelques-unes des vil.'es les, plus riches de France.

Nous y reviendrons dans le chapitre suivant

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