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CHAPITRE V

DE l'ÉDIT D'AMBOISE A LA SAINT-BARTHELEMY

L'assassinat du duc de Guise mit fin à la première guerre civile. Catherine de Médicis, enfin maîtresse du pouvoir, se hâta de négocier avec Condé, qui se laissa séduire et conclut à Amboise, le 19 mars 1 563, un traité de paix, avantageux pour la noblesse huguenote, mais désastreux pour la bourgeoisie.

Ce traité, rédigé sous forme d'édit de pacification, octroyait aux barons, châtelains, hauts justiciers et seigneurs tenant fief de haubert, le droit de faire célébrer le culte réformé sur leurs domaines; aux gentilshommes sans vassaux, il accordait la permission d'avoir un ministre dans leurs châteaux pour eux et leurs familles seulement ; mais le peuple, en dehors des places occupées par les huguenots, ne pouvait se réunir pour chanter les psaumes et lire la Bible, que dans les faubourgs d'une seule ville par bailliage.

Les réformés furent indignés que Condé eût

signé un pareil traité. « Restreindre la religion à une ville par bailliage, s'écria Coligny, c'est ruiner plus d'églises d'un trait de plume, que les forces ennemies n'en eussent pu abattre en dix ans. » L'amiral Voyait juste et disait vrai.

Cependant, l'édit d'Amboise accordait la liberté de conscience, et malgré les restrictions imposées à l'exercice du culte, c'était la reconnaissance du plus sacré de tous les droits. Le peuple huguenot s'en serait contenté (nous ne parlons pas des seigneurs, qui jouaient un autre jeu que lui), mais ses ennemis étaient décidés à entraver aussi longtemps que possible l'exécution de ce traité. Le Parlement de Paris ne l'enregistra que de fort mauvaise grâce, le lieutenant général de Bourgogne le tint pour nul et non avenu, et à Tours les catholiques refusèrent de déposer les armes (i). La conclusion de la paix n'avait pas calmé les passions, surexcitées par la guerre qui venait de finir; toutefois les réformés n'en réclamèrent que plus énergiquemcnt l'exécution de la loi.

Dans une requête adressée au roi, ils demandèrent d'abord qu'Adrien Quinart, lieutenant général au présidial, Gervaise Gohiet, lieutenant particulier, René Gardette, Etienne Lepelletier, et Etienne Parent, conseillers, Jehan

(i) II. Martin, Histoire, t. IX, p. i5l.

Houdry, procureur du Roi et Jehan Falaiseau, avocat, fussent réintégrés dans leurs charges. — En second lieu, ils supplièrent Charles IX de casser les archers nouvellement nommés, de défendre au maire de se mêler des affaires de la justice et d'annuler l'ordonnance de Chavigny, qui leur interdisait de garder les portes avec les catholiques. — Ils rappelèrent ensuite à Sa Majesté, qu'une somme de quarante mille livres avait été levée sur les biens de 120 des leurs, alors absents, et ils exprimèrent l'espoir qu'il serait fait une nouvelle et juste répartition de cette somme « sur tous les manans et habitans de ladite ville, en forme et manière accoustumée. » — Enfin, conlians en la promesse que le roi leur avait faite « au camp près Saint-Mesmin, » de les autoriser à célébrer leur culte à St-Symphorien, ils sollicitèrent la permission de se réunir dans l'un des faubourgs de la ville, souhaitant d'ailleurs de pouvoir « suyvant l'édict, partout en leurs maisons, vivre en liberté de conscience, y prier Dieu avec leurs familles, luy chanter louanges et psalmcs, sans y estre recherchez ne molestez (i). » C'était leur droit.

(i) Première plainte des protestants au roi Charles /A', inscrite à la suite de l'ordonnance royale du 24 juin [563. Archives de la mairie de Tours, H E 4.

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Sur le premier point, justice leur fut rendue Par lettres patentes du 24 juin 1 5 63, sans tenir compte des protestations du clergé, Charles IX rendit leurs charges aux officiers du présidial qui avaient été destitués (1).

Le scandale que causa cette décision fut immense. Les ennemis de Quinart, de Gohiet, de Parent, de Houdry, de Lepelletier, de Gardette et de Falaiseau, étonnés, humiliés et momentanément vaincus, ne prirent jamais leur parti de cette défaite. Ils intriguèrent à la cour et obtinrent dans le courant d'octobre la suspension de ces magistrats; mais ceux-ci confondirent leurs calomniateurs et furent rétablis une seconde fois dans leurs « charges et offices (2). » Ce ne fut cependant qu'au commencement de Tannée suivante (064), qu'ils purent rentrer en ville avec quelques autres notables, grâce à l'intervention énergique des commissaires du roi, le sr de Chemaux et messires Boucher et Delavau, chargés de « l'exécution et entretainement des édicts (3). »

Nous ne savons si les réformés furent autorisés à monter la garde aux portes de la ville

(1) Archives municipales, Lettres patentes, E E 4.

(2) Ordonnance des Commissaires du Roy du 3 décern-

ai. Archives municipales de Tours, F F 1.

(3) Troisième plainte des réformés, art. 4. Archives municip. de Tours, E E 5, n° 12.

comme les catholiques, ni si les sommes prélevées sur leurs biens l'année précédente leur furent restituées en partie. A vrai dire, nous ne le croyons pas. Il y avait trop de haine dans les cœurs pour que les règles de l'équité fussent strictement observées.

Quant au lieu de culte, que l'édit leur accordait dans l'un des faubourgs de la villle, ils ne purent en obtenir l'ouverture. Charles IX leur avait bien promis de les établir à Saint-Symphorien, mais quand ils essayèrent de s'y installer, leurs ennemis s'y opposèrent et voulurent les obliger à se réunir à Saint-Avertin. Les réformés refusèrent; car, disent-ils dans leur plainte du 24 juin i563, Saint-Avertin « nest ne ville ne faulxbourg, mais ung petit village, non en la juridiction du Rov, mais de ceulx du chapitre Saint-Martin, leurs contraires et opposans, — et distant dudfct faulxbourg de plus d'une lieue. » Pour y aller d'ailleurs, il faut passer « plusieurs ponts, marescaiges. rivières et aultres lieux dangereux et mal aisez. » — Ils ne pouvaient donc accepter la proposition qui leur était faite. En attendant, ils se réunissaient dans leurs maisons ou dans les environs de la ville ; mais le 24 mars 1564, un urret du conseil du Roi leur assigna Langeais, et leur défendit de s'assembler ailleurs sous peine « d'estre pugnis comme

rebelles. » — Ils réclamèrent. Langeais était trop loin de Tours pour qu'il fût possible aux vieillards, aux femmes et aux enfants de s'y rendre tous les dimanches. On ne pouvait les y contraindre, sans violer l'esprit de Tédit d'Amboise. On le comprit, et le duc de Montpensier les autorisa à se réunir à Maillé (Luynes).

Le 4 septembre 1564, environ deux cents réformés de Tours, officiers du présidial et bourgeois, s'assemblèrent dans cette petite ville et furent mis ert possession, par le sr de Boiscourtaut, assisté de François de Fore, homme d'arme et de sa compagnie, d'un lieu € pour l'exercice de religion. » C'était « une place fort incommode, exposée à la pluie et au vent; » mais il fallut s'en contenter (i).

Nous avons vu que grâce à l'intervention des commissaires du roi, les magistrats destitués pour crime d'hérésie, étaient rentrés à Tours au mois de janvier 1564, avec les notables qui avaient quitté la ville. C'était une imprudence grave. Ils le comprirent bientôt, et à la fin de Tannée, comme les autorités locales refusaient de les protéger, ils adressèrent leurs plaintes au Roi. Leur supplique éclaire d'un jour sinistre cette époque trou-

(i) Troisième plainte, art. 28, Arch. municip. EE 5.

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blée, pendant laquelle les meneurs du parti clérical souillèrent leur cause par des rigueurs inutiles. Ce document, encore inédit, mérite d'être connu. En voici un résumé (i) :

« Sire, vos très humbles, très obéissans et très ridelles serviteurs et subjects de la religion de vostre ville et faulxbourgs de Tours, après tant de maux et travaulx qu'ilz ont euz durant les derniers troubles de ce royaulme, tant en leurs personnes et biens, que principalement en la perte de mil à douze cens de leurs parens et amys, leurs concitoyens de ladicte religion, — desquels biens six vingtz ont esté exécutez par sentences de juges récusez et leurs ennemis conjurez, mesmement du promoteur (?) de l'archevesque et de son gendre sans observation d'aucun ordre et forme légitime de justice ; les aultres tuez et noyez et misérablement massacrez sans différence, ne esgard de qualité, aage ou sexe, avec cruaulté si insatiable que d'en avoir noyé sept vingtz pour ung jour en mesme lieu, après les avoir longuement tenuz enserrez en une vouste où les aucuns (quelques-uns) furent estouffez et moururent de fain; — Après la mort si inhumaine de vertueuses damoiselles et bourgeoises...., (vos

(i) Voir Troisième plainte des reformes. Arch. mun. de Tours, E E 5.

très humbles subjects) avoient espéré que de vos édictz de pacification ils recevroient quelque repos et consolation, et pourroient soubz vostre protection, en liberté de leurs consciences, en seureté de leurs personnes, soy retirer en ladite ville et rentrer en leurs maisons, biens, estatz, offices et vaccations. Ce qui leur est advenu et succédé tout au contraire ; et ont aucuns du clergé et aultres officiers tant de vostre justice que du corps de ville et aultres de ceulx de la religion romaine, contynué autant que durant les troubles en excez et violances,... recherches de maisons, injures et oultrages...

« Les principaulx officiers de justice et aultres notables bourgeois et habitans, qui s'estoient absentez pour raison de troubles, » n'ont pu « retourner en leurs offices et maisons jusques au moys de janvier dernier. »

Depuis cette époque, ces officiers « ont esté continuellement troublés et empeschés en l'exercice de leurs offices... et n'y a eu moys ne sepmaine que oultre les assemblées en armes avec enseignes et tabourins, ...n'ayt esté tué, blessé, menacé, oultragé ou voilé quelqu'un des dietz de la religion, sans qu'ilz en aient eu aucune justice. »

« Au moys de lebvrier dernier, environ quarante desdicts séditieux furent de nuict en

la maison de Xaincte Girard, veuve, près les murs de la ville, ayans faict commandement d'ouvrir de par vostre Majesté, rompent les portes, brisent les coffres, voilent et pillent tout ce qu'ils trouvent, et après plusieurs excez la trainent eschevelée par les boues tout le long et jusques hors les faulxbourgs près d'une bouère (abreuvoir) pour la noyer. Ce qu'ilz eussent exécuté sans ce quelle leurs promist encores quelque argent qu'elle disoit avoir caché. »

Le 27 du même mois, jour de procession générale, ils mirent des potences devant « toutes les portes et boutiques de ceux de

la religion, publians hautement menaces

de les noyer. »

Le lendemain, ils maltraitèrent le receveur des finances de Montrichard, coupèrent un doigt à Gilbert Texier, « se vantans qu'ils coupperoient la gorge à tous les huguenots, comme ils avoient essayé faire le vendredi précédent à Pierre Moysy et à ung nommé Ménessier, teinturier, qui eschappa fort blessé de leurs mains, » et qui depuis fut obligé de quitter la ville. « De laquelle faisant emmener ses meubles, ilz ne peurent estre tirez hors, que auparavant ilz ne feussent conduietz devant le temple (église), Saint-Gacien avec torches ardentes en plein jour, avec procla-

mations à haulte voix qu'ilz faisoient amande honnorable pour leur maistre qui estoyt huguenot. »

Au mois de mars, « ils blessèrent grandement Jehan Naudin, appothicaire » et ils essayèrent d'entrer dans sa demeure. Les portes de la maison de « Regratier, notable bourgeois », furent enfoncées.

Au mois de mai, quatre argouletz (soldats), armés d'arquebuses, excitèrent le peuple contre quelques passants de la religion et « blessèrent grandement Bodard, brodeur, l'un d'entre eulx, et luy ostèrent son manteau, chapeau et espée. » — Le i3, ils blessèrent Martin Petit, le 21, Martin Bigot et Duboys, serrurier, « qui depuis n'a esté sain et en est mort. »

Le ier juin, jour de procession, ils « brisèrent les portes, fenêtres, ouvrouères, vitres de plusieurs de ladicte religion et entrèrent en aucunes (quelques-unes) de leurs maisons par violence, en présence et au veu du lieutenant criminel, (de) M,es Claude Barault, Laurens du Boys, Méry Binet, conseillers, (de) Jehan Chaloppin l'un de vos advocatz et (de) Coustely, maire, qui n'en feirent aucun compte et s'en rioient. » — Le même jour, une compagnie en armes pénétra dans la maison d'Arthur Victor, et « luy enleva de force son enfant pour le porter baptiser au vicaire de la pa-

roisse contre la volunté des père et mère. » — Le ii, ils coupèrent un bras à Jehan Cornu et blessèrent un nommé Mallet. — Le 12, la populace armée parcourut la ville en dansant, « menassant tuer tous les huguenots. » — Quelques jours plus tard, on tira « plusieurs coups de pistolles contre la maison de maistre Charles Bonigalle », commis à la recette des tailles, et Lefaure, clerc de Tun des secrétaires d'Etat, reçut un coup d'épée.

Au mois de juillet, ces mêmes gens attaquèrent l'un des procureurs du roi, « blessèrent près de luy ung advocat, sien amy, » pénétrèrent de force dans la boutique de Francoys Aubert, et « entrez au dedans blessèrent son serviteur, blessèrent aussy Toussaint^ Mercier, Dimanche Binet et Pierre Monsnier, assiégèrent de nuict la maison de Naudin, ostèrent l'espée au lieutenant criminel de Chinon, venu à Tours et tuèrent inhumainement Jehan Pe^et, ouvrier en soye. »

En apprenant que le roi avait autorisé par lettres patentes ceux de la religion à se réunir à Maillé, les séditieux s'emparèrent des portes de la ville et s'organisèrent pour empêcher l'exécution des ordres de Sa Majesté. « Tout ce que nous venons de conter, est-il dit dans la Plainte des Réformés, dont nous continuons L'analyse, n'estoit que préparatifz du lamen-

table carnage que depuis ils ont exécuté et qui est tel. » Le duc de Montpensier avait délégué, nous l'avons dit, le sr de Boiscourtault, pour procéder à Maillé, le 4 septembre, « à l'establissement du lieu pour l'exercice de religion... et se passèrent toutes choses en grande doulceur et modestye. » Mais la populace de Tours entendait se mêler à la fête. Plus de i5oo hommes s'assemblèrent en armes le jour même, et se divisant en bandes, ils « s'embuchèrent partye es faulxbourgs de la Riche, partie au boys St-Cosme, près la ville » pour attendre ceux de la religion qui revenaient de Maillé. « Si tost qu'ilz en veirent cinq des premiers passer l'eau,... à un coup de harquebouze délasché et donné pour signal, coururent tous vers l'eau, enseigne desployée, se jectans sur les cinq pauvres personnes, dont l'ung eschappa à demy mort de leurs mains, l'aultre s'estant jecté en l'eau se saulva de l'aultre costé, ayant premièrement son cheval esté tué soubz luy : des troys aultres l'un fut envoyé aval l'eau et les deux tuez sur la grève. L'un desquelz nommé Raymond di et Braillart estoyt homme vieil et de longtemps impotent, portant sur son cheval pour toutes armes ses escroches (béquilles), et les manteaux de ses compagnons devant luy. Auquel versé par terre ils exercèrent mille cruaultés, pour ce

qu'il n'invocquoyt qu'ung seul Dieu, le louant de ce qu'il luy avoit faict la grâce de veoir avant que mourir son service redressé, — et estant couvert de sang et de playes, ne respirant que à grande difficulté, ainsi qu'il s'efforçoyt (se) mectre à genoulx pour prier encores et qu'il levoit les yeulx au ciel, luy fut donné de la poincte d'une fourche de fer dedans le visaige, dedans la gorge et la poitrine... et puis achevé d'assommer. »

Les autres épouvantés « furent contrainctz s'enfuyr et saulver espars par les champs, » et ils envoyèrent des messagers au duc de Montpensier pour lui demander aide et protection.

Le maire et le lieutenant criminel firent un semblant d'enquête, « cherchans tesmoings qui pussent déposer quelque chose pour rejecter le tort sur les meurdris et assassinez. »

Le mercredi suivant, « ces tigres n'estans encores soulz de sang », tuèrent à une lieue de la ville Léger Vergnault, tailleur, et dans la ville Loys Ferret, riche marchand. Ils dépouillèrent, après l'avoir blessé, Pierre Baussart, employé aux finances, et tandis que « plusieurs bons citoyens tant de Tune que de l'autre religion » prenaient la fuite épouvantes, on vit entrer à Tours « les plus remarqués assassinateurs du deflunct sr de la Curée et entre aultres le plus fameux brigand et meur-

trier de toute la province, appelé le Pouldrier, Monsieur le comte de Sanserre. »

Ce misérable voulait exterminer ceux de la religion. Il s'entoura de tous les bandits de la ville; il fit même sortir de prison un homme sur lequel il pouvait compter, « sien serviteur, nommé Blain, insigne voleur, prest à recevoir jugement qui ne pouvoit estre plus gracieux que de mort »; il leur distribua des armes, et le Ier octobre, qui était un dimanche, après les avoir réunis « dans la maison d'un chanoyne », il les divisa en bandes et les embusqua à St-Cosme, sur les bords de la Loire, sur les levées du Cher et jusques sur les coteaux, afin qu'aucun de ceux qui allaient revenir du prêche ne pût leur échapper. Ils attendirent quelque temps en silence, et quand « ceulx qui estoient allez à Maillé pour l'exercice de la religion commencèrent à approcher, ces bourreaux exécrables agrédent (attaquent) les premiers... puis quant ilz les voyent envelopez, se ruent sur eulx si furieusement qu'il est impossible de représenter au vray ceste horrible et confuze tragédie. » — La grève fut bientôt couverte de cadavres. — Un peu plus loin le massacre recommença. « Là, Nicolas Fédery, dict Fouyère, griefvement blessé fut contrainct habandonner sa femme, après luy avoir veu avollcr un braz et donner un coup

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d'espée sur la teste. Là furent par le Pouldrier blécez de coups de pistolle et puys poursuyviz à course de cheval et achevez de tuer sur la grève Henri Pinault, orfèvre, et Bernard, jeune homme de bonne famille, aagé de 20 ans seulement. Là furent massacrez deux jeunes hommes, ouvriers en soye, l'un Flament et l'autre Provensal et Chant épie nouvellement maryé mys en pièces. »

Tandis que les assassins se livraient au pillage, un grand nombre de malheureux s'enfuirent. L'un d'eux Jehan Pioger, ayant essayé d'entrer en ville, fut tué sur le pont. On jeta son cadavre dans la Loire avec ceux des autres victimes. Le soir, les maisons de Saint-Symphorien furent fouillées et l'on arrêta quelques fugitifs.

Les meurtriers de Tours eurent des imitateurs. On tua Regnard à Montlouis, Pillet à Saint-Christophe, Jehan Roy à Pontcher et Jehan Leclerc à Noisay. Mais quand les réformés voulurent se plaindre, on les menaça de les jeter en prison. Aucune insulte ne leur fut épargnée; aussi demandent-ils au roi, dans la requête dont nous venons de donner la substance,! de faire consigner les armes, de réprimer tant de rébellions et de mettre ses édits à ution. « Aultremcnt, disent-ils en terminant, vos dietz très humbles et très obeissans

subjectz et serviteurs seront contrainctz abandonner leurs maisons, pays, estatz et vaccations (affaires) et cedder et quitter la place aux mutins et rebelles ...Vous cognoissez la maladye, Sire; Dieu vous a mys le remède entre les mains, vous commectant le glaive sacré de justice pour la tuition (protection) et soulagement des bons et pour la vengeance et pugnition des méchants. Voz dictz subjects de la religion le prient de vous faire la grâce d'en user de sorte qu'on voye la paix et la justice florir en estuy vostre royaulme, à sa gloire et à l'accroissement de vostre grandeur et couronne, et afin que luy en puissiez rendre loyal compte, quand il aparoistra en jugement en la personne de son fils, Jésus Christ. »

Cette supplique, si ferme, si digne et si touchante, émut le roi. Il demanda des explications aux meneurs du parti catholique et les mit en demeure de se justifier. Leur réponse nous a été conservée (i). C'est un vrai chefd'œuvre d'habileté. Ils nient d'abord quelquesuns des faits qui leur sont reprochés; ils expliquent ensuite les autres et finissent par accuser les réformés. Qu on fasse une enquête, disentils, et Von verra que les huguenots nont pas

(i) Réponse. Archives de la mairie de Tours, E E 5, n° 17.

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sujet de se plaindre, car ce sont eux qui ont attaqué les catholiques (i). Ceux-ci ne demandent que la paix, et le maire, les eschevins et le clergé se sont toujours efforce's de « se maintenir en toute doulceur, union et amitié avec ceulx de la religion prétendue. » Les défenseurs de l'ancienne foi n'ont jamais souhaité la mort de leurs adversaires, et si parfois on a battu du tambourin dans les rues de la ville, on ne Ta jamais fait pour réunir le peuple et l'ameuter contre les novateurs, mais seulement pour « mener les mariés à l'église et les faire danser à la maison suyvant l'antienne et louable coutume. » D'ailleurs, ajoutent-ils, «si l'on parle de meurtres, il appartient plus audictz catholiques qu'à eulx de se plaindre, » car avant la publication de l'édit, les huguenots ont commis des excès de toute sorte. Ils ont entr'autres choses insulté et poursuivi de pauvres gens du côté de Ballan et « mesme ung nommé Nicolas Deplayer les alloit recherchant dedans les bleds et buissons avec de gros chiens dogues et mastins. » Depuis la paix, ils ont injurié, battu, et outragé des citoyens, chassé des prêtres de l'église de Maillé, « qui disoient vigilles pour un pauvre

(i) « S'il; ont esté blessés ou repoussés, ça esté tptilf estaient agresseurs. » Pièce citée. E E b.

trespassé, » maltraité le marguillier « qui sonnoyt vespres », tué un prestre et massacré deux bateliers à St-Cyr, etc., etc.

Ces dernières accusations sont graves. Reposent-elles sur un fondement quelconque? Nous n'en savons rien. Cependant, il est bien possible que quelques huguenots, traqués comme des bêtes fauves, aient rendu coup pour coup, et semé la mort autour d'eux. Les deux partis étaient animés de passions trop violentes, pour qu'il n*y ait pas eu de crimes commis de part et d'autre. La haine, qu'avaient engendrée de longues luttes, explique ces horreurs sans les légitimer. On ne peut que condamner ceux qui les ont commises.

Tandis que le peuple, excité par le clergé, le maire et les échevins, s'abandonnait à ses passions religieuses, le roi de son côté modifiait l'éditd'Amboise, au détriment des réformés (i). Voulaient-ils baptiser un enfant, il fallait le porter au prêche le plus voisin, mais « en compagnie de quatre ou cinq personnes seulement. » Pour un enterrement, 11 leur fut interdit de former un convoi de plus de 20 ou 3o personnes, et quand vint la Fête-Dieu, ordre leur fut donné d'orner le devant de leurs

(1) Déclaration du 14, décembre ib63, copie. Arch. municip. de Tours, E E 4.

maisons. Cette dernière injonction leur parut odieuse. La plupart des réformés refusèrent de s'y soumettre ; mais la police fit tendre à leurs frais, (i). Cette satisfaction donnée aux catholiques ne leur parut pas suffisante. Le peuple brisa les portes et les fenêtres des récalcitrants, et comme toute violence amène tôt ou tard des représailles, un nommé Pierre Victor, ouvrier tisseur, insulté et peut-être menacé par la foule (2), jeta « eaux puantes et pierres sur le peuple allant à la procession et mesmement sur certaine représentation qui se fait d'ung Christ et des douze apostres pour esmouvoir le peuple à dévotion. »

Parmi les adversaires des huguenots, un commissaire du roi nommé Miron, se signala par sa violence et sa mauvaise foi. Irrité de ne pouvoir mettre la main sur les chefs du parti réformé, Gohiet, Falaiseau, Houdry et d'autres encore, qui s'étaient réfugiés à Maillé, il les fit sommer au mois de novembre 1564, de venir reprendre « l'exercice de leurs offices » et expliquer leur conduite pendant les derniers

(j) Archiv. municipales, E E 5.

'■1) C'est ce jour-là qu'un enfant fut enlève à sa mère par une bande armée, et porté à Saint-Gatien pour être baptisé. Plusieurs maisons huguenotes avaient d'ailleurs été envahies et les propriétaires insultés. Voir Deuxième Plainte des Réformés, Arch. munie, E E 5, \\° 4.

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troubles (i). C'était leur demander de se livrer à leurs ennemis pieds et poings liés. Au lieu de rentrer en ville, ils firent dresser un acte de récusation contre le sr Miron (2). Ils étaient dans leur droit, car le conseil du roi, par arrêt du 3 septembre, avait déjà révoqué ce triste personnage, ce qui ne l'empêchait pas de se dire commissaire de Sa Majesté et d'agir comme tel. Cette usurpation de fonctions eût en d'autres temps déshonoré un homme, mais à cette époque, il suffisait de combattre les huguenots pour être sûr d'être applaudi par le maire et par le clergé. La déloyauté même passait pour vertu.

Le duc de Montpensier, gouverneur de Touraine, ne semble pas avoir fait son devoir en cette circonstance. D'ailleurs, il autorisait tous les excès contre les réformés. Il savait évidemment que la cour ne demandait que leur écrasement ; il était au courant des incidents du

(1) Arch. municip. de Tours, E E 5, n° 14.

(2) Cet acte fut signé par Joachim Marche, pasteur de l'église réformée de Tours, par Jacques Adam, Guillaume Collinet, Jehan Naudin, Germain Gastaut, surveillants de ladite église; et après eux par Guillaume Guiffard, AnthomcTurpin, F. Dclournayl'.), Claude Marbault, Pierre Anches ['.) Claude Massé, Guill. Mallebre, Jacques Drechot, Jérosmc le Long, Anthoine Pioger, Anth. Chenault, Anth. Roy, Robert Villcmoyne, tous de la religion réformée. Arch. munie, E E 5 n° 14.

voyage du roi et de la reine-mère dans les provinces et n'ignorait pas que de la rencontre de Catherine de Médicis avec le duc d'Albe sur la frontière d'Espagne, naîtraient de nouvelles rigueurs. Il agit en conséquence.

L'année 1 565 s'ouvrit sous ces tristes auspices et ne fut pas bonne pour les réformés. La populace s'agitait ; il lui fallait encore du sang, car dans les moments de crise, elle a les instincts du loup, qui égorge ses victimes avec une volupté sauvage et n'est jamais satisfait. On le vit bien le 8 juillet 1 565. C'était un dimanche : 70 à 8o réformés, d'après le témoignage de l'un d'eux, le sr Thomas de la Folye (1), quittèrent Maillé après le prêche et se mirent en route pour rentrer chez eux. Le peuple les attendait près du pont de Tours. Voyant le danger, ils se formèrent en ordre de bataille à Portillon : les gens de pied en avant, les cavaliers fermant la marche, ils se dirigèrent vers la porte de la ville, sous la conduite du prévôt de la maréchaussée (2). Le lieutenant particulier, Gervaise Gohiet, le conseiller Gardette, le receveur général Delagny, le receveur Desplayel avaient le pistolet au poing. Ils espéraient intimider leurs ennemis : ils ne

(1) Archives municipales de Tours, E E, 5 n° 18.

(2) Archives de la mairie de Tours, E E 5, n° 20.

réussirent qu'à les irriter davantage. Le combat s'engagea et un catholique fut tué; mais les réformés furent obligés de battre en retraite. Le sr de la Folye s'enfuit jusqu'à Rochecorbon, pensant dans sa terreur, qu'il devait y avoir sur le pont plus de soixante cadavres.

Dans la soirée, des bandes armées parcoururent les rues de la cité et enfoncèrent les portes de la maison Falaiseau.

La nuit fut très agitée. Le corps de ville, croyant que les huguenots allaient attaquer la ville, ou feignant de le croire, se réunit le lundi matin, 9 juillet, à 5 heures, pour prendre les mesures que lui semblait commander la situation. Cependant la matinée se passa sans tumulte ; mais vers quatre heures de l'aprèsmidi, on vint dire au maire qu'une émeute avait éclaté dans la rue du Cygne. Il se transporta immédiatement sur les lieux et il eut beaucoup de peine à se frayer un passage à travers la foule, qui attaquait avec fureur la maison d'un rubannier, nommé Debéry. On racontait que les enfants de cet ouvrier avaient insulté le convoi de l'homme qui avait été tué la veille sur le pont. On disait aussi que les huguenots avaient assassiné un boucher et que les meurtriers s'étaient réfugiés chez Debéry. Ces nouvelles avaient exaspéré la populace et le maire eut beau lui représenter qu'il fallait

poursuivre les criminels « par justice », promettant sur sa vie, son honneur et ses biens d'en faire une « pugnition exemplaire et à leur contentement », il ne fut pas écouté. Des eschevins, des officiers de justice et même le garde des sceaux, essayèrent aussi de calmer les émeutiers; les mains jointes, le bonnet au poing, ils se mirent à genoux devant le peuple, le suppliant de se retirer : tout fut inutile. La maison fut prise d'assaut, bien que Débery se défendit vigoureusement et huit personnes furent égorgées (i).

La populace satisfaite, mais non fatiguée de tuer, allait chercher d'autres victimes à immoler à ses fureurs, quand survint le boucher qu'on avait dit assassiné. Les esprits se calmèrent un peu, mais la foule, dit le maire dans son procès-verbal, ne se retira pas sans que « aulcuns ayent hurté et frappé contre aultres maisons, s'efforcans d'y entrer; ce qu'ilz n'ont faict touttefois, mesme en la maison d'ung nommé Asse (?), en laquelle l'on disoyt y avoir plusieurs de la dicte relligion assemblez jusques à 20 ou 25. (2). »

Sur qui doit retomber la responsabilité de cette émeute? — Sur les huguenots? Le maire

(1) Archives municipales, E E 5.

(•.i) Archives municipales de Tours, E E 5, n° [8.

le dit, car il les accusa devant le corps de ville, d'avoir « préparé et machiné » cette entreprise, dans l'espoir de s'emparer de la ville... Ainsi, 70 hommes, 80 si l'on veut, en pleine paix, auraient levé l'étendard de la révolte et n'auraient pas hésité à marcher sur Tours, place forte où leurs ennemis étaient tout puissants ; c'eût été de la démence. Evidemment, les réformés n'avaient rien préparé, rien machiné. Ils revenaient paisiblement du prêche, escortés par quelques hommes d'armes, commandés par le prévôt de la maréchaussée, et si la populace ne les eût attaqués le 8 juillet, ils seraient rentrés tranquillement dans leurs maisons.

Le maire aurait-il provoqué l'émeute? — Nous ne le pensons pas ; mais il ne fit pas son devoir, car le procureur du roi, le sr Houdry, vint le prévenir qu'on allait se battre du côté de Portillon, et le supplia de monter à cheval et de courir sur les lieux pour empêcher les gens de s'égorger. Il aima mieux rester en ville. Voilà sa part de responsabilité ; mais le coupable, le vrai coupable, c'est le peuple qui insultait les huguenots à peu près tous les dimanches, à l'heure du retour du prêche. Le sang versé le 8 et le 9 juillet 1 565, doit retomber sur lui.

Il va sans dire que les assassins de la rue du Cygne ne furent pas recherchés ; car dans

les rixes qui éclataient à tous moments, tout l'avantage était pour les catholiques, beaucoup plus nombreux et favorisés par les magistrats, par la plupart des chefs militaires et par la cour. Leurs excès étaient toujours impunis : ceux des protestants toujours châtiés à la dernière rigueur (i). On le vit bien à Tours. Au lieu de poursuivre les coupables, le présidial lança un mandat d'arrêt contre quarante réformés, parmi lesquels se trouvaient Gervaise Gohiet, le lieutenant particulier du roi et le conseiller René Gardette (2). C'était la justice de ce temps-là.

Les vaincus n'eurent même pas la triste satisfaction de donner à leurs morts une sépulture honorable. Bien que l'édit d'Amboise ordonnât d'enterrer ceux de la religion dans le cimetière de leur paroisse (3), les cadavres furent jetés à la voirie. On les enfouit dans les fossés de la ville, au point où débouchaient les égoûts.

En revenant de Bayonne, le roi passa par Tours et s'y arrêta quelques jours. Sa présence semble avoir calmé momentanément l'effervescence populaire ; mais la guerre civile échue

(1) H. Martin, Histoire, t. IX, p. 201.

(2) Archives municipales de Tours, E E 5, n° 19.

(3) Edit d'Amboise, art. XI. Voir Bulletin Je V Histoire du Protestantisme, 1 l'année, p. i3?.

de nouveau en 1067, puis en 1 568, et rallume les passions. Encore une fois le sang coule.

Le ier janvier 1 568, la populace se transporte à Maillé et se rue sur les réformés réunis dans le temple. Le pasteur est égorgé dans sa chaire; les malheureux qui l'entourent sont maltraités, et ceux qui ne peuvent s'enfuir, jetés en prison (1). Revenus à Tours, les assassins massacrent quelques personnes suspectes d'hérésie et pillent leurs maisons. Ces violences n'étaient pas tolérables. Le roi s'en émut, et bien que son confesseur l'abbé Ruzé, lui en parlât le premier, de manière à faire éconduire tous ceux qui auraient pu tenter de faire encourir aux Tourangeaux les mauvaises grâces de Sa Majesté (2), il écrivit au corps de ville pour lui exprimer son mécontentement. Il invita en même temps le sr de Borderye, gouverneur, à garder 5o soldats auprès de lui, afin de « contenir le peuple de sédition » et il donna l'ordre d'élargir les prisonniers (3).

Ces violences n'avaient pas empêché les

(.') Voir pour cette affaire, Archives municipales, liasse E E 6. Le pasteur massacré n'e'tait pas Joachim Marché, car il se réfugia à La Rochelle en 1072, mais peut-être Lacroix.

(2) Lettre de Vabbc Ru^é au corps de ville, Archives de la mairie de Tours, E E 6.

(3) Lettre du Roi, Archives municipales, E E G.

réformés de s'occuper de l'éducation de la jeu~ nesse. Dès i565, ils avaient une école à Maillé, dirigée par un certain Montigny ; mais ce fut seulement vers 1570 qu'ils ouvrirent un collège à Tours. Sous l'habile direction de Louis Chesneau, plus connu sous le nom de Querculus, on enseignait dans ce dernier établissement les éléments des sciences, le latin, le grec, la philosophie et même l'hébreu (1). Il est probable que les études lurent souvent troublées par les tempêtes qui agitèrent la société tourangelle et la bouleversèrent jusque dans ses profondeurs ; mais à la moindre accalmie, les portes du collège se rouvraient, car les réformés avaient déclaré la guerre à l'ignorance. Luther avait dit : « Si je n'étais prédicateur de l'Evangile, je voudrais être instituteur », et un peu plus tard Farel écrivait : « Là où escoles sont dressées, quelles soyent entretenues... et là où il n'y en a point qu'on en ordonne. » — La réforme, si elle n'eût été noyée dans le sang, aurait vaincu depuis longtemps en France la routine et l'obscurantisme. Son triomphe eût été celui de la lumière. Il est bon qu'on le sache (2).

(1) Bulletin de l'Histoire du Protestantisme, t. IV, p. 5og, note 2.

(2) Voir les savants articles de M. le professeur Nicolas. (Bulletin de VHistoire du Protestantisme), t. IV,

Pendant que se déroulaient à Tours les tristes événements que nous venons de raconter, les huguenots d'Amboise n'étaient guère plus heureux que leurs voisins. Cependant, la veuve du seigneur de Noizay les protégeait, et c'est dans son château qu'ils célébraient leur culte. Défense avait bien été faite à la châtelaine de les recevoir, mais inutilement, quand le 27 octobre 1 566, Innocent de Monterud, lieutenant général de Touraine, se transporta à Amboise pour s'occuper de cette affaire. Entouré des notables de la ville, des représentants de Saint-Martin et de Saint-Gatien,'il reçut le ministre Michel Pineau des Aiguës, Adrien Demau, Antoine Derouez, juge, et quelques autres réformés et leur défendit de faire aucun exercice religieux dans la paroisse de Noizay. Il s'appuyait sur l'édit de i563, qui accordait aux huguenots un lieu de culte par bailliage seulement. Or le bailliage de Tours avait déjà le sien à Maillé; on ne pouvait donc en tolérer un second à Noizay. Le pasteur répondit qu'il ne demandait pas mieux que « d'obéyr au mandement, voulloir et intention du Roy », à condition qu'on voulut bien luy donner « un lieu propre et commode pour l'exercice de reli-

p. 497 et sq.), sur les Écoles primaires et les Collèges protestants, de 1 538 à i685.

gion. » Il déclara en outre qu'il accepterait volontiers Négron, Chargé ou Villefrau, paroisse de Négron. Cette proposition fut aussitôt examinée, et avec le consentement du maire, des échevins et des officiers de la ville, le sr de Monterud autorisa les hugueuots du bailliage d'Amboise à se réunira Villefrau (i). Quand éclata la seconde guerre civile, les réformés d'Amboise abandonnèrent leurs demeures. Les uns se réfugièrent dans les châteaux des environs, les autres allèrent grossir l'armée de Condé. Pendant leur absence, les catholiques s'emparèrent de leurs biens (2) ; mais après le traité de Lonjumeau, le pasteur des Aiguës, Aubry, Tailles (?) et d'autres, demandèrent au corps de ville l'autorisation de rentrer dans leurs maisons (3), et de célébrer le culte dans l'un des faubourgs de la ville. On leur répondit de se soumettre aux édits.

A Loches, la majorité de la population était restée attachée à la religion du roi. Il y avait cependant quelques huguenots dans cette ville. En 1567, le maire semblait pencher vers le calvinisme; le greffier du corps de ville était

(1) Arch. munie, de Tours, G G 24.

(2) Archives municipales d'Amboise. Délibération du corps de ville du 2 S octobre i56y

(3) Archives d'Amboise. Séance du 17 avril i568, Ii B 7, fo 89.

suspect, mais le chef des réformés était Jehan Baret, docteur en droit, conseiller du roi, lieutenant général du bailli de Touraine (i). On ignore absolument ce qu'ils devinrent pendant la deuxième et la troisième guerre civile. Nous avons tout lieu de croire toutefois qu'ils durent bénéficier du voisinage des troupes protestantes, qui tenaient garnison à Preuilly (2), et qui vinrent assiéger l'Ile-Bouchard en i56j. On respecte ordinairement les gens qui ont des amis puissants, capables d'exercer de terribles représailles.

Les huguenots du bailliage de Tours célébraient toujours leur culte à Maillé ; mais après les tristes événements de 1 568, le corps de ville et le clergé persuadèrent au roi que le seigneur de cette petite ville désirait Téloignement du prêche. Charles IX écrivit aussitôt : <c Nous voulions et entendons que (l'exercice de la nouvelle religion) soit levé et hosté dudit lieu de Maillé pour le mectre et establyr en quelque aultre, le plus esloigné de nostre ville

(1) Voir Gautier, Histoire du donjon de Loches, p. i36 et sq.

(2) Le 2 juin i562, les huguenots s'étaient emparés de la ville et du château de Preuilly. Ils évacuèrent cette place en ibôg. Voir Histoire de la ville et du canton de Preuilly, par Ch. Audigé et Constant Moisand, p. 26 et 27.

de Tours que faire se pourra ...Ne voullant aussy que ledit exercice de religion nouvelle se face au lieu appelé Langés (i). » — C'était tout ce que désiraient les meneurs du parti catholique; malheureusement pour eux, le seigneur de Maillé, qui n'avait pas été consulté, refusa catégoriquement de chasser les réformés, et il écrivit au maire et aux échevins de Tours une lettre très dure, dans laquelle il leur reprochait la conduite indécente qu'ils venaient de tenir, en s'autorisant auprès du roi d'un consentement qu'il n'avait jamais donné pour l'éloignement du prêche (2). L'affaire en resta là pour le moment. Mais en 1570, bien qu'il fui dit dans l'édit de pacification, signé le i5 aoûl à Saint-Germain, que les huguenots du gouvernement d'Orléans, de Touraine, du Maini et du pavs ehartrain, pourraient faire l'exercice de leur religion à Maillé, les catholique; revinrent à la charge. Ils demandèrent le trans fert du prêche à Montdoubleau ou « autre te lieu commode (3). » Le roi leur répondit 1< 10 décembre suivant, qu'il leur aurait déjî donné satisfaction, s'il eût pu le faire san violer les édits, et il promit de consulter su ce point le prince de Navarre. C'était encor

(1) Lettre du roi. Arch. municip. de Tours, E E 6.

(2) Lettres. Archives municipales de Tours, E E 6.

(3) Archives municipales de Tours, E E 6, no 4.

ne défaite pour les membres du clergé. Elle ut leur être d'autant plus sensible, que l'année précédente ils avaient envoyé à la cour quelques-uns de leurs amis pour défendre leurs prétentions. Vaincus, ils payèrent les frais de voyage de leurs délégués, et ils attendirent.

Leurs espérances ne devaient pas se réaliser immédiatement, car en idji, Jean Legaigneux de Tours, qui était pasteur en Suisse, vint à Maillé. Il y fut bien reçu, et le 1 3 juin 072, les membres du Consistoire le demandèrent pour ministre. Ce n'était pas l'homme qu'il leur fallait. Dans ces temps de trouble, on avait besoin de pasteurs pleins de prudence, de sagesse et de modération. Legaigneux n'avait aucune de ces qualités. A Genève, ses intempérances de langage et ses atttaques contre les ■ magistrats, qu'il accusait de vouloir détruire la discipline ecclésiastique, l'avaient fait jeter en prison. Aussitôt libre, il était sorti de la ville et avait refusé d'y rentrer, bien que le Consistoire l'eût sommé de le faire. Il voulait rester à Maillé. De là, il avait écrit aux magistrats, le 24 juin 1 5 7 1 , pour demander son congé; mais il avait été déposé le 3 décembre suivant, « comme convaincu d'avoir prêché calomnieusement à diverses fois et au grand scandale de l'église, comme réfractaire incorrigible et enfin comme déserteur de son minis-

tère. » — Cette condamnation aurait dû empêcher le Consistoire de Tours de lui adresser vocation. Heureusement, il repartit pour Ge, nève, où il obtint son pardon, après avoii confessé qu'il avait été rebelle et avoir reçu « de bonnes remonstrances. » (i) Ce retour l la raison lui sauva peut-être la vie, car or était à la veille de la Saint-Barthélémy.

(i) Notes extraites des archives de Genève, dans Franc protestante, au mot Legaigneux.

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