XI. — Poursuites contre les colporteurs de livres
hérétiques.
Malgré le zèle et les soins des gouverneurs et du clergé, malgré les lois contre le colportage , l'hérésie glissait entre les doigts des magistrats et
(1) Couviépée. — Hist. du duché de Bourgogne. (?) Lebeuf. — Prise d'Auxerre.
répandait son venin par des libelles révolutionnaires envoyés de Genève ou d'Allemagne, souvent sous des noms d'emprunt.
C'étaient « des bibles françaises traduites à la
« fantaisie des hérétiques , des catéchismes
« et surtout des petits psalmes rimez, dorez, lavez « et réglez, » dont la « seule joliveté convioit les « dames à la lecture. » (l).
M. Abord confirme en partie, par des documents conservés dans les archives d'Autun, un fait raconté à sa manière, par Théodore de Bèze. Deux libraires colporteurs, Robert Cotereau et Noël Bardin, furent arrêtés à Autun le 26 septembre 1556, comme distributeurs de livres hérétiques.
Leurs balles furent confisquées, un procès leur fut intenté, et malgré la protection de Jacques de Bretagne, lieutenant de la chancellerie d'Autun, qui avait embrassé la religion réformée, ils furent condamnés au fouet. Leurs livres, ajoute M. Abord, furent remis au théologal Guillaud, qui les conserva presque tous et les légua plus tard au Chapitre avec toute sa bibliothèque composée, dit-il, d'environ trois mille volumes. On voit clans cette bibliothèque qui a été réunie à celle du grand séminaire, en quoi consistait la propagande populaire du protestantisme dans la Bourgogne.
Les ouvrages calvinistes qu'elle renferme et qui semblent être ceux qu'on saisit dans les balles des colporteurs Cotereau et Barclin, datent pour la plupart de l'origine de la Réforme. (1).
(1) Florimond de Rœmond.
(2). M. Abord. — La Réforme et la Ligue à Autun. — Théod, de Bèze. — Hist. ecclésiastique ,
Bèze insinue faussement que les livres pris aux inculpés « leur furent en partie rendus secrètement et en partie achetés et payés » ; selon l'historien Autunois, les ouvrages provenant cle Claude Guillaud, « font foi de sa soumission absolue à l'Eglise, » et les témoignages invoqués par l'auteur ne laissent aucun cloute à cet égard.