‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 11 sur 104 · IX. — Tribunal d'inquisition · texte numérisé non relu

IX. — Tribunal d'inquisition

François Ier avait institué la chambre ardente, tribunal extraordinaire, chargé déjuger les perturbateurs. En même temps que cette chambre souveraine pouvait paraître trop puissante aux accusés, puisqu'elle jugeait en dernier ressort et sans appel, elle avait aussi des attributions que Henri II regarda comme trop restreintes et qui ne lui permettaient de connaître que des désordres accomplis, constituant un crime public. Pour parer à ces deux inconvénients, le roi publia, en 1551, l'édit de Château briant, par lequel il rendait la sécurité aux prévenus, en leur faisant subir les jugements de deux cours au lieu d'une seule, et offrait aux coupables même, s'ils cédaient aux avertissements de la première cour, le moyen d'éviter la condamnation que la dernière avait seule le pouvoir de prononcer.

Celui de ces deux tribunaux qui fonctionnait le premier, devait agir par voie d'enquête, non pas sur la conscience, comme on Fa dit avec malveillance, mais sur les actes extérieurs et notoires. Il devait, et c'était dans le caractère même du corps auquel cette mission était confiée, d'abord avertir

(1) Histoire des Révolutions de Mdcon, attribuée à Agut.

les coupables et les exhorter à rentrer dans la droite voie; ce n'est que lorsque les exhortations et les avis étaient dédaignés, qu'il rendait son verdict et saisissait la seconde cour de la même affaire, pour instruire de nouveau et appliquer la peine. (1). Le premier tribunal était ecclésiastique, le second se composait déjuges séculiers.

X. — Condamnation à Auxerrc et à Antiin, de prêtres apostats et mariés.

Nous trouvons, à l'origine même de cette institution, dans la ville d'Auxerre qui ressortissait du Parlement de Paris, un exemple de la procédure qu'on devait suivre.

Un prêtre de Gien, Etienne Bertin, s'était marié publiquement, en 1545, à Charlotte Pinon, deCosne. N'ayant tenu aucun compte des avis et des exhortations que ses supérieurs lui avaient prodigués, jusqu'en 1551, il fut traduit devant le tribunal ecclésiastique, jugé et condamné comme prêtre, à la déposition et à la dégradation, et comme fauteur d'hérésie, envoyé avec verdict de culpabilité devant le tribunal séculier.

L'évêque d'Auxerre, François de Dinteville, retenu par ses infirmités, dans son château de Régennes, donna mission à Philibert de Beaujeu, évêque de Bethléem, de procéder à la dégradation et à la déposition de Bertin, et de le traduire ensuite devant le tribunal séculier. Cette sentence fut

(1) Voir Jo*eph de Mais're. — Lettre sur l'Inquisition espagnole.

exécutée le 28 septembre 1551, devant le grand portail de la cathédrale d'Auxerre. Quelques jours après, les juges séculiers condamnèrent Bertin à être étranglé et brûlé. Il subit cette peine capitale le 28 du même mois, sur la place des Grandes Fontaines. (1).

La création d'un tribunal spécial dans le parlement de Bourgogne, pour juger les hérétiques, ne date selon Pailliot, que du 8 août 1554.

Dans le mois précédent, les « prédications erronées » d'un carme, avaient suscité des soulèvements à Dijon. Plusieurs personnes furent arrêtées en divers endroits, et Henri II institua, pour les juger, la chambre des vacations, qui devait rester en permanence entre chaque tenue des assises ou grands jours du parlement.

Ce tribunal avait été établi d'abord pour une année : mais les procès contre les hérétiques étaient devenus si nombreux, que le roi se vit obligé de proroger les pouvoirs de cette cour pour une nouvelle année, par lettres datées de Saint-Ligier du 27 juillet 1555, et de les renouveler encore à diverses autres époques, jusqu'à ce que cette chambre fût établie définitivement et à demeure, par Charles IX, en 1562.

C'est la chambre des vacations, peut-on croire, qui jugea et condamna à mort un jeune prêtre de l'Auxois, dont Théodore de Bèze fait mention dans son histoire ecclésiastique. Andoche Minard , chapelain de la collégiale de Saulieu, après avoir

(1) Lebeuf. — Prise d'Auxerre.

apostasie, s'était retiré à Genève pour échapper aux poursuites du parlement.

Étant rentré en Bourgogne, il se fit arrêter à Montcenis, petite ville du baillage d'Autun, en voulant essayer de controverser. On lui fît son procès, et, le 15 octobre 1556, on le fit monter sur un bûcher élevé pour son exécution devant le grand portail de Saint-Lazare d'Autun.

Tout en usant des moyens humains, on ne négligeait pas ceux plus efficaces de la prière, pour détourner les terribles fléaux qui menaçaient le pays. Henri II, de concert avec les évoques, fit ordonner des processions générales pour l'extirpation des hérésies et des fausses doctrines. On a conservé la mémoire de celles qui se firent à Beaune et à Autun : dans l'Auxois, on en vit une de onze paroisses à la tête desquelles étaient celle d' Aval- Ion, se rendre en chantant des cantiques, de cette dernière ville jusqu'à l'église Notre-Dame de Montréal, qui en est éloignée de douze kilomètres : (1) dans l'évêché d'Auxerre, des prières publiques furent prescrites, non-seulement en ville, mais par tout* le diocèse. (2).

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