‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 10 sur 104 · VII. — Inquiétude du gouvernement · texte numérisé non relu

VII. — Inquiétude du gouvernement

Le gouvernement s'émut de tels scandales et de tels efforts. L'hérésie, en effet, ne cherchait pas à prendre simplement une place paisible clans la

(1) Lebeuf, Prise d'Auscerre, paye 84 et page V, des pièces justific2tives.

société ; elle voulait s'y établir sur les ruines du catholicisme : on en voyait la preuve dans les états voisins. Pour y parvenir, elle faisait peser l'oppression sur la liberté même de conscience, et portait, par tous les moyens, la perturbation jusque dans la constitution des gouvernements.

Parmi le peuple, les réformés étaient regardés comme les ennemis de la religion, du trône et de la société; tout bon citoyen se croyait obligé de rester fidèle à cette devise : mon Dieu, mon roi, mon droit, et s'armait pour la défense de sa foi, de son prince et de sa liberté. Nous avons presque inventé depuis le mot de tolérance qui n'existait pas alors et ne pouvait pas exister dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui et qui, en matière religieuse, ne sert qu'à déguiser l'indifférence. Il ne faut pas confondre cette tolérance avec la liberté de conscience. Les protestants avaient comme tout autre, la liberté de sacrifier intérieurement la vérité à l'erreur, et personne ne pouvait pénétrer dans le sanctuaire de leur conscience ; mais la profession publique de leurs doctrines étant un attentat contre les dogmes sacrés, tout catholique se faisait une obligation de prendre la défense de sa foi. D'autre part, le catholicisme étant la religion de l'État, sur laquelle étaient fondées toutes les institutions civiles, il appartenait au roi de le soutenir par tous les moyens en son pouvoir , et de sévir contre les hérétiques qui, du reste, étaient partout les agresseurs.

Pénétré de ces sentiments et convaincu que la « nouveauté religieuse prêchée si audacieusement « tendoit du tout au renversement de la monarchie

divine et humaine, François Ier crut en arrêter les progrès par des actes de rigueur, comme ceux exercés en Provence, par le baron d'Oppède contre les Vaudois que Ton disait en marche pour s'emparer de Marseille (1). Le roi, cependant, ordonna presque en même temps un désarmement général de la milice bourgeoise : son éclit fut publié en Bourgogne, dans le courant d'août 1546. (2).

YIII. — Henri 11 succède à François 1er.

L'année suivante (1547), François Ier était mort. Henri II, son successeur en montant eur le trône, ne se préoccupa que mollement d'abord des questions religieuses; mais les entreprises audacieuses des novateurs lui ayant enfin ouvert les yeux, il rendit contre ceux-ci des édits de proscription et recommanda aux gouverneurs des provinces la plus grande vigilance et la plus grande sévérité. Pendant qu'à Paris le conseiller Anne Dubourg montait sur le bûcher par arrêt de la cour, le parlement de Dijon condamnait au même supplice un jeune homme de la ville nommé Hubert Bu ré. (3). Selon l'historien des Révolutions de Mûcon, un Du Moulin

(1) Th de Bèze, Hist. eccl., 44.

(2) Le détail du désarmement donne une curieuse ide'e de la m, lice bourgeoise dans une petite ville de province à cette époque. A Avallon, entre autre-», où chacun s'empressa de rappo;ter à l'Hôtel de- Villa les armes qu'il avait reçues, l'un rendit une hallebarde, d'autres une arqueboute , une arquebuse à rouet, une arquebuse satis rouet, c'est-à-dire à mèche, des pistolets (archives d'Aval'onN.

(3) Th. de Bèze, Hist. eccl , "9.

(ou Dumoulin) disciple de Farel, avait aussi commencé à prêcher à Mâcon et à Tournus : il y fut arrêté et on l'envoya à Paris où il fut condamné au feu par arrêt de la chambre ardente. (1).

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